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Sermon pour la solennité du Christ Roi de l’univers (année B)

(Liturgie de la Parole : Dn 7 13-14 ; Ps 92 ; Ap 1 5-8 ; Jn 18 33-37)


En ces temps hérités de la Révolution qui avait, et qui a toujours, pour devise « Ni Dieu, ni maître », l’Église nous appelle à renouveler notre confiance en Jésus-Christ Roi de l’Univers, Souverain de tous les rois de la terre. Car connaître le Christ et se soumettre au joug très doux de Sa domination éternelle, c’est échapper à la tyrannie du Prince de ce monde, d’autant plus efficace qu’elle se prétend libérale, et entrer, avec tous les saints, dans la Félicité bienheureuse du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

Jésus-Christ est Roi, et Il l’est à plus d’un titre. D’abord en raison de Sa nature divine, par laquelle tout ce qui existe Lui est nécessairement soumis, car tout ce qui existe, existe par Lui et pour Lui [1]

Jésus est encore Roi en raison de la dignité de Sa nature humaine qui, unie à Sa nature divine, en a reçu une noblesse incomparable… royale ! C’est ce que vit Daniel : « un Fils d’homme », venant sur les nuées du ciel, à Qui « fut donné domination, gloire et royauté ; tous les peuples, toutes les nations et toutes les langues Le servirent [2] ». Après l’assomption de Son humanité dans la gloire divine, c’est en tant qu’homme qu’Il est le Tout-Puissant. « Tout pouvoir M’a été donné au ciel et sur la terre [3]. » Toute l’Écriture Sainte, avec le psaume de ce jour, rend témoignage à la Royauté de Jésus : « Le Seigneur est Roi, […] dès l’origine Ton trône tint bon [4] », Lui qui par l’ascendance de Son père Joseph est déjà Fils du roi David.

Jésus est enfin Roi par droit de conquête, car Il a, au moyen de Sa croix et du témoignage qu’Il a ainsi rendu à la Vérité, vaincu le Prince de ce monde qui tenait l’humanité entière captive de ses mensonges et esclave de l’ignorance. Lui, « le Témoin fidèle [5] », est venu rétablir la vérité. La royauté du Christ est la royauté de la Vérité qui règne par la seule force de conviction qu’exerce la vérité sur les intelligences et les cœurs… « Je suis roi [et] Je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la Vérité. Tout homme qui appartient à la Vérité écoute Ma voix [6] »… Quelle bonne nouvelle pour nos contemporains qui doutent de pouvoir jamais connaître où est le vrai et où est le faux et si quelque chose est certain ! Car si rien de certain ne peut être affirmé, alors la vie humaine n’a pas non plus de but certain, et donc de raison de vivre valable ; voila ce qui conduit, notamment notre jeunesse, au désespoir et à la révolte. En venant rendre témoignage à la Vérité, le Christ résout le problème le plus fondamental de la vie humaine. « Dès lors, plus de mensonge, mais que chacun dise la vérité à son prochain [7] »…

Comme tout roi, le Christ possède le triple pouvoir de légiférer, juger et faire exécuter Ses sentences. Il est législateur par la loi naturelle qui régit l’univers entier en sa si riche diversité, et Il est législateur dans l’ordre surnaturel, par le Décalogue et la Loi Nouvelle de l’Évangile. « Si vous M’aimez, vous garderez Mes commandements [8]. » Il est juge : « Le Père ne juge personne, mais Il a donné au Fils le jugement tout entier [9] », affirme-t-Il. Ce jugement est d’ordre surnaturel parce qu’il concerne les âmes, mais il est aussi d’ordre naturel parce qu’il est « inséparable [du] droit de récompenser ou de châtier les hommes, même durant leur vie [terrestre] [10] », écrit Pie XI, à qui nous devons l’institution de cette fête du Christ Roi. L’enseignement du pape condamne donc celui de certains chrétiens qui voudraient que le Christ ne châtie pas ici-bas Ses sujets. Mais s’Il ne châtiait pas, Il ne devrait pas non plus récompenser, et en somme Il Se désintéresserait de la marche de l’humanité. Sainte Jeanne d’Arc et Notre-Dame du Rosaire sont là pour nous rappeler le contraire. Cette hérésie qui prétend si bien séparer le domaine temporel du domaine spirituel s’appelle le « laïcisme [11] », et c’est pour la combattre que cette fête du Christ-Roi a été instituée… Jésus exerce enfin Son pouvoir exécutif dans l’ordre surnaturel par Sa grâce, les sacrements, et l’exécution des sentences judiciaires qu’émet Son Église (« Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié au Ciel [12] »), et Il l’exerce dans l’ordre naturel par Sa divine Providence dont la sollicitude embrasse aussi bien les plus grands événements de l’histoire que les plus infimes. On entend parfois : « Oh, le bon Dieu, Il ne S’occupe de ça », comme si quelque chose pouvait exister sans Lui ! Serait-Il le Tout-Puissant si quelque chose, si infime soit-il, pouvait Lui échapper ? « Pas un moineau ne tombe à terre que Dieu ne le sache, et vos cheveux même sont tous comptés [13]. » En fait, Il est si puissant qu’Il fait servir même le mal au bien de ceux qui L’aiment [14].

