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Pour une Oumma catholique ?

[7] « Père, qu'ils soient un comme Nous sommes un, afin que le monde croie que Tu m'as envoyé [1]. »

Telle est donc la mission des chrétiens : amener le monde à croire en Jésus-Christ ! Et pour cela, tel est notre devoir : être un comme Dieu est Un. En ce monde de plus en plus fragmenté par l’individualisme, au nom de la liberté, comment cela peut-il être possible ?

D’abord en reconnaissant que Celui qui nous a donné une telle mission nous a aussi nécessairement donné le moyen de l’accomplir ! Quel est ce moyen ? L’Église ! L’Église dont la vocation est d’être « le signe et l’instrument de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain [2] ». L’Église, et elle seule, possède le principe de l’unité du genre humain, parce qu’elle possède en sa source le principe même de sa propre unité en l’unité du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

« Pour nous, en tous cas, il n’y a qu’un seul Dieu, le Père, de qui tout vient et pour qui nous sommes, et un seul Seigneur, Jésus-Christ, par qui tout existe et par qui nous sommes [3]. »

Cette unité, condition de notre existence [4] et de notre témoignage, implique de faire prévaloir l’intérêt commun de l’Église sur le sien. C’est pourquoi saint Paul écrivait :

« Mettez le comble à ma joie par l’accord de vos sentiments : ayez le même amour, une seule âme, un seul sentiment ; n’accordez rien à l’esprit de parti, rien à la vaine gloire, mais que chacun par l’humilité estime les autres supérieurs à soi ; ne recherchez pas chacun vos propres intérêts, mais que plutôt chacun songe à ceux des autres [5]. »

Prenons bien conscience que nous n’existons ici bas que pour devenir l’Église, qui est l’Épouse, le Corps du Christ, et participer à Sa mission, qui est le Salut du monde. Si le Verbe S’est incarné pour nous apporter la Paix, Son départ de ce monde ne L’empêche pas de continuer Son œuvre par cette autre incarnation qu’est l’Église. L’Église est une, proclamons-nous dans le Credo.

Seule l’Église catholique, bâtie sur le premier pape [6], est capable, à cause de la succession ininterrompue de ses successeurs, de rendre compte de son unité dans le temps, comme de son origine divine. Seule, elle permet, parce qu’elle n’a qu’un seul chef visible, de réaliser l’unité visible, condition du témoignage à rendre : « Père, qu’ils soient un comme Nous sommes Un, afin que le monde croie que Tu M’as envoyé [7]. »

« La multitude des croyants n’avait qu’un cœur et qu’une âme [8]. » Nous sommes catholiques dans la mesure où nous partageons la même foi que le Pape, qui a reçu la promesse en Pierre, dont il est le successeur, que sa foi ne défaillerait pas [9] : une foi vivante, une foi incarnée, qui a des répercussions dans les choix moraux de la vie, au point de faire siens ceux de l’Église.

Notre unité est essentiellement nourrie et rendue visible par la communion eucharistique : « Parce qu’il n’y a qu’un pain, à plusieurs nous ne sommes qu’un corps, car tous nous participons à ce pain unique [10]. » Dès lors donc que nous ne sommes plus qu’un seul corps, le Corps du Christ, comment pourrions-nous avoir des intérêts divergents et nous faire la guerre ? Comment, par exemple, un militaire catholique américain peut-il, après avoir communié au Corps du Christ, aller tuer un militaire irakien catholique qui vient de communier au même corps du Christ et qui, de ce fait, est devenu lui-même le Corps du Christ ? On voit tout de suite les problèmes qu’entraîne pour les catholiques une telle sujétion à l’Église de préférence à un pouvoir temporel. Mais qui ne voit aussi qu’au prix de ces problèmes l’Église gagnerait en crédibilité et en puissance ? Quel pouvoir a un pape lorsque ses propres paroles ne sont pas prises au sérieux par ceux avec qui il est censé ne faire qu’un ? Certes l’autorité du pape est limitée aux questions de foi et de mœurs, mais qui pourrait rejeter la prudence de saint Jean Bosco disant : « Je préfère me tromper avec le pape plutôt qu’avoir raison tout seul » ? Comment le Christ pourrait-Il régner en ce monde si Son corps est divisé ? « Tout royaume divisé contre lui-même court à sa ruine [11] »… Que demandons-nous lorsque nous disons : « Que Ton Règne vienne [12] » ?

Face aux défis du temps présent, qui ne sont pas petits, si nous voulons vraiment voir aboutir les efforts de paix que nous prétendons souhaiter, n’y a-t-il pas lieu de retrouver la conscience de notre commune appartenance ?

« Si ceux qui refusent que le Christ règne sur eux ne négligent aucun moyen pour entraîner contre Lui la terre entière dans une communauté de haine, n’est-il pas opportun que ceux qui se glorifient d’être les fils de Son Royaume, de chaque nation [8] et de chaque peuple, unissent leurs conseils et leurs forces afin de constituer sur toute la terre un front pour le Christ Roi [13] ? »

Mais si les clercs, qui ont cependant fait promesse d’obéissance, n’obéissent pas eux-mêmes – et ce n’est malheureusement pas difficile à constater –, comment espérer que la masse des baptisés confiée à leur ministère puisse le faire ?

Nous sommes bien loin de voir cultiver cet esprit de corps, condition pourtant de notre existence chrétienne et de la réussite de notre mission sur laquelle nous serons jugés ! Nous avons accepté de conférer à l’État le pouvoir de donner la paix, alors que seul le Christ, qui a reçu tout pouvoir au Ciel et sur la terre [14], Lui, le Roi des rois, peut donner la paix, parce qu’Il est « notre paix [15] » et qu’Il Se donne à nous par Son Église ! Au lieu de L’accueillir, nous préférons la paix du monde… La peur des représailles, un possible profit, un ordre étatique stable, empêchent notre pauvre Église de dénoncer le mythe de l’État sauveur et pacificateur. Nous avons accepté de conférer à l’État la mission d’arbitrer au-dessus des partis, et de compter ainsi l’Église au nombre des sectes, une parmi d’autres ! Nous l’avons trahie, dénaturée, stérilisée ! Pour des intérêts d’ordre temporels nous acceptons de nous diviser, et même de nous entretuer ! Oui, le Christ est roi… couronné d’épines par les Siens ! Jusques à quand le Ciel et les hommes supporteront-ils notre hypocrisie, l’assassinat de leurs âmes, le vol de leur salut, la trahison de notre vocation ?

1. Jn 17 21.

2. Concile œcuménique Vatican II, Constitution dogmatique De Ecclesia, n. 1.

3. 1 Co 8 6.

4. Cf. Ep 4 4-5 : « Il n’y a qu’un Corps et qu’un Esprit, comme il n’y a qu’une espérance au terme de l’appel que vous avez reçu ; un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême. »

5. Ph 2 2-4.

6. Cf. Mt 16 18.

7. Jn 17 21.

8. Ac 4 32.

9. Cf. Mt 16 18 ; Lc 22 32.

10. 1 Co 10 17.

11. Mt 12 25.

12. Mt 6 10 ; Lc 11 2.

13. Pie XI, Lettre apostolique Quas ante, 3 mai 1937 (Acta Apostolicae Sedis, XXIX, 1937, p. 336 ; Actes de S. S. Pie XI, t. XV, Paris, La Bonne Presse, 1942, p. 138).

14. Cf. Mt 28 18.

15. Ep 2 14.