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Sermon pour le troisième Dimanche du Temps ordinaire (année A)

(Liturgie de la Parole : Is 8 23 – 9 3 ; Ps 26 ; 1 Co 1 10-13.17 ; Mt 4 12-23)


Nous voici rassemblés en ce troisième Dimanche du Temps ordinaire pour célébrer, comme chaque dimanche, la Résurrection de notre Seigneur, qui est le Principe de la vie nouvelle à nous donnée dans et par la Foi. C’est aussi le jour où nous honorons tout spécialement, avec tous nos frères vignerons, celui qui est le saint patron de leur confrérie, saint Vincent, ce diacre espagnol qui vécut au début du IVe siècle, mort martyr pour avoir refusé d’abjurer sa foi en Jésus-Christ sous la terrible persécution de l’empereur romain Dioclétien.

Il y a probablement bien des raisons qui ont conduit les vignerons à le choisir pour saint patron, ne serait-ce que parce que la date de sa fête correspond à l’époque où l’on taille la vigne, époque ouvrant un nouveau cycle de fructification, qu’il s’agit de recommander à Dieu par l’intercession d’un homme qui sait – comme la vigne – ce que c’est d’avoir à souffrir pour porter un fruit digne de la gloire de Dieu. Pour ma part, je vois dans le nom même de Vincent, constitué phonétiquement de la juxtaposition des mots Vin et Sang, comme le symbole du travail d’un vigneron chrétien… Le vin, qui est le produit naturel du travail du vigneron, est en effet destiné à devenir dans la Messe le Sang du Christ… Y-a-t-il, avec le pain, un autre produit du travail humain appelé à un devenir aussi sublime ? Quelle dignité est donnée au produit du travail de l’homme, que Dieu veuille l’assumer pour le transformer en Lui-même ! Peut-on imaginer plus noble consécration du travail ? Quelle grâce, quelle consolation et quelle joie le vigneron chrétien ne reçoit-il pas ainsi de sa foi !

C’est pourquoi, afin de faire grandir cette grâce et cette joie, je vous propose de réfléchir maintenant à la nature et à la finalité du travail à la lumière de la foi.

Au commencement, Dieu avait donné à Adam de garder et de cultiver le jardin d’Éden [1]. Travailler était ainsi pour Adam une occupation paradisiaque. Puis, avec le péché, le travail est devenu une corvée, une malédiction [2]. Au point que dans l’Antiquité il était considéré, au moins dans son aspect manuel, comme indigne des hommes libres et réservé aux esclaves. Jusqu’au jour où Dieu redonna au travail des titres de noblesse en exerçant Lui-même durant la plus grande partie de la vie de Jésus de Nazareth le métier de charpentier. À partir de ce moment, la valeur du travail ne fut plus indexée selon son genre, manuel ou intellectuel, non plus selon la quantité de richesse produite, mais à partir de la dignité de la personne qui l’accomplit… Jusqu’alors, l’homme était fait pour le travail, sa vie entièrement subordonnée à la production de richesses, sans égard pour son développement humain propre, ses responsabilités conjugales et familiales. Mais avec la venue du Christ, qui a donné par Son Incarnation une telle dignité à l’homme, l’homme est devenu non seulement l’agent du travail mais son objet, et donc aussi son sujet. Jésus a rétabli l’ordre entre la fin et les moyens : le travail est fait pour l’homme et non pas l’homme pour le travail.

Désormais, l’homme découvre dans son travail une finalité qui le libère de l’esclavage de la nécessité en lui donnant d’imiter son Dieu souverainement libre et cependant sans cesse à l’œuvre : « Mon Père travaille toujours, disait Jésus, et Moi aussi Je travaille [3] ». Le travail est ainsi devenu le moyen de coopérer avec Dieu Créateur à l’achèvement de la création, ce qui le conduit à être un service des frères et une participation personnelle à la réalisation de l’Œuvre providentielle de Dieu dans l’Histoire. Or l’homme est lui-même création de Dieu… c’est pourquoi il s’accomplit lui-même dans et par le travail. Tandis que le travailleur s’affronte au réel, il se façonne lui-même en acquérant la connaissance des vertus nécessaires à l’existence. Ainsi, le travail n’est pas seulement nécessaire pour nourrir le corps, mais encore pour nourrir l’âme. Il est un droit, car il est indispensable à la réalisation de l’être humain créé à l’image de Dieu Créateur [4].

