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Sermon pour le vingt-huitième Dimanche du Temps ordinaire (année C)

(Liturgie de la Parole : 2 R 5 14-17 ; Ps 97 ; 2 Tm 2 8-13 ; Lc 17 11-19)


« Souviens-toi de Jésus Christ, le descendant de David : Il est ressuscité d’entre les morts, voilà mon Évangile [1]. »

Tel est le cœur, le résumé qui condense toute notre Foi, en trois mots : « Christ est ressuscité ». Puisqu’un homme, descendant de David, a triomphé de la mort, alors, en Lui, l’Humanité a triomphé de la mort… Mais comment l’Humanité peut-elle participer à ce triomphe du Christ sur la mort ? Par les sacrements, par la liturgie de l’Église :

« Le Christ manifeste, rend présent et communique Son œuvre de salut par la liturgie de Son Église [2]. »

« L’homme étant un être à la fois corporel et spirituel, exprime et perçoit les réalités spirituelles à travers des signes et des symboles matériels. Comme être social, l’homme a besoin de signes et de symboles pour communiquer avec autrui. […] Il en est de même pour sa relation à Dieu [3]. »

D’où le désir du général Naaman d’emporter de la terre d’Israël où Dieu venait de Se révéler à lui [4]. Ainsi pourrait-il, à travers cette quantité de terre, rester en contact avec le Dieu d’Israël à qui elle appartenait. Elle offrait un secours visible et tangible à son désir de rendre désormais un culte au vrai Dieu, de Lui rendre gloire, selon la vérité de notre condition terrestre. Car désormais il entendait n’« offrir ni holocauste ni sacrifice à d’autres dieux qu’au Seigneur Dieu d’Israël [5] ». Ne peut-on pas dire qu’en souhaitant garder et entretenir une relation avec Dieu par le moyen de cette terre d’Israël, Naaman aspirait inconsciemment à ce que Dieu Se fasse terre, qu’Il Se fasse semblable à lui, qu’Il S’incarne ?…

Parce que l’homme est un être de chair et de sang, qui a besoin de secours visibles et tangibles, Dieu Se rendra visible en Jésus-Christ, et parce que Jésus-Christ n’a pas voulu nous laisser après Son départ sans le secours de signes par lesquels nous puissions communiquer avec Lui et Lui avec nous, Il a institué les sacrements, signes visibles qui donnent la grâce et expriment la foi. Comment en effet, Dieu, qui est invisible, pourrait-Il révéler Son action invisible, sinon par le moyen du symbole, élément visible qui renvoie à une réalité invisible ? Les sacrements rendent visible l’action invisible de Dieu. Ils sont des signes qui réalisent ce qu’ils signifient.

Naaman est guéri par la septuple plongée dans les eaux du Jourdain [6]. Cette septuple plongée figure les sept sacrements nous immergeant dans la vie de la grâce, laquelle grâce nous est donnée par la Mort et la Résurrection de Jésus-Christ, que figure et accomplit réellement le baptême dans l’âme du baptisé. Quant à la lèpre dont Naaman est purifié, elle est le symbole de la vraie lèpre, celle du péché, dont le baptême nous purifie. Si donc le baptême purifie, ce n’est pas en vertu de la capacité naturelle de l’eau à laver, mais en vertu de la parole de foi qui révèle le sens caché de cette immersion. L’immersion n’en est pas moins pour autant absolument indispensable, car sans elle, il serait impossible de reconnaître l’opération divine, intérieure et invisible.

