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Sermon pour la Toussaint

(Liturgie de la Parole : Ap 7 2…14 ; Ps 23 ; 1 Jn 3 1-3 ; Mt 5 1-12)


La fête de la Toussaint est la fête du bonheur acquis définitivement. En transmettant à l’humanité le message des Béatitudes [1], la religion chrétienne annonce le bonheur, et la fête de tous les Saints confirme que cette promesse n’est pas vaine. Une foule a actuellement atteint la joie parfaite qui est Dieu même. Les « Béatitudes » révèlent ici-bas la joie parfaite [2]. Car la vie du Ciel commence ici-bas ou elle ne sera jamais… Ainsi apparait l’orientation fondamentale de notre vie : l’humanité a été créée pour le bonheur, et ce bonheur lui est offert par le Christ. Ce que confessent la foule des Élus, les Anciens et les quatre évangélistes de la première lecture, en se prosternant « devant le Trône, la face contre terre, pour adorer Dieu [3] » et l’Agneau.

Bien plus que l’être humain qui, certes, désire le bonheur mais se rend difficilement compte des conditions nécessaires pour l’obtenir, Dieu Lui-même, notre Père, a voulu assurer ce bonheur, et Il nous a donné les moyens de l’obtenir. Tous ces moyens tendent à nous unir au Christ, l’Agneau crucifié et ressuscité. Tel est le rôle des sacrements. Ils ont pour fonction de nous transmettre la Grâce, ou, autrement dit, la vie divine appropriée à notre condition de pèlerins. L’Apocalypse nous montre, en effet, les Élus « marqués du sceau [4] » de Dieu sur le front, comme nous-mêmes avons été marqués du signe de la Croix le jour de notre Baptême, et en plénitude au jour de notre Confirmation avec le Saint-Chrême. « Ils ont lavés leurs vêtements [5] » dans les eaux du Baptême, qui efface le péché originel, et du Sacrement du Pardon, qui efface les fautes commises, hélas, après le Baptême. Ils se sont « purifiés dans le Sang de l’Agneau [6] » versé pour nous à chaque Eucharistie, et toujours autant méconnu et méprisé qu’Il l’était sur le Golgotha…

Qui a Dieu a tout, c’est la Béatitude, et cependant l’union à Dieu ne nous conduit pas à nous désintéresser de ce monde ; elle nous permet au contraire de sortir victorieux de ce que l’Écriture appelle « la grande épreuve [7] ». Le chemin de l’homme sur la terre est une épreuve à laquelle personne ne peut échapper. Cette épreuve est d’abord une épreuve de foi. « Sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu [8]. » C’est pourquoi si on ne croit pas on ne se sauve pas [9]. Croire, croire fermement aux vérités et aux mystères révélés. Croire à l’Église comme sacrement de Salut, placée par Dieu au milieu des peuples comme Maîtresse, Guide et Lumière de toutes les nations [10]. Croire en l’autorité de Dieu qui révèle. Croire dans les paroles du Verbe de Dieu qui ne peut ni Se tromper ni nous tromper. Croire à la Loi éternelle de Dieu, cette loi qui ne change pas ni ne peut jamais changer, et que personne ne peut entamer sans encourir la colère de Dieu. Cette épreuve, exigée par la Toute-Puissance divine de la part de l’homme sur la terre, est de reconnaître que Dieu est suprême Seigneur et Maître de tout et de tous, et qu’à Lui est due pleine et absolue soumission, donc obéissance à Sa Loi. Il n’y a aucun saint qui ne se soit pas soumis, à l’exemple de Jésus, en tout, à la très douce Loi d’amour de Dieu, même si pour cela il dut le payer des souffrances du martyre et de la mort. Cette épreuve est donc finalement celle de l’amour. Comment ne pas rendre amour pour amour à Celui qui nous a tirés du néant, tout donné et S’est donné Lui-même à nous ? C’est seulement cet amour qui peut nous permettre de posséder le Royaume des Cieux, la Terre promise, de trouver la consolation, donner la miséricorde, voir Dieu, faire la paix, souffrir pour la justice et la Foi. Oui, l’amour ne rencontre pas d’obstacle. Tout lui sert à s’élever toujours plus haut. Voilà pourquoi le monde ne peut pas nous connaître : parce qu’il n’a pas découvert Dieu !

