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Sermon pour le dix-huitième Dimanche du Temps ordinaire (année C)

(Liturgie de la Parole : Qo 1 2, 2 21-23 ; Ps 89 ; Col 3 1…11 ; Lc 12 13-21)


« Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même, au lieu d’être riche en vue de Dieu [1]. »

Si la parabole nous dit ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même – perdre tout ce qu’il a amassé, mériter d’être appelé « fou [2] », et pour finir, récolter la mort –, elle ne nous dit pas ce que signifie « être riche en vue de Dieu [3] » ; nous pouvons donc en déduire que cela signifie l’inverse : gagner tout ce que l’on amasse, mériter d’être appelé « sage », et, pour finir, récolter la vie… éternelle.

Et en effet, on ne peut pas imaginer moins de la part de Dieu notre Créateur et Providence ; être riche en vue de Dieu, c’est s’enrichir de ce qui plait à Dieu, des seules vraies richesses que l’on emporte avec soi dans l’éternité. Ces richesses que l’âme emporte, ce sont les vertus qu’elle a pratiquées et qui, peu à peu, ont façonné son visage d’éternité… « Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur [4]. » Les vertus s’enracinent toutes dans cette vertu première, objet du premier commandement : l’amour de Dieu, autrement appelé « charité ». C’est parce Dieu m’aime, Lui de Qui j’ai tout reçu et continue à tout recevoir, que je suis conduis à L’aimer en retour ainsi que tout ce qu’Il aime, et comme Il l’aime… Or Dieu je ne Le vois pas [5]. Par contre, si je Le connais vraiment, je saurais reconnaître Son image dans la personne de mon semblable… C’est par le moyen de l’amour porté à mon semblable que je témoigne de mon amour pour Dieu. Comme le disait saint Jean, « celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, ne saurait aimer le Dieu qu’il ne voit pas [6]. »

Je suis conduis donc à imiter l’amour de Jésus-Christ, Lui qui a parfaitement aimé Dieu et l’homme, Lui qui, de riche qu’Il était (étant Dieu, tout est à Lui), S’est fait pauvre (en Se faisant homme) pour nous enrichir de Sa pauvreté (nous rendant semblables à Lui) [7]. Jésus a choisi de mener une vie pauvre pour nous montrer quelles étaient les vraies richesses, nous enseigner que les richesses terrestres sont un fardeau tant elles réclament de soucis, et un fardeau dangereux tant elles distraient de l’Unique Nécessaire [8], et parce qu’elles ne s’accompagnent que rarement d’une parfaite honnêteté, cependant requise pour entrer au Royaume des Cieux… « Comme il sera difficile à un riche d’entrer dans le Royaume des Cieux [9] », disait Jésus ; « il sera plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer au Paradis [10] »…

Ce que Jésus condamne, ce ne sont pas les biens en eux-mêmes, nécessaires à notre développement, mais leur accumulation. Lorsque peu ont beaucoup, cela signifie que beaucoup ont peu… Et cela n’est pas juste, car Dieu a donné la terre et ce qu’elle contient pour que tous les hommes puissent s’y développer et atteindre leur perfection. Tous sont égaux en dignité face à leur destinée, et ils le sont aussi face aux moyens exigés pour la réaliser. Lorsque nous donnons aux pauvres les choses indispensables, nous ne faisons que leur rendre ce qui est à eux. C’est dans cette logique que l’Église demande qu’à l’occasion du Jubilé de l’an 2000 soit remise la dette des pays les plus pauvres. Si l’appropriation des moyens nécessaires pour réaliser notre destinée conduit à la propriété privée, celle-ci n’annule pas pour autant la destination universelle des biens, qui doivent toujours rester commun quant à leur usage. Le « bien commun », qui englobe tout ce qui permet la perfection de notre nature humaine et l’obtention de notre fin dernière, n’est accessible que dans et par la vie sociale ; c’est pourquoi l’intérêt du bien particulier doit toujours être subordonné à celui du bien commun… Telle est la doctrine traditionnelle de l’Église. Ainsi est-il écrit au livre des Actes des Apôtres :

« La multitude des croyants n’avait qu’un cœur et qu’une âme. Nul ne disait sien ce qui lui appartenait, mais entre eux tout était commun. […] Aussi parmi eux nul n’était dans le besoin [11]. »

