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Le Sacrement de l’Amour

Après son encyclique Deus Caritas est  [1], il est très significatif que l’exhortation Sacramentum caritatis, que Benoît XVI vient de publier [2], se rapporte aussi à l’amour, ou, pour mieux dire, à la charité, tant il est vrai que c’est à cette révélation que l’Église se rapporte et que le monde en a si désespéramment besoin. L’Amour S’est manifesté et, pour notre bonheur, continue à Se rendre présent pour Se donner… Peut-on imaginer nouvelle plus bienvenue ?

Nous n’allons pas nous livrer en ce court article à une savante ou exhaustive analyse, mais relever ici ou là quelques points qui nous ont parus remarquables. Il n’y a évidemment rien de nouveau quant à la substance de la foi en l’Eucharistie dans ce beau texte, vraiment propre à nourrir notre amour de l’Amour fait Chair et Nourriture. Nous comprenons cependant que si, comme Jean-Paul II, Benoît XVI a souhaité ramener l’Église à sa Source, c’est que la sécheresse se fait par trop cruellement sentir… et qu’il s’agit pour l’Église, à la suite de son Maître, d’atteindre bientôt le Sommet [3], autrement appelé Golgotha… Est-ce sans raison en effet que le Pape écrit au début de son exhortation : « Toute grande réforme est liée à la redécouverte de la foi en la présence eucharistique du Seigneur au milieu de son Peuple [4] » ? Pourquoi nous parle-t-il de « réforme », et même de « grande réforme », et ce en lien avec « la redécouverte de la foi en la présence eucharistique du Seigneur au milieu de son Peuple », alors qu’il consacre précisément son exhortation à l’Eucharistie ? Quelle réforme attend-il ? Il ne le dit pas ouvertement, mais la réponse est certainement donnée à celui qui lit l’exhortation apostolique avec un cœur droit…

Le Pape a souhaité approfondir « la relation entre le Mystère eucharistique, l’action liturgique et le nouveau culte spirituel qui vient de l’Eucharistie en tant que sacrement de l’amour [5] », et l’encyclique se divise ainsi en trois parties, tirées de la rituelle formule de l’ordination presbytérale : croire au mystère de l’Eucharistie, jusqu’à le célébrer, pour en vivre.

« De cette structure [tripartite] de l’expérience chrétienne naît l’exigence d’un itinéraire mystagogique, dans lequel trois éléments doivent toujours être présents :

a) […] l’interprétation des rites à la lumière des événements salvifiques […] ;

b) [l’introduction] au sens des signes contenus dans les rites […] ;

c) […] la signification des rites en relation avec la vie chrétienne [6] ».

Gageons que le Compendium sur le Mystère eucharistique désormais impatiemment attendu, que nous promet Benoît XVI [7], aura cette structure trinitaire, décidément caractéristique de toute authentique révélation.

Voilà donc le travail de la foi de tout un chacun : voir et réaliser l’unité entre le Christ donnant Sa vie le Jeudi saint, le rite que nous célébrons en lequel Il Se rend présent dans le don de Lui-même, et la transformation, la divinisation, que ce don opère en celui qui Le reçoit. « Le juste vivra de la Foi [8] », et de la foi, il en faut, pour vivre chaque Messe, rendus contemporains de Jésus et des Apôtres à la Cène du Jeudi saint… en sorte que notre vie, ici et maintenant, devienne la Sienne… Comme le redit Benoît XVI à la suite de saint Augustin : « Nous sommes devenus, non seulement des chrétiens, mais le Christ Lui-même [9]. » Qu’y aurait-il d’autre que l’accueil de cette vérité qui soit davantage capable de nous réjouir et transformer en ardents apôtres ? La troisième partie de l’exhortation est en effet quasiment toute consacrée à la mission des chrétiens dans le monde, mission signifiée par les derniers mots du rite : « Allez dans la paix du Christ ! » ; mission qui est la mesure de leur foi… « Donnez et vous recevrez [10] ! », « Celui qui n’a pas, même ce qu’il croit avoir, on le lui prendra [11] ! »

