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Sermon pour le vingt-et-unième Dimanche du Temps ordinaire (année A)

(Liturgie de la Parole : Is 22 19-23 ; Ps 137 ; Rm 11 33-36 ; Mt 16 13-20)


« Mais pour vous, qui suis-Je [1] ? »

Aujourd’hui encore, la réponse n’est pas évidente. Ainsi, d’après un sondage réalisé auprès des agents pastoraux de l’Église en Hollande, 80 % d’entre eux ne croyaient pas à la Présence réelle, 80 %… et 94 %, 94 % ne croyaient pas à la divinité de Jésus-Christ ! 94 %… D’après un autre sondage, 40 % des pratiquants en France croiraient en la réincarnation… Il est bien évident que tous ces gens-là, qui cependant sont appelés catholiques, ne le sont pas, car il suffit de rejeter un seul dogme de la foi pour la rejeter toute entière, tant il est vrai que la foi, comme la vérité dont elle est la connaissance, est une. Aujourd’hui, même dans l’Église, beaucoup, comme les gens au temps de Jésus, ont une opinion au sujet du Christ, mais ils n’ont pas la foi en Lui, celle qu’a confessée Pierre, et qui est un don divin, donc inaccessible à la chair et au sang [2]. Un don divin, car par elle Dieu révèle ce qu’Il est seul à connaître : qui Il est et quel est Son dessein à notre sujet, réalités absolument inaccessibles à notre intelligence laissée à ses seules capacités naturelles mais que nous pouvons croire parce que Dieu nous les révèle et qu’Il ne peut ni Se tromper ni nous tromper.

Jésus-Christ n’est pas le grand Sage que vénèrent les philosophes. Il n’est pas le précurseur des révolutionnaires, ni le premier communiste. Il n’est pas un prophète comme le croient les musulmans, ni une manifestation de Dieu comme le considèrent le brahmanisme, le New-Age et tous les courants ésotériques. Il n’est pas le Grand Initié qu’imagine la Franc-maçonnerie. Tous ces gens ne reconnaissent pas que Jésus est Dieu. Sinon, ils seraient chrétiens… Vénérer Jésus-Christ, ce n’est pas L’adorer !… Seule la Révélation Le fait connaître, et seule la Foi Le connaît. Nous n’aurions jamais pu imaginer ce que l’Amour de Dieu a fait pour nous en nous donnant pour Sauveur Jésus-Christ. « Jésus vient combler et même dépasser l’espérance des nations », dit la préface de la Messe de l’Annonciation… C’est pourquoi, personne en dehors de l’enseignement de l’Eglise ne connaît qui est Jésus-Christ… Quatre choses sont indispensables à savoir à Son sujet pour ne pas errer :

1. Jésus-Christ est Dieu.

Jésus-Christ est réellement et substantiellement Dieu : non point un homme divinisé par la grâce ou participant par grâce à la nature divine, mais Dieu par nature, Dieu dans la plénitude de la divinité. Ce qui nous conduit à le croire ce sont : Ses miracles, la sublimité de Son enseignement (Il enseigne des mystères que la raison n’aurait jamais pu découvrir), la sainteté de vie qu’Il réclame et dont la réalisation dépasse tout ce dont un homme aurait jamais pu avoir l’idée où à quoi il puisse parvenir par ses seules forces, la sainteté et la perfection de Sa propre vie dans le don total de Lui-même, qui force le respect même des non-croyants, Sa propre résurrection, le témoignage des Saintes Écritures, le témoignage des Saints et de l’Église.

2. Jésus-Christ est Homme.

L’Histoire fait foi de l’existence d’un homme Jésus de Nazareth. Son existence n’est contestée par personne tant elle est impartialement attestée. Les Apôtres et Ses contemporains L’ont vu Se conduire en homme pendant trente-trois ans, manger, boire, dormir, parler, etc., et mourir. À la Résurrection, pour déjouer l’erreur où étaient tombés les Apôtres qui croyaient voir une apparition ou un fantôme, Il leur demande de Le toucher et de Lui donner à manger, pour bien montrer qu’Il est un homme réel qui a repris vie au matin de Pâques.

3. Les deux natures du Christ.

La troisième affirmation de la foi chrétienne concernant Jésus-Christ résulte directement des deux premières : s’Il est réellement Dieu et réellement homme, il y a en Jésus-Christ deux natures réellement distinctes, la nature divine et la nature humaine, sans confusion ni mélange entre elles, étant donné qu’une distance infinie les sépare. Et effectivement, dans l’Évangile, on voit Jésus-Christ parler et agir tantôt comme Dieu et tantôt comme homme. L’hérésie d’Eutychès appelée monophysisme n’attribuait à Jésus-Christ qu’une seule nature en laquelle divinité et humanité seraient confondues. Malheureusement, beaucoup de chrétiens mal instruits sont monophysites sans le savoir en confondant en Jésus-Christ ce qui est de Sa nature divine et ce qui est de Sa nature humaine. C’est ainsi qu’ils vous diront par exemple qu’ils croient sans difficulté à la présence de Jésus dans l’Eucharistie puisqu’ils croient qu’Il est Dieu et que comme Dieu est partout, Il est aussi dans l’Eucharistie ! Ce faisant, ils confondent Sa nature divine par laquelle Il est présent partout et Sa nature humaine dont la présence est localisée ; or c’est de la présence de cette nature humaine dont il est question dans l’Eucharistie !

On ne peut pas lire l’Évangile si on ignore cette vérité, car tantôt le Christ parle selon Sa nature divine, et ainsi Il dit par exemple « Le ciel et la terre passeront mais Mes paroles ne passeront point [3] », et tantôt Il parle selon Sa nature humaine, et ainsi Il dit que « nul ne connaît ni le jour ni l’heure de la fin du monde, pas même le Fils [4] ».

