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Sermon pour le vingt-neuvième Dimanche du Temps ordinaire (année C)

(Liturgie de la Parole : Ex 17 8-13 ; Ps 120 ; 2 Tm 3 14 – 4 2 ; Lc 18 1-8)


Les lectures de la liturgie de ce dimanche trouvent leur dénominateur commun en ce qu’elles nous parlent toutes de la persévérance. Que ce soit Moïse qui use de tous les stratagèmes à sa disposition pour faire durer sa mystérieuse prière jusqu’à la victoire [1] ; que ce soit le psalmiste qui ne se lasse pas d’attendre du Seigneur le secours espéré [2] ; que ce soit saint Paul qui exhorte son disciple à intervenir « à temps et à contretemps, […] avec une grande patience [3] » ; ou la parabole de Jésus invitant à « prier sans se décourager [4] ».

Le thème commun de ces lectures nous rappelle d’autres paroles de Jésus. Par exemple celles-ci : « Luttez pour entrer par la porte étroite, car beaucoup, Je vous le dis, chercheront à entrer et ne le pourront pas [5] », « C’est par votre constance que vous sauverez vos vies [6] », ou encore : « Celui qui aura tenu bon jusqu’au bout, celui-là sera sauvé [7] ». Autant dire que c’est là un thème sur lequel Jésus a particulièrement insisté. Et pourquoi ? Parce que vivre de la foi est un combat… Un combat contre Satan, le « père du mensonge [8] », qui n’a de cesse de nous entraîner avec lui dans la damnation, un combat contre soi-même, tant que notre nature viciée demeure insoumise à Dieu, et un combat contre le monde pécheur soumis au prince de ce monde. Pour gagner un combat, il importe de bien connaître l’ennemi et d’être « bien armé [9] » ; aussi, aujourd’hui, l’Esprit qui parle à l’Église nous montre-t-Il trois armes pour nous permettre de gagner le combat de la vie éternelle.

La première arme est la connaissance des divines Écritures, car elles ont « le pouvoir de […] communiquer la sagesse, celle qui conduit au salut par la foi que nous avons en Jésus-Christ [10] ».

« La force et la puissance que recèle la Parole de Dieu sont si grandes qu’elles constituent, pour l’Église, son point d’appui et sa vigueur et, pour les enfants de l’Église, la force de leur foi, la nourriture de leur âme, la source pure et permanente de leur vie spirituelle [11]. »

Aussi, l’Église « exhorte de façon instante et spéciale tous les chrétiens […] à apprendre, par la lecture fréquente des divines Écritures, “la science éminente de Jésus-Christ [12]” ». Sans la connaissance des Écritures, il est en effet impossible de connaître le Christ…

La deuxième arme est la prière, car Dieu fait justice « sans tarder [13] » « à Ses élus qui crient vers Lui jour et nuit [14] ». C’est vers Lui qu’il importe de lever les yeux [15]. Alors que dans ce monde d’injustices, aux justes requêtes qui Lui sont présentées, Dieu ne semble pas réagir davantage que le « juge inique [16] » de la parabole [17], Jésus nous affirme que Dieu fait justice « sans tarder [18] »… Comment comprendre que cette « justice » de Dieu ne tarde pas alors que nous avons si souvent l’impression du contraire ? La Justice de Dieu n’est pas en effet comme la justice des hommes. Son but est de nous « ajuster » à Jésus-Christ, afin qu’unis à Lui nous ne soyons plus qu’un avec Lui, comme Lui-même est Un avec le Père [19], de sorte que dans cette union, la Gloire de Dieu nous soit donnée et à Lui notre misère… Alors, toute prière est exaucée au-delà de tout désir… C’est ainsi que saint Paul a écrit : « Avec le Christ je suis crucifié. Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi [20] ». Voilà pourquoi Moïse s’est uni dans sa prière à la mort de Jésus. Il monte sur la colline, comme Jésus sur le Golgotha ; il prend avec lui le bâton de Dieu, comme Jésus la Croix ; et il garde les bras levés jusqu’à la victoire, comme Jésus jusqu’à la mort [21]. Comment mieux nous dire que la prière n’est pas toujours une fête, qu’elle est parfois un combat, et que c’est la confiance inébranlable qui procure la victoire ? Celui qui abandonne la prière avant d’avoir obtenu ce qu’il demandait montre qu’il ne le désirait pas vraiment, et qu’il ne mérite donc pas de le recevoir ! Lorsque nous entrons en prière pour demander quelque chose, il ne faut pas quitter la prière avant de l’avoir obtenu ! Et tant qu’on ne l’obtient pas, il faut chercher pourquoi… Alors commence le vrai travail, celui qui doit nous ajuster à Jésus-Christ. Le combat que nous devons livrer pour obtenir d’être unis au Crucifié est une agonie. Pas étonnant que combat et agonie soit le même mot en grec !

