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Stratégie de com

Ces derniers mois, on a beaucoup parlé de la « communication » de l’Église. Et pas en bien. D’après les uns, les autres, et ceux qui ne sont ni les uns ni les autres, il semble que l’Église en général, le Saint-Siège en particulier, et le Saint-Père tout spécialement, ne savent pas communiquer. Pourquoi donc ? C’est très simple : ils choquent, dérangent, font grincer des dents, disent des gros mots (chasteté, fidélité, etc.), ne se lavent pas les mains avant de manger, désespèrent Billancourt, rayent le parquet, ne jouent pas le jeu du « politiquement correct », ne comprennent rien, urinent sur la lunette des toilettes, empêchent les jeunes de s’amuser, se mouchent dans leurs doigts, font la morale, aboient quand la caravane passe, culpabilisent les consciences, etc.

Et cela ne date pas d’aujourd’hui, ni d’hier ! Qu’on se souvienne de la chasse aux sorcières, des croisades, de Galilée, de l’Inquisition, des bijoux de la Castafiore et des guerres de religion ! Avec autant de turpitudes, de tares indélébiles et autres vices inavouables accrochés au revers de la soutane, l’establishment ecclésial n’a plus qu’à baisser le rideau. Ou à se convertir aux ukases de la communication mondaine.

Il se trouve même quelques bonnes âmes, sincères défenseurs dudit establishment, qui croient bon de hurler avec les loups de la communication et prétendent donner des leçons en ce domaine à la Maîtresse de vérité. Ayant relu quelques pages du Sel de la terre où celui qui n’était encore que le cardinal Ratzinger battait sa coulpe pour le « manque de communication » de l’Église [1], Gérard Leclerc – que nous avons connu mieux inspiré – se posait récemment une curieuse question :

« Est-ce à dire que le pape Benoît XVI répond adéquatement aux avertissements du cardinal Ratzinger ? L’interrogation est légitime. On a souligné à plusieurs reprises des erreurs et même des gaffes tout à fait contre-productives. Je pense au prologue de la conférence de Ratis[14]bonne qui provoqua une immense vague de colère dans les pays musulmans. Un spécialiste consulté aurait immédiatement averti du danger. Il en va de même de l’affaire Williamson qui aurait dû être réglée dans la journée même par une intervention opportune de la salle de presse du Saint-Siège [2]. »

Regnat n’est qu’un modeste bulletin – une feuille de chou PDFisée, si on veut – mais un bulletin catholique. Pleinement, résolument, ouvertement catholique. Pas l’organe d’un clan, aussi sympathique puisse-t-il paraître : il y a plusieurs demeures dans la maison du Père [3], mais il n’y est plus question de Grec ou de Juif, de Barbare ou de Scythe [4], ni, a fortiori, de clan. Notre ligne de conduite, c’est ce qu’on pourrait appeler le « catholicisme intégral et magistériel ». Notre Maître, c’est le Christ. Or que nous enseigne le Maître en matière de « stratégie de com(munication) » ?

À Sup de Com, on intitulerait les évangiles : « Comment faire fuir le client en quatre leçons ». Ou pire. En matière de communication, c’est zéro. Pas crédible. Essayez de relire les évangiles dans un esprit Sup de Com : c’est imbuvable. Quelle histoire que celle de ce fou furieux qui passe son temps à demander des trucs impossibles (vous avez déjà essayé de tendre la joue gauche à qui vous avait déjà souffleté sur la droite [5] ?), à envoyer promener tout le monde (ses parents [6], les pharisiens [7], ses apôtres et ses disciples [8]), à trafiquer avec des gens insolvables (des lépreux, des putes, des collabos [9]), à semer le désordre (imaginez la tête du Gadarénien quand il a vu son gros troupeau de porcs se jeter dans la mer [10]…), etc. ! Ce qui est proprement miraculeux dans cette histoire, c’est qu’on ait attendu trois longues années avant de clouer ce malade sur une croix.

Dieu merci, le scénario des évangiles n’a pas été conçu par les têtes pensantes de Sup de Com, ni par la rédaction de France Catholique. Dieu merci, aucun spécialiste n’avait été consulté pour avertir le Seigneur des « gaffes tout à fait contre-productives » qu’Il commettait en matière de communication et qui seraient sanctionnées par Sa mort sur la Croix. Dieu merci, la « salle de presse du Saint-Siège » n’avait pas encore été inventée. Dieu merci, la promotion de « l’affaire Jésus » n’a pas été confiée à Jacques Séguéla, mais à Matthieu, Marc, Luc, Jean et Paul… grâce à qui nous pouvons distinguer bonne et mauvaise « stratégie de com » :

A contrario :