Or cette réalisation, depuis le péché originel, ne peut s’accomplir que dans et par le Christ qui, ayant assumé toute notre condition humaine, l’a sauvée du péché et de la mort. Le travail est devenu, à la suite du Christ un rachat, un remède efficace pour nous purifier et nous permettre de participer à la Souffrance rédemptrice du Christ. Dans cette perspective, aucun vrai travail ne sera trop dur…

Si nous avons été créés pour louer, honorer et servir Dieu, notre Seigneur et, par ce moyen, sauver notre âme, alors il faut que nous ne travaillons que pour autant que notre travail nous rapproche de Dieu. Pour que notre travail nous rapproche de Dieu, il faut bien sûr qu’il soit honnête, fait avec mesure et dans le respect de la hiérarchie des biens, matériels et spirituels, mais surtout que nous l’accomplissions en état de grâce, sinon quelque bon qu’il puisse être de par lui-même, il ne nous sert de rien pour gagner la Vie éternelle. « Travaillez non pour la nourriture qui se perd, mais pour celle qui se garde en Vie éternelle [5] », disait Jésus. Ainsi, même au milieu des travaux les plus prenants, Dieu attend que nous élevions souvent vers Lui notre esprit, dans un élan d’amour, de reconnaissance, d’adoration ou de supplication. Il est toujours possible de dire une petite prière qui nous rapprochera de Dieu, ne serait-ce que le temps d’un regard vers le Ciel, d’un soupir. Et cela change tout, car l’homme échappe ainsi à la réduction de sa personne à n’être qu’un instrument de production et à n’avoir d’autre valeur que celle qu’il produit. C’est donc une nécessité de rétablir l’équilibre entre le travail et la prière. Sans cet équilibre, l’homme tombe dans l’oisiveté (parce qu’il ne reconnaît pas la valeur et la nécessité du travail), ou bien il fait de son travail un dieu auquel il lui faudra tout sacrifier, sa famille, sa santé, son âme même ! Sans la prière, le travail devient de plus en plus inhumain, et il cesse d’être une source de grâces, que seule l’union à la Croix de Jésus obtient…

Le travail doit également être équilibré par le repos. Dieu Lui-même Se reposa le septième jour de tout l’ouvrage qu’Il avait accompli [6]. Imiter Dieu Créateur, c’est donc aussi prendre le temps du repos. Dieu en a même fait un commandement : « Tu sanctifieras le Jour du Seigneur [7] », et la Vierge Marie est apparue à La Salette en pleurant, parce que les hommes travaillaient le dimanche… autrement dit, parce qu’ils ne pensaient qu’aux choses de la terre et que, refusant de rendre à Dieu le culte qui Lui est dû, ne se préoccupant nullement d’acquérir la Vie éternelle, ils livraient leur âme au démon et à l’enfer. Outre le mépris de Dieu et la damnation qui s’en suit par la non-assistance à la Messe dominicale, il y a d’autres graves conséquences qu’induit le déséquilibre entre le travail et le repos : l’égoïsme, la perte de la joie propre au Jour du Seigneur, du silence, de la réflexion, de la prière, le manque de détente nécessaire au corps et à l’esprit, le délaissement de la pratique des œuvres de miséricorde, la ruine de la vie de famille, et enfin la dislocation de cette dernière… Ne serait-ce que d’un point de vue social, il est très grave de faire travailler le dimanche ou d’empêcher par quelque moyen que ce soit l’unité de la famille.

Il y a bien d’autres aspects du travail sur lesquels nous aurions encore pu réfléchir, que ce soit, par exemple, la délivrance d’allocations sociales qui engendrent une mentalité d’assistés et une paresse institutionnalisée, véritable injustice sociale qui pèse sur toute la société ; ou bien la civilisation des loisirs qui, avec la télévision, a une responsabilité énorme dans cette paresse. Mais contentons-nous pour terminer d’invoquer saint Joseph, patron des travailleurs, et saint Vincent, patron des vignerons, leur demandant de nous aider à sanctifier notre travail, qu’il soit véritablement à la plus grande gloire de Dieu et au service de son dessein de salut pour l’Humanité ! Amen !

1. Cf. Gn 2 15.

2. Cf. Gn 3 17-19.

3. Jn 5 17.

4. Cf. Gn 1 26-27.

5. Jn 6 27.

6. Cf. Gn 2 2-3.

7. Cf. Ex 20 8-11.