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Sermon pour le seizième Dimanche du Temps ordinaire (année A)

(Liturgie de la Parole : Sg 12 13.16-19 ; Ps 85 ; Rm 8 26-27 ; Mt 13 24-43)


Les trois paraboles que nous donne aujourd’hui Jésus pour nous parler du Royaume des Cieux ont en commun de mettre l’accent sur le caractère inchoatif de celui-ci, sur le temps qui sépare sa naissance de son accomplissement.

Jésus nous dit que le Royaume des Cieux commence ici-bas, dans la réalité de notre condition terrestre, pour s’achever dans l’éternité… Le Paradis est donc parmi nous ! Qui le croit ? Qui le voit ? Qui y vit ?… Qui vit déjà au Paradis ?… Si je demandais à quelqu’un de me montrer ici-bas le Paradis, n’est-il pas vrai qu’il y a de grandes chances qu’il me réponde que le Paradis n’est pas sur la terre ? Celui qui répondrait ainsi nierait que Dieu soit venu parmi nous, qu’Il y demeure toujours par Son Esprit, Son Église – qui est Son Corps répandu et communiqué –, Sa Parole, les Sacrements, et, par excellence, l’Eucharistie. Celui-là serait en bien mauvaise posture pour aller au Ciel, puisqu’il montrerait qu’il ne le voit ni ne le reconnaît !…

Que nous révèlent du Royaume des Cieux les descriptions qu’en donne Jésus ? Il parle d’une réalité qui est du passé (« …une graine de moutarde qu’un homme a semée [1] »), mais qui est aussi du présent (« Le Royaume des Cieux est comparable [2]… ») ; cette réalité croît et tend vers un futur immédiat (« quand elle a poussé, elle dépasse les autres plantes potagères [3] ») ; elle est composée, dans un premier temps, de saints et de pécheurs, puis seulement de saints ; elle a son accomplissement lors de la fin du monde, et ce pour l’éternité ; elle appartient équivalemment au Fils de l’Homme et au Père éternel. Quelle réalité est ainsi décrite, sinon l’Église ? L’Église est donc le Royaume des Cieux inauguré ici-bas par Jésus… Quelle fierté doit donc être la nôtre d’avoir été choisis pour être membres de l’Église ! Quel zèle devons-nous manifester pour l’honorer ! Quelle reconnaissance doit continuellement monter de notre cœur vers le Dieu de tendresse et de pitié qui fait des merveilles ! Quelle joie doit être la nôtre à la pensée que nous sommes dans le Royaume de Dieu !

Le champ – qui représente le monde, nous dit Jésus [4] – peut aussi s’entendre de l’Église, comme de notre propre âme, car, dans un cas comme dans l’autre, c’est toujours du salut de l’humanité dont il est question. Le Royaume du Père Créateur, livré à la mort par l’envie du diable a été recréé par la Mort et la Résurrection du Christ et c’est l’Église, tandis que l’âme de chaque baptisé en état de grâce est le Royaume de l’Esprit-Saint venant au secours de notre faiblesse. Ce nouveau Royaume connaît des débuts humbles et cachés ; il est néanmoins de sa nature d’amener le monde entier à son accomplissement : « jusqu’à ce que toute la pâte ait levé [5] ». C’est par la vertu de la Parole de Dieu donnée au monde que celui-ci s’humanise et redevient digne de Dieu. Si les chrétiens sont mélangés au reste des hommes, ils doivent cependant s’en distinguer, comme le levain se distingue de la pâte. Et de même que le levain fait fermenter la pâte, de même les chrétiens doivent-ils transformer l’humanité en l’amenant à la conversion, et, par là, au Royaume des Cieux. Malheur à ces chrétiens si bien immergés dans le monde qu’ils ne s’en distinguent plus ! La parabole de l’ivraie dans le champ nous révèle que tous les hommes n’entreront pas au Paradis… Nous sommes donc bien avertis qu’il ne suffit pas d’être physiquement présent dans l’Église pour être assuré de son salut…

Le Royaume des Cieux est déjà là et pas encore là, il est en devenir, il se prépare, au rythme du temps qui passe et de la liberté qui nous est donnée. La liberté, et donc la volonté, voilà l’origine de la différence entre les fils du Royaume et les fils du Mauvais. Dieu n’a pas créé l’enfer ni destiné quiconque à y aller, mais, comme les anges, nous sommes des créatures douées de liberté, capables de nous ouvrir à Dieu et à Son Œuvre et d’entrer ainsi dans Son Royaume, ou de Lui refuser notre amour, ce qui nous enferme en nous-mêmes et constitue le prodrome de l’enfermement de l’enfer, éternel, comme Dieu Lui-même que l’on refuse est éternel… Mettez une bouteille à moitié vide sur la table, l’un se réjouira parce qu’elle est à moitié pleine, un autre se lamentera parce qu’elle est à moitié vide… Pourquoi ? C’est le mystère de la liberté que Dieu respecte infiniment, parce qu’elle est la condition de l’amour, que seul Dieu veut. Deux larrons entouraient Jésus crucifié, l’un L’a blasphémé, l’autre adoré [6]… Les fils du Mauvais dont parle Jésus [7] sont les hommes qui se rendent eux-mêmes mauvais en imitant Satan dans son refus d’aimer Dieu Souverain Bien et Source de tout bien, et qui, dans sa haine de Dieu, a entrepris d’entraîner à sa suite toutes la Création.