La troisième arme nous est présentée tant par le thème de cette Journée mondiale des Missions que par l’injonction de saint Paul à proclamer la Parole [22]. Donner la Foi est, avec la connaissance des textes sacrés et la prière, le meilleur moyen de la garder, de la fortifier en soi et de lui faire porter son fruit. Un prêtre est tenu de proclamer la Parole « à temps et à contretemps [23] », en dénonçant le mal, « avec le souci d’instruire [24] », parce qu’il agit au nom de l’Église, d’une façon officielle ; mais chaque membre de l’Église est solidaire de la mission de l’Église entière. Il doit personnellement brûler du désir de voir le salut être communiqué aux âmes. Ce qui est la raison d’être de l’Église ici-bas. Saint Thomas d’Aquin dit : « Enseigner quelqu’un pour l’amener à la foi est la tâche de chaque prédicateur, et même de chaque croyant [25] ». Comment quelqu’un qui connaîtrait la Bonne Nouvelle pourrait-il ne pas l’annoncer ? Un croyant qui n’annonce pas l’Évangile montre qu’il n’y croit pas vraiment, qu’il ne vit pas d’une foi authentique. « La mission est un problème de foi, nous dit Jean-Paul II, elle est précisément la mesure de notre foi en Jésus Christ et en Son amour pour nous [26] »…

C’est le manque de persévérance et d’entrainement dans le combat de la foi qui a amené Jésus à douter de la capacité des hommes à finalement se sauver ; aussi dit-Il : « Le Fils de l’homme, quand Il viendra, trouvera-t-Il la Foi sur terre [27] ? »… Jésus, par ces graves paroles, nous indique le signe manifeste qui précédera Son Retour : la perte de la Foi ! Le Catéchisme de l’Église Catholique enseigne lui aussi qu’« avant l’avènement du Christ, l’Église doit passer par une épreuve finale qui ébranlera la foi de nombreux croyants. La persécution qui accompagne son pèlerinage sur la terre dévoilera le “mystère d’iniquité” sous la forme d’une imposture religieuse apportant aux hommes une solution apparente à leurs problèmes au prix de l’apostasie de la vérité [28]. » Qui dira que nous en sommes loin ? Cette église quasiment vide, comme tant d’autres, en est une preuve éloquente ! La vraie foi a disparue de chez presque tous ceux qui se disent encore chrétiens ! Satan a réussi à répandre partout ses erreurs sous le couvert d’interprétations nouvelles et de mises à jour de la vérité ; beaucoup ont ainsi choisi de vivre délibérément dans le péché, avec la conviction fallacieuse que ce n’est plus un mal, mais, au contraire même, une valeur et un bien ! Les erreurs sont enseignées et diffusées, alors qu’avec tant de désinvolture sont niées les vérités fondamentales de la Foi que le Magistère authentique de l’Église a toujours enseignées et défendues ! La révolte ouverte ou cachée contre le Magistère du Pape, qui a reçu du Christ la tâche de maintenir toute l’Église dans la vérité de la foi Catholique, est une preuve évidente de la perte de la Foi. Le mauvais exemple donné par tant de Pasteurs qui se sont laissés entièrement possédés par l’esprit du monde, qui sont devenus les propagateurs d’idéologies politiques et sociales, est un autre signe, qui nous fait comprendre que la crainte de Jésus n’est pas, en notre temps, illusoire !

Marie, à la Salette et à Fatima, est venue nous avertir des temps que nous vivons.

En ce dimanche des Missions, prendrons-nous la résolution de secouer notre torpeur ? Qu’attendons-nous pour ouvrir les yeux à la réalité qui nous menace ? Attendrons-nous passivement d’être ensevelis sous les décombres ? « Mais le Fils de l’homme, quand Il viendra, trouvera-t-Il la Foi sur terre [29] ? »

1. Cf. Ex 17 8-13.

2. Cf. Ps 120.

3. 2 Tm 4 2.

4. Lc 18 1.

5. Lc 13 24.

6. Lc 21 19.

7. Mt 10 22.

8. Jn 8 44.

9. 2 Tm 3 17.

10. 2 Tm 3 15.

11. Concile œcuménique Vatican II, constitution dogmatique De Divina Revelatione, n. 21.

12. Ibid., n. 25.

13. Lc 18 8.

14. Lc 18 7.

15. Cf. Ps 120 1.

16. Lc 18 6.

17. Cf. Lc 18 1-8.

18. Lc 18 8.

19. Cf. Jn 10 30, 17 21.

20. Ga 2 19-20.

21. Cf. Ex 17 8-13.

22. Cf. 2 Tm 4 2.

23. Ibid.

24. Ibid.

25. Somme théologique, III, q. 71, a. 4, ad 3.

26. Jean-Paul II, lettre encyclique Redemptoris missio, 7 décembre 1990, n. 11 (La Documentation catholique, n. 2022, 17 février 1991, p. 157). Les italiques sont dans le texte.

27. Lc 18 8.

28. Catéchisme de l’Église Catholique, n. 675.

29. Lc 18 8.