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Sermon pour le treizième Dimanche du Temps ordinaire (année A)

(Liturgie de la Parole : 2 R 4 8…16 ; Ps 88 ; Rm 6 3…11 ; Mt 10 37-42)


Si, par le baptême dans Sa Mort, nous avons été mis au tombeau avec Jésus, c’est pour que nous menions une vie nouvelle, disait saint Paul [1]. Est-ce que chacun de nous peut dire qu’il mène une vie nouvelle ? Est-ce que chacun de nous peut dire qu’il est mort au péché et vivant pour Dieu en Jésus-Christ ? En quoi notre vie est-elle réellement différente de la vie des autres hommes ? Que chacun s’interroge et vérifie, tant qu’il est temps, si oui ou non la Volonté de Dieu s’accomplit en lui. Car la Volonté de Dieu, c’est que nous échappions à la mort, et vivions de la Vie même du Christ ressuscité à nous donnée dans le baptême.

« Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé. Celui qui refusera de croire sera condamné [2]. » Le baptême est absolument nécessaire au salut. « Nul, à moins de renaître de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le Royaume des Cieux [3] », disait encore Jésus. Dans Son amour pour nous, le Christ a bien voulu être plongé dans la mort – qui est la conséquence ultime et définitive du péché –, et parce que, étant Lui-même sans péché, Il ne méritait absolument pas de mourir, il n’était pas juste que la mort Le gardât dans ses liens, aussi ressuscita-t-Il à la Vie qui était la Sienne dans l’éternité… Le baptême est l’acte par lequel Dieu communique le Fruit de la Mort et de la Résurrection du Christ à quiconque le demande avec Foi et douleur d’avoir été cause des Souffrances et de la Mort du Christ. De même que le Christ est mort de notre mort, de même par le baptême nous mourrons de la Sienne… qui n’est autre que la nôtre… mais transformée dans la Sainteté du Christ ! Par le rite du baptême nous sommes symboliquement plongés dans les eaux de la mort au Nom du Christ, afin d’être associés par Dieu réellement à la Mort du Christ, de sorte que mourant de la Mort du Christ nous puissions aussi hériter de Sa Résurrection… De même donc que le Christ est vraiment mort et ressuscité, de même par le baptême nous sommes vraiment morts et ressuscités ! Sinon, à quoi bon se faire baptiser, et à quoi bon la Mort et la Résurrection du Christ ? D’où la sommation de saint Paul : « Pensez que vous êtes morts au péché, et vivants pour Dieu en Jésus-Christ [4] »… Si quelqu’un intériorisait cette vérité de foi, il ne pécherait plus ! Un mort en effet ne pèche pas. Il n’est en rien affecté par l’estime ou le mépris des hommes, et, ne désirant rien sur la terre, il est libre de toute tentation ! Pensez donc que vous êtes morts au péché, et vivants pour Dieu en Jésus-Christ…

Notre union au Christ, à Sa Mort et à Sa Résurrection, nous est gracieusement donnée dans le baptême, mais demande à s’accomplir dans la réalité et la totalité de notre vie, d’où l’invitation impérative de Jésus à perdre notre vie pour Lui… Car c’est dans le creuset de la mort, par l’offrande mutuelle que nous nous faisons de nos vies, que la Vie du Christ et la nôtre se fondent en une seule… « Qui vous accueille M’accueille [5]. » En vertu de cette union, ce qui est à l’un est à l’autre : nous Lui donnons la mort, et Lui nous donne la Résurrection ! Ressuscités et vivants pour Dieu en Jésus-Christ… nous n’avons dès lors rien d’autre à faire ici-bas que ce que Jésus-Christ Lui-même a fait ici-bas et veut continuer à faire en nous et par nous qui Lui sommes unis par le baptême, à savoir : mourir d’amour… pour la gloire de Dieu et le salut du monde… D’où l’injonction de Jésus à porter notre croix et à Le suivre sur le Chemin qu’Il a Lui-même tracé par Son Sang. C’est ainsi que la Croix devient ici-bas la chose la plus désirable qui soit… O Crux, ave, spes unica [6] ! « Salut Croix, notre unique espérance », chantait-on autrefois. Ô Prodige de l’Amour de Dieu qui donne le bonheur à ceux qui pleurent, le rassasiement à ceux qui ont faim et la vraie richesse aux pauvres ! Folie de Dieu plus sage que tous les sages, Sagesse de Dieu révélée seulement à ceux qui se font toujours plus petits jusqu’à disparaître en Jésus-Christ !

