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Sermon pour le quatorzième Dimanche du Temps ordinaire (année B)

(Liturgie de la Parole : Ez 2 2-5 ; Ps 122 ; 2 Co 12 7-10 ; Mc 6 1-6)


« Un prophète n’est méprisé que dans son pays, sa famille et sa propre maison [1] »…

Qu’est-ce donc qu’un prophète qu’il doive, comme nécessairement, être méprisé même par ceux qui devraient le plus le chérir ? Quelle est cette force paradoxale qui le pousse à affronter, malgré sa faiblesse, la puissance de la multitude ?

Aucune religion ne possède l’équivalent de ce que fut le prophétisme en Israël. Si le roi ou le prêtre pouvaient humainement établir leur légitimité, le prophète, lui, était directement envoyé par Dieu. Il est un pur don de Dieu miséricordieusement accordé pour rappeler les droits de Dieu et ceux de l’homme. Tout notre humanisme, d’ailleurs, découle de la prédication des prophètes… Le prophète ne parle pas au nom d’une délégation humaine, mais au nom même de Dieu qui a le pouvoir de faire ce qu’Il dit ; aussi le Message qu’il transmet ne se réduit-il pas à des mots, mais se vérifie-t-il dans le concret de la vie, à commencer par celle du prophète qui fait corps avec le message qu’il annonce, au point de partager l’accueil ou le refus réservé à son message.

Dieu ne laisse guère espérer aux prophètes le succès de leur mission ; ainsi dit-Il à Ézéchiel : « Tu leur diras : “Ainsi parle le Seigneur Dieu… qu’ils écoutent ou qu’ils n’écoutent pas [2]”… » Jésus en fait même une maxime : « Un prophète n’est méprisé que dans son pays, sa famille et sa propre maison [3] »… Mais la parole prophétique transcende ses résultats immédiats : « Ils sauront qu’il y a un prophète au milieu d’eux [4] » ; elle vise le salut, qui s’accomplira en Jésus-Christ, et finalement nous concerne…

Le prophète est haï parce qu’il suffit de dire la vérité pour être haï. Jésus disait : « Le monde Me haït parce que J’atteste que ses œuvres sont mauvaises [5]. » Non seulement le prophète se permet d’intervenir sans y être invité, mais il place son interlocuteur devant le choix radical de devoir se convertir ou encourir en toute connaissance de cause la culpabilité de ses actes dévoilée. Comme Marie à Lourdes, il répète : « Pénitence, pénitence, pénitence », et annonce le châtiment comme conséquence de l’impiété. Jésus reprend à Son compte la critique des prophètes, dénonce les mauvais pasteurs, qui non seulement n’entrent pas dans la connaissance de Dieu, mais empêchent les autres d’y entrer, Il fustige les riches inconscients de leurs devoirs et Se met en colère devant l’hypocrisie religieuse, Il béatifie les doux et exalte les humbles.

Jésus a tellement été haï que sait Jean a écrit de Lui : « Il est venu chez les Siens, et les Siens ne L’ont pas reçu [6]. » Est-Il mieux reçu aujourd’hui lorsqu’Il Se rend présent dans Son Église ? Hélas, il suffit de lire ce que nous révèlent les mystiques, les prophètes de la Nouvelle Alliance, telle sainte Marguerite-Marie à Paray-le-Monial, pour reconnaître que Jésus souffre toujours de n’être point accueilli : « Voici ce Cœur qui vous a tant aimés, et qui en retour n’en reçoit qu’ingratitudes et indifférences. » Nous-mêmes, Le recevons-nous vraiment, si nous ne prenons pas le temps de nous préparer à vivre la Messe, si nous ne prenons pas le temps après la communion d’adorer Jésus dans notre cœur ? L’action de grâce après la Messe n’est pas moins nécessaire que sa préparation, puisqu’elle permet précisément à la Grâce d’agir… Que de grâces si chèrement payées par le Sacrifice de Notre Seigneur perdues par cette folle insouciance qui nous fait préférer sitôt la Messe finie les joies extérieures au seul vrai Bien ! Jean-Paul II nous dit :

« Jésus nous attend dans ce sacrement de l’amour. Ne mesurons pas notre temps pour aller Le rencontrer dans l’adoration, dans la contemplation pleine de foi et prête à réparer les grandes fautes et les grands délits du monde. Que notre adoration ne cesse jamais [7] ! »

Recevons-nous vraiment Jésus si notre conscience nous avertit que nous ne conformons peut-être pas notre vie aux exigences de Sa loi d’amour ? Le recevons-nous vraiment dans la personne de l’étranger, du nécessiteux, de l’enfant à naître ? En vertu de notre baptême, nous sommes solidaires de la mission prophétique du Christ qui a dit à Ses disciples : « Vous serez haïs de tous à cause de Mon Nom [8] » ; où en sommes-nous du témoignage que nous avons à rendre à la Vérité, qui est reproche [9] ?

