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Sermon pour le dix-neuvième Dimanche du Temps ordinaire (année A)

(Liturgie de la Parole : 1 R 19 9.11-13 ; Ps 84 ; Rm 9 1-5 ; Mt 14 22-33)


Après avoir miraculeusement nourri la foule [1], Jésus fuit les manifestations de Sa reconnaissance, et Se retire dans la solitude et le silence de la nuit pour prier. Contemplons Dieu le Fils aimant à Se retirer pour prier Dieu Son Père dans Leur commun Esprit d’Amour, et s’Il est notre Maître, laissons-nous inviter, nous aussi, en ces temps de vacances – mais ce n’était pas le temps des vacances pour Jésus ! –, en ces temps donc comme en tout temps, laissons-nous inviter à prendre du temps pour Dieu seul. Le récit du prophète Élie s’enfonçant durant quarante jours et quarante nuits dans le silence et la solitude du désert pour y chercher l’Unique Nécessaire [2], nous offre un enseignement aussi magistral que fondamental sur la recherche de Dieu.

Tout d’abord, Élie va à l’Horeb, au lieu où Moïse avait célébré l’Alliance de Dieu avec les fils d’Israël, qui reçurent alors le don de la Loi, le culte et les divines promesses. Pour rencontrer Dieu il faut donc prendre appui sur l’Alliance que Dieu conclut avec Moïse et qui devint parfaite et éternelle en Jésus-Christ, car en vertu de cette Alliance, Dieu S’est engagé à notre égard. Il S’est engagé à nous introduire dans l’éternel face à face du Père et du Fils. Cette Alliance nous est transmise par la Tradition judéo-chrétienne à laquelle, comme Élie, il faut faire référence pour rencontrer Dieu.

Ensuite, Élie comme Jésus se retirent dans la solitude et le silence. Là encore, il y a une indication : on ne trouve pas Dieu dans le bruit et l’agitation, mais seulement dans le silence et la prière. Il faut savoir tout quitter pour rencontrer l’Unique ! Élie ne reconnut Dieu ni dans l’ouragan, ni dans le tremblement de terre, ni dans le feu, mais dans le murmure d’une brise légère [3], autrement dit : dans le silence. Si vous voulez rencontrer Dieu, faites des sacrifices, faites comme Élie : ne regardez pas la télévision… Élie n’a pas daigné s’arracher à la tranquillité du fond de sa retraite pour venir à l’entrée de sa caverne y contempler le spectacle grandiose et fascinant de l’ouragan, du tremblement de terre ou du feu. Vous, de même, abstenez-vous de regarder les ouragans de violence idolâtrée, les tremblements de terre, où les valeurs même les plus sacrées sont bafouées et renversées, le feu des passions sensuelles exaltées, souffle d’enfer qui pénètre les esprits et les corrompt si bien que, prenant l’image pour la réalité, ils en deviennent étrangers à eux-mêmes…

Bien sûr que tout n’est pas mauvais à la télévision, et que vous avez parfois l’impression de gagner quelque chose à la regarder. Vous gagnez certes quelque chose, mais vous ne savez pas ce que vous perdez ! Vous perdez – et ce que nous disons de la télévision, nous le disons pareillement des divertissements et du sport lorsqu’ils deviennent une telle passion qu’il faut leur sacrifier tout ce qui est possible, jusqu’à la vie de famille et la vie de prière – l’intimité de votre âme avec Dieu, l’occasion d’accomplir ce pourquoi le temps nous est donné : réaliser en nous l’image de Dieu – et non pas celle du monde ! – par la contemplation obscure et mystérieuse, amoureuse et purificatrice du Mystère divin…