L’Église, qui ne veut oublier personne, a institué la solennité de la Toussaint pour fêter ensemble tous les saints connus et inconnus de nous. Par là elle nous dit que la sainteté peut demeurer ici-bas inconnue… Que nous fêtions ensemble ces saints qui ne sont pas moins élevés en gloire que ceux qui sont canonisés nous dit encore l’unité qu’ils vivent. Au Ciel, où Dieu est « Tout en tous [11] », tout est commun, et fêter la sainteté de l’un c’est fêter la sainteté de l’autre. Au Ciel, la prière de Jésus est parfaitement accomplie : « Père, qu’ils soient un, comme Nous sommes un : Moi en eux et Toi en Moi, afin qu’ils soient parfaits dans l’unité [12]. »

La même vie du Christ circule dans tous les membres de l’Église, de sorte que tous communient en cette unique vie qui leur est commune : ce que l’on appelle « la communion des saints ». Cette communion, unité dans la vie du Christ, s’étend aux trois états sous lesquels existe l’Église : l’Église militante dont nous faisons partie ; l’Église souffrante, composée des âmes en purgatoire et pour lesquelles nous prierons tout spécialement demain ; et enfin l’Église triomphante, aujourd’hui à l’honneur. Ces trois états ne forment qu’une seule et même Église. Et de même que dans une famille ordonnée dans l’amour chaque membre concourt au bien de tous en un échange harmonieux de biens donnés et reçus, ainsi entre ces trois états solidaires en Jésus-Christ il y a communication constante de grâces, de mérites et de prières. Le trésor commun de l’Église, en lequel tout vient de Jésus-Christ, est fait des mérites de Marie, des saints, de tous les membres de l’Église, et tous peuvent y puiser.

La mort ne met pas fin à l’activité des âmes, que ce soit dans le bien… ou dans le mal. La vie continue au-delà de la tombe. Ceux qui nous ont précédés sous le signe de la foi, qu’ils soient en purgatoire, qu’ils soient en paradis, nous aiment encore, et d’un amour plus pur, plus vif et plus grand que sur la terre. Ils sont animés d’un grand désir de nous aider à surmonter les dures épreuves de la vie, pour nous permettre d’atteindre – comme eux-mêmes l’ont déjà fait – la grande ligne d’arrivée, le but de la vie elle-même. Mais leur aide envers nous est dans une bonne mesure conditionnée par notre foi et notre libre volonté de nous mettre en route vers eux.

Si nous, prêtres et fidèles, conscients des inépuisables ressources de grâce, d’aide et de dons que nous pouvons tirer de ce dogme de la communion des saints, sommes animés d’une foi vive, nous verrons notre pouvoir sur les forces du Mal centupler. Mais hélas, depuis plus de cent ans le matérialisme a obscurci dans l’âme de beaucoup de fidèles et de prêtres le dogme de la communion des saints, qui est une réalité spirituelle grandiose, vivante, vraie et opérante au Ciel et sur la terre. Il n’y a pas de termes capables d’exprimer la grandeur, la puissance et l’activité vibrante d’amour et de vie de la communion des saints. Il n’y a pas de mots dans notre langage aptes à faire comprendre l’invisible et mystérieux échange entre les âmes du paradis, du purgatoire et de la terre, échange qui trouve sa source dans le Cœur miséricordieux du Seigneur. Rares sont les âmes qui ont compris, et qui, en plus de croire abstraitement, vivent activement dans cette communion avec les âmes dans l’au-delà comme avec celles de leurs frères sur la terre… Quelles immenses ressources inutilisées ! Quelle possibilité de bien on laisse tomber dans le vide ! On affirme que l’on croit, mais on est très peu conséquents avec la foi que l’on professe !

1. Cf. Mt 5 1-12.

2. Cf. 2 Jn 1 12.

3. Ap 7 11.

4. Ap 7 4.

5. Ap 7 14.

6. Ibid.

7. Ibid.

8. He 11 6.

9. Cf. Mc 16 16.

10. Cf. Is 42 6, 49 6 ; Lc 2 32 ; Ac 13 47.

11. 1 Co 15 28.

12. Cf. Jn 17 21.