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Les pécheurs publics

Deux de nos lecteurs ont été choqués par une petite phrase de notre « Dossier spécial Liturgie » publié au début de l’année :

« Profitons-en pour rappeler que le prêtre est fondé à refuser la communion, publiquement s’il le faut, aux pécheurs publics, tels les divorcés-remariés [1]. »

L’expression « pécheurs publics » est pourtant d’un emploi classique en théologie morale et en droit canon, même si l’actuel Code de droit canonique préfère l’expression « pécheur manifeste ». Ainsi, dans le canon suivant :

Can. 1184 – § 1. Doivent être privés des funérailles ecclésiastiques, à moins qu’ils n’aient donné quelque signe de pénitence avant leur mort :

  1. les apostats, hérétiques et schismatiques notoires ;
  2. les personnes qui auraient choisi l’incinération de leur propre corps pour des raisons contraires à la foi chrétienne ;
  3. les autres pécheurs manifestes [peccatores manifesti], auxquels les funérailles ecclésiastiques ne peuvent être accordées sans scandale public des fidèles.

Dans le même esprit :

Can. 915 – Les excommuniés et les interdits, après l’infliction ou la déclaration de la peine et ceux qui persistent avec obstination dans un péché grave et manifeste [manifesto], ne seront pas admis à la sainte communion.

Can. 1007 – L’onction des malades ne sera pas donnée à ceux qui persévèrent avec obstination dans un péché grave manifeste [manifesto].

Dans l’édition précédente (1917) du Code de droit canonique, on trouvait ce genre de choses :

Can. 693 – § 1. Les non catholiques, ceux qui sont inscrits dans une secte condamnée, ceux qui sont notoirement atteints d’une censure, et en général les pécheurs publics [publici peccatores] ne peuvent être validement reçus [dans une association de fidèles].

Can. 766 – Pour que quelqu’un soit admis licitement comme parrain :

  1. Il faut qu’il ait atteint l’âge de quatorze ans, à moins que le ministre en décide autrement pour une juste cause.
  2. Qu’il ne soit pas excommunié pour un délit notoire, ou exclu des actes légitimes, ou infâme d’une infamie de droit, sans qu’une sentence soit intervenue ; ni interdit, ou pécheur notoire [publice criminosus], ou infâme d’une infamie de fait.
  3. Qu’il connaisse les rudiments de la foi.
  4. Qu’il ne soit pas novice ou profès dans une famille religieuse, sauf en cas de nécessité urgente et avec le consentement du supérieur au moins local.
  5. Qu’il ne soit pas constitué dans les ordres sacrés, sauf permission expresse de l’Ordinaire propre.

Can. 855 – § 1. Sont à écarter de l’eucharistie ceux qui sont publiquement indignes [publice indigni], tels que les excommuniés, les interdits et ceux qui sont manifestement infâmes, jusqu’à ce qu’on ait des signes de leur repentir et de leur amendement et tant qu’ils n’ont pas réparé leur scandale public.
§ 2. Quant aux pécheurs occultes, s’ils demandent la communion de façon occulte et si le ministre sait qu’ils ne se sont pas amendés, il doit les repousser ; mais non s’ils la demandent publiquement et s’il n’y a pas moyen de les omettre sans scandale.

Can. 1066 – Si un pécheur public [publicus peccator] ou quelqu’un qui a encouru notoirement une censure refuse d’accéder au tribunal de la pénitence ou de se réconcilier avec l’Église, le curé n’assistera pas à son mariage, si ce n’est pour un motif grave, au sujet duquel, si possible, il consultera l’Ordinaire.

Can. 1240 – § 1. Sont privés de la sépulture ecclésiastique, à moins qu’ils n’aient donné quelque signe de pénitence avant leur mort :

  1. Ceux qui ont fait apostasie notoire de la foi chrétienne, ou sont attachés notoirement à une [13] secte hérétique, ou schismatique, ou à la secte maçonnique, ou aux sociétés du même genre ;
  2. Les excommuniés ou interdits après une sentence condamnatoire ;
  3. Ceux qui se sont donnés la mort délibérément ;
  4. Ceux qui meurent en duel, ou d’une blessure qu’ils y ont reçue ;
  5. Ceux qui ont ordonné que leur corps soit livré à la crémation ;
  6. Les autres pécheurs publics et manifestes [peccatores publici et manifesti].