Le premier don que Dieu fait à ceux qui Le craignent est toujours la Paix : « Confiance ! C’est Moi ; n’ayez pas peur [4] ! » Ainsi, ce que Dieu dit, c’est la paix pour Son peuple. Élie ne se décida à sortir de sa grotte que lorsqu’il reconnut à l’extérieur de lui-même ce qui l’habitait : la paix, qui est comme le murmure d’une brise légère [5]… Et c’est en vertu de cette correspondance entre le recueillement et le murmure de la brise légère – le semblable s’unissant au semblable – qu’Élie rencontra Dieu… Cette paix de l’âme est donc infiniment précieuse puisqu’elle nous permet de rencontrer Dieu… Aussi, comme Élie, nous ne devons jamais risquer de la perdre ! Il n’est en effet jamais permis, même pour sauver son prochain de la damnation, d’encourir pour soi-même le mal du péché. Le péché étant de préférer un bien moindre à un bien supérieur. Lorsque saint Paul dit qu’il souhaiterait être maudit, séparé du Christ pour le salut de ses frères de race [6], il faut bien remarquer qu’il parle au conditionnel, et comprendre qu’il est prêt à tout pour leur salut dans les limites de la Volonté divine. Or Dieu ne saurait vouloir la damnation de quiconque ; c’est pourquoi celle de saint Paul serait parfaitement inutile, et ne lui sera pas demandée… Préservons donc la paix de notre âme : c’est là, dans le murmure d’une brise légère, que Dieu Se révèle à ceux qui Le craignent.

Si nous ne veillons pas dans le recueillement de notre âme comme Élie au fond de sa grotte, nous ne pourrons acquérir la science des Saints et reconnaître la Venue de Dieu, et, comme les Apôtres, nous crierons de peur à Son Approche, Le prenant pour un fantôme ! Ô Seigneur, gardez-nous de cette dissipation des sens et de l’esprit qui fait de Vous un étranger, un inconnu pour nous ! Si nous savions penser toujours à Vous, nous saurions Vous reconnaître, Vous qui avez promis de Vous manifester à qui Vous aimerait ! Et que fait celui qui aime, sinon penser toujours à l’objet de son amour ?

Élie se couvrit le visage avec son manteau et sortit à l’entrée de la caverne. En agissant ainsi, Élie montre que si saint qu’il puisse être, il ne saurait, ici-bas, regarder Dieu en face, mais qu’il lui faut, comme tous les pécheurs, se voiler la face devant Dieu, en signe de pénitence et d’humilité. L’humilité et la connaissance de soi sont fondamentales dans l’attitude spirituelle autorisant la rencontre avec Dieu.

Si la recherche de Dieu implique solitude et silence, il ne faudrait pas pour autant penser qu’elle doive nous confiner dans une tranquille et sempiternelle retraite. Élie se trouve dans cette grotte parce qu’il fuit la persécution que lui vaut sa fidélité à la Foi, et Dieu va tout de suite l’envoyer en mission. De même, lorsque Pierre reconnaît Jésus, il quitte la barque pour aller à Sa rencontre en marchant sur les eaux !… Autrement dit : partir à la rencontre de Dieu nous engage sur des chemins qu’il n’est pas humainement possible de suivre ! C’est tout sauf confortable !

Le chemin que Notre Seigneur a tracé par Sa Vie, Sa Mort et Sa Résurrection, a réuni ce que l’abîme séparait. Aussi vrai que l’amour sans la vérité est insensé et finit dans l’autodestruction, que la vérité sans amour est fatale à notre humanité fragile et malade, aussi vrai qu’il ne saurait y avoir de paix, ni individuelle ni sociale, en dehors d’une pratique effective de la vertu de justice, et que la justice en dehors d’un climat de paix ne peut s’épanouir, aussi vrai que cela, et encore plus, infiniment plus, Jésus a réuni amour et vérité, justice et paix, le Ciel et la terre, en Se faisant Lui-même, par Son Incarnation, le Fruit de leur rencontre, notre Salut, Lui qui est béni au-dessus de tout, Dieu béni éternellement ! Amen !

1. Cf. Mt 14 13-21.

2. Cf. Lc 10 42.

3. Cf. 1 R 19 12.

4. Mt 14 27 ; Mc 6 50.

5. Cf. 1 R 19 12.

6. Cf. Rm 9 3.