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« Vivement dimanche ? »

Tel est le titre, point d’interrogation compris, d’un petit dossier récemment publié par le journal hebdomadaire du diocèse de Paris, Paris Notre-Dame. L’Église en mission à Paris [1]. Dans le lot de banalités et de considérations terre à terre qui y sont, comme à l’accoutumée, livrées aux lecteurs, nous relevons le contre-témoignage presque caricatural d’une boulangère, prénommée Mélissa :

« Le dimanche, mon mari et moi nous levons vers 5h30-6h. La boutique ouvre à 7h30. Dès l’ouverture, il y a du monde ! Le dimanche est le jour où nous vendons le plus. Je ne peux donc pas aller à la messe. Des clients le savent et, à la sortie de la messe, ils me disent s’il s’est passé quelque chose d’important. Certains passent avant la messe. Je leur donne alors une pièce ou deux pour qu’ils brûlent un cierge. Un couple de personnes âgées me propose aussi parfois d’emmener nos jeunes enfants à l’Église. Notre clientèle est très sympathique. Nous fermons à 14h, puis la rouvrons à 15h30, jusqu’à 20h.

« Dans ma tête, le dimanche n’est pas un jour comme les autres : je ne peux pas être avec mes enfants et je ne peux pas aller à la messe. Cela dit, je suis heureuse de faire plaisir aux clients : ils aiment manger de bonnes choses le dimanche ! Le pain que nous vendons a aussi pour moi un caractère très symbolique : il me renvoie à l’Eucharistie, au corps du Christ [2]. »

« Vous ne pouvez servir Dieu et l’Argent [3]. »

Renversant une formule employée par l’Abbé Pagès, on peut dire que cette pitoyable commerçante a parfaitement compris que son or était plus précieux que sa foi. Prétendre ne pouvoir aller à la messe au seul motif que « le dimanche est le jour où nous vendons le plus » illustre bien, s’il est encore besoin de le démontrer, à quel point « nul ne peut servir deux maîtres : ou il haïra l’un et aimera l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre [4]. »

« Si ton frère vient à pécher [5]… »

Hélas, ce mépris affiché pour Dieu est contagieux, puisqu’il se trouve donc des paroissiens qui, au sortir de la messe au cours de laquelle a été célébré le sacrifice de leur rédemption, s’empressent aussitôt de profaner le jour du Seigneur en devenant « clients » de cette boulangerie, alors que « chaque chrétien doit éviter d’imposer sans nécessité à autrui ce qui l’empêcherait de garder le Jour du Seigneur [6] »… Singuliers paroissiens, d’ailleurs, que ces clients qui veulent bien dire à leur boulangère « s’il est passé quelque chose d’important » à la messe : comme s’il pouvait ne pas se passer quelque chose d’important à chaque célébration de l’Eucharistie, « sacrement de l’amour, signe de l’unité, lien de la charité, banquet Pascal dans lequel le Christ est reçu en nourriture, l’âme est comblée de grâce et le gage de la gloire future nous est donné [7] » ! Si cela n’est pas de la plus haute importance, qu’est-ce qui peut l’être, alors ? Remplir le tiroir-caisse de son petit commerce ?

« Laissez les petits enfants venir à Moi [8]… »

Non contente de préférer son or à sa foi, Mélissa néglige également ses enfants (« je ne peux pas être avec mes enfants ») et, conséquemment, les empêche de venir au Seigneur qui les attend. Pourtant, « les chrétiens [sanctifient] encore le dimanche en donnant à leur famille et à leurs proches le temps et les soins, difficiles à accorder les autres jours de la semaine [9] ». Oui mais, comprenez-vous, « le dimanche est le jour où nous vendons le plus »… Judas a livré le Christ pour trente pièces d’argent : une mère peut bien céder l’âme de ses enfants au prix d’une miche.

« Le mystère de l’impiété est à l’œuvre [10]. »

Comble d’impudence, la femme du boulanger connaît des élans mystiques : « le pain que nous vendons […] me renvoie à l’Eucharistie, au corps du Christ » ! Madame Guyon cachée dans un pétrin, qui l’eût cru ? Las, le renvoi n’est que « très symbolique » : cette [13] spiritualité enfarinée ne fait pas pour autant baisser le rideau de la boutique et aller à l’église. À court terme, le pain vendu rapporte plus que le pain rompu, c’est sûr. Mais à l’aune de l’éternité ?

Enfin, inutile de chercher dans l’hebdomadaire diocésain ayant osé publier un tel morceau de bravoure le moindre rappel d’une norme élémentaire de la vie chrétienne :

« L’Eucharistie du dimanche fonde et sanctionne toute la pratique chrétienne. C’est pourquoi les fidèles sont obligés de participer à l’Eucharistie les jours de précepte […]. Ceux qui délibérément manquent à cette obligation commettent un péché grave [11]. »

Un rappel qu’on n’entend pas non plus, il est vrai, de la bouche de nos pasteurs, davantage prompts à « porter des coussins sous les coudes des pécheurs, chercher des couvertures à leurs passions [12] », qu’à exhorter leurs ouailles à la conversion et à la pratique des vertus chrétiennes.

