Logo Regnat
Best viewed with God
Gratuité évangélique
Jésus
Viewable With Any Browser Campaign
CSS valide
Valid XHTML 1.0 Transitional

Sermon pour le deuxième Dimanche du Temps ordinaire (année C)

(Liturgie de la Parole : Is 62 1-5 ; Ps 95 ; 1 Co 12 4-11 ; Jn 2 1-12)


Les lectures d’aujourd’hui nous invitent à méditer le mystère de la nuptialité, réalité si riche et fondamentale qu’elle se décline aussi bien dans l’union conjugale que dans la relation du Christ, Nouvel Adam, et de sa Mère, Nouvelle Ève, mais encore dans l’union de la Divinité et de l’humanité en l’unique Personne du Christ, comme dans l’union du Christ et de l’Église… Autant d’unions qui, telles des étapes, nous relient au Dieu-Trine, Principe d’unité.

« Comme un jeune homme épouse une jeune fille, Celui qui t’a construite t’épousera. Comme la jeune mariée est la joie de son mari, ainsi tu seras la joie de ton Dieu [1]. »

Cette phrase tirée de la première lecture nous révèle que l’alliance conjugale, source et accomplissement naturel de notre existence humaine, n’est cependant pas une fin en elle-même, mais le chemin ordinaire conduisant à Dieu, qui est l’Amour même [2]. Frères et sœurs, pourrions-nous désirer quelque chose de plus beau que de devenir la joie même de Dieu… comme des amoureux, mieux, comme des époux le sont l’un pour l’autre ? N’être plus qu’un avec Lui, être semblable à Dieu… Frères et sœurs, laissons-nous emporter par cet appel à l’Amour divin, croyons que notre désir d’un bonheur infini n’est pas une cruelle chimère… mais la réelle capacité que Dieu nous donne de devenir « participants de [Sa] divine nature [3] », dont le mariage dessine ici-bas l’esquisse !

Avec Jésus, nous sommes nous aussi invités à des noces, et nous ne pourrons bien les célébrer que si nous les vivons dans la perspective de notre union éternelle avec Dieu. Grâce à l’Amour qui rend Un ceux qui s’aiment, grâce au même Dieu qui agit en tous, toute une série d’alliances successives conduit Dieu à Se donner à nous : union de Sa Divinité à notre humanité, de Son Humanité à Son Corps eucharistique, de Son Corps eucharistique à nos personnes, union qui constitue l’Église. Tandis que l’humanité, elle aussi, par une série d’alliances successives est élevée jusqu’à s’unir à son Créateur en un même et unique Esprit : union de la chair à la chair qui ne fait qu’« une seule chair [4] », union de la chair et de l’esprit pour former une personne, unifiée, capable de se donner, et union de l’esprit à Dieu. « Comme Toi, Père, Tu es en Moi et Moi en Toi, qu’eux aussi soient en Nous [5]. » Ces alliances sont comme autant de barreaux reliant d’une échelle les montants du Ciel qui descend et de la terre qui s’élève.

Aussi bien, sceller l’alliance du mariage, c’est emprunter l’échelle du Paradis pour peu que l’on ne s’arrête pas au premier barreau. En effet, si « Dieu est Amour [6] » et si Dieu est unique, alors nous ne pouvons pas nous aimer sans aimer Dieu, sans nous aimer de l’Amour dont Dieu nous aime. Qui prétendrait distinguer l’amour conjugal de l’amour tout court ? Laisser Dieu aimer en nous, voilà le premier secret de tout amour réussi, qu’il soit conjugal, paternel, maternel, filial, fraternel ! Que nous soyons époux ou épouse, parent, enfant, frère ou sœur, nous ne vivrons l’unique Amour qu’en demeurant continuellement relié à Dieu ! Deuxième secret de tout amour réussi : la prière ! Dans sa dernière Lettre apostolique, Novo Millennio ineunte, Jean-Paul II vient de demander aux chrétiens de s’enraciner « dans la contemplation et dans la prière [7] » en vue de la sainteté, ce qui, ajoute-il, suppose « d’apprendre à prier », tant « la prière [n’est pas] évidente [8] ». « Pour bien prier, il faut prier longtemps », disait Mère Teresa. Connaître le mystère de l’Amour, révélé dans le Christ, en qui sont unies la nature divine et la nature humaine, n’est possible qu’à travers l’expérience du silence, de la prière, et de l’écoute de la Parole de Dieu considérée comme « une rencontre vitale […] qui oriente […] l’existence [9] ». Chacun des époux doit accepter ces temps où son conjoint ferme la porte de sa chambre « et prie [son] Père qui est là, dans le secret [10] », sachant qu’il ne pourra jamais pénétrer dans ce secret. Deux personnes, deux époux, ne sont cependant jamais plus unis que lorsque Dieu est Lui-même leur unité… Un peu comme deux rayons de bicyclette ne sont jamais plus proches l’un de l’autre que lorsqu’ils se rapprochent du moyeu de la roue, lequel est au centre de tout et unit chacun aux autres… De la qualité de notre prière dépend donc la qualité de nos relations, dans le mariage notamment. C’est parce que manque la relation indispensable à Dieu qu’est la prière que trop d’amours manquent leur envol vers l’éternité, et restent humains, quand encore ils ne deviennent pas inhumains…

