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Constitution apostolique Pænitemini sur la nouvelle discipline du précepte de la pénitence

[385] Paul, évêque, Serviteur des serviteurs de Dieu, pour perpétuelle mémoire

« Repentez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle [1] ». Ces paroles du Seigneur, il Nous semble devoir les répéter aujourd’hui où, après la clôture du deuxième Concile œcuménique du Vatican, l’Église continue son chemin avec une vigueur nouvelle. En effet, parmi les graves et urgents problèmes qui requièrent Notre sollicitude pastorale, il Nous semble que le moindre ne soit pas de rappeler à Nos fils – et aussi à tous les hommes de notre temps qui ont l’esprit religieux – le sens et l’importance du précepte divin de la pénitence. Nous y sommes incité par la vision plus riche et plus profonde que le Concile nous a donnée de la nature de l’Église et de ses rapports avec le monde.

Pendant le Concile en effet, dans son effort pour méditer plus profondément sur son propre mystère, l’Église a examiné sa nature selon toutes ses dimensions. Elle en a scruté les éléments humains et divins, visibles et invisibles, temporels et éternels. En approfondissant avant tout le lien qui l’unit au Christ et à son action de salut, elle a mis davantage en évidence que tous ses membres sont appelés à participer à l’œuvre du Christ, et donc aussi à son expiation [2]. Elle a de plus pris une cons[386]cience plus claire de ce que, tout en étant sainte et immaculée [3] par vocation divine, elle est sujette au péché dans ses membres, et elle a continuellement besoin de se convertir et de se renouveler [4]. Et ce renouveau doit être non seulement intérieur et individuel, mais extérieur et social [5]. Enfin, l’Église a considéré plus attentivement sa mission dans la cité terrestre [6] : indiquer aux hommes comment faire un bon usage des biens de ce monde ; collaborer à la « consécration du monde » ; mais aussi inciter ses fils à cette abstinence salutaire qui les prémunit contre le danger de se laisser entraver par les choses de ce monde dans leur pèlerinage vers la patrie céleste [7].

C’est pourquoi Nous voulons aujourd’hui redire à Nos fils ces paroles prononcées par saint Pierre dans son premier discours après la Pentecôte : « Repentez-vous… pour la rémission de vos péchés [8]… ». Et à tous les peuples de la terre, Nous voulons réitérer cette invitation que saint Paul adressait aux gentils de Lystres : « Convertissez-vous au Dieu vivant [9] ».

La pénitence dans l’Ancien Testament

Pendant le Concile, l’Église a considéré plus attentivement ses relations non seulement avec les frères séparés de sa communion, mais aussi avec les religions non chrétiennes. Elle a constaté avec joie que presque partout et en tous temps la pénitence a joué un rôle de premier plan, car elle est intimement liée avec le sens religieux profond qui imprègne la vie des [387] peuples les plus anciens, et avec les expressions les plus avancées des grandes religions liées au progrès de la culture [10].

L’Ancien Testament montre avec une richesse toujours plus grande le sens religieux de la pénitence. Peut-être l’homme y recourt-il après le péché pour apaiser la colère de Dieu [11], à l’occasion de graves calamités [12], devant l’imminence de dangers particuliers [13], ou pour s’attirer les bienfaits du Seigneur [14], mais nous pouvons cependant constater que l’œuvre extérieure de pénitence est accompagnée d’une attitude intérieure de « conversion », où l’âme se détourne du péché pour se retourner vers Dieu [15]. On se prive de nourriture et on se dépouille de ses biens – le jeûne est généralement accompagné non seulement de la prière, mais aussi de l’aumône [16] – même après que le péché a été pardonné, même si l’on ne demande rien à Dieu. On jeûne et on porte le cilice pour « affliger son âme [17] », pour « se mortifier devant Dieu [18] », pour « tourner sa face vers le Seigneur [19] », pour « se disposer à la prière [20] », pour « comprendre » plus intimement les choses divines [21], pour se préparer à la rencontre avec Dieu [22]. Dès l’Ancien testament, la pénitence apparaît donc comme un acte religieux, personnel, dont le terme ultime est d’aimer Dieu et de s’abandonner à lui. On jeûne non pas pour soi-même, mais pour Dieu [23].

