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Sermon pour le deuxième Dimanche du Temps ordinaire (année A)

(Liturgie de la Parole : Is 49 3.5-6 ; Ps 39 ; 1 Co 1 1-3 ; Jn 1 29-34)


Dans l’Évangile d’aujourd’hui Jésus est désigné comme « l’Agneau de Dieu [1] », car par Son absolue innocence Il est la Victime digne d’expier dans Son volontaire Sacrifice les péchés de la multitude des hommes ; ensuite comme Celui qui était « avant [2] » Jean-Baptiste, ce qui fait allusion à Son éternité, et donc aussi à Sa divinité ; puis comme Celui « qui baptise dans l’Esprit Saint [3] », car le but propre de Son Incarnation n’est rien moins que notre divinisation… ; et enfin comme « le Fils de Dieu [4] », car Tel Il S’est présenté, et Tel Il est : la Seconde Personne de la Sainte Trinité, Dieu né de Dieu. Mais puisque depuis plusieurs semaines nous évoquons la Personne de Jésus-Christ, qui Il est et qui Il n’est pas, nous ne nous attarderons pas ce matin à méditer ces quatre titres. Je vous propose plutôt de méditer la Lettre apostolique Tertio Millennio Adveniente, par laquelle notre pape trace le programme du Jubilé du deux millième anniversaire de la naissance du Christ [5].

Un ordinaire anniversaire de naissance rappelle la joie d’une vie nouvelle, mais il apporte aussi avec lui le goût amer de la mort… car il nous rappelle que le temps passe… et qu’avec lui tout meurt… Mais la Naissance du Christ a ceci d’inespéré, d’unique et de prodigieusement merveilleux, qu’elle est la naissance de l’éternité dans le temps !… Celui qui est avant le temps est entré dans le cours du temps ! C’est la naissance de la Vie éternelle, donnée aux hommes ! C’est l’accomplissement du temps ! C’est la victoire sur la mort ! C’est la Joie qui ne connaît pas de fin ! D’où le mot « Jubilé » ! L’Église se réjouit du Salut, et elle invite tout le monde à la Joie, en s’efforçant de créer les conditions pour que chacun puisse accueillir cette Bonne Nouvelle du Salut.

« Jubilé » vient du mot yôbel, qui désignait en Israël une corne de bélier servant de trompette pour annoncer, à la fin de sept fois sept années, le « Jubilé », « année de grâce » de la part du Seigneur au cours de laquelle étaient effacées toutes les dettes, les esclaves rendus à la liberté, et la terre elle-même laissée au repos de la jachère ; et cela parce que le Seigneur considérait tous les membres de Son peuple comme des êtres libres et égaux, qui ne pouvaient indéfiniment demeurer dans une soumission servile ou dépossédés de leur patrimoine, eux qui avaient été, par Lui, libérés de l’esclavage de l’Égypte pour entrer dans la Terre promise. Par là était annoncée, en actes et en vérité, la libération que Dieu allait donner au monde en la personne de notre Seigneur Jésus Christ. C’est pourquoi, dans la synagogue de Nazareth, Jésus inaugura Son ministère en déclarant :

« L’Esprit du Seigneur est sur Moi […]. Il M’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux prisonniers qu’ils sont libres, […] annoncer une année de bienfaits accordée par le Seigneur [6]. »

Le Jubilé, c’est cela même qu’a accompli Jésus : la Libération, le Salut.

Et nous-mêmes, comment allons-nous célébrer la Naissance de notre Sauveur, comment allons-nous « jubiler » ? Certainement pas sans accueillir la Bonne Nouvelle que Jésus est venu porter aux pauvres, Le laisser panser notre cœur meurtri et briser les liens par lesquels Satan nous retient encore captifs ! Nous sommes invités à accueillir la Miséricorde divine et à La donner à notre tour. Sans cela il n’y aura pas pour nous d’« année de bienfaits accordée par le Seigneur [7] », pas d’année jubilaire. C’est pourquoi nous sommes invités, au cours de cette ultime année de préparation, à redécouvrir, dans la contemplation de la figure de notre Père céleste, le sacrement de la Réconciliation, et à mettre spécialement en œuvre la vertu théologale de charité.

Le sacrement du Pardon : nous avons péché contre notre Père céleste, et notre péché a fait obstacle à l’action de l’Esprit dans le cœur de beaucoup. Quand donc confesserons-nous que notre manque de foi a fait tomber beaucoup de personnes dans l’indifférence et les a éloignés d’une rencontre authentique avec le Christ ? Encore une fois, l’Année sainte est, de par sa nature, un appel à la conversion !

