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Sermon pour le trente-troisième Dimanche du Temps ordinaire (année A)

(Liturgie de la Parole : Pr 31 10…31 ; Ps 127 ; 1 Th 5 1-6 ; Mt 25 14-30)


Jésus parlait à Ses disciples de Sa Venue, et Il nous en parle encore aujourd’hui car Il ne cesse pas, pour nous aussi, de venir. Dans l’attente de Son Retour, Il nous invite à ne pas rester endormis comme les autres, mais à imiter la femme vaillante du Livre des Proverbes [1], à nous donner de la peine pour faire fructifier ce que nous avons reçu de Sa Grâce, et ainsi témoigner de la réalité et de la vitalité de notre amour pour Lui, qui, seul, nous ouvre les portes et la Joie du Paradis.

Dieu nous a créés pour Se donner à nous, et nous Le recevons dans la mesure où nous Le désirons, où nous L’aimons pour Lui-même, par-dessus tout. Cet amour suscité en nous par la grâce, appelé charité, est la réponse que Dieu attend de notre liberté. La vie chrétienne est essentiellement un régime de liberté. Dans la parabole, le Maître fait confiance à ses serviteurs. Il n’impose pas un rendement prédéterminé. Ce n’est pas dans un régime de justice qu’il les situe, mais de grâce et de liberté. Aussi le troisième serviteur, qui a cherché à être en règle – et seulement en règle ! – avec son maître, s’est-il lui-même exclu de ce régime de liberté, où tout est grâce, ce que je reçois comme ce que je donne ! Refuser de donner, d’investir, de perdre même, c’est s’extraire soi-même du mouvement universel de l’Amour, qui donne tout, et attend que tout Lui soit en retour librement offert, de sorte que la boucle soit bouclée et que la Vie éternelle circule en tous ceux qui L’accueillent pour ce qu’Elle est : un don absolument gratuit et infini.

Il ne suffit pas d’être honnête pour entrer dans le Royaume des Cieux, il ne suffit pas de ne pas voler son Maître et de Lui rendre ce qui Lui appartient, il faut encore être possédé d’un esprit d’initiative, d’un zèle jaloux qui nous fasse rechercher l’accroissement de Son bien et de Sa Gloire. Jésus veut nous voir brûler du véritable amour de Dieu, celui qui n’estime jamais en avoir fait assez, parce que Dieu étant l’être infini mérite d’être aimé infiniment, Lui à qui nous devons tout. Celui qui s’imagine être en règle avec l’Amour de Dieu et en avoir fait assez, montre qu’il ne sait pas ce que c’est que d’aimer ; il se retrouvera dehors, dans les ténèbres, là où il y aura des pleurs et des grincements de dents, avec ces gens qui disent : « Je n’ai pas tué, je n’ai pas volé, je ne fais de mal à personne et – s’ils sont chrétiens – je vais à la Messe le dimanche », et qui, à cause de cela, s’imaginent que Dieu doit être content d’eux, comme eux-mêmes le sont, et leur donner Son Paradis. Dans l’islam ou le judaïsme, par exemple, tout se ramène à se conformer à des règles ; mais dans le Christianisme, l’homme est appelé à aller très au-delà du minimum indispensable signifié par les règles, lesquelles ne sont là que pour amorcer notre libre et personnelle réponse, pour servir de point d’appui à l’élan de notre charité. L’Amour ne pose aucune condition pour Se donner à nous, sauf celle de ne point en mettre nous-mêmes, auquel cas nous Le ferions fuir, puisqu’Il est infini et parfait… C’est pourquoi saint Jacques écrivait à ses frères : « Conduisez-vous comme des gens qui vont être jugés par une loi de liberté [2]. » Dieu veut nous voir vivre et agir comme Lui, librement et par amour, et non comme des esclaves ou des robots sans âme ni volonté. La mesure d’aimer Dieu, c’est de L’aimer sans mesure, disait saint Bernard [3]. Malheur à celui qui croit être en règle avec l’amour de Dieu !

