Logo Regnat
Best viewed with God
Gratuité évangélique
Jésus
Viewable With Any Browser Campaign
CSS valide
Valid XHTML 1.0 Transitional

Sermon pour le quatorzième Dimanche du Temps ordinaire (année C)

(Liturgie de la Parole : Is 66 10-14 ; Ps 65 ; Ga 6 14-18 ; Lc 10 1-12.17-20)


En ce quatorzième dimanche du temps ordinaire, la liturgie nous présente par la première lecture la Fin qui nous est annoncée, la consolation éternelle de l’amour miséricordieux : « Vous serez nourris et rassasiés du lait de ses consolations, et vous puiserez avec délices à l’abondance de sa gloire [1]. » Cette espérance s’enracine dans la connaissance des merveilles déjà opérées par le Seigneur que chante le psaume : « Venez et voyez les hauts faits de Dieu […]. De là, cette joie qu’Il nous donne [2]. » La deuxième lecture nous rappelle que la consolation qui est « paix et miséricorde [3] » nous a été donnée par « la Croix de notre Seigneur Jésus-Christ [4] »… Enfin, l’Évangile nous montre Jésus envoyant Ses disciples annoncer cette bonne nouvelle du Règne de Dieu miséricordieux appelant au Salut [5].

En ce temps de préparation au grand Jubilé de l’an 2000, le Seigneur a certainement, à travers ces lectures, quelque chose à nous dire qui s’y rapporte. En effet, le « Jubilé », comme son nom l’indique, est fait pour « jubiler ». Il est une invitation à la joie, joie de la venue de Dieu, joie du salut offert gratuitement. C’est ce à quoi nous invite Isaïe : « Vous le verrez, et votre cœur se réjouira [6] », et le psaume chante : « Venez et voyez les hauts faits de Dieu […]. De là, cette joie qu’Il nous donne [7]. » Parce que Dieu nous donne le Temps, nous avons en retour le devoir de « sanctifier » le temps, comme nous le faisons par le repos et la célébration du Dimanche, « Jour du Seigneur », et des autres fêtes de l’année liturgique, par la prière du soir et du matin, l’angélus, le bénédicité qui ouvre le temps du repas et les « grâces » qui le ferment. Le jubilé est un temps consacré d’une manière particulière à Dieu qui nous donne le Temps.

Or le Temps s’est « accompli » avec l’Incarnation du Verbe de Dieu, qui, assumant le Temps, a donné au temps l’éternité… Désormais le Temps ne fuit plus inexorablement vers le néant, mais débouche et s’épanouit dans la Vie éternelle, Dieu même. C’est la Bonne Nouvelle que Jésus envoie Ses disciples annoncer : « Le règne de Dieu est tout proche de vous [8] ».

Ce temps de Dieu, cette « année de grâce de la part du Seigneur [9] » que célèbre tout jubilé, qui accomplit et donne sens à tous les temps, temps mort ou temps forts, tempêtes et tentation, temps de grâce, nous était annoncé par Isaïe à travers des mots qui effectivement évoquent l’Incarnation de Dieu, tant Dieu nous y apparaît humain :

« Vous serez comme des nourrissons que l’on porte sur son bras, que l’on caresse sur ses genoux. De même qu’une mère console son enfant, Moi-même Je vous consolerai [10]. »