Telle doit demeurer la pénitence, également dans les divers rites pénitentiels sanctionnés et prescrits par la loi. Lorsqu’il n’en est pas ainsi, le Seigneur le déplore : « Ce ne sont pas des jeûnes comme ceux d’aujourd’hui qui feront entendre votre voix là-haut… Déchirez votre cœur et non vos vêtements, revenez à Yahvé votre Dieu [24] ».

Dans l’Ancien Testament, l’aspect social n’est pas absent de la pénitence. En effet, les liturgies pénitentielles de l’ancienne alliance ne sont pas seulement une prise de conscience collective du péché, mais elles constituent la condition de l’appartenance au peuple de Dieu [25].

Nous pouvons en outre constater que même avant le Christ, la pénitence est présentée comme un moyen et un signe de perfection et de sainteté. Judith [26], Daniel [27], la prophétesse Anne et tant d’autres nobles âmes servaient Dieu jour et nuit dans le jeûne et la prière [28], dans la joie et l’allégresse [29].

Et enfin, parmi les justes de l’Ancien Testament, il en est qui, par leur pénitence personnelle, veulent satisfaire pour les péchés de la communauté. C’est ce que fit Moïse pendant les quarante jours où il jeûna pour apaiser le Seigneur à cause des fautes du peuple infidèle [30]. Ainsi surtout apparaît la figure du « Serviteur de Dieu », « écrasé à cause de nos crimes » et sur lequel « le Seigneur a fait retomber les crimes de nous tous [31] ».

Mais tout cela n’était que la préfiguration de l’avenir [32]. La pénitence – qui est une exigence de la vie intérieure, confirmée par l’expérience religieuse de l’humanité, et qui fait l’objet d’un précepte particulier de la révélation divine – revêt dans le Christ et dans l’Église des dimensions nouvelles infiniment plus larges et profondes.

La pénitence dans le Nouveau Testament

[388] Le Christ, qui pendant sa vie fit toujours ce qu’il enseigna, passa quarante jours et quarante nuits dans le jeûne et la prière avant de commencer son ministère. Il inaugura sa mission publique par ce joyeux message : « Le royaume de Dieu est proche », ajoutant tout de suite ce commandement : « Repentez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle [33] ». D’une certaine manière, c’est toute la vie chrétienne qui se trouve résumée dans ces paroles.

On ne peut parvenir au royaume annoncé par le Christ que par la metanoia, c’est-à-dire par le changement et le renouvellement intime et total de l’homme tout entier, dans ses pensées, ses jugements et sa vie, changement et renouvellement qui s’opèrent en lui à la lumière de la sainteté et de l’amour de Dieu qui nous ont été manifestés et communiqués en plénitude dans le Fils [34].

L’invitation du Fils de Dieu à la metanoia nous oblige d’autant plus qu’il ne l’a pas seulement prêchée, mais qu’il s’est offert lui-même en exemple. Le Christ est en effet le modèle suprême des pénitents. Il a voulu souffrir non pas pour ses péchés, mais pour ceux des autres [35].

Lorsqu’il se met devant le Christ, l’homme est éclairé d’une lumière nouvelle, il reconnaît la sainteté de Dieu et la gravité du péché [36]. Par la parole du Christ, lui est transmis le message qui invite à la conversion et accorde le pardon des péchés. Ces dons, il les reçoit en plénitude dans le baptême, qui le configure à la passion, à la mort et à la résurrection du Seigneur [37]. C’est sous le signe de ce mystère que se place toute la vie à venir du baptisé.

Tout chrétien doit donc suivre le Maître en renonçant à lui-même, en portant sa croix et en participant aux souffrances du Christ. Ainsi, transfiguré en image de sa mort, il devient capable de méditer la gloire de la Résurrection [38]. Il suivra également le Maître en vivant non plus pour lui [39], mais pour Celui qui l’a aimé et s’est donné lui-même pour lui [40], et aussi pour ses frères, en complétant « dans sa chair ce qui manque aux épreuves du Christ pour son Corps qui est l’Église [41] ».

