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Sermon pour le onzième Dimanche du Temps ordinaire (année A)

(Liturgie de la Parole : Ex 19 2-6 ; Ps 99 ; Rm 5 6-11 ; Mt 9 36 - 10 8)


« La preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ est mort pour nous, alors que nous étions encore pécheurs [1]. »

Si nous réalisions cela, que Dieu nous aime, ainsi qu’Il nous le montre chaque jour de mille manières, surtout par Sa Mort à cause de nous – rendue présente à chaque Messe –, comment pourrions-nous encore nous plaindre de quoi que ce soit ? Mais parce que nous n’en prenons pas vraiment conscience, que nous ne prenons pas le temps de méditer et de contempler Jésus en Croix, nous nous refusons encore à reconnaître cet amour que Dieu a pour nous. Aussi, non seulement nous demeurons soumis à la colère de Dieu qui vient – d’où l’angoisse et la tristesse qui habitent tant de cœurs –, mais encore, nous ne goûtons pas aux délices du Paradis qui jaillissent pour nous du Cœur transpercé du Christ… Le premier, le plus grave de tous les péchés, c’est de ne pas croire à l’Amour que Dieu a pour nous… Alors l’Amour de Dieu prend le visage de la colère contre cette incrédulité qui nous pervertit et nous détruit, et dans la mesure où nous sommes des artisans de cette perversion, nous sommes l’objet de la colère de Dieu. Qui dira la peine du Christ d’aimer et de n’être pas aimé en retour ? C’est à tel point que Jésus, n’en pouvant plus, dévoila Son Cœur à sainte Marguerite-Marie et lui dit : « Voici ce Cœur qui a tant aimé les hommes et qui en retour n’en reçoit qu’ingratitudes et indifférences… »

En ce mois consacré au Sacré-Cœur de Jésus, puissions-nous Lui offrir une profonde peine de Le voir n’être pas aimé, tant sont rares les âmes qui L’aiment en vérité, tant il est vrai que le cœur où le péché n’excite pas une vive douleur ne connaît point l’Amour. Sainte Catherine de Sienne disait : « Plus on connaît la Vérité, plus on ressent une peine, une intolérable douleur de voir Dieu offensé », et sainte Thérèse d’Avila : « L’âme éprouve un martyre intérieur en voyant que Dieu, au lieu d’être honoré comme Il devrait l’être, est tant offensé »… Si nous voulons honorer comme il convient l’Amour de Celui qui est mort pour nous… alors, nous nous devons de connaître et de partager les sentiments qui habitent Son Cœur, c’est-à-dire cette immense pitié pour les âmes des pécheurs qui se perdent, comme des brebis sans berger [2], fatiguées et abattues, parce qu’elles ignorent, ou, pire, parce qu’elles méprisent l’Amour miséricordieux de leur Sauveur. Ce désir du salut des âmes doit nous consumer et faire de nous une même hostie avec Jésus, une même victime d’expiation et de propitiation.

Certains penseront peut-être qu’ils ne sont ni évêque, ni prêtre, et qu’en conséquence ils n’ont pas à s’occuper du salut des autres… C’est là une grossière et lamentable erreur qui ne peut s’expliquer que par un manque évident de charité ! La charité voulant le bien du prochain, le plus grand de tous les biens étant la vie éternelle, la charité travaille de toutes ses forces au salut du prochain. La mission du Christ n’a-t-elle pas été de venir chercher et sauver ce qui était perdu [3] ? Comment un membre de l’Église ne partagerait-il pas la mission du Christ ? Ce devoir est rappelé par le Concile Vatican II :

« À tout disciple du Christ incombe pour sa part la charge de l’expansion de la Foi [4] »…

« Insérés qu’ils sont par le baptême dans le Corps mystique du Christ, fortifiés grâce à la confirmation par la puissance du Saint-Esprit, c’est le Seigneur Lui-même qui députe [les laïcs] à l’apostolat. […] La charité, qui est le plus grand commandement du Seigneur, presse tous les chrétiens de travailler à la Gloire de Dieu par la venue de Son Règne et la communication de la Vie éternelle à tous les hommes. […] À tous les chrétiens incombe donc la très belle tâche de travailler sans cesse pour faire connaître et accepter le message divin du salut par tous les hommes sur toute la terre [5]. »

Marie-Antoinette de Geuser confessait :

« Parce que j’aime mon Dieu, je voudrais Lui amener les âmes ; parce que j’aime les âmes je voudrais les amener à Dieu… Je me sens des désirs immenses de rayonner la Vérité et de répandre l’Amour. Je voudrais être apôtre jusqu’à la fin du monde [6] »…

