Logo Regnat
Best viewed with God
Gratuité évangélique
Jésus
Viewable With Any Browser Campaign
CSS valide
Valid XHTML 1.0 Transitional

Sermon pour le seizième Dimanche du Temps ordinaire (année A)

(Liturgie de la Parole : Sg 12 13.16-19 ; Ps 85 ; Rm 8 26-27 ; Mt 13 24-43)


Les descriptions que nous donne Jésus du Royaume des Cieux nous révèlent l’Église : une réalité qui est du passé (« une graine a été semée [1] »), mais aussi du présent (« Le Royaume des Cieux est comparable [2]… »), et du futur immédiat (« quand elle a poussé, elle dépasse les autres plantes [3] ») ; elle est composée dans un premier temps de saints et de pécheurs, puis seulement de saints ; elle a son accomplissement lors de la fin du monde, dans l’éternité ; elle appartient aussi bien au Fils de l’Homme qu’au Père éternel. L’Église est donc le Royaume des Cieux inauguré ici-bas par Jésus… Quelle reconnaissance et quelle joie doivent être donc les nôtres d’avoir été choisis pour être membres de l’Église et, partant, citoyens du Royaume des Cieux, si toutefois notre âme se garde pure au milieu des souillures de ce monde ! Il ne faut point en effet imiter les serviteurs qui ont permis au diable de corrompre le champ du Seigneur ! Jean-Paul II a dit :

« La perte du sens moral, le matérialisme pratique, la crainte de ne pouvoir atteindre la vérité, mais également une recherche de spiritualité trop vague concourent à former ces courants de déchristianisation qui tendent à faire perdre à notre peuple la foi authentique dans le Christ comme Fils de Dieu et seul Sauveur [4]. »

Il est de la nature de l’Église d’amener le monde entier à son accomplissement, « jusqu’à ce que toute la pâte ait levé [5] » dit Jésus. C’est par la vertu de la Parole de Dieu donnée au monde que celui-ci s’humanise et redevient digne de Dieu. D’où l’importance pour les chrétiens de bien connaître la Bible, de s’en nourrir, chaque jour, car sans elle nul ne peut connaître le Christ. « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu [6]. » Si les chrétiens sont mélangés au reste des hommes, ils doivent cependant s’en distinguer, comme le levain se distingue de la pâte. « Ils ne sont pas du monde [7] », dit Jésus de Ses disciples. Et de même que le levain fait fermenter la pâte, de même les chrétiens doivent-ils transformer l’humanité en l’amenant à la conversion, et par là au Royaume des Cieux.

Certains se demandent pourquoi, si Dieu existe et s’Il est bon, Il n’extirpe pas le Mal de la surface de la terre. Jésus répond : parce que cela nuirait au bien même des bons ! Et en effet, le mal que subissent les Fils du Royaume ne sert qu’à fortifier leurs vertus et à accroître leurs mérites tandis que le temps laissé aux pécheurs leur permet de se repentir. Ainsi, tout tourne à la gloire de Dieu et de ceux qui L’aiment ! Il ne faut en effet jamais juger de ce qui est bien ou mal autrement qu’avec l’Esprit de Dieu, qui seul voit toutes choses en vérité et en fonction de l’éternité. L’éternité, voilà ce pour quoi Dieu nous a faits ! À travers le temps qui passe, Dieu donne à chacun de dessiner, au gré de sa liberté et au prix de sa responsabilité, son propre visage d’éternité… La liberté, et donc la volonté, voilà l’origine de la différence entre les fils du Royaume et les fils du Mauvais. Dieu n’a pas créé l’enfer ni destiné quiconque à y aller, mais, comme les anges, nous sommes des créatures douées de liberté, capables de nous ouvrir à Dieu et à Sa volonté, ou de Lui refuser notre amour, ce qui nous enferme en nous-mêmes et constitue le prodrome de l’enfermement éternel de l’enfer, éternel parce que Dieu que l’on a alors refusé est éternel. Dieu respecte infiniment le mystère de la liberté qu’Il nous a donnée, parce qu’elle est la condition de l’amour, que seul Dieu veut.

« Les fils du Mauvais [8] » dont parle Jésus sont donc les hommes qui se rendent eux-mêmes mauvais en imitant Satan dans son refus d’aimer Dieu et qui, dans sa haine de Dieu, a entrepris d’entraîner à sa suite toutes la Création. Tout le travail de l’enfer se traduit ici-bas par la haine du Christ, Dieu fait homme, et de Son Église, commencement de Son Royaume. Cette haine rejette tout l’ordre surnaturel de la grâce. Elle a donné naissance à toutes sortes d’ivraies : naturalisme, rationalisme, socialisme, révolution ou libéralisme. Toutes s’opposent radicalement à la foi chrétienne en haïssant tout ordre que l’homme n’a pas établi et dans lequel il n’est pas roi et dieu tout ensemble. Cette haine proclame la fondation de la société sur la seule volonté de l’homme, au mépris de celle de Dieu, la Vérité soumise au verdict de la majorité, les droits de l’homme sans les droits de Dieu. Voilà pourquoi elle s’appelle Révolution, c’est-à-dire renversement de l’ordre établi dans le champ du Seigneur, dans Son Église, Dieu détrôné et l’homme à Sa place…

