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Sermon pour le vingt-septième Dimanche du Temps ordinaire (année C)

(Liturgie de la Parole : Ha 1 2…2 4 ; Ps 94 ; 2 Tm 1 6…14 ; Lc 17 5-10)


« Quand vous aurez fait tout ce que Dieu vous a commandé, dites-vous : “Nous sommes des serviteurs quelconques : nous n’avons fait que notre devoir [1]. »

Serait-ce donc inutile de faire son devoir ? Mais alors pourquoi le commander ?

Que fait le soleil tous les matins ? Ce que Dieu veut qu’il fasse. Quel chemin suivent les étoiles ? Celui que Dieu leur a tracé, sans dévier ni à droite ni à gauche. Et ainsi de toutes les créatures inanimées ou animées : elles font exactement ce que Dieu veut qu’elles fassent, soit en obéissant à la loi de la gravitation, soit à la loi de l’instinct. Est-ce qu’elles se vantent de faire ce qu’elles font ? Est-ce qu’elles estiment que Dieu leur doit quelque chose parce qu’elles font ce qu’elles font ? Or l’homme a ceci de particulier par rapport à toutes les créatures : il est appelé à suivre volontairement, librement, le chemin que Dieu lui trace. Telle est sa dignité. Mais cette liberté qui lui confère le pouvoir d’une action personnelle, réelle, décisive – que ce soit dans l’ordre de la nature ou dans celui du salut –, implique sa responsabilité… Conséquence nécessaire de la liberté, l’homme peut, hélas, refuser de suivre le chemin que Dieu lui indique… ou bien chercher à faire payer Dieu pour le bien qu’il fait, à exiger des avantages, et ainsi à vendre sa liberté, à se conduire comme un étranger dans la maison de son Père…

Si nous pouvions, avec les oreilles de la Foi, entendre les créatures s’exprimer à ce sujet, nous les entendrions nous dire qu’elles sont, elles, très heureuses de faire ce qu’elles font, parce que c’est Dieu qui le leur demande, et que tout ce qui vient de Dieu ne peut être que bon… à preuve ce qu’elles sont elles-mêmes, telles qu’elles sont, et quoi qu’elles fassent ! Mais refuser tant soit peu ce qui vient de Dieu, c’est se refuser soi-même… car tout ce qui est vient de Dieu, et donc aussi soi-même. Ne pas accueillir de tout son cœur la Volonté de Dieu, c’est accuser Dieu de ne pas être absolument bon en tout, et donc nier qu’Il soit vraiment Dieu. Par contrecoup, c’est aussi porter le discrédit sur soi-même, en remettant en cause la bonté de son être propre… finalement, c’est confesser que l’on est mauvais…

Lorsque l’on considère que nous devons tout à Dieu, et notre être, et la liberté, avec laquelle on peut même choisir de Le rejeter, que Lui avons-nous donné en premier pour mériter de tels dons ? Lorsque l’on considère la réparation infinie que nous devons à la Justice divine après avoir si souvent offensé Sa Majesté, Dieu nous devrait-Il quelque chose ? Lorsque l’on garde sous les yeux ce que fut la vie de Jésus-Christ, de Dieu parmi nous, Qui est allé jusqu’à Se faire Le Serviteur de tous, jusqu’à laver les pieds de Juda, jusqu’à donner son Corps sacré en nourriture, jusqu’à accepter les crachats, les coups de fouets et la croix pour laver nos âmes dans Son Sang, quelle limite pourrions-nous mettre à notre témoignage de reconnaissance ? Dieu a-t-Il besoin de nous ? Non. Dieu est parfait. Il n’a besoin de rien. Relativement à Lui-même, quoi que nous fassions ou ne fassions pas, nous n’ajoutons ni ne retranchons rien à Sa Gloire. En ce sens, nous Lui sommes parfaitement inutiles. Mais précisément cette « inutilité » est le fondement absolu de notre liberté !… car alors ce que nous faisons relève de l’ordre de la gratuité !… L’art est inutile et l’amour n’a pas de prix, mais ce sont justement de telles réalités qui font que la vie est belle ! Quel bonheur d’être aimé non pas pour ce que l’on vaut ou ce que l’on fait, mais uniquement pour soi-même, sans aucun mérite de notre part, gratuitement ! Tel est l’ordre propre de l’Amour dans lequel Jésus nous appelle à demeurer. Que personne ne se vante de faire son devoir et ne cherche à s’en prévaloir pour exiger des faveurs spéciales. Comme dit le proverbe : « Qui offrirait toutes les richesses de sa maison pour acheter l’amour, ne recueillerait que mépris [2] ». Lorsque nous faisons notre devoir, qui est l’expression de la volonté de Dieu pour nous, laquelle est le salut éternel des hommes en Christ, faisons-le aussi librement et volontairement qu’il nous est gratuitement proposé, et ainsi nous nous montrerons dignes de l’Amour en lui donnant une réponse d’amour.

