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Sermon pour le vingt-et-unième Dimanche du Temps ordinaire (année B)

(Liturgie de la Parole : Jos 24 1…18 ; Ps 33 ; Ep 5 21-32 ; Jn 6 60-69)


Sans aucun doute le dénominateur commun à toutes les lectures que nous venons d’entendre est le thème de l’Alliance. Alliance que toutes les tribus d’Israël réunies par Josué à Sichem célèbrent en choisissant de servir à nouveau le Seigneur pour leur Dieu. Alliance de l’homme et de la femme. Alliance du Christ et de l’Église. Alliance nouvelle et éternelle scellée dans le Sang du Christ. Ainsi, comme le chante le psaume, de la Genèse à la plénitude des temps, le Seigneur est fidèle à Son Alliance : Il rachète Ses serviteurs [1]. Le thème de l’Alliance est le thème central de toute l’Écriture, et la Création comme l’Histoire ne peuvent se comprendre sans lui.

En effet, toute créature ne peut vivre qu’au sein d’un tissu d’interdépendances, ce qui chez les créatures douées de liberté s’exprime par des alliances – une alliance étant une union contractée sur la base d’un engagement mutuel. Il en est ainsi parce que Dieu notre Créateur n’a pu trouver qu’en Lui-même le modèle de ce qu’Il créait, et qu’Il est précisément Lui-même une Communion de Personnes libres qui S’aiment… Or l’Amour s’engage. Car c’est pour lui le moyen de se donner et de se réaliser dans la liberté ! C’est pourquoi l’on peut dire que Dieu S’est engagé vis-à-vis de Sa création et particulièrement de nous-mêmes qui en sommes les destinataires. Sinon Il ne nous aurait pas créés. S’Il nous a créés, c’est bien pour un but, et comment ne serait-Il pas fidèle au but que Lui-même S’est fixé ? Et quel est ce but ? Ce but est de nous donner d’entrer dans une vie d’amour éternel avec Lui-même, figurée dès l’origine par le mariage, et que Jésus a définitivement conclu en notre nom au prix de Son Sang ! Un peu comme des parents font baptiser leur enfant et espèrent que celui-ci ratifiera un jour personnellement la foi professée en son nom pour entrer dans la vie avec Dieu inaugurée au jour de son baptême. Cette vie « figurée dans le mariage » ne l’est pas au seul titre d’une image extérieure au modèle, puisque, par l’Incarnation du Fils de Dieu, l’humanité s’est trouvée du même coup élevée à la dignité de partenaire de Dieu ! En conséquence de quoi, le mariage et la famille, voulus dès l’origine, ont non seulement, par l’œuvre du Christ, été guéris de la blessure du péché et ramenés à leur origine, mais encore conduits à reproduire et réaliser l’unité du Christ et de l’Église, et la participation à l’unité des Trois Personnes divines ! Que « ce mystère est grand [2] » ! Dans la communion du Christ et de l’Église, il n’y a plus d’opposition, d’ambigüité, de concurrence entre l’amour de Dieu et l’amour de son conjoint ! Aimer son conjoint, c’est aimer Dieu, et aimer Dieu, c’est aimer son conjoint ! Oui, que « ce mystère est grand » !