La pénitence dans l’Église

En outre, l’Église étant intimement liée au Christ, la pénitence de chaque chrétien a également une relation propre et intime avec toute la communauté ecclésiale. En effet, ce n’est pas seulement au sein de l’Église que, par le baptême, il reçoit le don fondamental de la metanoia, mais ce don est restauré et raffermi par le sacrement de pénitence chez les membres du Corps du Christ qui sont tombés dans le péché. « Ceux qui s’approchent du sacrement de pénitence y reçoivent de la miséricorde de Dieu le pardon de l’offense qu’ils lui ont faite, et du même coup ils sont réconciliés avec l’Église que leur péché a blessée et qui, par la charité, l’exemple, les prières, travaille à leur conversion [42] ». C’est dans l’Église enfin que la petite œuvre de pénitence imposée à chaque pénitent dans le sacrement participe d’une façon spéciale à l’expiation infinie du Christ ; tandis que, par une disposition générale de l’Église, le pénitent peut unir intimement à la satisfaction sacramentelle tout ce qu’il fait, souffre et endure par ailleurs [43].

[389] C’est ainsi qu’à tous les instants et dans tous les aspects de sa vie, le baptisé porte les souffrances de la mort de Jésus [44] dans son corps et dans son âme.

La mortification corporelle

Le caractère éminemment intérieur et religieux de la pénitence, ainsi que les nouveaux et admirables aspects que celle-ci revêt dans le Christ et dans l’Église n’excluent ni n’atténuent en quoi que ce soit la pratique extérieure de cette vertu. Ils rendent au contraire sa nécessité particulièrement urgente dans la société d’aujourd’hui [45] et ils incitent l’Église – toujours attentive aux signes des temps – à chercher, au-delà du jeûne et de l’abstinence, de nouvelles expressions permettant de mieux réaliser les fins de la pénitence dans l’esprit des diverses époques.

Mais à aucune époque la vraie pénitence ne peut faire abstraction d’une ascèse également physique. Tout notre être, en effet, corps et âme – et même toute la nature, y compris les animaux sans raison, comme le rappelle souvent la Sainte Écriture [46] – doit participer activement à l’acte religieux par lequel la créature reconnaît la sainteté et la majesté de Dieu.

De plus, la nécessité de la mortification corporelle apparaît clairement si l’on considère la fragilité de notre nature, dans laquelle, après le péché d’Adam, la chair et l’esprit ont des désirs opposés [47]. La mortification corporelle – qui n’a rien de commun avec le stoïcisme – n’implique aucune condamnation de la chair que le Fils de Dieu a daigné assumer [48]. Mais la mortification vise à la « libération de l’homme [49] », qui souvent, à cause de sa concupiscence, se trouve comme enchaîné [50] par la partie sensible de son être. Par le « jeûne corporel [51] », l’homme retrouve sa vigueur et « une discipline salutaire restaure dans sa dignité la nature humaine blessée par les excès [52] ».

Dans le Nouveau Testament et dans l’histoire de l’Église – bien que le devoir de la pénitence soit motivé surtout par la participation aux souffrances du Christ –, la nécessité de l’ascèse qui châtie le corps et le réduit en servitude est affirmée avec une insistance particulière à cause de l’exemple du Christ lui-même [53].

Dans la nouvelle alliance, contre le danger réel de formalisme et de pharisaïsme toujours menaçant, à l’exemple du divin Maître, les apôtres, les Pères et les Souverains Pontifes ont ouvertement condamné toute forme de pénitence qui serait purement extérieure. Le rapport intime qui existe dans la pénitence entre l’acte extérieur d’une part, la conversion intérieure, la prière et les œuvres de charité d’autre part, est affirmé et développé largement dans les textes liturgiques et chez les auteurs de tous les temps [54].

