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Sermon pour le vingt-quatrième Dimanche du Temps ordinaire (année C)

(Liturgie de la Parole : Ex 32 7…14 ; Ps 50 ; 1 Tm 1 12-17 ; Lc 15 1-32)


Les lectures de la liturgie de ce dimanche nous parlent toutes de la miséricorde, de cette qualité par laquelle l’homme, souvent, et intimement, rencontre Dieu…

Cette expérience fut celle du peuple hébreu, qui échappa à la mort où l’entrainait son péché, grâce à l’intercession de Moïse [1]. Elle fut aussi celle du psalmiste qui prie ainsi : « Dans Ta grande miséricorde, efface mes torts [2] », tandis que saint Paul confesse : « Autrefois [je] ne savais que blasphémer, persécuter, insulter. Mais le Christ m’a pardonné ! Il m’a fait confiance en me chargeant du ministère [3] » ! Quel est l’homme et le patron qui confierait des responsabilités à celui qui fut son ennemi et l’assassin de son fils ? C’est pourtant ce que fit Dieu avec saint Paul une fois converti, tant est grande la puissance de la conversion pour renouveler et transformer une vie de ténèbres en une vie de lumière et d’amour ! Ô joie de voir un fils revenir guéri !

La parabole du fils prodigue [4], ou parabole du Père miséricordieux, illustre le dogme du péché originel par lequel l’homme revendiqua son autonomie par rapport à Dieu. Comme après le péché originel, et après tout péché, quel est le résultat ? L’inverse de celui escompté ! Au lieu de l’abondance : le dénuement ; au lieu de l’autonomie : la dépendance d’un travail dégradant, qui ne nourrit même pas son homme ; au lieu de l’amour : la solitude. Voilà ce qui arrive à l’âme qui se laisse entrainer par ses passions et son amour propre : elle se prive de l’Esprit de Dieu, qui est la Communion du Père et du Fils, et d’autre part elle se fatigue, est tourmentée, obscurcie dans son intelligence, souillée et affaiblie. Ainsi l’âme qui se recherche elle-même, qui se fabrique un veau d’or [5], un dieu à sa convenance pour l’adorer, quitte la Communion du Père et du Fils et tombe plus bas que des créatures aussi immondes que l’étaient les porcs pour les Juifs, plus bas même puisqu’elle n’a pas même droit à leur nourriture [6]. Plus elle veut s’aimer elle-même, moins elle devient digne d’aimer Dieu, dans la Communion Duquel se trouve la Vie. « Donne-moi [ma] part d’héritage [7] », dit le fils prodigue. « Ma part… pour que j’en jouisse tout seul, sans toi, comme je veux »… alors que le Père donne tout ! « Tout ce qui est à moi est à toi [8] », dit-il, et de fait il n’a pas refusé de partager l’héritage, anticipant même ainsi sa mort… La vie que le père donne est un amour à partager, où l’on vit en communion (« mon enfant, tu es toujours avec moi [9] »), où personne ne dit « c’est ma part », car chacun dit : « Tout ce qui est à moi est à toi [10]. »

Au fond de sa misère, le fils prodigue prend conscience de sa dignité de fils : « Chez mon père [11] », dit-il… Il se reconnaît fils… Dignité qu’il avait refusé d’honorer en demandant « sa » part d’héritage, s’extrayant ainsi de la communion où tout est à tous, pour aller vivre loin de la maison paternelle et du devoir de l’aimer. Il a eu sa part d’héritage et l’a dépensée, et de plus, et même surtout, il a gravement offensé son père en se conduisant mal ; en stricte justice, il n’a plus droit à rien dans la maison de son père… La seule chose qu’il peut encore espérer, c’est de devenir le serviteur d’un père qui est si bon que même le dernier de ses ouvriers est dans l’abondance. En stricte justice, là doit s’arrêter son espoir. Mais le père voit dans son fils qui revient un bien infiniment plus précieux que les richesses dilapidées, il voit l’humanité de son fils, qu’il lui a transmise, que le père aime comme la sienne propre, car elle leur est commune. Or, non seulement cette humanité est sauve, mais elle est renouvelée, purifiée par l’expérience de l’humiliation qui a ouvert les yeux du fils sur la vérité et la beauté de sa condition de fils, sur la réalité et la profondeur de l’amour de son père… Désormais, il sera un fils qui saura vraiment accueillir l’amour de son père, parce qu’il n’attendra aucun dû, il saura tout accueillir comme un cadeau, il connaîtra que l’amour est gratuit et n’est possible que dans une radicale pauvreté qui rend capable de l’accueillir.