Dieu est fidèle au projet de Son Amour, et, pour réparer les ruptures d’Alliance que sont nos péchés, Il est venu souffrir tous nos manques d’amour, et les détruire par Son pardon ! Y a-t-il un plus grand amour que de donner sa vie pour des pécheurs [3] ? « La preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs [4] » ! Par Sa mort, le Christ S’est donné à l’Église, la Communauté de ceux qui L’accueillent avec foi et amour, et Il est ainsi devenu dans l’ordre terrestre le modèle et la source de l’amour par et pour lequel nous avons été créés. Saint Jean a écrit : « Voici à quoi nous avons reconnu l’amour : Lui, Jésus, a donné Sa vie pour nous. Nous devons, nous aussi, donner notre vie pour nos frères [5]. » Voilà pourquoi saint Paul fait référence au Christ pour déterminer de quelle façon les couples chrétiens doivent s’aimer… Et en effet, comment comprendre ce qu’est le mariage si l’on ne connait pas ce qu’est l’Amour ? Inversement, comment parler de l’Amour sans parler de mariage, d’alliance ? Le Christ est venu rétablir l’humanité dans sa vocation à l’amour telle que le mariage depuis l’origine de l’humanité en témoigne. Il s’ensuit qu’il nous faut désormais aimer « par respect pour le Christ [6] » et « à l’exemple du Christ [7] ».

Le mariage est une institution divine, et non pas un produit culturel que l’État aurait le pouvoir de bricoler à sa guise. L’État a bien plutôt le devoir de défendre et de promouvoir ce qui est le fondement de la cellule de base de la société. Mais notre époque, marquée par les revendications d’un féminisme à tout crin, de la lutte des classes reconvertie en égalitarisme négateur des différences naturelles, comme l’homosexualité affichée le réclame honteusement, se scandalise que saint Paul ait écrit que les femmes doivent être soumises à leur mari… imitant dans le mariage le rôle de l’Église vis-à-vis du Christ, tandis que les maris doivent à leur égard imiter l’amour du Christ vis-à-vis de l’Église. Le problème posé est de justifier la différence intangible des rôles respectifs du mari et de la femme, alors que l’un et l’autre sont l’objet du même amour de la part du même et unique Seigneur…

L’explication tient en ce que si le Christ aime l’Église jusqu’à lui donner, tel un époux à son épouse, Son Corps, pour ne faire plus qu’« une seule chair [8] » avec Ses disciples, tandis qu’eux-mêmes s’offrent à Lui en hosties vivantes et saintes, il revient cependant au Christ d’être la tête de l’Église en raison de la supériorité de Sa nature. On voit mal en effet l’Église jouer vis-à-vis du Christ le rôle qu’Il joue vis-à-vis d’elle ! Étant Dieu, il appartient certainement au Christ de diriger l’Église comme il appartient à la tête de diriger le corps. Eh bien, autant cette différence de nature est irréductible, autant est essentielle la distinction des rôles masculin et féminin. Car elle permet de réaliser dans le mariage l’unité dans la différence… ce qui est le propre de l’Amour ! Pour autant, la supériorité de la nature divine du Christ sur celle de l’Église n’infère pas la supériorité de l’homme sur la femme, puisque le Christ possède également la nature humaine, et que par elle Il S’unit à l’Église, Se rendant semblable à elle comme Il la rend semblable à Lui. Cette union réalise l’égalité effective, élevant l’Église au partage de Sa propre nature divine… L’amour rend commun ce qui appartient à chacun. La différence d’ordre entre l’homme et la femme se résout donc dans l’amour et en est la condition… Qui se plaindrait d’avoir à jouer sa partition, quelle qu’elle soit, dans le grand concert de l’Amour où tout est à tous ? Celui qui le ferait, ne se rendrait-il pas indigne de jouer cette partition, quelle qu’elle soit ? Car rien n’est petit ou méprisable dans l’Amour. Lucifer était la plus belle des créatures, et cela ne lui a pas suffit ! Aussi s’est-il exclu lui-même du grand concert d’amour de la Création de Dieu. Par contre, le Christ, Lui, S’est soumis en tout au Père, manifestant dans le temps ce qu’Il vit dans l’éternité, et Il n’en était pas moins pour autant un seul et même Dieu avec le Père ! Ainsi, la soumission de la femme envers son mari s’origine dans l’imitation de l’amour même du Christ, et le mari n’est donc pas le seul à imiter dans le couple l’amour du Christ ! Bien plus, il doit lui-même, à cause de l’imitation même du Christ, se livrer pour son épouse, comme le Christ S’est livré pour l’Église, allant jusqu’à la mort de la Croix pour elle !