La première partie de l’exhortation cherche à nous faire pénétrer dans l’intelligence de ce mystère, à nourrir notre foi, jamais davantage sollicitée qu’à la consécration, de sorte que le prêtre doive s’écrier après celle-ci : « Il est grand le mystère de La Foi ! » Comme si ce mystère suffisait à lui seul à l’expression de la Foi ! Pour entrer dans ce mystère de la Foi, c’est notre amour que va solliciter Benoît XVI. L’amour pour Jésus Se révélant dans le don de Lui-même ne pouvant qu’attirer à Lui un esprit droit et un cœur bon ! Rien n’est plus beau que l’Amour manifesté dans le Christ Jésus, personne ne peut le nier. Rien ne peut être plus vrai que l’amour. Rien ne peut être plus aimable que cette vérité. Nourrir notre cœur et notre esprit de cette contemplation de l’Amour fait Chair Se donnant à nous aujourd’hui par le sacrement de l’amour, voilà ce à quoi s’emploie Benoît XVI. Et, pour l’aider dans cette bienheureuse [9] tâche, il convie bien entendu l’Histoire et la raison. En cette première partie, en vertu de l’unité qu’il nous appelait à tisser entre l’histoire, le rite et la vie, s’esquisse l’objet de la troisième et dernière partie : « une sorte de “fission nucléaire” […] portée au plus intime de l’être » en vue de la « transformation de la réalité [12] »… Cette « fission nucléaire », c’est « le don [que fit] de Lui-même [Jésus, par lequel] Il a objectivement inauguré le temps eschatologique [13] ». La révolution de l’Amour tant attendue nous attend donc dans le Sacrement de l’Amour !… Nous laisserons-nous irradier par ce feu jaillissant du Cœur du Christ toujours ouvert sur l’autel, et, devenus de vives flammes d’amour, embraserons-nous le monde ? « Je suis venu mettre le feu sur la terre, et combien il M’en coûte qu’il brûle [14] ! » N’est-il pas vrai que « nous participons déjà dans la foi à la plénitude de la vie ressuscitée [et que] le banquet eucharistique […] vient en aide à notre liberté en chemin [15] » ?

L’objet de la troisième partie est encore présent dans la première, comme la cause finale l’est dans la cause efficiente, en ce qu’il est opportunément rappelé que si l’Église fait l’Eucharistie, c’est d’abord parce que l’Eucharistie fait l’Église, aussi vrai que l’Eucharistie est le Christ qui Se donne, et que le Christ précède toujours l’Église… Cet ordre, cette hiérarchie subsistant au sein de l’unité réalisée par l’Amour pour nous de notre grand Dieu et Sauveur, devrait garder dans l’humilité et l’action de grâces tous ceux qui s’approchent d’une façon ou d’une autre du Corps du Christ, qu’il soit eucharistique ou ecclésial : c’est celui né de la Vierge Marie ! Unis au Corps du Christ par la communion eucharistique au point de devenir nous-mêmes le Corps du Christ qu’est l’Église, c’est toute notre vie qui tend à devenir le culte véritable rendu à Dieu « par Lui, avec Lui et en Lui ». Les autres sacrements et toute réalité sont en fait ordonnés à nous aider dans la réalisation de l’offrande de notre personne en sacrifice d’amour à Dieu, qui nous a tout donné et S’est donné Lui-même à nous, pour nous apprendre à vivre cela, but de notre vie : aimer ! Saint Ignace d’Antioche se réjouissant d’être livré à la dent des bêtes sauvages afin d’imiter Notre Seigneur, grain de blé moulu pour donner Sa vie [16], est un modèle de la perfection à laquelle nous sommes tous appelés lorsque nous communions au Corps du Christ… Le même lien entre le Christ donnant Sa vie, le rite de l’Eucharistie auquel nous participons, et notre vie à Dieu offerte en retour du don qu’Il nous fait de la Sienne, doit se transformer en une cohérence existentielle, morale et spirituelle pouvant nous conduire au martyre, c’est-à-dire au témoignage suprême de l’amour… et l’actualité offre de plus en plus de raisons de penser que l’heure n’est plus loin où il ne sera plus possible de naviguer entre deux eaux… Il faudra donner sa vie ou perdre son âme [17] ! Benoît XVI nous rappelle que l’amour du Christ pour l’Église et de l’Église pour le Christ « a son point culminant dans la croix, […] origine et centre de l’Eucharistie [18] »…

La foi est nourrie dans le rite. « La foi s’exprime dans le rite et le rite renforce et fortifie la foi [19]. » Ceci devrait être médité de façon privilégiée par tous ceux qui depuis des décennies ont cru pouvoir bricoler la liturgie au point de n’avoir plus aujourd’hui qu’une bricole de foi !

