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Sermon pour le vingt-cinquième Dimanche du Temps ordinaire (année C)

(Liturgie de la Parole : Am 8 4-7 ; Ps 112 ; 1 Tm 2 1-8 ; Lc 16 1-13)


En ce moment où Jean-Paul II béatifie Giuseppe Tovini, un laïc qui fonda, au siècle dernier, de nombreuses œuvres visant à témoigner des convictions catholiques, notamment un journal et une banque, la liturgie de ce dimanche nous invite à réfléchir aux implications économiques et politiques de la Foi.

Amos, au Nom du Seigneur, condamne la rapacité des riches qui ne cherchent qu’à devenir encore plus riches, au mépris de toute justice, jusqu’à vendre les « déchets du froment » aux pauvres du pays, en décidant eux-mêmes du prix à payer, et qui plus est, en faussant les balances [1] ! Agir ainsi, sans humanité, pour le seul amour de l’argent, est un péché très grave, un péché mortel, qui nous rend indignes de la vie éternelle : « Non, jamais Je n’oublierai leurs méfaits [2] », dit le Seigneur…

Ce que confirme Jésus dans l’Évangile en disant :

« Si vous n’avez pas été dignes de confiance avec l’Argent trompeur, qui vous confiera le bien véritable ? […] Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent [3]. »

Combien cette affirmation est sans équivoque possible, alors que nous aimerions tant servir les deux ! Ou l’amour de Dieu par l’accomplissement de Sa Volonté, ou l’amour de nous-mêmes par l’attachement à l’argent qui paraît en être la condition. Il faut choisir, et la mesure de notre amour pour l’un est la mesure de notre haine pour l’autre. C’est simple, et c’est clair. Lorsqu’on remettait de l’argent dans la main de sainte Bernadette, elle le laissait tomber à terre, tant elle ne pouvait le souffrir. Nous sommes invités à être pauvres, sinon matériellement du moins spirituellement, pour l’amour de Dieu, qui veut être notre unique et véritable richesse. Car, en vérité, Dieu seul suffit.

Si Jésus qualifie l’argent de « trompeur [4] », que l’on pourrait aussi traduire par « inique » ou « maudit », ce n’est pas qu’il soit mauvais en lui-même, mais parce que grande est la facilité avec laquelle on l’aime, jusqu’au mépris de Dieu, en raison du pouvoir qu’il donne pour assurer ici-bas notre existence, oubliant ainsi que c’est Dieu le Maître du temps et de l’histoire, et que Son Amour prend vraiment soin de nous. Par la parabole de l’intendant infidèle [5], Jésus nous rappelle que notre existence ici-bas n’a pas sa fin en elle-même, mais qu’elle est ouverte sur un avenir que précédera le Jugement. Jésus reconnaît l’habileté de ce gérant malhonnête et nous donne en exemple son intelligence à assurer son avenir. Comme l’intendant de la parabole, nous ne sommes que les gérants des biens dont nous disposons de par la volonté de Dieu, et Dieu, nous dit saint Paul, « veut que tous les hommes soient sauvés par la connaissance de la vérité [6] ». C’est pourquoi les biens d’ici-bas sont ordonnés à la préparation de la vocation éternelle des hommes, qui ont tous une égale dignité et responsabilité face à leur destinée. Aussi, l’égalité foncière de tous les hommes devant les moyens nécessaires pour réaliser leur destinée implique, à travers les différences et les inégalités de la propriété privée, une exigence communautaire de solidarité humaine, de mise à la disposition d’autrui des biens possédés. Autrement dit, on ne possède pas des biens pour soi seulement, mais également pour le service des autres. Et ce service doit être l’expression ici-bas, le commencement et le gage, de ce que nous voulons vivre en plénitude dans l’éternité, et à quoi Dieu nous appelle : la Communion des Saints.

« Faites-vous des amis avec l’Argent trompeur, afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles [7]. »

Parce que l’accès aux biens de consommation rend possible l’accès à des biens d’un ordre plus élevé, c’est toute une politique d’ensemble qui est concernée, et c’est pourquoi saint Paul nous demande de prier « pour les chefs d’État et tous ceux qui ont des responsabilités [8] » dans la société. Saint Paul est loin de cautionner ceux qui se désintéressent de la chose publique, tant il est vrai que le salut a forcément une dimension politique. Il pousse en effet à dénoncer, comme le faisait Amos, les vices et les péchés, les situations d’injustice et les aliénations qui oppriment et dégradent l’homme, et compromettent d’autant son accès au Salut… La Foi ne peut pas se contenter de rester dans les églises, car, écrivait Pie XII, « de la forme donnée à la société, conforme ou non aux lois divines, dépend et découle le bien ou le mal des âmes [9] ». Et Jean-Paul II, dans son exhortation apostolique sur la vocation et la mission des laïcs dans l’Église et le monde, que tout laïc un tant soit peu fidèle à sa vocation devrait avoir déjà lu, écrit :