La bonne « stratégie de com » respecte la liberté humaine. Cette stratégie peut se résumer dans une phrase assénée à un curé par une célèbre hystérique du XIXe siècle : « Je suis chargée de vous le dire, pas de vous convaincre ». Libre à chacun ensuite de se déterminer face à un message adressé à tous, mais que tous ne veulent pas recevoir :

« C’est pour cela que Je leur parle en paraboles : parce qu’ils voient sans voir et entendent sans entendre ni comprendre. Ainsi s’accomplit pour eux la prophétie d’Isaïe qui disait : Vous aurez beau entendre, vous ne comprendrez pas ; vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas. C’est que l’esprit de ce peuple s’est épaissi : ils se sont bouché les oreilles, ils ont fermé les yeux, de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n’entendent, que leur esprit ne comprenne, qu’ils ne se convertissent, et que Je ne les guérisse [24]. »


« À certains égards, nous [n’y] pouvons pas grand’chose : les hommes ne croient pas, parce que croire est difficile et qu’il leur est plus commode de vivre sans Dieu, ni foi positive. Les chrétiens et l’Église ne sont pas entièrement responsables de la situation moderne d’incroyance. Déjà Yahvé répondait au prophète Samuel : “Ce n’est pas toi qu’ils rejettent, c’est moi !” »

Congar (Yves), Chrétiens en dialogue. Contributions catholiques à l’Œcuménisme, Paris, Cerf, collection « Unam Sanctam » (n. 50), 1964, p. xxxiii.

« Dans l’annonce de cet Évangile [de la vie], nous ne devons pas craindre l’hostilité ou l’impopularité, refusant tout compromis et toute ambiguïté qui nous conformeraient à la mentalité de ce monde (cf. Rm 12 2). Nous devons être dans le monde mais non pas du monde (cf. Jn 15 19 ; 17 16), avec la force qui nous vient du Christ, vainqueur du monde par sa mort et sa résurrection (cf. Jn 16 33). »

Jean-Paul II, Lettre encyclique Evangelium vitæ, 25 mars 1995, n. 82 (La Documentation catholique, n. 2114, 16 avril 1995, p. 392).

1. Cf. Ratzinger (Joseph), Seewald (Peter), Le sel de la terre. Le christianisme et l’Église catholique au seuil du troisième millénaire, traduit de l’allemand par Nicole Casanova, Paris, Flammarion/Cerf, 1997, pp. 165-169.

2. Leclerc (Gérard), « Les difficultés de la communication », France Catholique, n. 3162, 24 avril 2009, p. 29. Les italiques sont de nous.

3. Cf. Jn 14 2.

4. Cf. Col 3 11.

5. Cf. Mt 5 39 ; Lc 6 29.

6. Cf. Mt 12 46-50 ; Mc 3 31-35 ; Lc 2 48-50, 8 19-21.

7. Cf. Mt 15 7-9, 23 13-32 ; Mc 7 6-7 ; Lc 11 42-44.

8. Cf. Jn 6 60-67.

9. Cf. Mt 9 10-13 ; Mc 2 15-17 ; Lc 5 29-32, 15 1-2.

10. Cf. Mt 8 30-32 ; Mc 5 11-14 ; Lc 8 32-34.

11. Cf. Mt 7 21 ; Lc 6 46.

12. Cf. Mt 8 21-22 ; Lc 9 59-60.

13. Cf. Mt 10 17-18 ; Mc 13 9 ; Lc 21 12-13 ; Jn 16 2.

14. Cf. Mt 10 21, 35-36 ; Mc 13 12 ; Lc 12 52-53, 21 16.

15. Cf. Mt 10 22, 24 9 ; Mc 13 13 ; Lc 21 17.

16. Clin d’œil à une lectrice indignée…

17. Cf. Nietzsche (Friedrich), Ainsi parlait Zarathoustra, II, 4 (« Des prêtres ») : « Il leur faudrait me chanter meilleures chansons pour qu’en leur rédempteur j’apprisse à croire ; que de rachetés me fissent davantage figure ses disciples ! » (traduction par Maurice de Gandillac, Paris, Gallimard, collection « Folio/Essais », 1971, édition 1993, p. 119).

18. Nos lecteurs jésuites comprendront…

19. Cf. Mt 7 6.

20. Clin d’œil à une lectrice indignée…

21. Bossuet (Jacques-Bénigne), Oraison funèbre de Nicolas Cornet (Œuvres, t. XVII, Versailles, Lebel, 1816, p. 619).

22. Cf. Mt 19 22 ; Mc 10 22 ; Lc 18 23.

23. Nos lecteurs jésuites comprendront…

24. Mt 13 13-15.