4. L’unité de personne de Jésus-Christ.

Si Jésus-Christ est réellement et substantiellement Dieu et réellement et substantiellement homme, c’est que les deux natures divine et humaine de Jésus-Christ réellement distinctes sans confusion ni mélange entre elles appartiennent à un unique Moi qui peut dire en vérité « Je suis homme » et « Je suis Dieu », à une seule et unique personne, la deuxième Personne de la Trinité. Alors que le Mystère de la Trinité affirme en Dieu trois Personnes en une nature, le Mystère de l’Incarnation affirme deux natures en une Personne. Jésus-Christ n’est pas une Personne humaine. Cette vérité de foi a été définie au Concile d’Ephèse qui condamna aussi l’hérésie de Nestorius qui voyait en Jésus-Christ deux personnes. Ce qui constitue la nature humaine de Jésus-Christ comme personnelle, en la distinguant de toute autre nature humaine, c’est d’être la nature humaine de Dieu le Fils. Il n’y a en cela rien de contradictoire. Il serait contradictoire de dire qu’il y a en Jésus-Christ une nature et deux natures ou une personne et deux personnes, mais il n’est pas contradictoire de dire qu’il y a en Lui une personne et deux natures. Si ce n’est pas contradictoire, c’est cependant incompréhensible. C’est incompréhensible qu’une nature humaine n’ait pas pour sujet d’attribution une personne humaine mais une Personne divine. Voilà donc les quatre « Nobles Vérités » qu’il faut croire au sujet du Christ pour être chrétien.

Il y a encore beaucoup d’autres merveilles que nous pourrions remarquer dans le Christ, mais considérons maintenant comment c’est à la suite de cette confession de foi de Pierre que Jésus inaugure sur elle l’Église :

« Tu es heureux, Simon […] parce que tu as la foi ! La vraie foi, celle qui vient du Ciel ! Eh bien ! Moi, Je te le dis : Tu es Pierre, et sur cette pierre Je bâtirai Mon Église [5]. »

Ainsi donc l’Église est bâtie sur Pierre, qui est Pierre parce qu’il a la vraie foi. L’Église n’est pas autre chose que le rassemblement de ceux qui partagent la foi de Pierre. La foi qui donne la vie éternelle ne devait pas disparaître avec la mort de Pierre puisque Jésus dit qu’Il bâtira sur elle Son Église. Il bâtira, donc cette foi subsistera, mais comment ? À travers celui qui tiendra la place de Pierre. Et de fait, depuis deux mille ans, l’Église a toujours eu un pape, sur la foi duquel elle s’est appuyée, pour trouver la vérité de sa foi et son unité. Ayant une seule et même foi, parce qu’elle a la foi d’un seul, elle peut réaliser la prière de Jésus : « Père, qu’ils soient un comme Nous sommes Un, afin que le monde croit que Tu M’as envoyé [6]. »

Aujourd’hui, dans une large mesure, le sens authentiquement catholique de la réalité « Église » disparaît. Beaucoup ne croient plus qu’il s’agisse d’une réalité voulue par le Seigneur Lui-même. Et même, chez certains, elle apparaît comme une construction humaine, un instrument créé par nous, que nous pouvons par conséquent réorganiser nous-mêmes librement selon les exigences du moment. Si l’Église est notre Église, si l’Église n’est que nous, si ses structures ne sont pas celles qu’a voulues le Christ, alors on ne conçoit plus l’existence d’une hiérarchie au service des baptisés, instaurée par le Seigneur Lui-même, qui garantisse la foi et donne aux sacrements leur légitimité.

Simon devient « Pierre, Rocher [7] ». Comme Dieu était le « Rocher » sur lequel Israël pouvait s’appuyer en toute confiance, de même le nouveau peuple de Dieu pourra s’appuyer sur Pierre participant de la solidité du Christ par sa foi comme un piquet qu’on enfonce dans un sol ferme ! Mais quelle disproportion entre ce que peut faire un homme et le pouvoir de résister aux portes de l’enfer [8] ! Cette disproportion montre bien que ce ne sont pas les hommes, si saints qu’ils soient, qui soutiennent l’Église, mais que c’est Dieu, et encore davantage malgré les hommes que grâce à eux… Avec le même réalisme en vertu duquel nous admettons aujourd’hui les péchés des papes, leur disproportion par rapport à la grandeur de leur ministère, nous devons également reconnaître que Pierre a toujours été le roc contre les idéologies, contre la réduction de la Parole à ce qui est plausible à une époque déterminée, contre la soumission aux puissants de ce monde.

Ce ne sont pas « la chair et le sang [9] » qui sauvent, mais c’est le Seigneur qui sauve par l’intermédiaire de ceux qu’Il a choisis. Nier cela ne constitue pas un progrès dans la foi ni dans l’humilité, mais plutôt un recul, tant il est vrai que la foi ne met pas de limite à l’action miséricordieuse de Dieu et que l’humilité est toujours prête à reconnaître la volonté de Dieu telle qu’elle est.

« Qui a connu la pensée du Seigneur ? Qui a été Son conseiller ? Qui Lui a donné et mériterait de recevoir en retour ? Car tout est de Lui, et par Lui, et pour Lui. À Lui la gloire pour l’éternité ! Amen [10]. »

1. Mt 16 15.

2. Cf. Mt 16 17.

3. Mt 24 35 ; Mc 13 31 ; Lc 21 33.

4. Mt 24 36 ; Mc 13 32.

5. Cf. Mt 16 17-18.

6. Cf. Jn 17 21.

7. Mt 16 18.

8. Cf. ibid.

9. Mt 16 17.

10. Rm 11 34-36.