La guérison du corps de Naaman fut le signe de la guérison de son âme, que lui valurent sa foi et son obéissance à la parole reconnue d’origine divine que lui délivrait le prophète… De même les dix lépreux eurent-ils foi en la parole de Jésus, au point d’aller demander aux prêtres l’attestation de leur guérison – nécessaire pour leur réintégration sociale – avant même d’être guéris [7] !!!… Ils accomplirent ainsi à la perfection cette parole de Jésus : « Lorsque vous demandez quelque chose en priant, croyez que vous l’avez déjà reçu, et cela vous sera accordé [8] ». Il en va de même pour les sacrements, qui portent du fruit seulement en ceux qui les demandent et les reçoivent avec les dispositions voulues. Car le sens plénier des sacrements se réalise lorsqu’on ne recherche pas seulement des avantages humains – à l’exemple des neuf lépreux se contentant d’empocher le bienfait de leur guérison physique – mais lorsque l’on recherche une union personnelle avec la divinité adorée. C’est pourquoi Jésus est peiné de ne voir qu’un seul lépreux revenir Le remercier. Un seul s’est élevé, à partir de sa guérison, jusqu’à y percevoir un signe de l’amour de Dieu pour lui. Il n’eut de cesse alors que de revenir vers Dieu, de se convertir, de nouer avec Jésus une relation personnelle. Comprenons donc combien est indispensable à la vérité du sacrement reçu, à l’exemple du lépreux reconnaissant, le temps de recueillement, d’adoration, d’action de grâces qui doit normalement, pour chacun, suivre la rencontre du Christ dans la Messe… C’est d’ailleurs parce que l’action de grâce est une nécessité intérieure à l’amour que l’Église fait de la participation à l’Eucharistie dominicale – qui est l’Action de Grâce par excellence de l’Église – une obligation morale pour tous ses enfants. Et si cette action de grâce s’achève « face contre terre [9] », abîmée dans l’humilité et la reconnaissance devant la bonté et la puissance de Notre Seigneur, elle doit tout autant s’extérioriser, « en glorifiant Dieu à pleine voix [10] ». Une foi vivante ne peut pas davantage se passer de l’adoration que de s’extérioriser, que de rendre un culte public à Dieu…

Malheureusement, il arrive que les rites perdent progressivement leur caractère sacré, que le culte devienne une occasion de rencontre (alors on bavarde dans l’église), parfois même une habitude sociologique. Il n’y a rien de plus dangereux que l’habituation à ce qui est grand, que l’homme préfère attirer à soi, vers en bas, plutôt que de se laisser élever. Le culte n’exprime plus alors que l’appartenance à une communauté, une culture. Mais le sens premier du sacrement, qui est « mystère », est oublié. On oublie que la liturgie est l’Opus Dei, l’Œuvre de Dieu, que c’est Lui qui agit pour notre salut. Lorsqu’un groupe s’imagine devoir bricoler la liturgie, il ne célèbre rien du tout, sinon lui-même, et c’est vite l’ennui. À ce titre, en effet, on trouve mieux ailleurs. Rien ne se passe si reste absent Celui que le monde entier attend. Le Mystère du culte est la présentation et la reproduction rituelle du Mystère du Christ par lesquelles il nous devient possible d’entrer dans le Mystère du Christ Lui-même. Aussi, si le Mystère du Christ exige le Mystère du culte pour pouvoir se communiquer à l’Humanité, le mystère du culte exige à son tour une réelle union, par la foi, au Seigneur mort et ressuscité, présent dans Ses sacrements, de sorte que « si nous sommes morts avec Lui, avec Lui nous vivrons [11] ». Tel est le pouvoir des sacrements : nous rendre contemporains de l’Action rédemptrice du Christ, qui est Sa Mort et Sa Résurrection, afin que nous puissions y participer. Nous venons à la Messe pour y mourir de la Mort du Christ, et avec Lui jouir déjà de la Vie céleste… Cette participation s’accomplit par l’offrande spirituelle de notre personne unie à Celle du Crucifié, au bénéfice de « ceux que Dieu a choisis, afin qu’ils obtiennent eux aussi le salut par Jésus Christ, avec la gloire éternelle [12] ». Avec saint Paul, nous devons tout supporter pour cette cause, qui doit être finalement la seule raison de notre séjour sur la terre.

Le Mystère demeure toujours Mystère, mais il se révèle Lui-même aux âmes pures, humblement désireuses de trouver le Seigneur, jusqu’à ce que le symbole prenne fin et que la pure réalité de l’éternité bienheureuse se révèle définitivement à leurs yeux.

Heureux ceux qui croient sans voir [13] !

1. 2 Tm 2 8.

2. Catéchisme de l’Église catholique, n. 1076.

3. Ibid., n. 1146.

4. Cf. 2 R 5 17.

5. Ibid.

6. Cf. 2 R 5 14.

7. Cf. Lc 17 14.

8. Mc 11 24.

9. Lc 17 16.

10. Lc 17 15.

11. 2 Tm 2 11.

12. 2 Tm 2 10.

13. Cf. Jn 20 29.