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Sermon pour le vingt-sixième Dimanche du Temps ordinaire (année C)

(Liturgie de la Parole : Am 6 1…7 ; Ps 145 ; 1 Tm 6 11-16 ; Lc 16 19-31)


La liturgie de dimanche dernier nous invitait à réfléchir aux implications économiques et politiques de la Foi. Par la parabole de l’intendant infidèle [1], qui nous situait dans la perspective de la vie future soumise au jugement du Maître, Jésus nous invitait à nous considérer non comme les propriétaires mais comme les gérants des biens dont nous disposons, et à les gérer de manière à nous faire des amis pour l’éternité. Aujourd’hui, ce thème se précise par la parabole du pauvre Lazare [2], qui nous révèle l’existence du Paradis et de l’enfer comme récompense ou punition de notre attitude présente vis-à-vis de Dieu et de l’argent.

Pour atteindre un but, il faut prendre le chemin qui y conduit. Si quelqu’un prend un autre chemin, il n’atteindra pas le but. Dieu nous a créés pour le bonheur – la preuve en est qu’il n’y a aucun homme sur terre qui ne veuille pas être heureux… et notre dignité, à nous les hommes, est de tendre volontairement, librement, à la fin pour laquelle Il nous a créés. Il nous veut vouloir, désirer, aimer ce bonheur qu’Il est Lui-même, car à Lui seul « honneur et puissance éternelle [3] » sont dues. Or, pour atteindre la Béatitude qui est le bonheur parfait et éternel, pas d’autre chemin que celui de la vertu, car la vertu est ce qui rend bon celui qui la possède ainsi que ses actions. Comme c’est de Dieu que vient toute vertu et toute bonté – car Il est Lui-même la vertu et la bonté absolues, Lui « qui donne vie à toutes choses [4] » –, ne pas aimer Dieu rend impossible la pratique de la vertu, qui, elle, rend semblable à Dieu et digne de partager Sa Béatitude. L’accomplissement de la vertu ne saurait profiter à Dieu qui n’a besoin de rien ; aussi, c’est par l’intermédiaire de notre prochain, image de Dieu [5], que nous pouvons, concrètement, exercer la charité qui nous habite. Et c’est alors que nous pourrons chanter en vérité le psaume : « [Le Seigneur] rend justice aux opprimés, aux affamés, Il donne le pain [6] »… Autant l’âme aime Dieu, autant elle aime son prochain, car c’est de Dieu que vient l’amour qu’elle a pour lui. Voilà pourquoi saint Paul lie la justice et la religion, « la foi et l’amour [7] », et invite à se « battre pour la foi [8] ». Sans cette vertu, qui est la connaissance de Dieu adaptée à notre condition de pèlerin, il est impossible d’obtenir le bonheur véritable « qui habite la lumière inaccessible [9] ».

Pourquoi le riche se retrouve-t-il en enfer ? Parce qu’il vivait « bien tranquille »… ne se tourmentant guère du désastre d’Israël ; on dirait aujourd’hui : « du désastre de l’Église »… Il a ignoré le pauvre Lazare qui était à sa porte, et jour après jour l’abîme qui dans l’éternité les sépare s’est creusé, jusqu’à devenir infranchissable au moment de la mort, qui scelle d’un sceau définitif le choix de notre libre volonté. C’est en effet parce que sa volonté s’attachait à aimer non pas Dieu – qui seul peut nous rassasier infiniment, étant Lui-même le Bien infini, « le Souverain unique et bienheureux [10] » – mais les biens de la terre, jusqu’à faire « chaque jour des festins somptueux [en] vêtements de luxe [11] », que le cœur du riche est devenu insensible à l’amour au point de ne pas même percevoir la misère de Lazare à sa porte. Mais les biens de la terre sont faits pour l’homme et non l’homme pour eux, aussi ils ne peuvent jamais rassasier l’homme, et c’est pourquoi le riche est torturé de soif dans la fournaise de l’enfer. Du Ciel, pas même une goutte de ce qu’il désire ne peut lui être donnée, car au Ciel, par la connaissance et la vision que l’on a de Lui, on ne jouit que de Dieu.