Le Cœur de Jésus nous demande de partager avec Lui le souci du salut des âmes et de commencer pour cela par prier Dieu d’envoyer des témoins de la Bonne Nouvelle de l’Amour du Seigneur mort pour le salut des pécheurs :

« Priez donc le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson, car la moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux [7]. »

La prière est le premier et fondamental exercice de l’apostolat sur lequel viendront s’appuyer tous les autres : le sacrifice, la Messe, le bon exemple et l’annonce explicite de l’Évangile sans laquelle l’évangélisation demeure incomplète. Sans la prière, il est en effet impossible de reconnaître le caractère divin du Salut et d’en demander la grâce à Celui-là seul qui en est l’Auteur… La consécration de soi-même au Sacré-Cœur de Jésus, par laquelle nous sommes transformés et configurés à cette fournaise ardente de charité, est un moyen éminemment recommandé pour puiser avec profusion à la Source même du Salut…

Notre union au Sacré-Cœur de Jésus nous conduira à offrir par amour toutes nos souffrances en participation de Sa Croix rédemptrice. Au lieu de souffrir inutilement, avec résignation sinon avec aigreur, transformons nos souffrances en offrandes d’expiation et de propitiation pour le salut et la sanctification des âmes ! Sainte Thérèse de Lisieux disait : « C’est la prière et le sacrifice qui font toute ma force, ce sont mes armes invincibles ; elles peuvent, bien plus que les paroles, toucher les cœurs, je le sais par expérience [8]. » Il n’est pas nécessaire d’offrir des choses extraordinaires, les plus simples suffisent, du moment qu’elles sont offerte par amour de Dieu et des âmes. Un pas que l’on fait, une paille que l’on ramasse, un service rendu, un regard retenu, un sourire aimable… tout cela offert à l’Amour est en réalité d’un grand profit pour les âmes et leur attire un flot de grâces.

La prière et le sacrifice trouvent dans l’Eucharistie leur acte le plus parfait qui nous porte comme sur les ailes d’un aigle en présence du Seigneur… Aussi devons-nous participer à la Messe, unis au Sacrifice du Christ et à Ses intentions, « pour la gloire de Dieu et le salut du monde ». Nous redisons ces mots à chaque Messe, mais faisons-nous vraiment attention à ce que nous disons ? Si nous ne faisons pas attention à ce que nous disons à Dieu, pourquoi devrait-Il y faire Lui-même attention ?

À la prière, l’offrande des souffrances et la Messe, s’ajoute l’exemple de notre vie pour attirer les hommes au Christ. Mais pour que la Vie du Christ puisse Se communiquer à travers nous, encore faut-il que ce ne soit plus nous qui vivions mais le Christ en nous [9], encore faut-il qu’à l’exemple du Christ nous disions sans cesse à Dieu : « Non pas Ma volonté, mais Ta Volonté [10] ». Que ce soit Lui qui pense, parle et agisse en nous et par nous. Notre fécondité surnaturelle ne dépend pas des moyens humains mis en œuvre mais uniquement de notre sainteté, c’est-à-dire de notre union au Christ. Est-Il, oui ou non, « la Tête du Corps [11] » dont nous sommes les membres ? Quelle responsabilité pèse donc sur nous !

Enfin, une formation doctrinale et spirituelle est indispensable, car il ne s’agit pas, dans une affaire de vie ou de mort éternelle, de se contenter d’approximation !… Il ne s’agit de transmettre que la seule doctrine de l’Église, que la seule Parole de Dieu, sans l’édulcorer ni l’affadir, sous peine de conduire à leur perte et nous-mêmes et ceux qui nous écouteraient !

Daigne la Vierge Marie, la Mère de l’Église, nous obtenir la grâce de devenir des témoins authentiques et crédibles de l’Amour de son Fils ! Amen.

1. Rm 5 8.

2. Cf. Mt 9 36 ; Mc 6 34.

3. Cf. Lc 19 10.

4. Concile œcuménique Vatican II, constitution dogmatique De Ecclesia, n. 17 ; cf. n. 33.

5. Id., décret De apostolatu laicorum, n. 3 ; cf. n. 2.

6. Geuser (Marie-Antoinette, de), Lettres au Père Anatole de Grandmaison son directeur, Paris, Beauchesne, 1977, pp. 199, 195.

7. Mt 9 37-38 ; Lc 10 2.

8. Ste Thérèse de l’Enfant-Jésus, Histoire d’une âme écrite par elle-même, Lisieux, Office central de Lisieux, 1941, p. 223.

9. Cf. Ga 2 20.

10. Cf. Mt 26 39 ; Mc 14 36 ; Lc 22 42.

11. Col 1 18.