Bref, public ou manifeste, il s’agit – par définition – de quelqu’un dont le péché est connu de tous. Il ne s’agit donc pas de présumer de ce que vit la personne subjectivement, ce qui n’est de toute façon pas possible, mais de juger objectivement d’un état de vie connu de tous et objectivement incompatible avec, par exemple, la réception d’un sacrement.

Exemple pratique. À la question « Un prêtre peut-il refuser la communion à un chrétien ? », voici ce qu’a répondu, il y a trois ans, le Cardinal Christian Tumi, actuel archevêque de Douala (Cameroun) et membre de la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements :

« Bien sûr, si ce chrétien est un pécheur public. Si tout le monde sait par exemple qu’il est polygame, et qu’il tente de communier, le prêtre doit lui refuser la communion parce qu’il est un pécheur public [2]. »

Cette affirmation autorisée est intéressante puisque le remariage des divorcés, fléau des pays européens anciennement chrétiens, n’est qu’un cas d’espèce de la polygamie, fléau des pays africains.

Puisque notre petit commentaire donnait les divorcés-remariés comme exemple de pécheurs publics (et ce n’était qu’un exemple !), que dit donc le Magistère sur la non-admission des divorcés-remariés à l’Eucharistie ?

« L’Église […] réaffirme sa discipline, fondée sur l’Écriture Sainte, selon laquelle elle ne peut admettre à la communion eucharistique les divorcés remariés. Ils se sont rendus eux-mêmes incapables d’y être admis car leur état et leur condition de vie est en contradiction objective avec la communion d’amour entre le Christ et l’Église, telle qu’elle s’exprime et est rendue présente dans l’Eucharistie. Il y a par ailleurs un autre motif pastoral particulier : si l’on admettait ces personnes à l’Eucharistie, les fidèles seraient induits en erreur et comprendraient mal la doctrine de l’Église concernant l’indissolubilité du mariage [3]. »

Si ce texte doit avoir un sens, il suppose que, d’une manière ou d’une autre, le ministre de la communion refuse effectivement celle-ci à des divorcés-remariés, puisqu’« ils se sont rendus eux-mêmes incapables d’y être admis » et que les autres « fidèles seraient induits en erreur ». Sinon, c’est parler pour ne rien dire, et ce n’est pas dans l’habitude du Magistère.

Par ailleurs, l’actuel Code de droit canonique reprend les dispositions de l’ancien :

Can. 915 – Les excommuniés et les interdits, après l’infliction ou la déclaration de la peine et ceux qui persistent avec obstination dans un péché grave et manifeste [manifesto], ne seront pas admis à la sainte communion.

Le Code des canons des Églises orientales s’embarrasse moins des formalités latines :

Can. 712 – Les personnes publiquement indignes doivent être écartées de la réception de la Divine Eucharistie.

Le canon 915 ci-dessus s’applique de toute évidence aux divorcés-remariés, entre autres. Cependant, afin de dissiper des doutes qui s’étaient manifestés chez certains canonistes à ce sujet, ce canon a fait l’objet d’une déclaration du Conseil pontifical pour l’interprétation des textes législatifs, le 24 juin 2000 :

« Naturellement, la prudence pastorale conseille vivement d’éviter que l’on en vienne à des cas de refus public de la sainte communion. Les pasteurs doivent s’employer pour expliquer aux fidèles concernés le vrai sens ecclésial de la norme, de sorte qu’ils puissent la comprendre ou au moins la respecter. Quand pourtant se présentent des situations dans laquelle ces précautions n’ont pas eu d’effet ou non pas été possibles, le ministre de la distribution de la communion doit se refuser de la donner à qui en est publiquement indigne. Il le fera avec une [14] extrême charité, et il cherchera à expliquer au moment opportun les raisons qui l’y ont contraint. Pourtant il doit le faire aussi avec fermeté, conscient de la valeur que possèdent ces signes de force, pour le bien de l’Église et des âmes.

« Le discernement des cas d’exclusion de la communion eucharistique des fidèles qui se trouvent dans les conditions décrites, revient au prêtre responsable de la communauté. Celui-ci donnera des instructions précises au diacre ou à l’éventuel ministre extraordinaire quant à la façon de se comporter dans les situations concrètes.

