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Sermon pour la fête des saints Apôtres Pierre et Paul

(Liturgie de la Parole : Ac 12 1…11 ; Ps 33 ; 2 Tm 4 6…18 ; Mt 16 13-19)


Nous célébrons aujourd’hui la fête des saints Apôtres Pierre et Paul. Pas seulement de Pierre, mais aussi de Paul… Pourquoi ? Certes, les deux Apôtres ont été unis dans la même foi, pour laquelle tous deux ont versé leur sang en un même lieu. Mais est-ce suffisant ?

J’y vois davantage la volonté de l’Église de rendre témoignage à la vérité de sa foi catholique, c’est-à-dire la foi qui est « selon le tout » ! En effet, le Christ est bien venu rassembler la multitude des hommes dans l’unité : « Père, qu’ils soient un comme Nous sommes Un [1] », « un seul Dieu [2] », un seul Sauveur, « un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême [3] »… Certes ! Mais cela dans le respect des multiples réalités dans leur diversité. L’Église est à la fois hiérarchique et charismatique, et c’est pourquoi elle fête saint Pierre et saint Paul. Si l’Église n’était que hiérarchique, elle serait totalitaire. Si elle n’était que charismatique, elle serait anarchique. Parce qu’elle est hiérarchique et charismatique, elle est catholique !

Comme le dit le psaume : « Dieu a dit une chose, deux choses j’ai entendues [4] »…

Toute la foi est fondée sur le paradoxe de l’union des contraires, de réalités semblant inconciliables et qui doivent pourtant coïncider dans une tension dialectique permanente. Ainsi, pour le catholique, Dieu est Un et Trine, Jésus est vrai Dieu et vrai homme. L’homme est composé d’une âme et d’un corps, d’esprit et de matière. L’Église est le corps mystique du Christ et une institution humaine, elle est visible et invisible, en elle coïncident la liberté et l’obéissance, elle est composée du pape et des évêques, du clergé et des laïcs. La Bible qui contient l’Ancien Testament et le Nouveau Testament est le fruit de l’inspiration divine et d’une rédaction humaine. Marie est vierge et mère. Le Credo prend sa source dans l’Écriture et la Tradition. Le salut se rejoint par la foi et les œuvres. La foi s’appuie sur la révélation et la raison… Ora et labora. À la lumière de la Croix qui réunit le Haut et le Bas, la gauche et la droite, c’est-à-dire les amis et les ennemis en un même amour, le catholique est appelé à réaliser une union des paradoxes, à tirer « de son trésor du neuf et de l’ancien [5] », et pour cela à se montrer candide comme une colombe et prudent comme un serpent [6]

Cela ne se vérifie pas seulement dans le domaine surnaturel, mais, si cela est bien la vérité, aussi et d’abord dans l’ordre naturel où la philosophie permet effectivement de distinguer au sein d’une même réalité deux réalités qui la constituent, ainsi de l’être réel et de l’être de raison, de l’être en puissance et de l’être en acte, de l’essence et de l’existence, de la substance et de l’accident, de la matière et de la forme.

La méconnaissance de ces distinctions et de l’unité qu’elles expriment entraîne de graves confusions et est à la source de nombreuses erreurs. Par exemple, l’ignorance du principe de la réciprocité des causes rend impossible la résolution d’un problème comme celui-ci : le repentir du pécheur est-il cause que la grâce lui est rendue ou la grâce qui lui est rendue est-elle cause de son repentir ? Si l’on soutient que le repentir du pécheur obtient que la grâce lui soit rendue, c’est l’hérésie pélagienne, car alors la grâce est méritée par le repentir et n’est donc plus une grâce, c’est-à-dire un pur don qu’on ne saurait mériter ; et de plus, ce repentir qui précéderait la grâce ne serait pas lui-même un don de la grâce, donc serait notre œuvre à nous seuls, et ainsi nous serions capables de quelque chose par nous seuls sans la grâce dans un ordre qui est surnaturel… Mais si l’on soutient que la grâce produit notre repentir, c’est l’hérésie calviniste, car alors ce repentir n’est pas libre, et nous n’avons même pas le pouvoir de la refuser, et l’on en vient à prétendre que Dieu a refusé alors Sa grâce à ceux qui ne se repentent pas ! On ne peut donc maintenir la foi catholique qu’avec le principe de la réciprocité des causes : dans l’ordre de causalité matérielle notre libre (et par là responsable et méritoire) repentir est cause que la grâce nous est rendue mais dans l’ordre de causalité formelle la grâce ainsi librement reçue que nous aurions pu refuser est cause de notre repentir auquel elle donne sa spécification surnaturelle.

Revenons à la foi. L’hérésie est de choisir un terme et de laisser l’autre : la justice sans la miséricorde, ou l’inverse, l’austérité sans le sourire, la foi sans la piété, la prédestination sans le libre arbitre… Les hérétiques sont ceux qui choisissent, ceux qui ne veulent pas « le tout ». Nous sommes catholiques lorsque nous choisissons le Tout, lorsque nous fêtons Pierre et Paul !

Le signe de la Croix est le plus ancien, le plus universel et le plus éloquent signe de réconciliation (des opposés). La Croix nous montre que la foi sert à prendre radicalement au sérieux l’histoire et à tendre vers l’éternité, à aimer la vie présente et à ne pas craindre la mort… La foi sert à honorer tous les hommes parce que tous sont fils de Dieu et à démythifier tout le monde parce que tous sont des créatures limitées marquées par le péché. Elle « sert » à se reconnaître serviteur de tous et en même temps libre à l’égard de tous [7]. Elle sert à aimer sa patrie et à se sentir frère universel. Elle sert à voir le caractère tragique de la vie et en même temps à cultiver l’humour et la simplicité. Elle sert à unir dans la même personne l’homme de prière et l’homme d’action, l’homme candide comme la colombe et celui qui est rusé comme le serpent [8], l’homme rigoureux sur les principes et en même temps indulgent envers tous, y compris lui-même. Elle sert à nourrir l’humilité la plus radicale et en même temps la conscience d’être unique. Elle sert à prier comme si tout dépendait de Dieu et à travailler comme si tout dépendait de nous, serviteurs inutiles [9].

1. Jn 17 21.

2. Rm 3 30 ; 1 Co 8 6 ; Ep 4 6.

3. Ep 4 5.

4. Ps 61 12.

5. Mt 13 52.

6. Cf. Mt 10 16.

7. Cf. 1 Co 9 19.

8. Cf. Mt 10 16.

9. Cf. Lc 17 10.