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Sermon pour le cinquième Dimanche du Temps ordinaire (année A)

(Liturgie de la Parole : Is 58 7-10 ; Ps 111 ; 1 Co 2 1-5 ; Mt 5 13-16)


Le message donné par les lectures de la liturgie d’aujourd’hui paraît bien être celui du devoir d’évangéliser, et pour nous celui du devoir de la Nouvelle Évangélisation, tant tout est à refaire !…

Isaïe énumère les œuvres de miséricorde qu’accomplit celui qui cherche la Lumière. À l’exemple de Dieu qui lui a déjà miséricordieusement donné la libération, la joie et la vie éternelles, le croyant devient à son tour, par reconnaissance, un libérateur des asservissements multiples dont souffrent les hommes. Ces œuvres s’entendent de l’exercice de la charité matérielle mais plus encore de l’exercice de la charité spirituelle, dont les premières doivent être les signes, afin que les hommes, voyant ce que vous faites de bien, rendent gloire à votre Père qui est aux Cieux [1]. Comment les hommes pourront-ils rendre gloire à leur Père qui est aux Cieux s’ils ne Le connaissent pas ? Que l’on ne dise pas que les hommes connaissent naturellement le Père qui est aux Cieux, car nul n’a jamais vu le Père sinon le Fils unique qui vient d’auprès de Dieu [2]. Nul ne va vers le Père sans passer par le Fils. La vraie finalité de la charité, comme son œuvre la plus haute, est donc l’Évangélisation, qui conduit les âmes à glorifier Dieu.

Saint Paul nous rappelle pour sa part que l’Évangélisation est indissolublement liée à la Croix : « Je n’ai rien voulu connaître d’autre parmi vous que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié [3] »… Et en effet, si l’Évangile ne vient pas du monde mais de Dieu, il est étranger à ce monde, et dès lors toute sagesse des hommes prétendant en rendre compte ne peut qu’en fausser la proclamation dont l’œuvre appartient toute entière à l’Esprit-Saint. C’est ainsi que la Croix – sacrifice de tout ce qui est terrestre, négation, refus du langage et de la sagesse des hommes – est seule propre à révéler l’ineffable Mystère de Notre Seigneur. « C’est dans la faiblesse que se déploie Ma Puissance [4] », disait Jésus à saint Paul. La raison humaine est absolument impuissante – si elle ne renaît de l’eau et de l’Esprit [5] – à rendre compte du Mystère de Dieu. Seule l’union à la Croix du Christ permet, par la négation de tout ce qui n’est pas Dieu, de faire l’expérience du Mystère de Dieu. C’est alors que l’on devient lumière du monde et sel de la terre [6].

« Vous êtes la lumière du monde [7] », dit Jésus à Ses disciples, tandis qu’Il dit aussi ailleurs de Lui-même : « Je suis la Lumière du monde [8] »… Voilà l’œuvre de l’Esprit-Saint : par le moyen de la Croix, Il unit si bien Jésus et Ses disciples qu’Il n’en fait plus qu’une seule chose… Et quelle chose ! La Lumière du monde ! Ô Bonté divine ! Quelle gloire ! Non mais, vous rendez-vous compte de cela : nous sommes la lumière du monde ?! Vous n’osez pas y croire ? Jésus serait-Il donc menteur, ou fou ? Non ? Alors il vous faut reconnaître que vous êtes du sel qui se dénature… C’est ou l’un, ou l’autre.

Notre baptême a inauguré la naissance à la vie éternelle que devra être notre mort, fruit de la Croix. Nous sommes donc déjà, en demeurant unis à la Croix du Christ, des créatures nouvelles, des enfants de Dieu partageant la même nature que Lui, laquelle est Lumière. Mais si nous nous détachons de la Croix, nous nous renions nous-mêmes en tant que Lumière, et nous devenons ténèbres !

