Logo Regnat
Best viewed with God
Gratuité évangélique
Jésus !
Viewable With Any Browser Campaign
CSS valide
Valid XHTML 1.0 Transitional

Du mariage des prêtres

Pour remédier à la pénurie de prêtres, certains aujourd’hui, et même des évêques, croient bien faire en proposant l’ordination d’hommes mariés, et de s’autoriser pour cela de l’exemple des Églises d’Orient. Mais ce faisant, ils semblent oublier que la discipline du sacrement a toujours impliqué la continence…

En effet, comme cela est encore visible aujourd’hui dans les Églises d’Orient ne suivant pas le rite latin, s’il est possible d’ordonner prêtres des hommes mariés, il est par contre impossible qu’un prêtre se marie… Et pourquoi est-il impossible qu’un prêtre se marie ? Parce que la réception du sacrement de l’Ordre l’a voué de façon définitive à la continence absolue, expression du don total de soi au Seigneur et au service de Son Église… Un autre reliquat de la discipline originelle du célibat en ces Églises d’Orient est que ne peuvent accéder à l’épiscopat que les seuls prêtres célibataires… Soit dit entre parenthèses : c’est parce que ces Églises ont perdu la communion avec Rome, même si aujourd’hui plusieurs l’ont retrouvée, qu’elles ont aussi perdu le moyen de se garder parfaitement dans la Volonté du Seigneur…

Mais chez nous aussi, nous trouvons trace de la tradition originelle de la continence attachée au sacrement de l’Ordre, non seulement dans la règle du célibat toujours en vigueur, mais encore en ce que lorsqu’un homme marié est ordonné diacre, obligation lui est imposée de ne pas se remarier s’il devient veuf [1]… S’est-on jamais demandé pourquoi un diacre devenu veuf ne peut pas se remarier ? Eh bien, là encore, parce que la consécration au service de l’autel le voue à la continence perpétuelle… Mais où voit-on aujourd’hui signifiée aux futurs diacres mariés la raison de la promesse qu’il leur est demandé de faire de ne pas se remarier si jamais ils deviennent veufs ? Il apparaît ainsi que même dans l’Église latine la sainte Tradition – et donc l’intelligence authentique – de ce qu’est le service du Seigneur, se perd….

Lorsque le Père Bernard-Thaddée Petitjean (1829-1884) arriva en 1863 au Japon, après trois siècles d’atroces persécutions ayant décimé du XVIe au XIXe siècle l’Église fondée par saint François-Xavier, la faisant passer de deux millions de membres à – officiellement – plus rien, il découvrit quelques survivants qui, pour s’assurer de sa légitimité de prêtre, savaient devoir lui poser trois questions : Êtes-vous sous la direction du Pape de Rome ? Avez-vous une dévotion spéciale pour la Mère du Christ ? Et enfin : Êtes-vous célibataire ? Célibataire ! Voilà un des critères qui manifestait à leurs yeux la nature divine de l’Église à laquelle ces saints voulaient toujours appartenir [2] !

La continence volontaire n’est pas à mesure humaine : « Tous ne comprennent pas ce langage [3] », dit Jésus, mais elle est un don de Dieu. Un don de Dieu qui manifeste que Dieu existe et qu’Il est Amour [4], et que nous sommes appelés à une vie nouvelle, évangélique. En effet, par sa libre et joyeuse consécration dans la continence, le prêtre annonce, d’une part, que Dieu existe, et qu’Il est l’Amour, et l’Amour incarné ; la preuve en est que lui, homme, sans vivre d’amour conjugal, est heureux, ce qui n’est pas naturellement possible. Son bonheur pointe donc vers un autre amour, car seul être aimé et aimer rend heureux… et lequel, sinon celui de ce Dieu qu’il aime au point de Lui avoir donné sa vie ? Et d’autre part, par son célibat, le prêtre annonce de façon existentielle, réelle, non pas idéologique, le Royaume des Cieux où l’on ne se mariera plus, nous dit encore Jésus, mais où les élus seront « comme des Anges [5] »… « Célibataire » vient de deux mots latins : cælum, ciel, et habitare, habiter. Le célibataire consacré est donc celui qui habite le Ciel !

Le célibat consacré est donc à la fois une preuve de la vérité que Dieu est, et que « Dieu est Amour [6] », et Amour incarné, et d’autre part le célibat consacré est un gage de ce Royaume des Cieux qu’annonce le prêtre et dans lequel il veut faire entrer toutes les âmes [9] à lui confiées. C’est dire si ordonner des hommes mariés à qui la continence ne serait pas demandée serait pour l’Église une perte inestimable, tant la continence consacrée témoigne éloquemment de la nature divine de l’Église et de sa mission. Dans l’Église, on ne devient pas prêtre de père en fils. L’Église ne vient donc pas de la chair et du sang, elle n’est pas d’origine humaine, mais c’est l’Esprit qui, comme Il le fit dans le sein de la Vierge Marie, va chercher dans l’Église des hommes pour en faire d’autres Christs !

Loin d’être un mépris du mariage, comme certains osent le dire, le célibat consacré valorise au contraire extrêmement le mariage, car qui oserait offrir à Dieu le sacrifice d’un bien qu’il méprise ? De plus, aussi vrai que sans mariage il n’y aurait pas de célibat, sans célibat le mariage ne serait pas élevé du niveau de la nécessité à celui de la liberté… Qu’il y ait en effet un autre chemin que le mariage pour se sanctifier, et le mariage devient alors l’objet d’un choix, et atteint, et alors seulement, à la dignité de libre vocation…

Le célibat n’est pas non plus contre-nature, car l’homme ne se réduit pas à son instinct sexuel, mais se définit avant tout par sa nature intelligente, qui lui donne la maîtrise sur le monde, mais encore et d’abord sur lui-même…

Toutes ces raisons montrent que la continence volontaire est une preuve de la présence de l’Esprit du Christ, modèle immédiat et idéal souverain du prêtre, Lui qui est venu régénérer l’humanité en une forme de vie nouvelle, sublime, divine.

La vraie cause du manque de vocation n’a donc rien à voir avec l’obligation du célibat, comme en témoignent les Églises et communautés où cette obligation n’est pas imposée et qui ont ce même problème… La vraie cause est due aux prêtres eux-mêmes qui ne savent plus qui ils sont, d’autres Christs, et que leur mission est de sauver les âmes de l’Enfer ! À quoi bon devenir prêtre si c’est pour moins que cela ?

1. Cf. Code de droit canonique, can. 1087 : « Attentent invalidement mariage ceux qui sont constitués dans les ordres sacrés. »

2. Cf. Launay (Adrien), Nos missionnaires, Paris, Retaux-Bray, 1886, pp. 123-127.

3. Mt 19 11.

4. Cf. 1 Jn 4 8, 16.

5. Mt 22 30.

6. 1 Jn 4 8, 16.