Comment satisfaire aujourd’hui au précepte divin de la pénitence

[390] C’est pourquoi l’Église – tout en affirmant la primauté des valeurs religieuses et surnaturelles de la pénitence, qui aujourd’hui plus que jamais sont propres à redonner au monde le sens de Dieu et de sa souveraineté sur l’homme, le sens du Christ et de son salut [55] – invite chacun à accompagner la conversion intérieure de l’esprit avec la pratique volontaire des actes extérieurs de pénitence.

a) Elle insiste avant tout pour que la vertu de pénitence soit pratiquée dans la fidélité persévérante à nos devoirs d’état, dans l’acceptation des difficultés inhérentes à notre travail et à nos rapports sociaux, dans le support patient des épreuves de la vie terrestre, avec son angoissante insécurité [56].

b) Les membres de l’Église qui souffrent d’infirmités, de la maladie, de la pauvreté, et de diverses autres misères, ou bien qui sont persécutés pour la justice, sont invités à unir leurs souffrances à celles du Christ. Ils pourront ainsi non seulement satisfaire plus pleinement au précepte de la pénitence, mais aussi obtenir pour leurs frères la vie de la grâce, et pour eux-mêmes la béatitude qui est promise dans l’Évangile à ceux qui souffrent [57].

c) Doivent satisfaire d’une façon plus parfaite au précepte de la pénitence : les prêtres, qui sont plus intimement liés au Christ par leur caractère sacré, et ceux qui s’engagent à suivre les conseils évangéliques pour se conformer plus étroitement à l’abnégation du Seigneur, ainsi que pour tendre plus facilement et plus efficacement à la perfection de la charité [58].

Mais l’Église invite tous les chrétiens, sans distinction, à obéir au précepte divin de la pénitence par des actes volontaires, en dehors des épreuves et des sacrifices inhérents à la vie quotidienne [59].

Pour rappeler et inciter tous les fidèles à l’accomplissement du divin précepte de la pénitence, le Siège apostolique veut réorganiser la discipline pénitentielle d’une façon plus adaptée à notre temps.

Mais il revient à la prudence et à la sollicitude des évêques, réunis en conférences épiscopales, d’établir les règles qu’ils estimeront être les plus opportunes et les plus efficaces, étant donné la connaissance directe qu’ils ont des conditions locales, demeurant cependant ferme ce qui suit :

En premier lieu, l’Église veut indiquer que, conformément à la tradition ancienne, il y a trois façons principales de satisfaire au précepte divin de la pénitence : la prière, le jeûne et les œuvres de charité, bien qu’elle ait toujours spécialement prôné l’abstinence de viande et le jeûne. Ces façons ont été communément pratiquées dans tous les siècles. Il existe cependant aujourd’hui des motifs particuliers pour que, selon les exigences des diverses régions, il soit nécessaire d’insister sur telle ou telle forme de pénitence plutôt que sur telle autre [60]. C’est ainsi que dans les pays qui connaissent un plus grand bien-être économique, on devra surtout donner un témoignage d’ascèse pour que les fidèles ne [391] prennent pas l’esprit du « monde [61] » ; et on devra en même temps donner un témoignage de charité envers les frères qui souffrent de la pauvreté et de la faim, même dans les pays lointains [62].

Mais dans les pays ayant des conditions de vie plus difficiles, il sera plus agréable au Père et plus utile aux membres du Corps du Christ que les chrétiens – tout en cherchant à promouvoir par tous les moyens une meilleure justice sociale – offrent leurs souffrances au Seigneur dans la prière, en intime union avec la croix du Christ.

C’est pourquoi – tout en maintenant la coutume de pratiquer la pénitence par le jeûne et l’abstinence de viande là où elle pourra plus opportunément être maintenue (coutume qui a été sanctionnée pendant tant de siècles par des lois canoniques) – l’Église veut que les autres modes de pénitence soient eux aussi revêtus de l’autorité de ses prescriptions, là où les conférences épiscopales estimeront opportun de remplacer le jeûne et l’abstinence de viande par des exercices de prière et des œuvres de charité.