Si donc (comme nous allons le demander dans la prière sur les offrandes), nous vivons selon la charité, c’est-à-dire selon cet amour surnaturel, cet amour de Dieu pour Lui-même, alors chacun des actes que nous posons – que nous mangions, que nous buvions ou quoi que ce soit d’autre que nous fassions au Nom de Notre Seigneur [4] – est méritoire de la Vie éternelle et augmente notre propre charité (ce que nous demanderons aussi dans la prière après la communion). Jésus dit : « Celui qui a recevra encore, et il sera dans l’abondance [5]. » Celui qui a, c’est celui qui reconnaît qu’il a. Et qu’a-t-il, sinon l’Amour de Dieu ? Ce qu’il a, parce qu’il l’a, il peut le donner, et le donnant il le fait fructifier ; de cette façon, il correspond à l’Amour de Dieu qui donne tout et Se donne Lui-même. Alors, plus il donne, plus il devient pauvre ; plus il devient pauvre, plus il peut recevoir ! Et ainsi, parce que l’Amour de Dieu est infini, il ne cessera de recevoir et d’être donc dans l’abondance !… Mais celui qui n’a pas, c’est celui qui dit qu’il n’a pas, celui qui ne sait pas reconnaître l’amour dont Dieu l’a comblé, et qui en conséquence ne sait pas non plus investir ce qu’il croit ne pas posséder ; mais c’est un menteur, car tous nous avons reçu notre part de l’Amour de Dieu, à commencer par le don merveilleux de notre être. En refusant de donner ce qu’il a reçu, il se rend incapable de recevoir davantage, il s’extrait lui-même du mouvement infini de l’Amour divin qui donne et reçoit. Cessant de recevoir, coupé de la Source de l’Amour qui donne tout, il dépérit… et ainsi lui est enlevé ce qu’il dit ne pas avoir. Mais quand bien même nous retrouverions-nous tout nu dans un désert, nous pourrions offrir quelque chose à Dieu : nous-mêmes ! en union au Sacrifice de Son Fils ! et répondre ainsi à Son Amour – ce qui est la seule chose que Dieu veuille de nous et qui vaille à Ses yeux !

Ce qui compte à Ses yeux, ce n’est tant ce que nous faisons que l’intention dans laquelle nous le faisons. Saint François de Sales dit :

« Ce Roi de gloire ne récompense pas Ses serviteurs selon la dignité des offices qu’ils exercent, mais selon l’amour et humilité avec laquelle ils les exercent [6]. »

La sainteté – qui est le partage de la Joie de notre Maître – est donc possible même à l’être humain le plus handicapé, le plus taré qui soit, dans la mesure où la faible liberté qu’il possède lui permet d’accomplir le très peu dont il est capable par amour de Dieu. Comme le dit saint Paul :

« J’aurais beau posséder toute la science, et une foi à transporter des montagnes, si je n’ai pas la charité, cela ne me sert de rien. Quand bien même distribuerais-je tout ce que je possède aux pauvres et livrerais-je mon corps aux flammes, si je n’ai pas la charité, cela ne me sert de rien [7]. »

Les dons de la nature et le fruit de nos labeurs n’ont aucun prix sans la grâce, car ils sont communs aux bons et aux mauvais, mais la grâce ou charité est le don propre des élus, la caractéristique de ceux qui sont dignes de la vie éternelle. Quelle différence avec le New-Age et les autres religions où tout dépend de l’effort de l’homme, de son initiation, de ses mérites et de ses pratiques !

Le christianisme est simple ; il consiste uniquement à ce que chaque seconde de notre vie, chacun de nos actes, chacune de nos paroles et de nos pensées soit posé pour le seul amour de Dieu. Jésus a demandé :

« Demeurez en Mon amour… Si vous gardez Mes commandements, vous demeurerez en Mon Amour, comme Moi J’ai gardé les commandements de Mon Père, et Je demeure en Son Amour. La Gloire de Mon Père, c’est que vous portiez beaucoup de fruits. Celui qui demeure en Moi porte beaucoup de fruits [8]. »

Si quelqu’un ne savait pas dans quelle banque faire fructifier les talents qui lui ont été confiés, le Message des évêques dernièrement réunis à Rome, lors du IIe Synode pour l’Europe, lui en indique une. Voici ce qu’ils lui disent :

« Comme chrétiens, nous voulons être et invitons à être des Européens convaincus, prêts à apporter notre contribution à l’Europe d’aujourd’hui et de demain, en recueillant le précieux héritage qui nous a été laissé par les “pères fondateurs” de l’Europe unie. […] Ne vous taisez pas mais élevez la voix quand sont violés les droits humains des individus, des minorités et des peuples, à commencer par le droit à la liberté religieuse ; réservez la plus grande attention à tout ce qui regarde la vie humaine de sa conception jusqu’à la mort naturelle, et la famille fondée sur le mariage : ce sont les bases sur lesquelles s’édifie la maison commune européenne [9]. »

Frères, « nous n’appartenons pas à la nuit et aux ténèbres. Alors, ne restons pas endormis comme les autres, mais soyons vigilants [10] ! »

1. Cf. Pr 31 10-31.

2. Jc 2 12.

3. De Diligendo Deo, I, 1 (PL 182, 974D).

4. Cf. 1 Co 10 31.

5. Mt 25 29.

6. S. François de Sales, Introduction à la vie dévote, III, 2 (Paris, Gigord, 1928, 3e édition, pp. 126-127).

7. 1 Co 13 2-3.

8. Cf. Jn 15 5…10.

9. Synode des Évêques, Message de la deuxième Assemblée spéciale pour l’Europe, n. 6 (La Documentation catholique, n. 2213, 7 novembre 1999, p. 958).

10. 1 Th 5 5-6.