Nous ne pouvons devenir ce que nous sommes qu’en étant fidèles à notre vocation de lumière. Qu’est-ce que la lumière ? C’est ce par quoi les êtres deviennent visibles, ce par quoi ils apparaissent distincts et singuliers, avec leurs qualités propres. Sommes-nous fidèles à appeler un chat un chat ? À dire bien ce qui est bien et mal ce qui est mal ? À dire la vérité, toute la vérité, et rien que la vérité ? À évangéliser ? Ou bien nous faut-il reconnaître que notre foi est tellement contaminée par l’esprit du monde que nos doutes nous empêchent de pénétrer les Mystères de la Foi et de vivre de la Vie du Ressuscité ? Comment témoigner de Jésus-Lumière du monde si nous ne vivons pas en communion avec Lui ? Voilà pourquoi il est nécessaire de se former continuellement, d’approfondir sans cesse la foi de l’Église. Avec la prière et la pénitence par lesquelles, le cœur ferme, on s’appuie sur le Seigneur, c’est le seul moyen pour échapper à la crise de la Foi que dénonce depuis longtemps le Cardinal Ratzinger. Il remarque que « même dans l’Église catholique, c’est à peine si on entend encore affirmer que la vérité sur Dieu nous est révélée dans la foi [9] » ! Il n’a pas peur de dire que « l’apostasie de l’époque moderne repose sur la disparition de la constatation de la foi dans la vie des chrétiens [10] », ce dont est grandement responsable « le regrettable échec d’une certaine forme de catéchèse moderne [11] » qui, lui, est bien visible !

« Vous êtes le sel de la terre, dit Jésus, [mais] si le sel se dénature, comment redeviendra-t-il du sel ? Il n’est plus bon à rien : on le jette dehors et les gens le piétinent [12]. » Si Jésus, par cette petite phrase, nous révèle notre identité et, par voie de conséquence, notre mission, qui est de donner du goût à la vie des hommes en leur manifestant sa Vérité dans le Christ, de sorte qu’elle prenne sens et se conserve en vie éternelle – comme le sel donne du goût aux aliments et les conserve – il faut bien remarquer qu’Il envisage aussi la possibilité pour le sel de se dénaturer… autrement dit pour les chrétiens d’apostasier, avec pour châtiment le mépris et l’ostracisme auxquels se vouent les lâches et les renégats.

Nous avons sous les yeux tous les signes de la décomposition de l’Église : séminaires vides, ordres religieux sans relève, prêtres et religieux tournant le dos en masse à leur vocation, désobéissance et critique ouverte du Magistère, disparition de la confession, abandon du baptême, concubinage, baisse dramatique de l’assistance à la Messe dominicale. La tiédeur des chrétiens est telle qu’elle les amène même à perdre la foi en Dieu. « Le Dieu Créateur ? La naissance de Jésus de la Vierge Marie ? Ses miracles et Sa résurrection ? Allons donc ! Nous ne sommes plus des enfants pour croire des contes ! Des symboles, des mythes, mais rien d’autre ! » N’est-il pas vrai qu’il n’y a presque plus de chrétiens dans l’ancien sens du mot ? Un chrétien se dénature lorsqu’il cesse de croire du fond de son cœur ce que l’Église a toujours cru, lorsqu’il cesse d’agir selon les commandements de Dieu et de l’Église. À l’exemple de saint Paul qui rejetait le prestige du langage et de la sagesse humaine, ne voulant rien connaître d’autre que Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié [13], nous devons démasquer la vanité de la prétendue autorité de la raison pure pour juger de la vérité de l’enseignement de l’Église. Notre foi ne doit point reposer sur la sagesse des hommes mais sur la puissance de Dieu.

Jésus nous a bien mis en garde : « Si le sel se dénature, comment redeviendra-t-il du sel ? Il n’est plus bon à rien : on le jette dehors et les gens le piétinent [14] » ! S’il est vrai que l’Église est méprisée, tournée en dérision et foulée aux pieds par les gens, c’est parce que, annonçait Jésus, les chrétiens se sont dénaturés ! La Nouvelle Évangélisation n’est-elle pas dès lors vouée à l’échec, puisque le sel dénaturé ne saurait redevenir du sel ? Cette considération en rejoint une autre qu’exprimait ainsi Jésus : « Quand Je reviendrai, trouverai-Je encore la Foi sur la terre [15] ? » « Celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende [16] ! »

1. Cf. Mt 5 16.

2. Cf. Jn 6 46.

3. 1 Co 2 2.

4. Cf. 2 Co 12 9.

5. Cf. Jn 3 5.

6. Cf. Mt 5 13-14.

7. Mt 5 14.

8. Jn 8 12, 9 5.

9. Ratzinger (Joseph), Un tournant pour l’Europe ? Diagnostics & pronostics sur la situation de l’Église et du Monde, Paris/Saint-Maurice, Flammarion/Saint-Augustin, collection « Essais », 1996, p. 98.

10. Ratzinger (Joseph), Regarder le Christ. Exercices de foi, d’espérance et d’amour, traduction par Bruno Guillaume, Paris, Fayard, 1992, p. 45.

11. Ibid.

12. Mt 5 13.

13. Cf. 1 Co 2 1-2.

14. Mt 5 13.

15. Cf. Lc 18 8.

16. Lc 14 35.