« Toute tentative de se poser soi-même comme protagoniste de l’action liturgique contredit l’identité sacerdotale [20]. »

Sans « cette humilité, cette obéissance au rite [21] », comment, « dans la célébration de l’Eucharistie, tout fidèle [pourrait-il se trouver] dans son Église, c’est-à-dire dans l’Église du Christ [22] » ? Si un prêtre ne célèbre pas avec cette humilité, cette foi, cet amour qui l’identifient à l’Agneau de Dieu enlevant le péché du monde, il est alors le boucher qui L’égorge…

Le Pape a bien besoin de rappeler « la nécessité d’être dans la grâce de Dieu pour s’approcher dignement de la communion sacramentelle [23] » et pour cela d’encourager à la confession fréquente [24] ! Qui ne voit en effet comment la plupart des baptisés vivent dans le péché avec une parfaite insouciance ? Or « perdre la conscience du péché entraîne toujours […] une certaine superficialité dans la compréhension de l’amour de Dieu lui-même [25] »… Quoi de plus grave ?

Cette superficialité est telle que Benoît XVI se doit de rappeler « l’importance de la prière de suffrage pour les défunts, en particulier de la célébration de Messes à leur intention [26] ». En effet, depuis des décennies cela n’est plus enseigné en catéchèse ! Nous ne redirons pas ce que nous avons dit dans un précédent numéro de Regnat [27] au sujet du célibat des prêtres, dont le Pape confirme ici le caractère obligatoire, ajoutant qu’il est « une très grande bénédiction pour l’Église et pour la société elle-même [28] », ce que l’on comprend aisément en regard de la perte de la dignité humaine dans laquelle le Prince de ce monde entraîne comme irrésistiblement la société. Le célibat est « identification au […] Christ Époux [29] », au point que c’est le Christ Lui-même qui agit par Son prêtre. Le Christ qui, tel un époux aimant [10] son épouse jusqu’à lui donner son propre corps pour ne faire avec elle plus qu’une seule chair, nous donne Son propre Corps dans l’Eucharistie, afin qu’en Le mangeant, nous ne fassions plus qu’un avec le Christ, que nous devenions Son Corps, qu’est l’Église [30]. Voilà pourquoi il ne peut y avoir d’Église sans Eucharistie, ni d’Eucharistie sans prêtre. Voilà pourquoi il est rappelé aux prêtres que « la célébration [est] leur principal devoir [31] » ! Au point que l’absence de fidèles ne justifie pas qu’ils s’abstiennent de célébrer la Messe, car « vécue avec attention et avec foi, […] elle promeut la conformation au Christ [32] » !

La deuxième partie est consacrée à la célébration du Mystère de l’Amour révélé dans le don que Jésus fît de Lui-même et fait encore par l’Eucharistie. Elle a ceci de remarquable qu’après avoir rappelé pour la vie de foi le primat de l’action liturgique, elle reconnaît à cette dernière « un lien intrinsèque avec la beauté [33] ». Si la beauté doit sauver le monde, c’est qu’elle « est l’amour de Dieu [34] », et que la liturgie est la splendeur de la Vérité ! Cette beauté « met […] en lumière la valeur des normes liturgiques [35] », le respect des livres liturgiques à reconsidérer, la richesse des signes (vêtements, ameublement, chants, gestes, silences…). Certains « genres musicaux […] ne sont pas respectueux du sens de la liturgie [36] », ce qui n’est le cas ni du grégorien ni du latin [37]. Que l’on ne s’improvise pas lecteur [38], « que l’on n’omette pas le temps précieux d’action de grâces après la Communion [39] », et que pour celle-ci l’on s’en tienne aux documents récemment publiés (notamment l’instruction Redemptionis Sacramentum [40]), ce qui doit effectivement être redemandé, tant c’est malheureusement loin d’être acquis (où l’usage du plateau de communion ou de l’agenouillement, par exemple, ont-ils été réintroduits ?)… Merci au Saint-Père de nous recommander, pour une participation réelle et fructueuse à la célébration de l’Eucharistie, « le recueillement et le silence, au moins quelques minutes avant le début de la liturgie, [ainsi que] le jeûne [41] ». Le Pape demande à ceux qui ont reçu le sacrement de l’Ordre de faire dans un esprit catéchétique et exhortatif des homélies « thématiques » à partir du Catéchisme de l’Église catholique [42]. On va bien voir… sachant que « la meilleure catéchèse sur l’Eucharistie est l’Eucharistie elle-même bien célébrée [43] » !

