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Sermon pour le neuvième Dimanche du Temps ordinaire (année B)

(Liturgie de la Parole : Dt 5 12-15 ; Ps 80 ; 2 Co 4 6-11 ; Mc 2 23 – 3 6)


Dieu S’est fait homme en la Personne de Notre Bien-Aimé Seigneur Jésus-Christ pour racheter, sauver, l’humanité perdue. Les nombreuses guérisons qu’Il a accomplies – telle celle de cet homme à la main paralysée [1] – et qu’Il continue d’accomplir, rendent témoignage de Sa Volonté de Salut. Ce n’est pas un hasard si « salut » et « santé » ont la même racine étymologique. Et de même que le texte du Deutéronome dicte le troisième commandement du Décalogue en s’appuyant sur le repos qui a suivi pour le peuple hébreu sa libération de l’esclavage d’Égypte, de même, Jésus ne croit pas mieux accomplir ce commandement qu’en procurant à cet homme la libération de sa maladie… Cependant, comme toute libération, celle-ci ne va pas sans rencontrer d’opposition… Entre Jésus, qui revendique à la fois le titre transcendant de « Fils de l’homme [2] » et celui de Messie héritier du Roi David père de la lignée messianique, et les Pharisiens, l’observance du sabbat met en jeu rien de moins que le respect des droits de Dieu et des droits de l’homme !

Mais aujourd’hui, les chrétiens, libérés par le Fils de l’homme-Maître du sabbat de toute interprétation légaliste vis-à-vis du Décalogue, sont-ils tenus de sanctifier le Jour du Seigneur ? Les « croyants non pratiquants » sont-ils vraiment en état de péché mortel en manquant délibérément à l’obligation de participer à la Messe les dimanches et jours de précepte ?

La réponse à ces deux questions, selon le Catéchisme de l’Église Catholique est oui [3], et Jean-Paul II, dans une très belle lettre apostolique intitulée Dies Domini [4], publiée en 1998, que je vous souhaite de lire si vous ne l’avez pas déjà fait, explicite à merveille le sens du troisième des dix commandements.

Que le commandement de sanctifier le Jour du Seigneur soit inscrit dans le Décalogue signifie qu’il correspond à une exigence de la vie morale universellement reconnaissable par la raison humaine. Avant d’appartenir à l’ordre de la Révélation, ce commandement appartient à l’ordre de la Création. Tout homme est en effet capable de reconnaître avec certitude l’existence de Dieu à partir de Ses œuvres ; aussi est-il naturellement tenu de Lui rendre l’hommage de sa louange et de sa re-connaissance. L’homme reconnaît sa dépendance vis-à-vis de Dieu en « sacrifiant » volontairement du temps à l’adoration. Ainsi témoigne-t-il concrètement de son amour et de sa confiance en la Bonté du Créateur de Qui tout vient et pour Qui tout existe. Lorsque nous voyons des gens travailler le dimanche, n’avoir pas même une heure à offrir à Dieu, en particulier les agriculteurs, comment penser qu’ils ont conscience d’être les collaborateurs de Dieu dans l’œuvre de la Création. Le Curé d’Ars disait de ses paroissiens qui conduisaient leurs bœufs et leur charrette le dimanche qu’ils tiraient leur âme en enfer. Nier la nécessité d’un temps de prière explicite, c’est refuser la relation qui nous unit à Dieu.

Si donc le devoir de rendre un culte à Dieu est naturel à l’homme, le Seigneur a cependant encore voulu en donner au peuple juif le commandement dans la révélation du Décalogue, non seulement pour aider l’homme à reconnaître avec une ferme certitude ce devoir attaché à sa condition de créature, devoir qui fonde son droit d’honorer Dieu d’un culte public, mais encore pour y ajouter une nouvelle raison, celle de faire mémoire du salut que Dieu a accompli en leur faveur en les libérant de l’esclavage d’Égypte par l’Exode et l’entrée en Terre promise. Honorer Dieu comme son Créateur et Sauveur, telle est l’exigence qui s’impose à toute conscience désireuse de ne pas perdre la grâce de parvenir au terme bienheureux aperçu dans les merveilles déjà accomplies par Dieu et dont il lui im-porte par dessus tout de ne pas en perdre la mémoire.

