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Sermon pour le seizième Dimanche du Temps ordinaire (année C)

(Liturgie de la Parole : Gn 18 1-10 ; Ps 14 ; Col 1 24-28 ; Lc 10 38-42)


Les textes de la liturgie de ce jour nous parlent de l’accueil.

Il y a l’accueil spontané et généreux qu’offre Abraham à ses trois visiteurs inattendus [1], lesquels sont bientôt identifiés à un seul voyageur… Ce qui nous offre une belle préfiguration du Mystère de la Sainte-Trinité… En accueillant ces étrangers, Abraham accueillit Dieu Lui-même en eux. La preuve en est la promesse qui lui est faite, en témoignage de reconnaissance pour l’hospitalité reçue, d’une descendance, à lui, un vieillard époux d’une femme stérile [2] ! Si ce n’est pas là la signature de Dieu, de qui d’autre peut-elle être ?!

Jésus a insisté à maintes reprises sur la grâce de l’hospitalité, en disant par exemple à ses Disciples : « Qui vous accueille M’accueille, et qui M’accueille accueille Celui qui M’a envoyé [3]. » Il nous a encore prévenus qu’au Jour de la Résurrection l’exercice de l’hospitalité sera un critère du Jugement : « J’étais un étranger et vous M’avez accueilli [4] », dira-t-Il aux élus, et aux maudits : « J’étais un étranger et vous ne M’avez pas accueilli [5]. » Cette Tradition de l’hospitalité a ensuite été enseignée par les Apôtres ; ainsi saint Paul écrivant aux Hébreux : « N’oubliez pas l’hospitalité, car c’est grâce à elle que quelques-uns, à leur insu, hébergèrent des anges [6] » ; et encore aux Romains : « Que votre charité soit sans feinte, […] avides de donner l’hospitalité [7]. » L’accueil par des familles, durant les mois d’été, d’enfants confiés par le Secours Catholique perpétue pour sa part cette noble tradition. En accueillant l’autre, tout autre, c’est le Tout-Autre, Dieu Lui-même, que j’accueille.

Le psaume nous dit que sera accueilli dans la demeure de Dieu celui qui se conduit parfaitement [8], notamment celui qui honore les fidèles du Seigneur [9], parce que, en eux, c’est Le Seigneur Lui-même qui est honoré… Lui qui ne saurait jamais Se laisser vaincre en générosité, accueillera ceux qui L’auront honoré en la personne de Ses fidèles ; « celui qui vous donnera ne serait-ce qu’un verre d’eau fraiche en votre qualité de disciple, en vérité Je vous le dis, il ne perdra pas sa récompense [10] », promettait Jésus.

Saint Paul, dans l’Épitre aux Colossiens, s’enthousiasme dans la contemplation du « mystère […] caché depuis toujours à toutes les générations [11] » – caché, en conséquence du péché originel qui a plongé l’Humanité dans l’oubli de Dieu et l’ignorance de Son amour éternel… Ce « mystère [est] maintenant manifesté aux membres de Son peuple saint [12]. » Ce mystère n’est autre que la présence au milieu de nous de Jésus-Christ !!! Présence unique et cependant multiple, subtile. Présence du Christ en tant que, par Sa divinité, Il est Cause de notre être et de son maintien dans l’existence. Présence du Christ par l’Église, qui est Son Corps mystique : « Lorsque deux ou trois sont réunis en Mon Nom, Je suis là, au milieu d’eux [13]. » Présence du Christ parmi nous par Sa Parole qui, parce qu’elle est Parole de Dieu, est éternelle, et ne cesse donc pas d’être dite par Dieu… Présence du Christ dans les sacrements, qui sont les actes mêmes du Christ ressuscité édifiant Son Église. Présence du Christ parmi nous en la personne de Ses prêtres chargés de Le représenter face à la Communauté. Présence du Christ enfin sous les apparences du Pain et du Vin consacrés : « Je suis le Pain vivant, descendu du Ciel, pour qu’on Le mange et ne meure pas [14] ! » Voilà donc « l’Espérance de la Gloire [15] » : Lui, Jésus-Christ, est Dieu fait homme pour qu’en Lui l’homme devienne Dieu !!! « L’espérance de la Gloire » !!! La Gloire de Dieu est donnée aux hommes ! Jésus-Christ est présent parmi nous ! Mais qui L’accueille vraiment ? Ne sommes-nous pas la plupart du temps comme Marthe, affairés et oublieux de la Présence [16] ?

Non, certes, que le service de Marthe soit condamnable ; Jésus Lui-même en a donné l’exemple lorsque, le Jeudi Saint, Il lava les pieds de Ses Disciples en disant :

« Si donc Je vous ai lavés les pieds, Moi le Seigneur et le Maître, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres [17]. »

Ce que Jésus condamne, c’est que l’on consacre au soin des choses temporelles le temps de l’instruction spirituelle. C’est là ce que rappelle Jean-Paul II dans sa toute dernière lettre apostolique concernant la sanctification du Dimanche, « Jour du Seigneur », qui doit être consacré à la prière et au repos [18]. Dieu nous a donné six jours pour nous occuper de notre vie terrestre et passagère, et Il nous demande, un jour par semaine, de redresser la tête et de regarder le Ciel, de nous occuper de notre vie éternelle… S’occuper de chercher la vie éternelle est suffisamment important pour que manquer la Messe dominicale soit un péché grave… Il y a un temps pour tout. Le Maître est là, la Sagesse Se donne, et Marthe préfère s’occuper d’autre chose ?! Il ne faut pas que les affaires d’ici-bas nous détournent de la connaissance des Mystères célestes, connaissance qui est vie éternelle [19] !