Benoîtement, Benoît XVI propose à ceux qui ne peuvent s’approcher de la communion sacramentelle « la pratique de la communion spirituelle [44] ». On voudra bien ici nous permettre de faire entendre une question : en quoi le fait de ne pas pouvoir communier sacramentellement permettrait de pouvoir le faire spirituellement ? Le propos du Pape semble entendre que même si l’on ne peut pas communier sacramentellement au Corps du Christ, prendre part physiquement au sacrement, cela n’aurait en fin de compte que peu d’importance parce que l’on ne serait en cela privé que des « apparences » de la communion, mais non de sa « substance », qui est spirituelle, et à laquelle il serait toujours possible de communier d’intention, spirituellement. Or, s’il est vrai, comme l’Église l’a toujours su et enseigné, que communier suppose et implique de vivre en état de grâce, c’est-à-dire de vivre de telle sorte que le Christ puisse faire Sienne notre vie, nous ne voyons pas en quoi ceux qui vivent dans le péché, qui est par essence le refus de Dieu, pourraient recevoir la substance du sacrement, c’est-à-dire Dieu… Si on peut communier, c’est à la substance du sacrement qu’on le peut, c’est-à-dire au Christ Lui-même réellement présent sous les apparences des espèces consacrées qui en révèlent la Présence. Jamais il n’a été en effet question de pouvoir communier aux seules apparences ! Communier au Corps du Christ implique, toujours, nécessairement, de le faire spirituellement, c’est-à-dire d’accueillir le Christ avec foi et par amour, tel qu’Il est en Lui-même, et non pas seulement avec ses dents, comme mangent les chiens ! Communier, c’est nécessairement s’unir au Christ. Ou on le peut ou on ne le peut pas. « Qui n’est pas avec Moi est contre Moi [45]. »

Autre chose est le cas de qui ne peut recevoir sacramentellement la Communion parce qu’il en est empêché pour des raisons indépendantes de sa volonté. Auquel cas l’empêchement est contingent, ne niant en rien l’amour éternel du Christ. Il est alors toujours possible de communier spirituellement, c’est-à-dire par son désir et sa foi… et le Christ n’est pas incapable de donner effectivement les fruits d’une authentique communion. La vie spirituelle, pour être invisible aux yeux de ceux qui n’ont pas l’Esprit du Christ, n’en est pas moins pour autant réelle, et elle contient la substance des réalités du monde visible, qui est bien, lui aussi, réel : « Ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans les Cieux [46]. »

La vie spirituelle n’est pas le monde de la religiosité New Age fabriquée à bon compte par l’arbitraire de la subjectivité ou de l’imaginaire individuel ! Être interdit de communier, c’est être privé de la substance de la communion, et pas seulement des apparences de celle-ci ! Ce qui n’aurait aucun sens et laisserait entendre qu’il est toujours possible dans l’invisible d’une pseudo [11] vie spirituelle de contrevenir aux lois de l’Église, n’ayant barre que sur de pauvres apparences au fond insignifiantes… Quelle hypocrisie ! Donc : ou bien on est à même de communier ou bien on ne l’est pas. Et si on ne l’est pas, ce n’est pas en se cachant dans l’invisible, qui ne l’est qu’aux yeux des aveugles, que cela changera quelque chose ! En donnant le conseil de communier spirituellement aux personnes qui ne sont objectivement pas en état de grâce, on met en contradiction le Seigneur et Son Église, et on commet le sacrilège de prétendre unir le Christ et le rejet de Son amour ! Et ce ne sont pas saint Thomas d’Aquin ou sainte Thérèse d’Avila, appelés à témoins par notre Pape, qui me contrediront, puisque jamais ils ne disent qu’il est possible de communier spirituellement sans satisfaire aux conditions requises pour communier sacramentellement… « Dieu est Esprit et ceux qui L’adorent, c’est dans l’Esprit et la Vérité qu’ils doivent le faire [47]. »

Cette deuxième partie se termine par la mise en valeur de « la relation intrinsèque entre célébration […] et adoration [48] ».

« Que chacun vive et exprime la conscience de se trouver dans toute célébration devant la majesté infinie de Dieu [49]. »

« Que personne ne mange cette Chair sans […] L’adorer ! […] C’est ainsi, et seulement ainsi, que nous devenons un seul être avec lui [50] » !

