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Sermon pour la Dédicace de la Basilique du Latran

(Liturgie de la Parole : Ez 47 1…12 ; Ps 45 ; Jn 2 13-22)


Nous célébrons aujourd’hui l’anniversaire de la dédicace (c’est-à-dire de la consécration, de l’inauguration) de la basilique du Latran, qui est la cathédrale de l’évêque de Rome. Pourquoi célébrer l’anniversaire d’une église ? N’y a-t-il rien de plus important à faire que de célébrer un bâtiment de pierre ?

C’est que ce bâtiment de pierre – l’église du Latran –, parce qu’elle est la cathédrale de l’évêque de Rome, est le symbole, le signe de la communion de toutes les Églises particulières répandues à travers le monde. Une Église particulière, où qu’elle soit dans le monde, n’a la garantie d’être catholique, d’être l’Église du Christ bâtie sur Pierre [1], que dans la mesure où elle est en communion avec l’Église qui est à Rome, siège de saint Pierre.

Trop souvent dans l’esprit de certains, l’Église catholique serait la somme des différentes Églises locales, ou encore l’Église Catholique serait une fédération d’Églises particulières. Non, l’Église catholique est une réalité qui précède, dans le temps comme dans l’existence, toute Église particulière… Bien plus, elle précède la Création elle-même… Les premiers Chrétiens disaient que le monde a été créé en vue de l’Église… Ils avaient une autre idée de la dignité de l’Église que celle que l’on perçoit trop souvent aujourd’hui dans le cœur même de ceux qui se dévouent à son service… Mais comment expliquer qu’ils aient pu dire que le monde lui-même a été créé en vue de l’Église ?! Eh bien, en considérant l’intention originelle que Dieu avait en créant le monde, et qui était d’introduire Sa Création – dont l’homme est le couronnement – dans la communion à Sa propre vie divine… Communion qui se réalise par la « convocation » des hommes dans le Christ, laquelle « convocation » est l’Église. L’Église est la fin de toutes choses, et les vicissitudes douloureuses elles-mêmes, comme la chute des anges et le péché de l’homme, ne furent permises par Dieu que comme occasion et moyen pour déployer toute la mesure d’amour qu’Il voulait donner au monde. De même que la volonté de Dieu est un acte et qu’elle s’appelle le monde, ainsi Son intention est le salut des hommes, et elle s’appelle l’Église.

Chaque Église particulière, c’est-à-dire chaque portion du peuple de Dieu confiée à un évêque, a avec l’Église universelle un rapport particulier d’« intériorité mutuelle », parce que dans chaque Église particulière est vraiment présente et agissante l’Église du Christ, une, sainte, catholique et apostolique. L’Église catholique donne naissance aux Églises particulières comme à ses propres filles ; elle s’exprime en elles, elle est mère et non « produit » des Églises particulières. Celui qui appartient à une Église appartient à toutes les Églises, parce qu’il appartient d’abord à l’unique Église du Christ, qui est universelle et dont l’unique pasteur visible est le Pape.

L’avènement de l’Église était prophétisé depuis longtemps. La vision d’Ézéchiel en est un exemple [2]. Le nouveau Temple de Dieu qui est annoncé remplacera le Temple détruit de Jérusalem, comme le Corps du Christ ressuscité succédera à Son corps mort. Et les symboles utilisés pour décrire ce nouveau temple de Dieu révèlent le caractère divin de celui-ci. Du côté de ce temple jaillit en effet un fleuve qui assainira la mer Morte et donnera la vie partout où il pénétrera… de même que du côté du Christ couleront l’eau du Baptême et le sang de l’Eucharistie où l’Église prend naissance [3], nouvelle Ève tirée du côté du nouvel Adam pendant son mystérieux sommeil [4]… Oui, tout a été créé pour l’Église, car « la réalité, c’est le Corps du Christ [5] », la réalité essentielle qui a la promesse de la vie éternelle [6].