Certains penseront qu’il s’agit là d’une belle utopie depuis longtemps abandonnée, mais cette semaine, j’ai eu la joie de rencontrer une preuve du contraire… Il s’agit d’un couple de catholiques asiatiques ayant fui il y a une vingtaine d’années sur un boat-people leur pays martyrisé par le communisme et arrivé en France avec dix dollars en poche. Aujourd’hui, ils ont deux commerces et une maison. Savez-vous quel est leur projet ? Gagner encore et encore, ronronner dans leur bien-être matériel chèrement acquis au prix de quinze heures de travail par jour et d’une totale absence de vacances ? Non. Ils ont décidé de vendre un magasin, de mettre l’autre en gérance, et de retourner dans leur pays en proie à la plus noire misère pour y fonder, avec l’évêque du lieu, un orphelinat…

Nous avons un devoir de cohérence à respecter entre soutenir la justice et gérer les richesses d’ici-bas. Déposer de l’argent dans une banque qui finance tel groupe de pression ou telle activité anti-vie, c’est cautionner de tels projets… Il y a aujourd’hui des banques qui ne prêtent qu’à condition d’honorer certains critères d’ordre moral. Le but de ces établissements bancaires n’est pas de faire du profit mais d’aider réellement le développement des pauvres. Les intérêts sont systématiquement reversés à des œuvres caritatives. Ces établissements, souvent d’inspiration catholique, mettent en œuvre pour leur part la doctrine sociale de l’Église et méritent notre coopération.

Nous qui nous disons les membres du Christ, nous sommes donc solidaires les uns des autres, et nous ne pouvons absolument pas accepter de vivre de la façon individualiste que génère le libéralisme, sans blesser, voire tuer le Christ… Nous sommes tous responsables les uns des autres. Oui ou non l’amour du Christ a-t-Il été répandu dans nos cœurs [12] ? Oui ou non cet amour nous pousse-t-Il à aimer le Christ dans la personne du pauvre, qui est un autre Lui-même ? Chacun de nous doit se considérer comme le serviteur de tous parce que le Christ S’est fait le Serviteur de tous et que nous Lui sommes unis. Sinon ce n’est pas la peine de se dire Son disciple ! Tout ce que nous avons ne nous appartient pas, mais nous est confié par le Seigneur pour le faire fructifier au profit des pauvres. Il vaudrait mieux mourir de froid pour s’être dépouillé en faveur d’un mendiant, que de se laisser geler le cœur ! On craint d’ouvrir sa porte à un passant par crainte qu’il ne soit un voleur ou un meurtrier, mais on ne craint pas d’héberger dans son cœur le démon de l’avarice qui nous dérobe la charité et avec elle la vie éternelle !

« Celui […] qui sait faire le bien et ne le fait pas, commet un péché [13] », écrit saint Jacques, et il continue :

« [Vous] les riches ! Pleurez, hurlez sur les malheurs qui vont vous arriver. Votre richesse est pourrie, vos vêtements sont rongés par les vers. Votre or et votre argent sont rouillés, et leur rouille témoignera contre vous : elle dévorera vos chairs ; c’est un feu que vous avez thésaurisé dans les derniers jours [pendant que vos frères mourraient de faim au Sud-Soudan et ailleurs] ! Vous avez vécu sur terre dans la mollesse et le luxe, vous vous êtes repus aux jours de carnage ! Vous avez condamné [par votre silence], vous avez tué [par votre insouciance] le juste [14] » !

Daigne la Vierge très pure, la Mère des Pauvres, nous obtenir la grâce de rejeter l’amour de l’argent – qui est la cause de tous les maux [15] –, de préférer les biens éternels aux biens temporels, et de nous faire les serviteurs des pauvres !

1. Lc 12 21.

2. Lc 12 20.

3. Lc 12 21.

4. Mt 6 21.

5. Cf. 1 P 1 8 ; 1 Jn 4 20.

6. 1 Jn 4 20.

7. Cf. 2 Co 8 9.

8. Cf. Lc 10 42.

9. Mt 19 23 ; Mc 10 23 ; Lc 18 24.

10. Mt 19 24 ; Mc 10 25 ; Lc 18 25.

11. Ac 4, 32, 34.

12. Cf. Rm 5 5.

13. Jc 4 17.

14. Jc 5 1…6.

15. Cf. 1 Tm 6 10.