Certains se demandent pourquoi, si Dieu existe et s’Il est bon, Il n’extirpe pas le Mal de la surface de la terre. Jésus répond : parce que cela nuirait au bien même des bons ! Et en effet, le mal que subissent les Fils du Royaume ne sert qu’à fortifier leurs vertus et à accroitre leurs mérites, tandis que le temps laissé aux pécheurs leur permet de se repentir. Ainsi, tout est pour la gloire de Dieu et tourne au bien de ceux qui aiment Dieu !

Enfin, je voudrais vous faire remarquer comment le démon n’est pas nommé par Jésus dans la parabole, qui est une image, mais dans son explication… Autrement dit, pour Jésus, le démon n’appartient pas à l’ordre des images, mais à l’ordre de la réalité… Mais aujourd’hui, le rationalisme a si bien pénétré chez nombre de clercs et de laïcs et a si bien subverti la vérité de l’Évangile – tout en prétendant l’expliquer ! – que le démon et l’enfer n’existent plus !… Ce ne seraient là que des images, des façons de parler ! Mais, s’il en était ainsi, outre les paroles mêmes de l’Évangile qui infirment ces affirmations, quelle réponse donner à la question du pourquoi de la Mort du Christ ? Pourquoi le Christ est-Il mort si Satan et l’enfer n’existent pas ? Sa Mort est-Elle seulement une image ou est-Il réellement mort ? Par Qui et pourquoi l’Église existe-t-elle ? Et l’actuelle situation de l’Église et du monde, comment l’expliquer en dehors du Bien et du Mal qui s’affrontent en un duel continuel, sans répit ? On ne parle plus des Fins dernières, du vrai Ennemi de l’homme, du péché avec lequel s’identifie l’œuvre de Satan. Ces vérités ont été crues pendant deux millénaires, et aujourd’hui on fait comme si ce n’étaient là que des fables d’un âge heureusement révolu ! La plus grande ruse du démon, c’est de faire croire qu’il n’existe pas. Alors, on ne se méfie pas de lui… et il a ainsi toute liberté pour agir… De même que les serviteurs de la parabole se sont endormis et ont ainsi permis à l’ennemi de faire son œuvre dans le champ du Seigneur, de même, aujourd’hui, par le rationalisme, il a endormi l’esprit des serviteurs du Seigneur qui, ne croyant plus à son existence, ne s’en sont plus méfié et n’ont pas jugé bon de veiller sur l’héritage qui leur avait été confié. Ceci est la vraie cause de la ruine de l’Église, de la grave crise de la Foi qui pervertit évêques, prêtres et fidèles, et cela d’autant plus même qu’ils nient cette crise ! Le début de tout mal réside toujours dans la distraction, qui nous conduit au relâchement de l’attention et finalement à abandonner la lutte… pour laquelle le Verbe de Dieu est mort sur la Croix ! Veillez et priez sans cesse, disait Notre Seigneur [8], afin d’avoir la force de résister à tout ce qui doit arriver et de vous tenir debout (c’est-à-dire : victorieux) au jour du retour du Fils de l’homme ! Beaucoup se refusent aujourd’hui à admettre le Retour du Fils de l’homme venant juger les vivants et les morts et rendre à chacun selon ses œuvres. Ils déclarent l’enfer contraire à la Miséricorde divine. Pour eux, il n’y a donc plus ni bien ni mal, puisque tout aboutit au même résultat. Rejeter le dogme de l’enfer est ainsi au fondement de la déshumanisation. Dans leur présomption à en savoir plus que l’enseignement constant de l’Église, ces gens n’ont pas compris qu’en Dieu Miséricorde et Justice sont la même et indivisible chose ! Le Christ n’a-t-Il pas souffert toutes les rigueurs de la Justice divine ? Cette Justice était-elle autre chose que le fruit d’une infinie Miséricorde ? Miséricorde et Justice suivent leurs cours d’un même pas et se rencontreront au Dernier Jour.

Heureux donc ceux qui prient, font pénitence et veillent sur l’héritage qui leur a été confié ! Ceux-là portent du fruit pour la plus grande gloire de Dieu et le salut du monde dans la connaissance véritable et l’amour de Notre Seigneur Jésus-Christ, venu nous arracher au pouvoir de Satan pour nous introduire dans le Royaume des Cieux ! Amen !

1. Mt 13 31.

2. Mt 13, 24, 31, 33.

3. Mt 13 32.

4. Cf. Mt 13 38.

5. Mt 13 33.

6. Cf. Lc 23 39-43.

7. Cf. Mt 13 38.

8. Cf. Lc 18 1.