« Faites cela en mémoire de Moi [5] », a demandé Jésus. La Mort et la Résurrection du Christ est l’Événement qui fait passer le monde depuis ses origines à son accomplissement définitif dans la Gloire de Dieu. Le jour où le Christ est ressuscité des morts est chez les juifs le premier jour de leur semaine. Dieu, selon la Genèse, créa le monde en une semaine [6], aussi sommes-nous invités à comprendre le dimanche comme le commencement d’une nouvelle création, dont le Christ glorieux constitue les prémices… Mais le dimanche peut encore être regardé comme le huitième jour, celui qui suit le sabbat, jour où les juifs honoraient le repos joyeux du Créateur [7] et faisaient mémoire de leur entrée en Terre Promise. Aussi, le dimanche apparaît comme le Jour qui accomplit la Création entière en l’introduisant dans le Jour sans fin de la Gloire divine.

Cette gloire se reflète sur le visage des baptisés qui, illuminés par la connaissance du Christ, désirent sans cesse en augmenter le rayonnement en eux-mêmes et dans le monde. Cela leur est possible essentiellement par l’Eucharistie, qui n’est pas seulement le rappel de l’Exode du Christ, mais son actualisation sans cesse offerte à la Foi… L’Eucharistie est au cœur du dimanche comme le dimanche est par excellence le jour de la Foi, un jour auquel on ne peut renoncer, au point que nombre de chrétiens ont préféré mourir martyr plutôt que de manquer l’Eucharistie dominicale… Ceux-là savaient quel trésor ils possédaient, aussi acceptaient-ils joyeusement de subir la mort de Jésus dans leur corps afin que la Vie de Jésus soit elle-aussi manifestée dans leur corps. Ceux-là savaient ce qu’ils venaient faire lorsqu’ils venaient à la Messe ! Comment venir recevoir Celui qui Se donne à nous au prix de Sa Passion d’Amour sans Lui offrir en retour le don de sa vie ?! Lorsque l’on vient à la Messe, on vient pour mourir… pour donner sa vie par amour en retour à Celui qui nous nourrit de Sa Chair et de Son Sang pour la Vie éternelle. Pourrait-on faire moins sans commettre un sacrilège ? À moins que nous ne sachions encore ce que c’est que d’aimer et que toutes les Eucharisties auxquelles nous avons participé ne nous l’aient pas déjà appris ?

Le Seigneur nous a donné six jours pour nous occuper de cette vie, et Il nous a demandé de Lui consacrer le septième afin que ce jour-là nous soyons libres des affaires de cette vie qui passe, et que nous relevions la tête pour préparer notre éternité qui vient. Le dimanche « est un jour de protestation contre les servitudes du travail et le culte de l’argent [8] ». C’est un jour de repos et de joie, de prière et de silence, de réflexion et de culture, de libération et de communion ! C’est le Jour du Seigneur, qui témoigne de la Présence et du Salut de Dieu dans le temps et l’histoire des hommes. Sans cette rupture dans le cercle sans cesse renaissant des activités, où serait la Source de la Joie et de la Vie éternelles ? Sans la réunion régulière de tous les fidèles, où serait l’Église ? Sans l’Église, où seraient les chrétiens ? Si chacun reste chez soi, il n’y a plus d’Église… Jean-Paul II nous supplie tous avec insistance de redécouvrir le dimanche :

« La redécouverte [du dimanche] est la grâce à implorer, dit-il, non seulement pour vivre pleinement les exigences propres de la foi, mais aussi pour donner une réponse concrète aux aspirations les plus vraies de tout être humain. Le temps donné au Christ n’est jamais un temps perdu, mais plutôt un temps gagné pour l’humanisation profonde de nos relations et de notre vie [9]. »

« Puissent les hommes et les femmes du troisième millénaire rencontrer le Christ ressuscité Lui-même en voyant l’Église qui, chaque dimanche, célèbre dans la joie le mystère où elle puise toute sa vie ! Et puissent les disciples, en se renouvelant constamment dans le mémorial hebdomadaire de la Pâque, être des annonciateurs toujours plus crédibles de l’Évangile qui sauve, et des bâtisseurs dynamiques de la civilisation de l’Amour [10] ! »

Ainsi-soit-il !

1. Cf. Mc 3 1-6.

2. Mc 2 27.

3. n. 2181.

4. Lettre apostolique Dies Domini, 31 mai 1998 (La Documentation catholique, n. 2186, 19 juillet 1998, pp. 658-682).

5. 1 Co 11 24-25.

6. Cf. Gn 1 1 – 2 3.

7. Cf. Gn 2 2-3.

8. Catéchisme de l’Église catholique, n. 2172.

9. Jean-Paul II, op. cit., n. 7 (loc. cit., p. 660).

10. Ibid., n 87 (loc. cit., pp. 680-681).