Il fut un temps où Rome accueillait de très nombreuses rencontres internationales, dont les participants ne manquaient pas d’envoyer une délégation auprès du Saint-Père afin de lui présenter leur tâche et d’en obtenir la paternelle bénédiction. C’est ainsi que, le 20 septembre 1961, les participants au Congrès de l’Union internationale des maîtres boulangers furent reçus par le Pape Jean XXIII, qui n’hésita pas à leur adresser ces paroles :

« Votre présence ici éveille encore à Notre esprit un autre problème, qui est aussi, nous le savons, au nombre de vos préoccupations. Le genre de travail très particulier qui est le vôtre, non seulement vous absorbe pendant les heures que les autres hommes consacrent généralement au sommeil, mais il vous astreint aussi à travailler souvent les dimanches et jours de fête, vous privant ainsi du bienfait du repos dominical. Nous sentons, chers messieurs, Notre devoir de vous dire un mot sur ce point, car il est à la racine même de la vie religieuse. Qu’il suffise de vous rappeler avec quelle solennité et quelle précision fut formulée cette grande loi, lorsque Dieu la promulgua sur le mont Sinaï : “Observe le jour du sabbat pour le sanctifier, comme te l’a commandé Iahvé, ton Dieu. Pendant six jours, tu travailleras et tu feras tout ton ouvrage, mais le septième jour est un sabbat pour Iahvé, ton Dieu. Tu n’y feras aucun ouvrage, toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bœuf, ni ton âne, ni aucune de tes bêtes, ni l’étranger qui réside chez toi. Ainsi, comme toi-même, ton serviteur et ta servante pourront se reposer [13].”

« Or – Nous le savons, et c’est avec tristesse que Nous le disons – cet important précepte du Décalogue est bien loin d’être observé – dans votre corps de métier comme dans tant d’autres, hélas ! – même en des pays qui veulent rester fidèles à l’antique loi promulguée sur le Sinaï, confirmée depuis, et précisée par Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ce problème du repos dominical dont s’occupe votre Congrès – comme Nous l’avons relevé avec satisfaction – suppose par ailleurs l’éducation du public et une opportune intervention des pouvoirs publics. Mais tous ceux qui ont le souci du vrai bien de l’homme appellent de leurs vœux le jour où tout ce qui peut être prédisposé étant fait à l’avance, le dimanche pourra être vraiment pour tous les travailleurs un jour de prière, de repos spirituel, et de rencontres joyeuses et amicales dans la charité fraternelle. Le dimanche sera réellement alors le jour du Seigneur et la journée familiale par excellence. Le repos dominical sera reconnu à tous, comme un droit social qui permet d’accomplir le devoir religieux, ainsi que l’exercice désintéressé et surnaturellement compris des quatorze œuvres de miséricorde. L’Église s’en réjouira, et la société tout entière en bénéficiera [14]. »

Que ces propos paternels nous guident en ce temps privilégié de la Résurrection et affermissent notre fidélité au Jour du Seigneur.

1. N° 1228, 13 mars 2008, pp. 4-11.

2. Ibid., p. 8.

3. Mt 6 24 ; Lc 16 13.

4. Id.

5. Mt 18 15.

6. Catéchisme de l’Église catholique, nn. 2187, 2195.

7. Concile œcuménique Vatican II, Constitution De sacra Liturgia, n. 47.

8. Mc 10 14 ; Lc 18 15 ; cf. Mt 19 14.

9. Catéchisme de l’Église catholique, n. 2186.

10. 2 Th 2 7.

11. Catéchisme de l’Église catholique, n. 2181.

12. Bossuet (Jacques-Bénigne), Oraison funèbre de Messire Nicolas Cornet, Grand-Maître du Collège de Navarre, 27 juin 1663.

13. Dt 5 12-14.

14. B. Jean XXIII, Allocution à l’Union internationale des maîtres boulangers, 20 septembre 1961 (La Documentation catholique, n. 1362, 15 octobre 1961, col. 1281). Pour qui l’aurait oubliée, voici la liste des quatorze œuvres de miséricorde (corporelle et spirituelle) : donner à manger à ceux qui ont faim, donner à boire à ceux qui ont soif, vêtir ceux qui sont nus, abriter les étrangers, visiter les infirmes, visiter les prisonniers, ensevelir les morts ; conseiller ceux qui en ont besoin, instruire les ignorants, exhorter les pécheurs, consoler les affligés, pardonner les offenses, supporter patiemment les personnes ennuyeuses, prier Dieu pour les vivants et les morts (Catéchisme de saint Pie X, V, IV ; cf. Catéchisme de l’Église catholique, n. 2447).