Et pour que l’Amour soit vrai, c’est-à-dire éternel, il faut bien que les Personnes divines ne cessent pas de se donner éternellement dans leur différence, telles qu’Elles sont. Ce qui dans l’ordre terrestre implique que les personnes humaines acceptent d’être, elles aussi, à jamais, soit homme, soit femme. C’est donc cette différence irréductible au niveau de l’être des personnes, condition de la possibilité même de l’amour, qui fonde la distinction de leur rôle au niveau de la relation conjugale. Et si quelqu’un se permet de refuser son identité sexuelle, il rejette par le fait même l’éternelle distinction des Personnes divines à l’image de Qui nous avons été créées [9], c’est-à-dire l’Amour Lui-même. Le Père n’est pas le Fils ni le Saint-Esprit, le Fils n’est ni le Père ni le Saint-Esprit, et le Saint-Esprit n’est ni le Père ni le Fils, et aucun d’eux n’est supérieur à l’autre, mais Ils sont tous les Trois une seule et même substance, une seule et même divinité. Tout en eux est un, là où l’opposition constituée par les relations le permet. Oui, « ce mystère est grand [10] » !

Pour conclure, j’invite les couples chrétiens à renouveler les promesses de leur mariage. De même qu’il est notoire que si presque tous les chrétiens sont infidèles à Jésus-Christ, cela vient de ce qu’ils ne renouvellent pas les promesses de leur baptême, de même la dégradation actuelle de la vie conjugale et familiale des chrétiens eux-mêmes vient certainement de ce qu’ils n’imitent pas ce que firent les tribus d’Israël à Sichem ! C’est-à-dire qu’ils négligent de renouveler, au moins au jour anniversaire, les promesses qu’ils se sont faites – et avec Dieu – au jour de leur mariage. Et il n’y avait pas que les tribus d’Israël à ratifier régulièrement l’Alliance qui les liait au Seigneur, laquelle leur assurait Ses bienfaits via leur fidélité ; Jésus-Christ Lui-même n’a-t-Il pas demandé que l’on célébrât la Messe « en mémoire de Lui [11] » ? Pourquoi renouveler ainsi l’Alliance conclue jadis, sinon pour y puiser la grâce que le Dieu vivant y offre sans cesse ? « Les paroles [de l’Alliance] sont esprit et elles sont vie. C’est l’Esprit qui fait vivre, la chair n’est capable de rien [12]. » Celui qui n’aime pas, renouvellera-t-il l’Alliance ? Celui qui aime ne peut donc que la renouveler, sous peine de ne pas donner la preuve de sa fidélité ! Et comment prendrait-il ce risque ?

Prions pour que chaque famille chrétienne devienne de plus en plus ce qu’elle est appelée à être : une révélation et une réalisation spécifique de la communion ecclésiale, une « Église domestique », dont le Seigneur Jésus soit vraiment le Dieu ! Que les familles chrétiennes dévoilent toujours à l’Église ce qu’elle est conviée à vivre avec le Christ, quelle est sa nature – d’être le Corps du Christ –, quelle est sa mission : révéler l’Amour du Christ ! Que les époux chrétiens, par leur amour chaste et fécond, indissoluble et fidèle, libre et confiant, soient, en ce monde qui en a tant besoin, les véritables missionnaires de l’amour et de la vie ! Ainsi soit-il !

1. Cf. Ps 33 23.

2. Ep 5 32.

3. Cf. Jn 15 13 ; Rm 5 8.

4. Rm 5 8.

5. 1 Jn 3 16.

6. Ep 5 21.

7. Ep 5 25.

8. Gn 2 24.

9. Cf. Gn 1 26-27.

10. Ep 5 32.

11. Cf. 1 Co 11 24-25.

12. Jn 6 63.