Logo Regnat
Best viewed with God
Gratuité évangélique
Jésus
Viewable With Any Browser Campaign
CSS valide
Valid XHTML 1.0 Transitional

Sermon pour le trente-deuxième Dimanche du Temps ordinaire (année C)

(Liturgie de la Parole : 2 M 7 1…14 ; Ps 16 ; 2 Th 2 16 – 3 5 ; Lc 20 27-38)


La foi en la résurrection s’exprime à travers tous les textes que nous venons d’entendre. Ainsi de ces sept frères qui, tous, dans l’attente de la résurrection promise par Dieu, préfèrent mourir dans les tortures, plutôt que d’abandonner les lois divines [1]. Ainsi du psalmiste qui espère, après la nuit de sa mort – car nul ne peut voir Dieu sans mourir – se rassasier de la beauté de Dieu dans l’éternel face à face [2]. Ainsi de saint Paul qui prie pour que les Chrétiens de Thessalonique persévèrent dans l’attente du Christ [3] ; ou encore Jésus affirmant avec force la réalité de la Résurrection [4].

L’argumentation de Jésus en faveur de la légitimité de la foi en la Résurrection s’appuie sur le fait que Dieu S’est présenté à Moïse comme le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob [5]. Autrement dit, comme dans un mariage où l’on porte le même nom, les noms d’Abraham, d’Isaac et de Jacob suffisent à désigner qui est Dieu. Mais être ainsi en rapport avec Dieu au point de Le faire connaître, c’est participer soi-même de l’identité de Dieu… Or Dieu est Le Vivant, Celui par Qui tous existent ; à combien plus forte raison donc sont vivants ceux qui sont le Nom de Dieu ! « [Dieu] n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants [6] » ! Si Dieu les nomme, c’est qu’ils sont vivants !

Les hommes ont cherché de tout temps à triompher de la mort, soit en entourant leur nom de gloire pour qu’il subsiste dans la mémoire collective, soit en voulant se perpétuer dans leur descendance, et telle est le sens de cette loi évoquée par les Sadducéens [7]. Mais une telle survie est très peu authentique et personnelle, et elle est même appelée à disparaître. Comment donc vaincre la mort ? En étant « jugés dignes d’avoir part au monde à venir [8] », répond Jésus…

Mais que veut dire « être jugés dignes d’avoir part au monde à venir » ? Une mauvaise traduction et une lecture superficielle laisseraient entendre que Jésus méprise, voire condamne, le mariage, puisqu’Il paraît opposer « les enfants de ce monde [qui] se marient [9] », à ceux qui auront été « jugés dignes d’avoir part au monde à venir [et qui] ne se marient pas [10] ». L’opposition, en réalité, n’est pas entre ceux qui se marient et ceux qui ne se marient pas, mais entre la vie de ce monde et celle du Ciel. Au Ciel, répond Jésus aux Sadducéens qui n’arrivent pas à croire à la Résurrection et à la Vie éternelle, le mode d’existence est radicalement différent de celui que nous connaissons sur la terre ; aussi ne faut-il pas chercher à l’imaginer semblable à celui que nous connaissons. Sur la terre, le mariage et la génération sont voulus par Dieu pour le bonheur et la multiplication des vivants. Merveille donnée à l’homme et à la femme que de coopérer ainsi à la Création de Dieu ! À cette vocation s’est ajoutée l’impérieuse nécessité, à cause du péché, de parer à la mortalité. Que l’on songe, pour autrefois, à l’énorme mortalité infantile, et pour aujourd’hui au péril mortel que la dénatalité fait courir à l’Europe… De plus, Dieu a fait de la génération le principe du Salut, puisque Lui-même est né de la Vierge Marie… Mais au Ciel, où tout est éternel, il n’y a pas plus de naissance possible qu’il n’y a de mort, non plus que de nécessité de s’unir à une autre créature pour s’accomplir soi-même dans l’amour, car chacun est devenu parfait…