Aussi, chaque fidèle est invité « à trouver personnellement du temps à passer en prière devant le Sacrement de l’autel [51] », en sorte qu’il en arrive à prendre « conscience que sa propre existence est progressivement transformée par la célébration des saints Mystères [52]. »

La troisième partie, consacrée à « l’incarnation de l’Eucharistie » en la vie des fidèles invite à cette cohérence dont je parlais précédemment. Elle rappelle qu’en raison du « changement que le don eucharistique engendre en nous [53] », c’est toute notre vie qui devient « un culte spirituel », lequel n’a rien de « désincarné » :

« Je vous exhorte, mes frères, par la tendresse de Dieu, à Lui offrir vos corps en sacrifice saint, capable de plaire à Dieu : c’est là le culte spirituel que vous avez à rendre [54] »…

Il faut commencer par redonner au dimanche tout son sens. « Tu sanctifieras le Jour du Seigneur [55] », c’est le troisième commandement. Il n’est pas facultatif, mais vital. Marie pleurait déjà à La Salette parce qu’on ne voulait pas le lui donner… Vivre « selon le dimanche [56] » résume ce qu’est ici-bas la vie chrétienne : vivre dans la jouissance du salut accompli en Jésus-Christ par l’offrande de soi à Dieu. Communiant au même Pain, nous ne faisons plus qu’un même corps : ce jour-là, tout chrétien retrouve la dimension communautaire de son existence rachetée.

« Je ne peux […] appartenir [au Christ] qu’en union avec tous ceux qui sont devenus ou qui deviendront siens [57]. »

Certainement est-il temps de rompre avec une pratique individualiste de l’Eucharistie. On ne va pas à la Messe comme on va faire le plein de sa voiture :

« Depuis ses origines, le christianisme implique toujours une compagnie, un réseau de relations vivifiées continuellement par l’écoute de la Parole, par la célébration eucharistique, et animées par l’Esprit Saint [58]. »

Si à la Messe je reçois le témoignage du plus grand amour qui soit, alors celui-ci me conduit à aimer les autres en retour de ce même amour. De là le devoir missionnaire si fortement souligné en ce texte :

« Du Mystère eucharistique […] naît l’exigence d’éduquer constamment tout le monde au travail missionnaire dont le centre est l’annonce de Jésus, unique Sauveur [59]. »

Ce devoir d’une vie chrétienne cohérente « s’impose avec une exigence particulière [60] » pour les catholiques qui occupent une position sociale ou politique :

« [Il y a des] valeurs fondamentales, comme le respect et la défense de la vie humaine, de sa conception à sa fin naturelle, […] la famille fondée sur le mariage entre homme et femme, la liberté d’éducation des enfants et la promotion du bien commun sous toutes ses formes [qui] ne sont pas négociables [61]. »

Et de rappeler aux évêques leur grave devoir en la matière… À ce sujet, on pourra se reporter à l’article d’Ahmed Almahoud publié dans Regnat n. 15… En ce temps d’élection, il doit être clair pour tout catholique, au regard de ces valeurs « non négociables », que peu de candidats sont susceptibles d’attirer notre suffrage… Si, malheureusement, des catholiques votaient pour des candidats ne respectant pas ces valeurs, nul doute qu’eux et les pasteurs ayant manqué de les conduire sur les chemins de la cohérence avec la communion au Corps du Christ, mériteront la condamnation donnée par le Pape citant 1 Co 11 27-29 :

« Ainsi donc, quiconque mange le pain ou boit la coupe du Seigneur indignement aura à répondre du Corps et du Sang du Seigneur. Que chacun donc s’éprouve soi-même, et qu’ainsi il mange de ce pain et boive de cette coupe ; car celui qui mange et boit, mange et boit sa propre condamnation, s’il ne discerne le Corps. »

Pour conclure, rappelons-nous que c’est grâce au Sacrifice sans cesse offert sur nos autels que le monde continue avec nous d’exister… En effet, si Jésus ne continuait pas à S’offrir en victime pour notre salut, il y a longtemps que la Colère du Père aurait détruit ce monde devenu pire qu’avant le déluge puisqu’il rejette ouvertement son Sauveur… Combien de temps la Vierge continuera-t-elle par ses larmes de sang unies à celles de son Fils à implorer pour nous la Miséricorde du Père ? Combien de temps nous faudra-t-il encore pour devenir le Christ, « l’Agneau de Dieu qui enlève [12] les péchés du monde [62] » ?

« Il est nécessaire de s’engager à correspondre personnellement au mystère qui est célébré, par l’offrande à Dieu de sa propre vie, unie au sacrifice du Christ pour le salut du monde [63] »…

1. Benoît XVI, Lettre encyclique Deus Caritas est, 25 décembre 2005 (La Documentation catholique, n. 2352, 19 février 2006, pp. 166-187).