« Les fidèles laïcs ne peuvent absolument pas renoncer à [apporter le] témoignage des valeurs humaines et évangéliques [dans la vie politique, afin] de promouvoir […] le bien commun [10]. »

Le bien commun étant l’ensemble des conditions extérieures nécessaires à l’ensemble des citoyens, pour le développement de leurs qualités, de leurs fonctions, de leur vie matérielle, intellectuelle, religieuse et éternelle, pour, comme le dit saint Paul, « mener notre vie dans le calme et la sécurité, en hommes religieux et sérieux [11] ».

L’Église ne peut donc pas se désintéresser de la vie sociale et politique puisque la vie présente est la préparation de la vie future… L’Église, qui a reçu de Dieu la mission de conduire les hommes à la Patrie céleste, est donc en droit d’exiger que la cité terrestre n’y mette pas d’obstacle. C’est pourquoi les Chrétiens se doivent, au nom même du devoir de la charité et de leur vocation dernière à la vie éternelle, d’agir sur les institutions présentes. Et si quelqu’un vous dit que nous n’avons pas le droit d’imposer notre façon de voir à toute la société, répondez-lui que nous l’avons autant que n’importe qui, que ce n’est pas notre façon de voir à nous, mais celle de la Vérité, et que si ce n’est pas « la connaissance de la Vérité [12] » qui guide la société, ce sera le leurre du mensonge… C’est ou l’un ou l’autre. « Qui n’est pas avec Moi est contre Moi [13]. » « Vous ne pouvez servir Dieu et l’Argent [14]. »

Qui ne voit ce gigantesque combat que se livrent la Lumière et les ténèbres, la Vérité et le mensonge, l’Église et le prince de ce monde, et dont l’homme est l’enjeu ? Qui ne voit tous les conflits liés en particulier aujourd’hui à la bioéthique, au statut de l’enfant à naître, privé du droit à la vie parce que non désiré ou handicapé, manipulé et traité comme un matériau de laboratoire ? Qui ne voit que l’Ennemi de Dieu et de Son image qu’est l’homme [15] veut éliminer les vieillards parce qu’inutiles et coûtant cher à l’État ? Qui ne voit que le mariage et la famille, creuset de l’homme et de l’humanisation de la société, sont l’objet d’une mise à mort progressive et programmée ? Dans un monde où les institutions sont moralement perverties et idéologiquement faussées, la masse des hommes ne peut pas, sinon par des actes héroïques dont seuls peu sont capables, observer les commandements inviolables de Dieu, et arriver « à la connaissance de la Vérité [16] » qui donne le salut. Face à l’utilitarisme croissant de notre société, l’Église, et chaque chrétien digne de ce nom, doit témoigner de sa foi, et jusqu’au martyre s’il le faut. Qui ne voit qu’à un moment ou à un autre l’objection de conscience et la désobéissance civique s’imposent à la conscience chrétienne ? « Il n’est permis à personne de rester à ne rien faire [17] ! », tempête Jean-Paul II. Personne ne doit donc quitter cette église en étant encore tacitement convaincu qu’il peut faire son salut en se désintéressant de la cité terrestre. Et pour vous donner une indication pratique d’action immédiate, je vous engage à écrire à notre député pour lui demander de s’opposer au PACS, ce projet de légalisation de la cohabitation homosexuelle, véritable fléau destructeur de la personne et de la société.

Si nous ne savons pas nous montrer dignes dans les affaires de la terre, qui nous confiera celles du Ciel [18] ?

1. Cf. Am 8 4-7.

2. Am 8 7.

3. Lc 16 11, 13.

4. Lc 16 9, 11.

5. Cf. Lc 16 1-8.

6. 1 Tm 2 4.

7. Lc 16 9.

8. Cf. 1 Tm 2 2.

9. Pie XII, radio-message La solennita, 1er juin 1941, n. 3 (La Documentation catholique, n. 969, 21 juillet 1946, col. 791).

10. Jean-Paul II, exhortation apostolique Christifideles laici, 30 décembre 1988, n. 42 (La Documentation catholique, n. 1978, 19 février 1989, pp. 181-182). Les italiques sont dans le texte.

11. 1 Tm 2 2.

12. 1 Tm 2 4.

13. Mt 12 30 ; Lc 11 23.

14. Mt 6 24 ; Lc 16 13.

15. Cf. Gn 1 26-27.

16. 1 Tm 2 4.

17. Jean-Paul II, op. cit., n. 3 (loc. cit., p. 154). Les italiques sont dans le texte.

18. Cf. Lc 16 11.