« Si Je ne leur avais pas parlé, ils n’auraient pas de péché ; mais maintenant ils n’ont pas d’excuse à leur péché, c’est pourquoi ils Nous haïssent, Moi et Mon Père [10]. »

Le prophète est rejeté parce qu’il révèle le péché. Cela blesse l’orgueil de l’homme, qui, dans l’aveuglement où jette le péché, se prend pour Dieu, pouvant faire ce qu’il veut sans avoir de comptes à rendre à personne. Mais le refus de la Vérité met l’homme en contradiction avec lui-même et le conduit à la mort. Dans l’impuissance où se trouve alors l’homme soumis au joug du péché, se fait jour, grâce encore à la prédication des prophètes, l’espérance en la Miséricorde divine. Car si Dieu est en droit d’exiger un comportement digne de la nature et de la dignité humaines, la justice ne saurait cependant être le fondement de sa relation avec l’homme, puisque c’est par amour, librement et gratuitement, qu’Il l’a créé…

Pour retrouver ce fondement originel et permanent de notre être en relation nécessaire avec Dieu, il faut donc reconnaître son péché et croire en la Miséricorde divine qui sauve et justifie gratuitement le pécheur repentant. Cela demande un cœur d’enfant, pauvre et confiant. La vraie grandeur de l’homme est de reconnaître sa petitesse. En acceptant sa petitesse, l’homme peut alors recevoir le témoignage de la grandeur de Dieu. C’est ce qu’enseignait Jésus à Paul : « Ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse [11]. » Ce que déjà Il avait enseigné en disant : « Quiconque n’accueille pas le Royaume des Cieux en petit enfant n’y entrera pas [12] », ou encore : « Je Te bénis Père, Seigneur du Ciel et de la terre, d’avoir caché les mystères du Royaume aux sages et aux savants et de les avoir révélés aux tout-petits [13]. » Être petit, écrivait sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, « c’est reconnaître son néant, attendre tout du bon Dieu comme un petit enfant attend tout de son père ; c’est ne s’inquiéter de rien, ne point gagner de fortune, […] ne point s’attribuer à soi-même les vertus qu’on pratique [14]. »

« Le seul désir d’être victime suffit, mais il faut consentir à rester pauvre et sans forces et voilà le difficile [15]. »

« C’est si doux de se sentir faible et petit [16] ! »

« Que je suis heureuse de me voir imparfaite et d’avoir tant besoin de la miséricorde du bon Dieu au moment de la mort [17] ! »

« Le Tout Puissant a fait de grandes choses en l’âme de l’enfant de sa divine Mère, et la plus grande c’est de lui avoir montré sa petitesse, son impuissance [18]. »

Lorsque l’âme écrasée par sa misère et sa faiblesse expérimente qu’elle ne peut jouir du seul vrai bien qui est Dieu, elle n’a alors d’autre recours que d’espérer en la Miséricorde divine, et cette espérance, lorsqu’elle est vraiment pure de tout autre désir, touche le Cœur de Dieu et obtient tout de Lui. C’est ce qui faisait dire à saint Paul : « Lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort [19]. »

Moins l’âme possède de biens, plus elle possède de capacité pour espérer ; c’est pourquoi saint Paul mettait son orgueil dans sa pauvreté et dans tout ce qui l’humiliait. Son trésor était cette pauvreté à laquelle est promis le Royaume de Dieu : « Bienheureux les pauvres en esprit, le Royaume des Cieux est à eux [20]. » Dans ce sens, la petite Thérèse a écrit :

« Quel bonheur d’être humiliée, c’est la seule voie qui fait les saints ! […] Oh ! ne perdons pas l’épreuve que Jésus nous envoie, c’est une mine d’or à exploiter [21] ! »

Nos faiblesses ne doivent jamais nous décourager, puisque c’est précisément à cause de notre misère et de notre indignité que Dieu a fixé les yeux sur nous et S’est incarné pour nous ramener à Lui. Ce n’est pas ce que nous sommes qui Le fait nous aimer, mais ce que nous ne sommes pas, c’est-à-dire notre misère et notre rien, car alors Il trouve où placer Sa Grandeur et Sa Bonté. La plus grande joie de Jésus n’est pas seulement de donner mais de pardonner, car alors Il peut donner encore plus et révéler ainsi davantage la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur de Son amour infini… Jésus désire nos misères et nos faiblesses, nos fautes et nos péchés, Il supplie qu’on les Lui donne tous et que nous ne gardions que la confiance en Son Cœur. Mais que l’Amour de Jésus est méconnu ! Son Cœur est le trône de la Miséricorde où les plus misérables sont les mieux reçus, pourvu qu’ils viennent se perdre en cet abîme d’amour ! Mettons toute notre confiance en Sa Miséricorde infinie et ne perdons jamais de vue notre profonde misère, c’est ainsi que nous arriverons au port du Salut ! Amen.

1. Mc 6 4.

2. Ez 2 4-5.

3. Mc 6 4.

4. Ez 2 5.

5. Jn 7 7.

6. Jn 1 11.

7. Jean-Paul II, Lettre Dominicæ Cenæ, 24 février 1980, n. 3 (La Documentation catholique, n. 1783, 6 avril 1980, p. 302).

8. Mc 13 13.

9. Cf. Jn 18 37.

10. Jn 15 22-23.

11. 2 Co 12 9.

12. Mc 10 15.

13. Mt 11 25.

14. Ste Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte-Face, Carnet jaune, 6 août 1897, n. 8 (Œuvres complètes, Paris, Cerf/DDB, 1992, p. 1082).

15. Id., Lettre LT197 à Sœur Marie du Sacré-Cœur, 17 septembre 1896 (op. cit., p. 553). Les italiques sont dans le texte.

16. Id., Carnet jaune, 5 juillet 1897, n. 1 (op. cit., p. 1024).

17. Id., Carnet jaune, 29 juillet 1897, n. 3 (op. cit., p. 1063).

18. Id., Ms C f° 4r (op. cit., p. 239). Les italiques sont dans le texte.

19. 2 Co 12 10.

20. Mt 5 3.

21. Ste Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte-Face, Lettre LT82 à Céline, 28 février 1889 (op. cit., p. 381).