Et ils le deviennent vite dès lors que la foi en Jésus ne sert plus de boussole. Alors d’autres « dieux » prennent la place. « Vu notre position… Nous avons des obligations mondaines. Nous avons un minimum de revenus à assurer. Nous avons droit à un minimum de confort, etc. » Tout cela n’est pas faux, mais enfin, rien de cela n’est Dieu… et Lui seul peut rendre heureux… Alors, disons plutôt : « En fait d’obligations mondaines, nous n’aurons que celles du Christ ; nous n’aurons de revenus que ceux de la pauvreté du Christ, et notre maison sera celle où le Christ pourra Se sentir chez Lui. » L’Évangile n’est jamais facultatif, et le Christ n’était pour autant ni un mauvais voisin, ni un homme triste, ni un miséreux…

Mais il est vrai qu’il y aura toujours loin de la réalité vécue à l’idéal de l’amour, et que depuis le péché originel tout amour est crucifié ; combien est alors précieuse la grâce de l’Esprit-Saint rappelant à notre cœur que le Christ est venu non pas récompenser mais sauver ! Parce que Jésus a fait de Son chemin de croix le chemin de l’Amour, la joie n’est pas liée aux réussites de l’amour, mais à l’amour même… Le Christ en Croix donne à l’échec de devenir l’occasion d’un amour plus grand encore, et donc d’une joie plus grande encore aussi ! Ne peut comprendre ici que celui qui sait ce qu’aimer veut dire !

Celui qui sait ce qu’aimer veut dire sait aussi que le pardon n’est pas de l’ordre de l’éventualité, mais une dimension constante de la vie commune, tant il est vrai qu’il n’y a pas de petites offenses, et que les petits égoïsmes quotidiens tuent plus efficacement l’amour qu’une spectaculaire tempête… Pardonner est d’abord être fidèle à soi-même, car, au jour du mariage, chacun a promis une fidélité inconditionnelle, fort de l’engagement même du Christ de conduire leur amour à la plénitude du « oui ». Pardonner ne donne ni un droit sur l’autre ni n’annule la nécessité de sa conversion. Le mariage est lié au temps qui passe, aussi, dans sa façon de le vivre, le chrétien recherchera tout ce qui appartient à l’éternité et à la totalité de l’amour, et évitera tout ce qui le retient dans ses étapes passagères. Un autre secret d’un mariage réussi est de savoir chaque soir se demander pardon.

À Cana, la Mère de Jésus avait été invitée. Comme Ève avait été donnée à Adam pour coopérer à l’œuvre de la Création, de même Marie est donnée à Jésus pour coopérer à l’Œuvre de la Rédemption. Et parce que, grâce à Marie, Dieu put réaliser l’union de Sa nature à notre nature en l’Incarnation de Son Fils, Marie possède tout pouvoir, par son Fils, même celui de changer de l’eau en vin, ce qui est le symbole de la transformation de l’Ancienne Alliance en la Nouvelle, de la crainte en la charité, des âmes remplies des larmes de leur componction en âmes remplies de la joie des Noces éternelles. Les âmes qui connaissent le secret de la dévotion à Marie obtiennent ainsi vite et très facilement la solution à leurs difficultés les plus impossibles… à la seule condition de faire tout ce que Jésus dit. Ce qui signifie que Dieu répond à la prière de Sa Mère en notre faveur, moyennant le mérite de nos efforts et le gage de notre bon vouloir. « Faites tout ce qu’Il vous dira [11]. » Faites tomber l’obstacle qui se dresse entre Lui et vous, votre volonté propre, source unique de tous vos péchés. Renoncez-vous vous-même, entrez dans la voie de l’obéissance, observez les commandements de Dieu et de l’Église, « faites tout ce qu’Il vous dira » !

1. Is 62 5.

2. Cf. 1 Jn 4 8, 16.

3. 2 P 1 4.

4. Cf. Gn 2 24.

5. Jn 17 21.

6. 1 Jn 4 8, 16.

7. Jean-Paul II, Lettre apostolique Novo Millennio ineunte, 6 janvier 2001, n. 15 (La Documentation catholique, n. 2240, 21 janvier 2001, p. 74).

8. Ibid., n. 32 (loc. cit., p. 79).

9. Ibid., n. 39 (loc. cit., p. 82).

10. Mt 6 6.

11. Jn 2 5.