Ce fleuve dont il est question, c’est la grâce divine, ou, pour ainsi parler, c’est Dieu Lui-même, sortant de Sa propre majesté, dans le désir impétueux qu’Il a de Se donner à ceux qu’Il aime ; fleuve de paix, fleuve de joie, fleuve débordant de vie, qui recouvre, qui purifie tout ce qu’il rencontre sur son passage, pourvu que ce ne soit pas la digue infranchissable d’une volonté obstinée dans le mal. Cette eau coule dans la mer Morte où, c’est bien connu, aucun poisson ne peut vivre, à l’image de l’eau baptismale qui vient donner vie aux âmes mortes dans le péché. L’arbre est souvent dans la Bible le symbole de l’homme, et l’Arbre de Vie est ainsi l’Humanité du Verbe de Dieu, plantée sur les deux rives du fleuve, parce qu’elle rassasie à la fois l’Église militante, en-deçà du fleuve, et l’Église triomphante, au-delà du fleuve…

En chassant les commerçants du Temple, ainsi que les animaux servant d’offrande [7], Jésus annonce l’abolition de l’ancien culte – et de fait, les Juifs n’ont plus, depuis cette époque, ni Temple ni prêtres ; Il annonce aussi la substitution des victimes animales par la seule qui soit digne de Dieu : Lui-même, Dieu, dans la réalité de Son humanité ! Jésus a bien pris soin de montrer qu’en Lui s’accomplissaient les prophéties sur le Nouveau Temple. Vous vous souvenez comment Il S’était attribué d’être « la pierre » rejetée par les bâtisseurs et devenue la Pierre d’Angle [8] ; comment Il avait annoncé que de Son sein jailliraient des fleuves d’eau vive [9], rappelant notre lecture d’Ézéchiel ; comment Il S’était présenté comme « le » consacré de Dieu, alors que l’on célébrait la dédicace du Temple ; et l’impossibilité matérielle de relever le Temple en trois jours [10] aurait dû suffire à montrer que le Christ parlait du « Nouveau Temple ». Mais il fallait que l’ordre ancien issu du péché et assumé par l’humanité du Christ soit détruit… et cela passait par l’aveuglement où conduit le péché…

Tel un grain de blé jeté en terre pour y pourrir et donner naissance à une nouvelle plante dont l’épi est plein de nouveaux grains en tout semblables au premier grain [11], ainsi le Christ est descendu en notre terre pour y mourir et donner naissance à une nouvelle plante toute verte d’espérance : l’Église, Son Corps nouveau, rempli de nouveaux grains que sont Ses disciples. Si le premier grain a disparu, ceux qui sont issus de Lui vivent ici-bas de Sa vie donnée, et ils sont à leur tour, chacun pour sa part, ce que fut le premier grain : Temple de Dieu.

Si nous sommes donc le Temple de Dieu de par notre union au Christ, et si l’Esprit habite en nous, ce que porte chaque fidèle en son âme est plus merveilleux que l’univers entier ! Plus grand est le privilège d’être Temple de Dieu – et de vivre en conséquence dans la présence de Dieu –, plus nous serions sacrilèges de le détruire.

C’est pourquoi, se suicider, que ce soit avec l’énergie du désespoir ou avec l’aval de la loi et l’assistance médicale comme on cherche à l’introduire dans notre pays, est un geste de révolte contre Dieu, Créateur de la vie, et un crime contre la vie. De plus, c’est un phénomène contagieux, et en parler sans le blâmer est dangereux pour les personnes psychologiquement fragiles.

Mais détruire le Temple de Dieu – et donc se détruire soi-même – peut s’accomplir sans qu’il y ait disparition physique immédiate ; il suffit pour cela de n’importe quel péché mortel, qui exclut Dieu de notre âme tant il y a incompatibilité absolue entre la sainteté de Dieu et le mal. Chasser Dieu de son âme, c’est se donner à soi-même la mort, comme un ruisseau dont la source tarit…

Que chacun prenne donc garde à la façon dont il participe à la construction de l’Église, car l’incorporation à l’Église n’assure pas le Salut pour celui qui, faute de persévérer dans la charité, reste bien de corps au sein de l’Église mais non de cœur… Celui qui se fait sa petite religion à lui, qui en prend et qui en laisse, qui ne demeure pas en communion de vie et de foi avec l’Église qui est à Rome et sur laquelle Jésus bâtit l’Église universelle, celui-là détruit le Temple de Dieu… il sera lui-même détruit…

Puisse la Vierge Marie, elle qui a été la plus belle demeure de Dieu, nous donner cet amour pour la Maison de Dieu qui faisait le tourment de son Fils…

1. Cf. Mt 16 18.

2. Cf. Ez 47 1-12.

3. Cf. Jn 19 34.

4. Cf. Gn 2 21-22.

5. Col 2 17.

6. Cf. Mt 16 18.

7. Cf. Jn 2 13-22.

8. Cf. Mt 21 42 ; Mc 12 10 ; Lc 20 17.

9. Cf. Jn 4 14.

10. Cf. Mt 26 61, 27 40 ; Mc 14 58, 15 29 ; Jn 2 19.

11. Cf. Jn 12 24.