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La tournante

Il y a quelques jours, j’étais de passage chez ma sœur, quelque part dans la province française, et j’appris d’elle que son nouveau curé avait élevé la « tournante » au rang de pratique habituelle pour sa paroisse… je veux dire qu’il avait installé l’habitude, avec les autres curés de son secteur, de « tourner » les uns après les autres pour la présidence de l’Eucharistie dominicale dans leurs différentes paroisses ; cela était justifié au motif qu’il ne fallait pas que les paroissiens s’attachent à leur curé, mais seulement à Jésus-Christ…

Cela me rappela la conversation suivante, que j’eus un jour avec un évêque :

– « Je vous nomme curé de telle ville. Acceptez-vous ?

– Oui, Monseigneur.

– Mais je vous interdis d’habiter au presbytère !

– Et où devrai-je habiter ?

– Dans un très beau château du XIXe siècle, qui appartient au diocèse, en rase campagne, à dix kilomètres de la ville. »

Comme je faisais des yeux tout ronds, il me dit :

– « Cherchez à comprendre !

– Euh… Je ne comprends pas, Monseigneur…

– Il ne faut pas donner l’impression aux laïcs qu’il y a encore des prêtres ! » (sic)

Je compris alors que si je venais habiter au presbytère, les gens pourraient, comme au temps de leur enfance, venir frapper à la porte du presbytère pour confier à leur curé leurs soucis, et cela ne pouvait plus être possible, puisqu’il n’y a plus de curés ! De plus, si je venais habiter au presbytère, certainement allais-je démobiliser les différentes équipes de laïcs en charge sur la paroisse, qui à la catéchèse, qui à la liturgie, qui aux funérailles, qui à la préparation au mariage, etc. J’aurais fait double emploi. J’étais en fait de trop…

Ne plus vouloir que les fidèles s’attachent à leur curé sous prétexte qu’il ne faut s’attacher qu’à Dieu, c’est refuser le caractère propre de la foi chrétienne : l’Incarnation. Dieu a pris un visage. Lorsqu’Il était là, Il n’était pas ailleurs. C’était Lui et pas un autre. C’est déshumaniser l’Église. Si Dieu S’est fait Homme en Jésus-Christ, c’est pour donner à notre humanité Sa gloire, de sorte que nous nous aimions les uns les autres comme Il nous a aimés, de l’Amour même dont Il nous aime. Et seule l’Église, de par sa constitution hiérarchique témoignant de son origine divine, permet à l’humanité de vivre, parce qu’ainsi reliée par le Dieu incarné à la Communion des divines Personnes, sa vocation originelle d’être une vraie communion de personnes. Vouloir que les curés tournent à la tête des paroisses transforme les pasteurs en agents anonymes d’un système impersonnel. Tout le contraire de la bonne nouvelle que l’Église a mission d’annoncer à ce monde rongé par l’individualisme et la culture de l’éphémère et du jetable !

Si pour s’attacher seulement à Jésus-Christ il ne faut s’attacher à personne d’autre, pas même à son curé – qui, agissant pourtant de par son ordination in persona Christi, est « un autre Christ » –, alors faut-il encore vraiment s’attacher à son mari ? Ne vaudrait-il pas mieux, en prenant exemple sur les nouveaux curés, en changer régulièrement et faire tourner les maris ?…

Si on prend au sérieux le savant motif avancé, la nouvelle panacée de la crise actuelle de la foi, alors faut-il même s’attacher au pape ? Mais comment faire tourner des papes ?

Comment tourner à la tête des paroisses ? En tant que curé, je puis voir que ma communauté a besoin d’approfondir tel aspect de sa vie chrétienne, tandis qu’un autre curé ne verrait pas la même chose. Je con-nais son histoire et ce dont elle a besoin. Je le devrais du moins. Et si je vais présider dans une autre paroisse où je suis témoin de telle pratique suscitant ma légitime réprobation (comme par exemple le fait de voir des fidèles tremper eux-mêmes le Corps du Christ dans le précieux Sang, ou ne pas s’agenouiller lors de la consécration), que dire à ces fidèles, qui pourront toujours me faire valoir que leur curé de la semaine précédente les y autorisait ? Si tout le monde gouverne, personne ne gouverne.

Notre Seigneur a dit de Son Église : « Il y aura un seul troupeau et un seul pasteur [1]. » Dans l’Apocalypse, la Bête a sept têtes… Malheur au prêtre qui devient l’une d’elles !

1. Jn 10 16.