Si la justice sauve le droit de chacun sans prétendre à la réconciliation, la miséricorde dépasse la justice en ce qu’elle vise à rétablir la communion originelle où tous sont égaux et dignes en raison de leur commune nature. La justice défend le droit de l’un contre l’autre ; la miséricorde vise à réintégrer dans la communion originelle où tous ne font qu’un dans l’amour. C’est pourquoi la miséricorde engendre la joie, car elle est retour à la maison du Père, à la vie et à l’amour véritable qui ne garde rien pour lui mais donne tout, jusqu’à l’héritage, c’est-à-dire jusqu’à la mort. Cette vie et cet amour sont une fête continuelle car tout y est gratuit, tout y est don, et parce qu’immérité : toujours surabondant ! La condition pour recevoir ce don, c’est de reconnaître notre totale indigence, notre totale dépendance à l’égard de l’amour de Dieu. La fête que le père ordonne n’aura jamais de fin dans le cœur du fils prodigue, car celui-ci se sait aimé, et qu’il est assez pauvre désormais pour ne rien posséder d’autre que cet amour…

La vie est ainsi une fête continuelle pour celui qui se convertit, qui revient à Dieu de tout son cœur. C’est pourquoi l’Église nous invite à recevoir régulièrement le sacrement du Pardon qui nous rétablit en grâce avec Dieu et avec l’Église. Je ne sais pas si vous avez l’habitude de vous confesser souvent, mais je puis vous assurer, avec notre pape et tous les saints, que vous ne pouvez pas être les saints que vous devez être si vous n’avez pas le souci de garder votre âme en état de grâce. C’est seulement si nous sommes en état de grâce que nos actions sont méritoires pour la vie éternelle… sinon, tout ce que nous pouvons faire n’est d’aucune valeur aux yeux de Dieu, parce que seul Dieu peut donner de la valeur à nos œuvres, et cette valeur nous l’obtenons dans la mesure où nous sommes en communion avec Lui. Un chrétien qui aime vraiment Dieu sait qu’il ignore le jour et l’heure de sa mort et qu’une purification totale et parfaite est indispensable pour entrer en Paradis où tout est pur et saint ; il sait surtout que Jésus a versé Son Sang pour que notre âme soit lavée de toute faute et devienne digne de s’unir à Dieu. Par amour pour Jésus, il ne peut donc pas tolérer dans sa vie le moindre péché grave qui le sépare de la Communion divine et rend nulle son efficacité surnaturelle, ni tolérer le péché véniel qui l’affaiblit d’autant qu’il le tolère. Se confesser une fois par mois est un bon rythme, et nous assurerons à la Collégiale, tous les samedis, un temps de confession, de 18 à 19 h. À ne pas se confesser, on devient indifférent à l’état de son âme, insensible à la laideur que lui communique le péché, comme aussi à l’amour miséricordieux du Sauveur, et on s’enfonce peu à peu dans la tiédeur, la médiocrité, puis la lâcheté, et enfin le rejet de Dieu et de Son amour.

À la suite de Moïse, intercédons maintenant auprès de Dieu, en nous unissant à l’offrande du sacrifice de Jésus pour obtenir la conversion des pauvres pécheurs, la conversion de notre paroisse, et notre propre conversion. Amen.

1. Cf. Ex 32 7-14.

2. Ps 50 3.

3. 1 Tm 1 12-13.

4. Cf. Lc 15 11-32.

5. Cf. Ex 32 1-6.

6. Cf. Lc 15 16.

7. Lc 15 12.

8. Lc 15 31.

9. Ibid.

10. Ibid.

11. Lc 15 17.