Nous touchons ici ce qui différencie le Judéo-christianisme des autres religions : notre religion n’est pas une expression humaine de la recherche de Dieu, mais la recherche de l’homme de la part de Dieu : « Moi-même, Je vous consolerai [11] », dit le Seigneur. Dans le Christ, Dieu Se donne Lui-même à l’Humanité, qui en retour se donne à Dieu par le même Christ. Le Christ est ainsi la réalisation et l’aboutissement unique et définitif de toutes les religions du monde. La religion qui a son origine dans le mystère de l’Incarnation est la religion dans laquelle on « demeure dans le Cœur de Dieu », dans laquelle on participe à Sa vie intime, où l’on est « nourris et rassasiés du lait de Ses consolations [12] », où l’on puise « avec délices à l’abondance de Sa gloire [13] ». La religion qui a pour fondement le Christ Jésus est la religion de la gloire, la gloire de la Création nouvelle, rachetée par « la Croix de notre Seigneur Jésus-Christ [14] ». En recherchant l’homme par l’intermédiaire de Son Fils, Dieu veut amener l’homme à comprendre qu’il fait fausse route, à abandonner les chemins du mal qui conduisent à la mort. En mourant sur la Croix par amour, Jésus « a tué en Sa Personne la haine [15] », et Il en a profité pour nous donner Sa Vie… Vie divine… reçue par les sacrements. Vie qui a détruit la mort par la puissance de la Résurrection. La Croix est l’acte d’amour absolu qui réconcilie l’Humanité avec Dieu, elle est le seul orgueil de saint Paul, comme de toute âme désireuse d’aimer Dieu en vérité… Désormais, en Jésus, il n’y a que paix, joie et gloire infinies, et toute épreuve supportée par amour pour Lui et offerte en union avec Son sacrifice rédempteur est transformée en preuve d’amour vivant et vrai. Désormais, ni souffrance ni mort, rien ne peut mettre d’obstacle à l’Amour… C’est pourquoi il nous faut sans cesse rester nous-mêmes crucifiés pour le monde, c’est-à-dire inaccessibles à toutes ses séductions, unis à la Croix de Jésus, qui est notre place forte, invincible, où Dieu pourra nous nourrir et rassasier de Ses consolations célestes, où nous pourrons puiser « avec délices à l’abondance de Sa Gloire [16] ». La mort de Jésus a vraiment permis à Dieu de disparaître dans notre condition mortelle, coupée de Dieu, de S’y enfouir, et, par la puissance de Sa Résurrection, la soulever, la renouveler, et lui donner son accomplissement dans l’éternité. Jésus nous a révélé que le temps n’est pas enfermé dans la répétition cyclique, que la malédiction des réincarnations successives n’existe pas, que chaque vie humaine, chaque seconde de cette vie, parce qu’elle est unique et que Dieu l’a vécue, a un prix infini ; que l’accomplissement des personnes n’est pas dans le néant, comme le croit le bouddhisme, mais dans la communion avec Dieu, qui est Lui-même Communion d’Amour. Peut-il y avoir un accomplissement du temps plus grand que celui-là ? Peut-il même y avoir un autre accomplissement ?

Si « l’objectif prioritaire du Jubilé […] est le renforcement de la foi et du témoignage des chrétiens [17] », il faut reconnaître qu’il arrive à point, tant la foi est en crise, tant elle a fait place à l’indifférence religieuse, alimentée par le relativisme ambiant. Au nom d’une soi-disant tolérance, tout se vaut ! Mais, si « tout se vaut », rien ne vaut ! La foi chrétienne n’est qu’une proposition parmi d’autres, et si l’Église à la suite de son Maître ose prétendre témoigner de la Vérité, chacun, en se lavant les mains [18], lui pose la question de Pilate : « Qu’est-ce que la vérité [19] ? » C’est ta vérité ! Cela commence par l’abandon de la pratique religieuse, estimée inutile ou incompréhensible, et se poursuit par la perte du sens de la transcendance de l’existence humaine, de l’exigence de se confronter au problème de la vérité et au devoir de mener sa vie en cohérence avec la vérité. Les chrétiens en sont venus, en fait, à vivre dans leur vie intime, familiale, professionnelle, politique et sociale comme si Dieu n’existait pas. Il importe donc de retrouver les raisons de croire, que chacun puisse répondre à la question : « Pourquoi je crois ? » sans hésitations ni ambigüités, mais avec la certitude d’avoir accompli un choix qui donne un sens infiniment heureux à son existence, en tous les domaines.

Jésus continue d’envoyer Ses disciples en mission, et aucun de ceux qui croient au Christ ne peut se soustraire à ce devoir suprême d’annoncer la Bonne Nouvelle du Salut. Il n’est permis à personne de rester sans rien faire. Mais jusqu’à quel point avons-nous le désir de notre salut et de celui de nos frères ? Jusqu’à quel point sommes-nous prêts à nous engager ? La Nouvelle Évangélisation est-elle pour nous une idée de plus, ou bien « la grande angoisse » ? Si nous vivons de la vie que Jésus nous a donnée, Son Esprit ne nous poussera-t-Il pas à prier pour que le Maître de la moisson envoie des ouvriers [20] ? Qui enverra-t-Il ? Les autres ? Peut-être entendrais-je cet appel personnel : « Écoute, J’ai besoin de toi. Va, toi aussi, par ta pauvreté, ton détachement des soucis terrestres et ta joie annoncer aux pauvres de ce monde la confiance en Dieu et en son aide. Qu’ils puissent eux-aussi “jubiler” par ton esprit de service. Le Règne de Dieu est tout proche. »

1. Is 66 11.

2. Ps 65 5-6.

3. Ga 6 16.

4. Ga 6 14.

5. Cf. Lc 10 1-12.

6. Is 66 14.

7. Ps 65 5-6.

8. Lc 10 9.

9. Is 61 2.

10. Is 66 12-13.

11. Is 66 13.

12. Is 66 11.

13. Ibid.

14. Ga 6 14.

15. Ep 2 16.

16. Is 66 11.

17. Jean-Paul II, Lettre apostolique Tertio Millennio Adveniente, 10 novembre 1994, n. 42 (La Documentation catholique, n. 2105, 4 décembre 1994, p. 1028).

18. Cf. Mt 27 24.

19. Jn 18 38.

20. Cf. Mt 9 38 ; Lc 10 2.