Mais pour que tous les fidèles soient unis dans une certaine célébration commune de la pénitence, le Siège apostolique a décidé d’instituer des jours et des temps de pénitence déterminés [63], choisis parmi ceux qui, dans l’année liturgique, évoquent plus spécialement le mystère pascal du Christ [64] ou répondent à des besoins particuliers de l’Église [65].

Les nouvelles prescriptions

C’est pourquoi il a été décidé et statué ce qui suit :

I. – § 1. Tous les fidèles sont tenus de faire pénitence en vertu de la loi divine.

§ 2. Les prescriptions de la loi ecclésiastique concernant la pénitence sont totalement réorganisées selon les normes qui suivent.

II. – § 1. Le temps du Carême conserve son caractère pénitentiel. Les jours de pénitence qui doivent être observés obligatoirement dans toute l’Église sont : chaque vendredi et le mercredi des Cendres, ou le premier jour du grand Carême, selon les rites. Leur observation substantielle constitue une obligation grave.

§ 2. Sauf si sont accordées les facultés dont il est parlé aux n. 6 et 8, ces jours-là le précepte de la pénitence sera observé comme suit : l’abstinence sera pratiquée tous les vendredis qui ne tombent pas un jour de fête de précepte ; le jeûne et l’abstinence seront pratiqués le mercredi des Cendres, ou le premier jour du grand Carême, selon les rites, et le Vendredi saint.

III. – § 1. La loi de l’abstinence interdit la viande, mais pas les œufs, les laitages et tout assaisonnement, même à base de graisse animale.

§ 2. La loi du jeûne oblige à ne faire qu’un repas par jour, mais elle n’interdit pas de [392] prendre un peu de nourriture le matin et le soir, en observant les coutumes locales approuvées pour ce qui est de la quantité et de la qualité.

IV. – La loi de l’abstinence oblige ceux qui ont quatorze ans accomplis. La loi du jeûne oblige tous les fidèles depuis l’âge de vingt et un ans accomplis jusqu’au début de leur soixantième année. Quant à ceux qui sont plus jeunes, les pasteurs d’âme et les parents veilleront attentivement à les former au vrai sens de la pénitence.

V. – Tous les privilèges et indults tant généraux que particuliers sont abrogés. Mais ces lois ne changent rien aux vœux de toute personne, physique ou morale, ni aux constitutions et règles de toute congrégation religieuse ou institut approuvés.

VI. – § 1. En vertu du Décret conciliaire Christus Dominus sur le ministère pastoral des évêques, n. 38, § 4, il appartient aux conférences épiscopales :

a) De transférer les jours de pénitence, pour une juste cause, en tenant toujours compte du temps du Carême ;

b) De remplacer le jeûne et l’abstinence, en totalité ou en partie, par d’autres formes de pénitence, spécialement des œuvres de charité et des exercices de piété.

§ 2. Les conférences épiscopales communiqueront au Siège apostolique, pour information, ce qu’elles auront décidé à ce propos.

VII. – Restant ferme le pouvoir qui appartient à chaque évêque d’accorder des dispenses, en vertu du même Décret Christus Dominus, n. 8 b, le curé – pour un juste motif et en conformité avec les prescriptions de l’Ordinaire – peut lui aussi accorder d’une façon individuelle à des fidèles ou à des familles la dispense du jeûne et de l’abstinence, ou leur commutation en d’autres œuvres de piété. Jouit du même pouvoir le supérieur d’un ordre religieux ou d’un institut clérical pour ceux qui relèvent de son autorité.

VIII. – Dans les Églises orientales, il appartient au patriarche avec son synode, ou à l’autorité suprême de chaque Église avec le Conseil des hiérarques, de déterminer les jours de jeûne et d’abstinence, conformément au décret conciliaire sur les Églises orientales catholiques, n. 23.

IX. – § 1. Il est vivement souhaitable que les évêques et tous les pasteurs d’âmes incitent non seulement à recevoir plus souvent le sacrement de pénitence, mais à faire des actes extraordinaires de pénitence, dans un but d’expiation ou d’impétration, spécialement pendant le Carême.