« En tenant compte de la nature de la norme citée ci-dessus […], aucune autorité ecclésiastique ne peut dispenser, en aucun cas, de cette obligation du ministre de la sainte communion, ni produire des directives qui la contredisent [4]. »

Où l’on voit que la « prudence pastorale » qui permet d’esquiver la Croix ou qui fait courir après le jeune homme riche pour lui consentir un rabais sur le prix à payer n’est pas de mise à Rome…

On nous a également cité le cas de l’actuel président de la République, qui ne vivait plus avec Cécilia Sarkozy depuis un certain temps lorsqu’il a communié lors de la messe d’enterrement du Cardinal Lustiger. En lisant l’encadré ci-après, nos lecteurs pourront comparer la « prudence pastorale » de la « Mère de toutes les Églises » et celle du néo-gallicanisme contemporain… puis en tirer la conclusion que le prêtre français qui a osé donner la Sainte Communion à un pécheur public est un sinistre personnage. C’est malheureusement un modèle courant dans l’histoire de l’Église. Kyrie eleison

France : Le président Sarkozy demain au Vatican

Le seul chanoine d'honneur du Latran

ROME, Mercredi 19 décembre 2007 (ZENIT.org) - Le président français Nicolas Sarkozy sera reçu en visite officielle au Vatican, jeudi matin à 11 h : ce sera le sixième président français à se rendre au Vatican en visite d'État.

[…]

Chanoine d'honneur

L'après midi, à l'instar de ses prédécesseurs de Gaulle, Giscard et Chirac, le président Sarkozy viendra recevoir le titre qui revient au seul chef de la France depuis Henri IV, celui de chanoine d'honneur de la basilique du Latran, cathédrale du pape.

Henri IV conquit en effet le titre et le droit d'entrer à cheval dans la basilique du Latran en offrant au chapitre des chanoines, en 1604, les revenus de l'abbaye de Clairac, dans le Lot-et-Garonne.

Le président prendra possession de sa stalle de chanoine d'honneur de Saint-Jean du Latran à l'occasion de l'office du soir, les vêpres, en la basilique du Latran. Le chapitre des chanoines et la présidence ayant préféré cet office à une messe, étant donné que le président, deux fois divorcé, n'aurait pu communier.

[…]

Sans doute faut-il rappeler à certains que la « prudence pastorale » est, comme toute prudence, une vertu, c’est-à-dire une force, un « habitus opératif (i.e. ordonné à l’action) bon », comme on disait autrefois, et non une marque de pusillanimité [5].

Qu’on se souvienne du saint évêque Germain de Paris (496-576) qui, conscient des devoirs de sa charge et du bien des âmes qui lui étaient confiées, n’hésita pas à excommunier en 567 le roi Caribert (561-567), en raison des « errances sexuelles » et de la vie scandaleuse de ce dernier. Il fut un temps où l’épiscopat savait se tenir face au pouvoir politique. On brade maintenant à César ce qui appartient à Dieu. Autres temps, autres mœurs…

Qu’on se souvienne également de Bossuet, dont l’une des gloires fut d’interdire à Louis XIV, roi « très-chrétien » autant qu’adultère, de faire ses Pâques en 1675… Interdire au « Roi-Soleil » d’accomplir le précepte de la communion pascale… Il fallait oser. Bossuet (qui n’était encore que prélat sans diocèse) osa. Louis XIV et la Montespan cédèrent. Nicolas Sarkozy peut continuer à forniquer en toute quiétude, il n’y a plus de saint Germain ou de Bossuet pour lui rappeler qu’on ne se moque pas de Dieu.

1. Regnat, n. 23, 1er février 2008, p. 23.

2. L’Effort camerounais, Journal de la Conférence épiscopale nationale du Cameroun, juillet 2005.

3. Jean-Paul II, exhortation apostolique Familiaris consortio, 22 novembre 1981, n. 84 (La Documentation catholique, n. 1821, 3 janvier 1982, p. 41) ; cf. Jean-Paul II, Discours à l’Assemblée plénière du Conseil pontifical pour la Famille, 24 janvier 1997 (La Documentation catholique, n. 2155, 2 mars 1997, p. 203).

4. La Documentation catholique, n. 2231, 6 août 2000, pp. 715-716 (consultable sur le site de la Revue de droit canonique). Voir aussi : Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Lettre Annus internationalis Familiæ, 14 septembre 1994 (La Documentation catholique, n. 2103, 6 novembre 1994, pp. 930-932) ; Ratzinger (Joseph), « À propos de la pastorale des divorcés remariés », La Documentation catholique, n. 2201, 4 avril 1999, pp. 316-325.

5. Cf. Guidal (Philippe), « La prudence, ou la moralité en action », Regnat, n. 10, 14 août 2006, pp. 2-7.