Bien sûr, une telle intelligence du réel, une telle sagesse de vie, relève de la Foi – qui, on le voit bien, ne frustre en rien les exigences de la raison. En effet, la foi fait partie intégrante de la vie humaine. Celui qui dit qu’il ne croit pas, dit quand même qu’il croit en quelque chose, ne serait-ce que dans la vérité de ce qu’il dit. Le seul fait de dire « je ne crois pas en Dieu » présuppose… une autre foi. On ne peut pas ne pas croire. Si vous êtes venus ici ce matin, c’est parce que vous avez cru qu’il y avait la Messe. Lorsque vous êtes allés hier acheter votre pain, vous ne vous êtes pas imaginé que le boulanger avait versé de l’arsenic dans la pâte, vous avez cru qu’il avait bien fait son travail. Et de tout ainsi. On est obligé de faire confiance pour vivre. C’est pourquoi il est écrit que « le juste vivra par sa foi [3] ». La foi est la confiance que l’on porte à une personne fidèle et qui nous engage tout entier. Elle est à la base de la vie comme de l’amour. Sa perfection est en Dieu, qui est la fidélité même, immuable. La foi est aussi une démarche de l’intelligence, un « enseignement solide [4] » à qui une parole ou des signes permettent d’accéder à des réalités que l’on ne voit pas. Ceux qui sont allés à Issoudun cet été lorsque le Père Tardif était là ont pu voir des paralysés se lever, des sourds se mettre à entendre, et d’autres merveilles qui ont fortifié leur foi en Jésus bien vivant et agissant en faveur de ceux qui Lui font confiance.

Les miracles ne sont cependant pas nécessairement la preuve de la sainteté, comme le fait de ne pas être toujours exaucé n’est pas nécessairement dû à un manque de foi. Il y a des saints qui n’ont jamais fait de miracles, tandis que les sorciers, les médiums, les spirites et autres voyants, en mettant en œuvre des forces obscures, font des choses surhumaines sans être des saints, mais bien plutôt des démons.

Reste qu’aujourd’hui, avec le matérialisme régnant, on ne croit quasiment plus que Dieu fasse des miracles. Et ceux qui lui en demandent encore le font de deux façons. Il y a ceux qui demandent avec confiance, sans se décourager, parce qu’ils croient que Dieu est bon et tout puissant et donc les exaucera. Ceux-là aiment Dieu et Dieu les exauce. Et puis il y a ceux qui exigent que Dieu se plie à leurs méchancetés et leur donne ce qu’eux mêmes Lui refusent : l’amour et l’obéissance. Ceux-là offensent Dieu qui les punit par le refus de Ses grâces.

Certains se plaignent que Dieu abandonne l’humanité à ses malheurs, n’accomplisse pas de grands miracles collectifs, qu’Il n’épargne pas les sécheresses et les inondations, le SIDA et la guerre ; mais comment pourrait-Il les accomplir ? Où sont les collectivités qui croient en Lui ? Où sont les vrais croyants ? Combien y a-t-il de vrais croyants dans une collectivité ? Où y a-t-il de la foi comme une graine de moutarde ? Comme des fleurs qui survivent dans un bois brûlé par un incendie, ainsi, de temps à autre, un esprit croyant. Le reste, Satan l’a brûlé par ses doctrines, et il les brûlera de plus en plus. Que l’on songe aux millions et aux millions âmes qui n’ont pu et ne peuvent toujours pas accéder à la Foi à cause de doctrines infernales, comme le furent par exemple l’hitlérisme, le communisme, et aujourd’hui le relativisme, l’indifférentisme, l’eugénisme et tant d’autres courants de pensée incompatibles avec la Foi en Dieu. Vivre de la foi est tout autre chose que mener une petite vie bien tranquille. Elle exige un perpétuel héroïsme, une lutte perpétuelle contre soi-même, le monde et le démon. Sinon, pourquoi saint Paul demanderait-il à Timothée de prendre sa « part de souffrance pour l’annonce de l’Évangile [5] » ? Et nous, quelle part de souffrance prenons-nous volontairement pour l’annonce de l’Évangile ?

1. Lc 17 10.

2. Ct 8 7.

3. Ha 2 4.

4. 2 Tm 1 13.

5. 2 Tm 1 8.