§ 2. Tous les fidèles sont vivement exhortés à bien s’imprégner d’un authentique esprit chrétien de pénitence qui les prédispose aux pratiques de charité et de pénitence.

X. – § 1. Ces prescriptions qui, à titre exceptionnel, sont promulguées par leur publication dans l’Osservatore Romano, entreront en vigueur le mercredi des Cendres de cette année, c’est-à-dire le 23 de ce mois.

[393] § 2. Là où étaient en vigueur jusqu’à maintenant des privilèges et indults de tous ordres, tant généraux que particuliers, est accordée une suspension de la loi pendant six mois à partir du jour de la promulgation.

Nous voulons que ces décisions et prescriptions soient stables et efficaces, maintenant et à l’avenir, nonobstant, le cas échéant, les constitutions et réglementations apostoliques émanées de Nos prédécesseurs, et les autres prescriptions, mêmes dignes d’une mention et d’une dérogation particulières.

Donné à Rome, auprès de Saint-Pierre, le 17 février 1966, troisième année de Notre pontificat.

Paulus PP. VI

1. Mc 1 15.

2. Cf. Concile œcuménique Vatican II, Constitution dogmatique De Ecclesia, nn. 5, 8 ; Décret De apostolatu laicorum, n. 1.

3. Cf. Ep 5 27.

4. Cf. Concile œcuménique Vatican II, Constitution dogmatique De Ecclesia, nn. 8 ; Décret De Œcumenismo, nn. 4, 7, 8.

5. Cf. Concile œcuménique Vatican II, Constitution De sacra Liturgia, n. 110.

6. Cf. Concile œcuménique Vatican II, Constitution pastorale De Ecclesia in mundo huius temporis, passim, et particulièrement n. 40.

7. Cf. 1 Co 7 31 ; Rm 12 2 ; Concile œcuménique Vatican II, Décret De Œcumenismo, n. 6 ; Constitution dogmatique De Ecclesia, nn. 8-9 ; Constitution pastorale De Ecclesia in mundo huius temporis, nn. 37, 39, 93.

8. Ac 2 38.

9. Ac 14 14 ; cf. Paul VI, Allocution à l’O. N. U., 4 octobre 1965 (A. A. S., 57, 1965, p. 885 ; La Documentation catholique, 1965, n. 1457, col. 1738).

10. Cf. Concile œcuménique Vatican II, Déclaration De Ecclesiae habitudine ad religiones non christianas, nn. 2-3.

11. Cf. 1 S 7 6 ; 1 R 21 20, 27 ; Jr 3 3, 7, 9 ; Jon 1 2, 3 4-5.

12. Cf. 1 S 31 13 ; 2 S 1 12, 3 35 ; Ba 1 2, 5 ; Jdt 20 25-26.

13. Cf. Jdt 4 8, 12, 8 10, 16 ; Est 3 15, 4 1, 16 ; Ps 34 13 ; 2 Ch 20 3.

14. Cf. 1 S 14 24 ; 2 S 12 16, 22 ; Esd 8 21.

15. Dans les passages indiqués ci-dessus, le caractère intérieur de la pénitence apparaît nettement : cf. 1 S 7 3 ; Jr 36 6-7 ; Ba 1 17-18 ; Jdt 8 16-17 ; Jon 3 8 ; Za 8 19, 21.

16. Cf. Is 58 6-7 ; Tb 12 8-9.

17. Cf. Lv 16 31.

18. Cf. Dn 10 12 ; Esd 8 21.

19. Cf. Dn 9 3.

20. Cf. ibid.

21. Cf. Dn 10 12.

22. Cf. Ex 34 28.

23. Cf. Za 7 5.

24. Is 58 4 ; Jl 2 13. Cf. Is 58 3-7, passim, 1 13-20 ; Am 5, passim ; Jr 14 12 ; Jl 2 12-18 ; Za 7 4-14 ; Tb 12 8 ; Ps 50 18-19, etc.