Le but de notre vie, ce n’est pas, comme la société matérialiste veut nous le faire croire, un bonheur humain, l’épanouissement ici-bas de nos potentialités, si précieuses qu’elles soient, c’est la vie éternelle, accueillie librement comme un don gratuit de Dieu, qui nous offre de partager, par la connaissance et l’amour, la Joie infinie et parfaite qu’Il est Lui-même. « L’Espérance de la Gloire [20] » !!! Qui ne comprend alors que la prière est indispensable pour réaliser notre vie ? La prière est ce « regard intérieur de l’âme dirigé vers Dieu par la foi et l’amour [21] », regard qui nous conduit « à vivre avec Dieu comme on vit avec une personne aimée [22] ». Sainte Thérèse d’Ávila disait : « Il n’y a pour arriver [à Dieu] d’autre chemin que l’oraison, et si l’on vous en indique un autre, on vous trompe [23] » ! C’est là ce à quoi était toute occupée l’âme de Marie : elle commençait déjà à vivre de la vie céleste, aussi elle en oubliait les besoins de la vie terrestre. Et ce n’est pas le Christ, qui n’est pas venu pour autre chose que pour nous donner la vie du Ciel, Sa Vie, qui allait retirer Marie de son occupation ! Il nous faut savoir respecter la hiérarchie des valeurs et subordonner l’action à la contemplation, la vie temporelle à la vie éternelle, ce qui est de l’ordre des moyens à ce qui est de l’ordre de la Fin.

Vivre avec Dieu comme avec une personne aimée et dont on se sait aimé, tel est le fruit de la prière qui transforme la vie chrétienne en une prière continuelle. Mais pour en arriver là, de nombreux obstacles sont à surmonter. Il y a ceux qui viennent de l’extérieur de nous-mêmes et qui nous distraient de Dieu. Quel gaspillage de temps et d’attention donnés à ce dont nous ne sommes point chargés ! On vainc ces obstacles, à l’exemple de Marie, par le recueillement, la concentration de notre attention sur ce qui doit occuper notre esprit, c’est-à-dire Dieu à connaître et à aimer, et le devoir à accomplir. Il y a les obstacles qui nous viennent de l’intérieur de nous-mêmes : tous les attachements de notre cœur à ce qui n’est pas Dieu ou voulu par Lui. On vainc ces obstacles, à l’exemple de Marie, par le renoncement.

La prière est « la meilleure part [24] », puisqu’elle est la vie éternelle commencée, et elle ne peut être « enlevée [25] », puisqu’elle n’a pas de fin… La prière ne nous distrait pas pour autant de nos devoirs ; au contraire, elle nous y renvoie, mais après les avoir épurés de toute vanité et recherche de soi. En effet, la prière, qui nous fait « vivre avec Dieu comme […] avec une personne aimée [26] », nous rend attentifs à ce que Dieu attend de nous… et c’est même alors seulement que nous ferons bien ce que nous avons à faire, parce que nous le ferons pour le seul amour de Dieu, c’est-à-dire que nous ne ferons que ce que Dieu veut que nous fassions et comme Dieu veut que nous le fassions… Celui qui agit pour un autre motif que l’amour de Dieu pose un acte d’aucune valeur pour la réalisation de sa vie qui est la vie éternelle… C’est pourquoi saint Alphonse de Liguori disait : « Celui qui prie se sauve certainement ; celui qui ne prie pas se damne certainement [27] ».

1. Cf. Gn 18 1-10.

2. Cf. Gn 18 10.

3. Mt 10 40.

4. Mt 25 35.

5. Mt 25 43.

6. He 13 2.

7. Rm 12 9, 13.

8. Cf. Ps 14 2.

9. Cf. Ps 14 4.

10. Mc 9 41.

11. Col 1 26.

12. Ibid.

13. Mt 18 20.

14. Cf. Jn 6 50-51.

15. Col 1 27.

16. Cf. Lc 10 41-42.

17. Jn 13 14.

18. Cf. Jean-Paul II, Lettre apostolique Dies Domini, 31 mai 1998 (La Documentation catholique, n. 2186, 19 juillet 1998, pp. 658-682).

19. Cf. Jn 17 3.

20. Col 1 27.

21. Daujat (Jean), Vivre le christianisme, Paris, Plon, 1954, p. 47.

22. Daujat (Jean), Doctrine et vie chrétiennes, Paris, Téqui, 1996, p. 666.

23. Ste Thérèse d’Ávila, Le chemin de la perfection, XXI (Œuvres complètes, t. III, traduit de l’espagnol par les Carmélites du monastère de Clamart, Paris, Cerf, 1982, p. 96).

24. Lc 10 42.

25. Ibid.

26. Daujat (Jean), ibid.

27. S. Alphonse de Liguori, Le grand moyen de la prière, I (traduction par Arsène Garnier, Versailles, Saint-Paul, 1998, p. 53) ; cité par le Catéchisme de l’Église catholique, n. 2744.