2. Benoît XVI, Exhortation apostolique post-synodale Sacramentum Caritatis, 22 février 2007 (La Documentation catholique, n. 2377, 1er avril 2007, pp. 303-343).

3. L’Eucharistie est traditionnellement et justement reconnue être « la source et le sommet de la vie chrétienne ». Cf. Concile œcuménique Vatican II, constitution dogmatique De Ecclesia, n. 11 ; Catéchisme de l’Église Catholique, n. 1324.

4. Benoît XVI, op. cit., n. 6 (loc. cit., p. 305).

5. Ibid., n. 5 (loc. cit., p. 305).

6. Ibid., n. 64 (loc. cit., p. 329). Les italiques sont dans le texte.

7. Cf. ibid., n. 93 (loc. cit., p. 342).

8. Rm 1 17.

9. Benoît XVI, op. cit., n. 36 (loc. cit., p. 319).

10. Lc 6 38.

11. Lc 8 18.

12. Benoît XVI, op. cit., n. 11 (loc. cit., p. 307).

13. Ibid., n. 31 (loc. cit., p. 316).

14. Lc 12 49.

15. Benoît XVI, op. cit., n. 30 (loc. cit., p. 316).

16. Cf. S. Ignace d’Antioche, Aux Romains, IV, 1 [traduction par Pierre-Thomas Camelot, Paris, Cerf, collection « Sources chrétiennes » (n. 10bis), 1958 (3e édition), pp. 130-131].

17. Je pense en particulier à la confrontation avec l’islam, comme aussi bien à toute la législation qui se met en place en faveur de l’homosexualité…

18. Benoît XVI, op. cit., n. 27 (loc. cit., p. 315).

19. Ibid., n. 6 (loc. cit., p. 305).

20. Ibid., n. 23 (loc. cit., p. 313).

21. Cf. ibid., nn. 23, 38 (loc. cit., pp. 313, 319).

22. Ibid., n. 15 (loc. cit., p. 309).

23. Ibid., n. 20 (loc. cit., p. 311).

24. Cf. ibid., n. 21 (loc. cit., p. 311).

25. Ibid., n. 20 (loc. cit., p. 311).

26. Ibid., n. 32 (loc. cit., p. 317).

27. Regnat, n. 3, 30 janvier 2006, pp. 2-3.

28. Benoît XVI, op. cit., n. 24 (loc. cit., p. 313).

29. Ibid.

30. Cf. ibid., n. 36 (loc. cit., p. 319).

31. Ibid., n. 39 (loc. cit., p. 320).

32. Ibid., n. 80 (loc. cit., p. 336).

33. Ibid., n. 35 (loc. cit., p. 318).

34. Ibid.

35. Ibid., n. 40 (loc. cit., p. 320).

36. Ibid., n. 42 (loc. cit., p. 321).

37. Cf. ibid., n. 62 (loc. cit., p. 328).

38. Cf. ibid., n. 45 (loc. cit., p. 322).

39. Ibid., n. 50 (loc. cit., pp. 323-324).

40. Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements, Instruction Redemptionis Sacramentum, 25 mars 2004 (La Documentation catholique, n. 2314, 16 mai 2004, pp. 461-490).

41. Benoît XVI, op. cit., n. 55 (loc. cit., p. 326).

42. Cf. ibid., n. 46 (loc. cit., p. 322).

43. Ibid., n. 64 (loc. cit., pp. 328-329).

44. Ibid., n. 55 (loc. cit., p. 326).

45. Mt 12 30.

46. Mt 18 18.

47. Jn 4 24.

48. Benoît XVI, op. cit., n. 66 (loc. cit., p. 330).

49. Ibid., n. 65 (loc. cit., p. 329).

50. Ibid., n. 66 (loc. cit., p. 330).

51. Ibid., n. 68 (loc. cit., p. 330).

52. Ibid., n. 64 (loc. cit., p. 329).

53. Ibid., n. 70 (loc. cit., p. 331).

54. Rm 12 1.

55. Cf. Ex 20 8.

56. Benoît XVI, op. cit., n. 72 (loc. cit., p. 332).

57. Ibid., n. 89 (loc. cit., p. 339).

58. Ibid., n. 76 (loc. cit., p. 335).

59. Ibid., n. 86 (loc. cit., p. 338).

60. Ibid., n. 83 (loc. cit., p. 337).

61. Ibid.

62. Jn 1 29.

63. Benoît XVI, op. cit., n. 64 (loc. cit., p. 328).