25. Cf. Lv 23 29.

26. Cf. Jdt 8 6.

27. Cf. Dn 10 3.

28. Cf. Lc 2 37 (cf. Si 31 12, 17-19, 37 32-34).

29. Cf. Dn 1 12, 15 ; Jdt 8 6-7 ; Mt 6 17.

30. Cf. Dt 9 9, 18 ; Ex 24 18.

31. Cf. Is 53 4-11.

32. Cf. He 10 1.

33. Mc 1 15.

34. Cf. He 1 2 ; Col 1 19 et passim ; Ep 1 23 et passim.

35. Cf. S. Thomas d’Aquin, Somme théologique, III, q. 15, a. 1, ad 5.

36. Cf. Lc 5 8, 7 36-50.

37. Cf. Rm 6 3-11 ; Col 2 11-15, 5 1-4.

38. Cf. Ph 3 10-11 ; Rm 8 17.

39. Cf. Rm 6 10, 14 8 ; 2 Co 5 15 ; Ph 1 21.

40. Ga 2 20. Cf. Concile œcuménique Vatican II, Constitution dogmatique De Ecclesia, n. 7.

41. Cf. Col 1 24 ; Concile œcuménique Vatican II, Décret De activitate missionali Ecclesiae, n. 36 ; Décret De institutione sacerdotali, n. 2.

42. Cf. Concile œcuménique Vatican II, Constitution dogmatique De Ecclesia, n. 11 ; Décret De presbyterorum ministerio et vita, nn. 5-6.

43. Cf. S. Thomas d’Aquin, Quæstiones de Quodlibet, III, q. 13, a. 28.

44. Cf. 2 Co 4 10.

45. Par exemple : a) Pour les prêtres, cf. Concile œcuménique Vatican II, Décret De presbyterorum ministerio et vita, n. 16. – b) Pour les époux, cf. Concile œcuménique Vatican II, Constitution pastorale De Ecclesia in mundo huius temporis, nn. 49, 52 ; Pie XII, Discours aux cardinaux, archevêques, évêques, etc., 2 novembre 1950 (A. A. S., 17, 1950, pp. 786-788) ; S. Justin, Dialogus cum Triphone, 141, 2-3 (P. G., 6, 797-799).

46. Cf. Jon 3 7-8.

47. Cf. Ga 5 16-17 ; Rm 7 23.

48. Cf. Martyrologe romain de la vigile de la Nativité ; 1 Tm 4 1-5 ; Ph 4 8 ; Origène, Contra Celsum, 7, 36 (P. G., 11, 1472), à propos de Celse qui reproche aux chrétiens d’attacher beaucoup d’importance à la matière, et qui les appelle philosomaton ghenos.