Si nous voulons sortir de la voie de la damnation, point d’autre chemin que la Voie royale de la Croix par laquelle on s’unit au Verbe de Dieu terrassant par la puissance de Son Amour celui qui est le père du péché et de la mort qui en est le salaire. La Croix est l’instrument de la victoire de l’Amour. C’est ainsi que nous ne devons rien préférer à notre croix, fut-ce l’amour de notre père, de notre mère, d’une épouse, des enfants, rien. Hors de la Croix du Christ, point de salut. « S’il existait pour le salut des hommes un moyen meilleur et plus utile que la souffrance, Jésus nous l’aurait certainement enseigné », remarque L’Imitation de Jésus-Christ [7] ; or c’est à porter la croix que Jésus nous invite. Tous les saints ont répondu à cet appel et ont trouvé dans la Croix leurs délices… Ainsi, Marthe Robin – qui savait de quoi elle parlait lorsqu’elle parlait de souffrance, elle qui revécut la Passion chaque semaine, et cela pendant cinquante ans – disait :

« J’expérimente combien il est doux d’aimer, même dans la souffrance, et je dirais même surtout dans la souffrance : car la souffrance est l’école incomparable du véritable amour. Elle est le vivant langage de l’amour et la grande éducatrice du genre humain [8]. »

On n’apprend à aimer et on n’aime vraiment que dans la souffrance :

« La souffrance vraie s’édifie non dans les délices humaines […] mais dans le dépouillement et le renoncement de soi sur la Croix [9]. »

Un cœur où la douleur n’a pas imprimé ses plaies sanglantes ne peut pas respirer librement l’air vivifiant et sanctifiant des sommets et du Ciel…

« Monter, c’est tout dépasser et se dépasser sans cesse. C’est tout donner, tout sacrifier pour Dieu par amour [10]. »

Le danger existe dans l’Église de prêcher un christianisme sans la Croix, c’est-à-dire un christianisme qui oublie que le Salut n’est dans aucune œuvre naturelle, en aucune des belles réussites humaines ! Le salut est dans la Croix, dans l’échec humain le plus retentissant de l’histoire ! Satan a proposé à Jésus le pouvoir universel sur tous les royaumes de la terre [11], et Jésus l’a repoussé pour prendre la Croix… Le Salut nous est venu par Jésus crucifié, aussi il n’est pas d’autre voie de sainteté que la voie de la Croix, et tout consiste à mourir. Nous devenons dignes du Christ en acceptant comme Lui tout ce que par les circonstances la divine Providence nous envoie de souffrances, d’humiliations, d’échecs, de privations et en les offrant par amour. Et plus grandes sont les souffrances, plus grand est l’amour qui les offre. C’est ainsi que le divin Médecin de nos âmes retranche toutes nos affections déréglées et nous recrée à l’image de Son Fils crucifié… La seule chose indispensable qui nous assure dès ici-bas la joie parfaite du Christ, c’est de renoncer à tout et à soi-même, et de se dévouer à la souffrance par amour pour le Christ. « En étant fidèle à cet exercice, on acquiert tous les autres biens [12] », assure saint Jean de la Croix.

« Le langage de la Croix est certes folie pour ceux qui se perdent, mais pour ceux qui se sauvent, il est puissance de Dieu [et] sagesse de Dieu [13]. »

« Nous proclamons, nous, disait saint Paul, un Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens, mais pour ceux qui sont appelés […], c’est le Christ, Puissance de Dieu et Sagesse de Dieu [14]. »

Et il ajoutait : « Il y en a beaucoup, et je le dis en pleurant, qui se conduisent en ennemis de la Croix du Christ. Ils vont tous à leur perte [15] ! »

Que la Vierge Marie qui, au pied de la Croix, a offert son Fils pour notre salut, nous obtienne, à nous aussi, de savoir renoncer à tout, pour aimer Jésus plus que tout, et devenir ainsi dignes de l’unique Amour qui est Dieu ! Amen !

1. Cf. Rm 6 4.

2. Mc 16 16.

3. Jn 3 5.

4. Rm 6 11.

5. Mt 10 40.

6. Vers de l’hymne Vexilla Regis, attribuée à S. Venance Fortunat.

7. Livre II, chapitre 15.

8. Propos cités par Mgr Didier-Léon Marchand, évêque de Valence, dans son homélie du 6 février 2001 (L’Alouette. Revue des Foyers de Charité, n. 203, février 2001, p. 6).

9. Ibid. (op. cit., pp. 6-7).

10. Ibid. (op. cit., p. 7).

11. Cf. Mt 4 8-10 ; Lc 4 5-8.

12. S. Jean de la Croix, La Montée du Carmel, II, 6 (Œuvres spirituelles, traduction du R. P. Grégoire de Saint-Joseph, Paris, Seuil, 1947, p. 123).

13. 1 Co 1 18, 21.

14. 1 Co 1 23.

15. Ph 3 18-19.