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Les fleurs du néo-gallicanisme

CactusDans son édition datée du 12 février 2008, la Lettre d’information du portail de la Liturgie Catholique (publiée par le Service national de la pastorale liturgique et sacramentelle, sous la responsabilité de la Conférence des évêques de France) proposait la lecture d’un petit article curieusement intitulé « Faut-il fleurir le Carême ? » Question a priori oiseuse, puisque, comme le rappelle cet article, « la Présentation générale du missel Romain (PGMR) dit clairement que “pendant le carême, la décoration de fleurs à l’autel est interdite, à l’exception du quatrième dimanche (Lætare), des solennités et des fêtes [1].” » Pour les ultramontains primaires que nous sommes, la cause est entendue, et il suffit de faire respecter la loi. Pour les néo-gallicans qui gouvernent l’Église qui est en France, il faut impérativement, par principe, passer outre la norme romaine : tout et n’importe quoi, plutôt qu’obéir à Rome.

On commence donc par distinguer « ce qui se fait » et « ce qui est souhaitable » :

« Ce qui se fait
« Depuis de nombreuses années, les fleurs sont dans nos églises même pendant le Carême. Si tel est le cas, leur présence doit être sobre, simple et discrète, évoquant, la plupart du temps, l’austérité de ce temps liturgique mais aussi le mystère pascal, car l’assemblée est là pour recevoir la vie de Dieu et lui rendre grâce.
« Surtout, éviter l’abondance et l’ajout, dimanche après dimanche d’éléments supplémentaires qui font de la composition florale une “boutique de super marché” ! Alors on ne sait plus ce que nous célébrons, on ne sait plus où poser le regard et les fleurs deviennent un obstacle à la prière, juste le contraire de ce pourquoi elles sont faites !
« Pour remplacer le bouquet dit “évolutif” (il faudrait rayer ce mot de notre langage), il est souhaitable de garder tout le long de la période le même élément ou le même vase qui va être un peu le fil conducteur du temps liturgique. S’il s’agit d’une souche, on peut la tourner et la retourner dans tous les sens et la fleurir différemment chaque dimanche. »

On pourrait déjà se demander comment il se fait que, « depuis de nombreuses années », les églises soient fleuries « même pendant le Carême », puisque cette pratique est interdite « depuis de nombreuses années » également. Qu’ont donc fait les évêques pour remédier à ce très visible abus, généralisé comme chacun peut le constater ? Rien. Rien, car en régime néo-gallican, la loi ne saurait être imposée d’en-haut : elle doit sourdre de la praxis spontanée des fidèles engagés, qu’on ne doit surtout pas contrarier sous peine de contrister l’Esprit-Saint qui les anime, eux et eux seuls.

Mais à défaut d’imposer, on peut tout au moins souhaiter. C’est donc à l’optatif que se conjugue la seconde partie :

« Ce qui est souhaitable
« Peu à peu et même assez rapidement, ces fleurissements pendant le carême devront disparaître, car la Présentation générale du missel Romain (PGMR) dit clairement que “pendant le carême, la décoration de fleurs à l’autel est interdite, à l’exception du quatrième dimanche (Lætare), des solennités et des fêtes.”
« Si nous voulons être fidèles à la liturgie qui est première pour nous, il faut y arriver et revenir au dépouillement souhaité ; le manque de fleurs, ne serait-il pas alors semblable au jeûne que nous demande l’Église ? Nous sommes sensibles aux vides dans un bouquet pour laisser une place à notre soif. De même ce vide de fleurs peut-il nous conduire à accueillir dans le secret l’essentiel : “nous laisser réconcilier avec Dieu”, “Fermer la porte et prier le Père qui est présent dans le secret”, sans être distrait par autre chose, pas même par les fleurs !
« Dans ce désert qui nous entoure, le regard qui nous pénètre est celui de l’Amour même. Laissons-le faire son œuvre en nous ! Laissons jaillir la source ! La joie est au rendez-vous, et une paix profonde. Alors Pâques pourra fleurir en abondance ! »

Lorsque les normes de la liturgie romaine exposent clairement ce qui doit être fait, le néo-gallican comprend : « ce qui est souhaitable ». Nuance !