Le fondement de cette joyeuse espérance en une vie éternelle, où nous serons « semblables aux anges [11] », « fils de Dieu [12] » même, nous est révélé par saint Paul qui écrit : « Dieu notre Père […] nous a aimés et […], dans Sa grâce, nous a pour toujours donné réconfort et joyeuse espérance [13]. » « Nous a aimés »… La raison de cette espérance repose sur l’Amour de Dieu qui, comme tout amour, exige d’être infini, indestructible : personne ne veut aimer et être aimé pour un quart d’heure, six mois ou dix ans ! L’amour est un appel d’infini… Or l’homme est mortel, et avec lui disparaît son amour… La mort est l’ennemi de l’amour. Mais Dieu, qui nous a créés pour que, comme Lui, nous aimions et L’aimions de tout notre être, est le premier intéressé à ce que notre amour vive pour toujours ; aussi nous a-t-Il aimés, afin que nous trouvions dans Son Amour le principe de l’éternité de notre amour… Il nous a envoyé Jésus, qui S’est présenté comme étant « la Résurrection et la Vie [14] », pour que par Lui, avec Lui et en Lui, victoire soit donnée à notre amour sur la mort… Mais « Aimez-Moi ! », dit Dieu. C’est le premier commandement qu’Il nous a donné : « Tu aimeras la Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ton intelligence et de toutes tes forces [15]. » Sur la Croix, Jésus S’écrie : « J’ai soif [16] ». « J’ai soif de votre amour. Parce que Je veux le conduire au bonheur éternel. » C’est seulement en aimant Jésus que l’on se rend « dignes d’avoir part au monde à venir [17] », parce que Jésus est Lui-même le monde à venir. Il est la Joie et la Vie éternelles des Saints ! Il est « la Résurrection et la Vie [18] »…

Aimer Jésus se vérifie par l’accomplissement de Sa Volonté, de Ses commandements. « Vous êtes Mes amis, si vous faites ce que Je vous commande [19] », disait Jésus. Et tant pis pour ceux qui se disent « croyants mais non pratiquants » !…

« À ceci nous savons que nous connaissons Dieu : si nous gardons Ses commandements. Qui dit : “Je Le connais”, alors qu’il ne garde pas Ses commandements est un menteur, et la vérité n’est pas en lui [20]. »

D’ailleurs, si nous n’aimons pas Dieu, qui est la Source et de ce que nous sommes et de notre capacité même d’aimer, Lui qui nous a aimés jusqu’à en mourir, qu’aimerons-nous ?! Si quelqu’un n’aime pas Jésus qui est l’Amour en Personne, l’Amour qui Se livre pour nous à chaque Messe, celui-là donne la preuve que son amour n’en est pas un, puisque son prétendu amour ne veut pas de la vie éternelle ! Aussi s’entendra-t-il dire : « Toi, tu ne connaîtras pas la résurrection pour la vie éternelle. »

Quand on aime vraiment Jésus, quand on attend la résurrection promise par Dieu, on préfère mourir martyr plutôt que de faire quoi que ce soit qui soit contraire à l’Amour de Dieu et au témoignage de la Foi. Le martyre des sept frères [21], comme tout martyre, proclame qu’il n’est pas juste de faire ce que la Loi de Dieu qualifie comme mal pour en retirer un bien quel qu’il soit…

« L’Église propose l’exemple de nombreux saints et saintes qui ont rendu témoignage à la vérité morale et l’ont défendue jusqu’au martyre, préférant la mort à un seul péché mortel. […] L’amour de Dieu implique obligatoirement le respect de Ses commandements, même dans les circonstances les plus graves, et le refus de les transgresser, même dans l’intention de sauver sa propre vie [22]. »

« Que sert à l’homme de gagner le monde entier, s’il ruine sa propre vie [23] ? », demandait Jésus.

« Là où quelqu’un est prêt à faire passer la vie après l’amour, à la mettre en jeu à cause de l’amour, là seulement l’amour est aussi plus, et plus fort que la mort. Pour devenir plus fort que la mort, l’amour doit d’abord être plus que la vie [24]. »

1. Cf. 2 M 7 1-14.

2. Cf. Ps 16 15.

3. Cf. 2 Th 3 5.

4. Cf. Lc 20 27-38.

5. Cf. Lc 20 37.

6. Lc 20 38.

7. Cf. Lc 20 28.

8. Lc 20 35.

9. Lc 20 34.

10. Lc 20 35.

11. Lc 20 36.

12. Ibid.

13. 2 Th 2 16.

14. Jn 11 25.

15. Cf. Dt 6 5.

16. Jn 19 28.

17. Lc 20 35.

18. Jn 11 25.

19. Jn 15 14.

20. 1 Jn 2 3-4.

21. Cf. 2 M 7 1-14.

22. Jean-Paul II, lettre encyclique Veritatis Splendor, 6 août 1993, n. 91 (La Documentation catholique, n. 2081, 7 novembre 1993, p. 932). Les italiques sont dans le texte.

23. Mt 16 26 ; Mc 8 36.

24. Ratzinger (Joseph), La foi chrétienne hier et aujourd’hui, traduit de l’allemand par Eugène Ginder et Pierre Schouver, Paris, Cerf, 1996, p. 215.