La royauté du Christ est donc universelle et ne connaît aucune limitation de temps, de lieu ou de personne… Et si Jésus répond à Pilate que Sa royauté n’est pas de ce monde [15], cela ne signifie pas que Jésus n’exerce pas Sa royauté en ce monde, mais que Sa royauté est d’origine divine et qu’en conséquence nul ne peut la Lui ravir. C’est pourquoi Il n’a nul besoin que des gardes se battent pour Lui… Par contre, Il a besoin que nos intelligences s’ouvrent à Son témoignage. Nous devons croire, avec une complète soumission, d’une adhésion ferme et constante, les vérités que Jésus nous a révélées et que l’Église enseigne en Son nom. « Qui vous écoute, M’écoute [16]. » Il faut que Jésus règne sur nos volontés, alors nous accomplirons les commandements de Dieu. Il faut que Jésus règne sur nos cœurs, afin que nous sacrifions nos affections naturelles et aimions Dieu par-dessus toutes choses, nous attachant à Lui seul. Il faut qu’Il règne sur nos corps, qui serviront ainsi d’instruments de justice au service de Dieu et de la sanctification de nos âmes.

Cette fête du Christ-Roi nous invite à « combattre, vaillamment et sans relâche, sous les étendards du Christ-Roi [17] », afin que Son règne vienne… « sur la terre comme au Ciel [18] »… Nous disons cette prière chaque jour, mais comprenons-nous ce que cela implique pour nous ? Pour les laïcs, être fidèle au caractère royal de leur baptême, cela ne signifie pas seconder les prêtres dans leur ministère, mais agir sur le terrain de la vie publique. Jean-Paul II écrit dans Christifideles laici que « les fidèles laïcs ne peuvent absolument pas renoncer à la participation à la “politique”, à savoir à l’action multiforme, économique, sociale, législative, administrative, culturelle [19] », tant il est vrai que « de la forme donnée à la société, conforme ou non aux lois divines, dépend et découle le bien ou le mal des âmes [20] »… Il est quasiment impossible, en effet, à la grande majorité des hommes d’observer les commandements divins dans une société qui n’est pas chrétienne, dans une société dont les institutions sont moralement perverties ou idéologiquement faussées. Aussi, ceux qui militent sous la bannière du Christ-Roi ne peuvent-ils absolument pas s’abstenir de lutter de tout leur pouvoir pour créer des conditions sociales qui permettent au plus grand nombre de sauver leur âme.

Léon XIII écrivait :

« [Ceux] qui pensent qu’il n’est pas opportun de résister de front à l’iniquité puissante et dominante, de peur, disent-ils, que la lutte n’exaspère davantage les méchants, [ceux] qui font semblant d’ignorer que tout chrétien doit être un vaillant soldat du Christ, ceux qui prétendent obtenir les récompenses promises aux vainqueurs en vivant comme des lâches et en s’abstenant de prendre part au combat, ceux-là, non seulement ne sont pas capables d’arrêter l’invasion de l’armée des mauvais, mais ils secondent ses progrès [21]. »

Que Notre-Dame ait pitié de nous et nous obtienne que son Fils règne en nous ! Que tout en nous soit à Lui et par Lui au Père dans l’unité du Saint-Esprit ! Qu’il ne reste plus rien en nous qui ne soit totalement à Lui, et que par nous Il puisse ainsi régner autour de nous en tout ce qu’Il nous donne et que nous devons Lui offrir en retour. Ainsi soit-il !

1. Cf. Jn 1 1.

2. Dn 7 13-14.

3. Mt 28 18.

4. Ps 92 1-2.

5. Ap 3 14.

6. Jn 18 37.

7. Ep 4 25.

8. Jn 14 15.

9. Jn 5 22.

10. Pie XI, Lettre encyclique Quas primas, 11 décembre 1925, n. 10 (La Documentation catholique, n. 320, 30 janvier 1926, col. 264).

11. Ibid., n. 18 (loc. cit., col. 269).

12. Mt 18 18.

13. Mt 10 29-30.

14. Cf. Rm 8 28.

15. Cf. Jn 18 36.

16. Lc 10 16.

17. Pie XI, op. cit., n. 19 (loc. cit., col. 269-270).

18. Mt 6 10.

19. Jean-Paul II, exhortation apostolique Christifideles laici, 30 décembre 1988, n. 42 (La Documentation catholique, n. 1978, 19 février 1989, p. 181). Les italiques sont dans le texte.

20. Pie XII, radio-message La solennita, 1er juin 1941, n. 3 (La Documentation catholique, n. 969, 21 juillet 1946, col. 791).

21. Léon XIII, Lettre encyclique De præcipuis civium Christianorum officiis, 10 janvier 1890 (Lettres apostoliques de Léon XIII. Encycliques, brefs, etc., Paris, La Bonne Presse, s. d., t. II, p. 287).