49. Cf. Liturgie du Carême, passim, et note 53, B).

50. Cf. Rm 7 23.

51. Cf. Missel romain.

52. Cf. ibid., oraison du jeudi après le 1er dimanche de la Passion.

53. A) Dans le Nouveau Testament : 1) Les paroles et l’exemple du Christ : Mt 17 20. Cf. Mc 1 13, 9 28 ; Mt 3 4, 4 2, 5 29-30, 11 7-11, 11 21-24 ; Lc 4 12 (Jésus lui-même a jeûné dans le désert) ; cf. Mt 8 18-22. – 2) Le témoignage et la doctrine de saint Paul : 1 Co 9 24-27 ; Ga 5 16 ; 2 Co 6 5, 11 27. – 3) Dans l’Église primitive : Ac 13 3, 14 22, etc.
B) Chez les Pères, dans ces passages cités dans leur ordre chronologique : Didaché, 1, 4 (Franciscus Xaverius von Funk, Patres Apostolici, ed. 2, Tubingæ, 1901, 1, 2). – Clément de Rome, 1 Cor. 7, 4-8, 5 (Funk, 1, 108, 110). – 2 Clémentis, 16, 4 (Funk, 2, 204) ; ibid., 8, 1-3 (Funk, 1, 192-194). – Aristide, Apologia, 15, 9 (Goodspeed, Göttingen, 1914, 21). – Hermas, Pastor, Sim. 5, 1, 3-5 (Funk, 1, 530) ; cf. ibid., Sim. 7, 2-5 (Funk, 1, 554). – Tertullien, De Pænitentia, 9 (P. L., 1, 1243-1244). – Tertullien, De Ieiunio, 17 (P. L., 2, 978). – Origène, Homeliæ in Lev., Hom. 10, 2 (P. G., 12, 528). – S. Athanase, De Virginitate, 6 (P. G., 28, 257) ; ibid., 7, 8 (P. G., 28, 260, 261). – S. Basile, Homeliæ, Hom. 2, 5 (P. G., 31, 192). – S. Ambroise, De Virginibus, 3, 2, 5 (P. L., 16, 221). – S. Ambroise, De Elia et Ieiunio, 2, 2 ; 3, 4 ; 8, 22 ; 10, 33 (P. L., 14, 698, 708). – S. Jérôme, Epistola 22, 17 (P. L., 22, 404). – S. Jérôme, Epistola 130, 10 (P. L., 22, 1115). – S. Augustin, Sermo 208, 2 (P. L., 38, 1045). – S. Augustin, Epist. 211, 8 (P. L., 33, 960). – S. Cassien, Collationes, 21, 13, 14, 17 (P. L., 49, 1187). – S. Nil, De Octo Spiritibus malitiæ, 1 (P. G., 79, 1145). – S. Diadochus de Photice, Capita centum de perfectione spirituali, 47 (P. G., 65, 1182). – S. Léon le Grand, Sermo 12, 4 (P. L., 54, 171). – S. Léon le Grand, Sermo 86, 1 (P. L., 54, 437-438). – Sacramentarium Leonianum, Præf. Temp. autumni (P. L., 55, 112).

54. A) Dans le Nouveau Testament : Lc 18 12 ; cf. Mt 6 16-18, 15 11 ; He 13 9 ; Rm 14 15-23. B) Chez les Pères : cf. note 53, B).

55. Cf. Concile œcuménique Vatican II, Constitution pastorale De Ecclesia in mundo huius temporis, nn. 10, 41.

56. Cf. Concile œcuménique Vatican II, Constitution dogmatique De Ecclesia, nn. 34, 36, 41. Cf. Constitution pastorale De Ecclesia in mundo huius temporis, n. 4.

57. Ibid., n. 41.

58. Cf. Concile œcuménique Vatican II, Décret De presbyterorum ministerio et vita, nn. 12, 13, 16, 17. Cf. Constitution dogmatique De Ecclesia, nn. 41-42 ; Décret De activitate missionali Ecclesiae, n. 24 ; Décret De accommodata renovatione vitae religiosae, nn. 7, 12, 13, 14, 25 ; Décret De institutione sacerdotali, nn. 2, 8, 9.

59. Cf. Concile œcuménique Vatican II, Constitution dogmatique De Ecclesia, n. 42. Cf. Constitution De sacra liturgia, nn. 9, 12, 104.

60. Cf. ibid., n. 110.

61. Cf. Rm 12 2 ; Mc 2 19 ; Mt 9 15 ; Concile œcuménique Vatican II, Constitution pastorale De Ecclesia in mundo huius temporis, n. 37.

62. Cf. 1 Co 16 1 ; Rm 15 26-28 ; Ga 2 10 ; 2 Co 8 9 ; Ac 24 17 ; Concile œcuménique Vatican II, Constitution pastorale De Ecclesia in mundo huius temporis, n. 88.

63. Cf. Concile œcuménique Vatican II, Constitution De sacra liturgia, n. 105.

64. Cf. ibid., n. 107. Sur le temps du Carême comme préparation à la célébration du mystère pascal, cf. ibid., n. 109. Sur la célébration hebdomadaire du mystère pascal, cf. ibid., nn. 102, 106 ; Eusèbe, De solemnitate paschali, 12, 7 (P. G., 24, 705, 701) ; S. Jean Chrysostome, In ep. 1 ad Tim., 5, 3 (P. G., 62, 529-530).

65. Cf., par exemple, Ac 13 1-4 (à propos du jeûne de l’Église d’Antioche, lorsque Paul et Barnabé ont été envoyés pour la première fois annoncer l’Évangile aux Gentils).