Avez-vous remarqué comment le démon n’est pas nommé par Jésus dans la parabole, qui est une image, mais dans son explication… autrement dit : pour Jésus, le démon n’appartient pas à l’ordre des images, mais à l’ordre de la réalité… Or, aujourd’hui, ce naturalisme a si bien pénétré l’Église que même pour ceux qui prétendent expliquer l’Évangile, le démon et l’enfer n’existent plus !… Ce ne seraient là que des images, des façons de parler !… Mais si Satan et l’enfer n’existent pas, pourquoi le Christ est-Il mort ? Sa Mort est-elle seulement une image ou est-Il réellement mort ? Et s’Il mort, n’est-ce pas pour détruire les œuvres du diable ? Pourquoi a-t-Il fondé l’Église ? N’est-ce pas pour nous communiquer les fruits de Sa victoire ? Et l’actuelle situation de l’Église et du monde, comment l’expliquer en dehors du Bien et du Mal qui s’affrontent en un duel continuel, sans répit ? On ne parle plus des Fins dernières, du vrai Ennemi de l’homme, du péché avec lequel s’identifie l’œuvre de Satan. Ces vérités ont été crues pendant deux millénaires, et aujourd’hui on fait comme si ce n’étaient là que des fables d’un âge heureusement révolu ! La plus grande ruse du diable, c’est de faire croire qu’il n’existe pas. Alors, on ne se méfie pas de lui… et il a toute liberté pour agir… De même que les serviteurs de la parabole se sont endormis et ont ainsi permis à l’ennemi de corrompre le champ du Seigneur, de même aujourd’hui, par le rationalisme, l’esprit des chrétiens s’est endormi. Ne croyant plus à l’existence du diable, ils se laissent tromper, ils laissent leur âme être pervertie avec le monde. Ceci est la vraie cause de la ruine de l’Église, de la grave crise de la Foi qui pervertit d’autant plus que l’on nie cette crise ! Le début de tout mal réside toujours dans la distraction, qui conduit au relâchement de l’attention et finalement à abandonner la lutte… Il est bon de nous rappeler en ce temps de vacances que Satan ne prend jamais de vacances, et que les vacances sont pour un chrétien un temps de repos lui permettant de refaire ses forces en vue de la grande épreuve qu’est la vie sur la terre, d’où l’on ne sort vainqueur pour l’éternité que grâce au Sang de l’Agneau, dans le témoignage donné à la Parole de Dieu et par le mépris de sa propre vie jusqu’à en mourir.

Oh ! Comme nous devons prendre au sérieux le commandement du Seigneur : « Veillez [9] ! » Comment un chrétien pourrait-il n’avoir pas d’ennemis ?! Jésus Lui-même en a eu, et Il a dit :

« Vous serez haïs de tous à cause de Mon Nom. S’ils M’ont persécuté, vous aussi ils vous persécuteront ! Aimez vos ennemis [10]. »

Rien ne serait plus inquiétant dans le monde tel qu’il est si les chrétiens n’avaient pas d’ennemis ; ce serait la preuve qu’ils sont du monde et non pas du Christ ! « Si vous étiez du monde, le monde vous aimerait. Mais parce que je vous ai tirés du monde, le monde vous hait [11] », dit Jésus à Ses vrais disciples. Nous n’avons pas d’ennemis parce que nous les aimons, et nous en avons parce qu’ils se veulent tels, et si nous ne veillons pas, le champ du Seigneur, à commencer par notre âme, pourra en être bientôt totalement rempli… Jean-Paul II a écrit :

« L’Église reprend chaque jour son combat contre l’esprit de ce monde. […] Si d’un côté l’Évangile est présent et l’évangélisation se poursuit, d’un autre côté une puissante antiévangélisation ne désarme jamais. Elle dispose de moyens et de vastes programmes et elle s’oppose avec détermination à l’Évangile et à l’évangélisation [12]. »

N’écoutons pas cette voix qui nous dit que puisque le Maître a demandé à ce que l’on n’arrache pas la mauvaise herbe il n’y a rien à faire, qu’à laisser les choses aller, le mal s’aggraver, jusqu’au Jour du Jugement, car qui dira que le Maître ne souhaitait pas, justement, que ses serviteurs ne s’endormissent point et empêchassent alors l’ennemi de corrompre Son champ ?…

Heureux donc ceux qui prient, font pénitence et veillent sur l’héritage qui leur a été confié ! Ceux-là portent du fruit pour la plus grande gloire de Dieu et le salut du monde dans la connaissance véritable et l’amour de Notre Seigneur Jésus-Christ, venu nous arracher au pouvoir de Satan pour nous introduire dans le Royaume des Cieux ! Amen !

1. Mt 13 31.

2. Mt 13, 24, 31, 33.

3. Mt 13 32.

4. Jean-Paul II, Discours au clergé du diocèse de Rome, 13 février 1997, n. 5.

5. Mt 13 33.

6. Dt 8 3.

7. Jn 17 16.

8. Mt 13 38.

9. Mt 24 42, 25 13, 26 38.41 ; Mc 13 33.35.37, 14 34.38 ; Lc 21 36.

10. Cf. Mt 5 44, 10 22, 24 9 ; Mc 13 13 ; Lc 6 27, 21 17 ; Jn 15 20.

11. Cf. Jn 15 19.

12. Jean-Paul II, Entrez dans l’Espérance, Paris, Plon/Mame, 1994, p. 178.