La charité : elle est un signe de la miséricorde divine, et d’abord à l’égard de ceux qui en ont le plus besoin, les pauvres et les exclus. C’est même là un aspect caractéristique de la préparation et de la célébration du Jubilé. Le pape enjoint en effet aux chrétiens de se faire la voix de tous les pauvres du monde, de demander pour eux l’effacement de leur dette internationale, et de relever les défis de notre époque liés au respect du droit à la vie, des droits de la famille et du mariage. Les chrétiens sont invités à retrouver leur vocation de « ferment et [d’]âme de la société humaine appelée à être renouvelée dans le Christ et à transformée en famille de Dieu [8] ». Nous sommes appelés à être des saints. La sainteté a sa source et son accomplissement en Dieu qui est Charité [9]. Dans la mesure où nous nous séparerons du monde soumis à Satan pour adorer le Dieu Unique et Vrai en Trois Personnes, nous serons saints, et Sa Charité se manifestera à travers nous…

Trois signes accompagnent traditionnellement le Jubilé : le passage de la Porte sainte, qui nous rappelle que le Christ est la Porte [10] nous faisant passer du péché à la sainteté ; le pèlerinage, qui nous permet d’exprimer notre existence comme un cheminement, comme un exercice d’ascèse salutaire ; et enfin la concession de l’indulgence, qui est la remise de la peine temporelle du péché. Si, en effet, notre Père céleste donne bien Son pardon au Nom du Christ dans le sacrement de la Pénitence, cela ne signifie pas pour autant que toutes les conséquences du péché sont effacées… Une chose est la faute qui, avec la peine éternelle de la damnation qui s’ensuit, est absoute, et autre chose est la peine temporelle du péché, laquelle est « un attachement malsain aux créatures [11] », dont la purification ici-bas ou en Purgatoire est exigée pour que soit rétablie la pleine communion avec Dieu et les frères. Eh bien, par l’indulgence plénière accordée au cours de l’année jubilaire, cette peine temporelle sera elle-même remise…

Mais l’intérêt de la chose ne s’arrête pas là, car si tous les chrétiens sont membres les uns des autres dans l’unité du Corps mystique du Christ, de sorte que ce qui est à l’un est à l’autre et qu’il y a entre eux un merveilleux échange de biens spirituels – parce qu’ils vivent dans l’Amour et que l’Amour est vivant et qu’il est Don –, alors il peuvent aussi s’aider mutuellement à expier cette peine temporelle attachée à tout péché, même véniel. C’est ainsi que nous pourrons aider les vivants et les morts à s’unir toujours plus parfaitement au Père céleste en demandant pour eux l’indulgence plénière, qui ne pourra être reçue qu’une fois par jour, moyennant l’accomplissement de la démarche qui nous sera ultérieurement précisée. Cette démarche comportera toutefois nécessairement un pèlerinage vers quelque lieu saint, la réception des sacrements de Pénitence et d’Eucharistie, la méditation, la Profession de Foi, et les prières traditionnelles.

Si le Jubilé est un nouvel appel à la conversion du cœur par le changement de vie, cela peut aller loin, très loin même, puisque le Pape demande que nous n’excluions pas de l’horizon de notre vie la perspective même du martyre… Combien cela va-t-il paraître excessif et outrancier à ceux qui ne vivent pas une authentique vie spirituelle, c’est-à-dire une vie de communion à Jésus crucifié, seul Chemin pourtant du Salut !

Que Marie, exemple parfait de l’amour envers Dieu et le prochain, nous aide à préparer dignement le Grand Jubilé de l’Incarnation de son Fils et Dieu, par une vie de prière et de charité de plus en plus intense ! Ainsi soit-il !

1. Jn 1 29.

2. Jn 1 30.

3. Jn 1 33.

4. Jn 1 34.

5. Jean-Paul II, Lettre apostolique Tertio Millennio Adveniente, 10 novembre 1994 (La Documentation catholique, n. 2105, 4 décembre 1994, pp. 1017-1032).

6. Lc 4 18-19.

7. Lc 4 19.

8. Concile œcuménique Vatican II, constitution pastorale De Ecclesia in mundo huius temporis, n. 40.

9. Cf. 1 Jn 4 8, 16.

10. Cf. Jn 10 7, 9.

11. Catéchisme de l’Église catholique, n. 1472.