Cette connaissance de Dieu, encore ici-bas sous le régime de la foi, pour laquelle saint Paul demande que l’on se batte [12], non seulement a la promesse de la vie éternelle, mais c’est encore elle qui permit au pauvre Lazare de supporter ses maux avec patience, sans maudire Dieu ni le riche, sans se plaindre, en lui donnant de comprendre que le bien doit être récompensé et le péché puni. Reconnaissant en lui-même la bonté de Dieu, et connaissant la vérité de Dieu, Lazare s’était volontairement dépouillé de sa volonté et de son amour propre pour s’abandonner à la volonté de Dieu, qui ne veut que notre sanctification. Aussi son âme était-elle en paix, ses souffrances atteignaient son corps mais non son esprit. La volonté sensitive étant morte, détruite aussi était la souffrance, car c’est la volonté propre qui afflige et tourmente l’esprit. Toute faute, parce qu’elle offense le Dieu infini, « le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs, le seul qui possède l’immortalité [13] », mérite une peine infinie – d’où l’éternité de l’enfer. C’est donc une grâce de souffrir en cette vie et en ce temps, qui ont une fin… Car ainsi pouvons-nous expier nos fautes, acquérir des mérites, et obtenir le Bien infini promis à ceux qui font la preuve, par les épreuves qu’ils traversent, qu’ils aiment vraiment Dieu… de sorte que leurs épreuves se transforment en bonheur. « Heureux, vous qui pleurez maintenant [14] … » Si nous voulons aller avec Lazare en Paradis, il nous faut nous aussi, comme lui, supporter tout ce qui nous arrive, avec respect, estimant une grâce d’être éprouvés par Dieu qui veut ainsi nous rendre semblables à Son Fils… qui S’est fait semblable à nous… sur une croix…

L’enfer n’est rien d’autre que le refus de l’amour de Dieu ; il est le royaume de la haine par excellence, qui possède si bien les damnés qu’ils sont incapables de désirer le moindre bien. Si le riche demande à ce que ses frères soient avertis des conséquences du péché, ce ne peut être par désir de l’honneur de Dieu ou du salut de ses frères, puisqu’il est privé de l’amour de Dieu et de la vertu qu’il a refusés jusqu’à la mort. Privé de charité, il ne peut désirer le moindre bien. Pourquoi donc demandait-t-il cela ? Parce que leur ayant donné le mauvais exemple, « il était cause de leur damnation. Pour cette raison il voyait la suite de sa faute, eux arrivant au tourment crucifiant avec lui, où toujours dans la haine ils se rongent, parce que dans la haine finit leur vie [15]. »

Il y a en enfer quatre supplices principaux, d’où découlent tous les autres tourments. Le premier est la privation de la vision de Dieu – que l’on appelle la peine du dam –, signifiée dans la parabole par l’impossibilité de rejoindre le séjour des bienheureux, qui eux sont tels parce qu’ils voient Dieu, Source de tout bien ; le deuxième est la haine de soi d’être la cause de son propre malheur ; le troisième est la compagnie éternelle du diable, qui est si horrible qu’il n’est pas un cœur d’homme qui la puisse imaginer ; le quatrième est le feu de la divine justice, qui brûle en fonction du degré de responsabilité, sans jamais consumer, parce que l’âme n’est pas une chose matérielle.

Un jour, le vrai Lazare, l’ami de Jésus, reviendra effectivement de chez les morts [16]… et la preuve par excellence sera donnée qu’en Jésus le Royaume de Dieu annoncé par Moïse et les Prophètes est arrivé. Mais les chefs des prêtres et les pharisiens ne se convertiront pas pour autant à Jésus ; aussi Jésus leur annonce-t-Il, dans Sa préscience divine, le sort qui les attend…

Le pauvre de la parabole porte un nom, Lazare. Le riche, lui, ne porte pas de nom. Ce qui veut dire qu’il peut porter n’importe quel nom ; le nôtre peut-être…

1. Cf. Lc 16 1-8.

2. Cf. Lc 16 19-31.

3. 1 Tm 6 16.

4. 1 Tm 6 13.

5. Cf. Gn 1 26-27.

6. Ps 145 7.

7. 1 Tm 6 11.

8. 1 Tm 6 12.

9. 1 Tm 6 16.

10. 1 Tm 6 15.

11. Lc 16 19.

12. Cf. 1 Tm 6 12.

13. 1 Tm 6 15-16.

14. Lc 6 21.

15. Ste Catherine de Sienne, Le Dialogue, XL (traduction par Lucienne Portier, Paris, Cerf, collection « Sagesses chrétiennes », 1992, p. 67).

16. Cf. Jn 11 1-44.