[15] Nuance aussi, et plus subtile, dans la proposition conditionnelle qui ouvre le deuxième paragraphe : « si nous voulons être fidèle à la liturgie, etc. » appelle l’antithèse, ici voilée mais bien réelle, « et si nous ne voulons pas, etc. » Comme il ne saurait être question d’imposer quoi que ce soit, c’est au lecteur de choisir son option. Et les incultes parasites chargés de « l’animation liturgique » dans les paroisses n’ayant aucune envie de se remettre en cause, encore moins d’obéir aux ukases romains, on connaît d’avance leur choix : la continuité du n’importe quoi érigé en système. Nous ne sommes donc pas près de voir disparaître ces « souches tournées et retournées dans tous les sens » qui défigurent nos églises – pas seulement pendant le Carême mais tout au long de l’année liturgique…

Et nous ne cesserons de le rappeler :

« Il est reconnu à tout catholique, qu’il soit prêtre, diacre ou fidèle laïc, le droit de se plaindre d’un abus liturgique, auprès de l’évêque diocésain ou de l’Ordinaire compétent équiparé par le droit, ou encore auprès du Siège apostolique en raison de la primauté du Pontife Romain [2] ».

Cactus

« La fidélité aux rites et aux textes authentiques de la liturgie est une exigence de la “lex orandi”, qui doit toujours être conforme à la “lex credendi”. Le manque de fidélité sur ce point peut même toucher à la validité des sacrements. »

Jean-Paul II, Lettre apostolique Vicesimus quintus, 4 décembre 1988, n. 10 (La Documentation catholique, n. 1985, 4 juin 1989, p. 520).

« Parmi les divers aspects actuels du problème de l’obéissance, celui du respect convaincu des normes liturgiques mérite d’être mis en évidence.

« La liturgie est l’exercice du sacerdoce de Jésus-Christ, “le sommet vers lequel tend l’action de l’Église, et en même temps la source d’où découle toute sa vertu”. Elle est donc un domaine où le prêtre doit avoir particulièrement conscience d’être ministre pour obéir fidèlement à l’Église. “Le gouvernement de la liturgie dépend uniquement de l’autorité de l’Église : il appartient au Siège apostolique et, dans les règles du droit, à l’évêque”. C’est pourquoi le prêtre n’ajoutera, n’enlèvera, ne changera rien de sa propre initiative en ce domaine.

« Cette norme vaut spécialement pour la célébration des sacrements, qui sont par excellence des actes du Christ et de l’Église, et que le prêtre administre pour le bien des fidèles in persona Christi et au nom de l’Église.

« Les fidèles ont un vrai droit à participer aux célébrations liturgiques comme le veut l’Église, et non pas suivant les goûts personnels de chaque ministre ou suivant des particularismes rituels non approuvés, expressions de groupes qui tendent à se fermer à l’universalité du Peuple de Dieu. »

Congrégation pour le Clergé, Directoire pour le ministère et la vie des prêtres, 31 janvier 1994, n. 64 (La Documentation catholique, n. 2092, 17 avril 1994, p. 376).

« Quand la liturgie dépérit, la musica sacra dépérit aussi et là où la liturgie est bien comprise et bien vécue fleurit aussi une bonne musique d’Église. »

Ratzinger (Joseph), Un chant nouveau pour le Seigneur. La foi dans le Christ et la liturgie aujourd’hui, traduit de l’allemand par Joseph Feisthauer, Paris, Desclée, 1995, pp. 181-182.

1. Présentation générale du Missel romain (édition 2002), n. 305.

2. Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements, Instruction Redemptionis Sacramentum, 25 mars 2004, n. 184 (La Documentation catholique, n. 2314, 16 mai 2004, p. 490). Toute plainte auprès du Siège apostolique en matière liturgique doit être adressée à :

Son Éminence le Cardinal X…
Préfet de la Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements
Piazza Pio XII, 10
I-00120 CITTÀ DEL VATICANO