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De l’orientation du prêtre durant la célébration eucharistique (un autre son de cloche)

Certains de nos lecteurs reçoivent sans doute La Lettre de Paix liturgique, diffusée par des partisans de la forme extraordinaire du rite latin. Dans le numéro 76, daté du 14 décembre dernier, nous avons relevé le petit récit suivant, qui en dit long sur l’ambiance régnant dans le diocèse de Paris et l’incurie de son épiscopat :

Val-de-Grâce : l’impardonnable gaffe d’un vicaire général de Paris

► Mgr Michel Aupetit, ancien curé de Notre-Dame de l’Arche d’Alliance, vicaire général du diocèse de Paris, a présidé le dimanche 2 décembre, à 11h, une concélébration dans l’église du Val-de-Grâce. Il s’agissait de la traditionnelle messe de fin d’année à la mémoire des membres de l’Association et des agents de la Régie Autonome des Transports Parisiens tombés au Champ d’Honneur lors des différents conflits, en présence, comme on dit, des représentants des plus hautes Autorités civiles et militaires.

Il faut savoir que l’église du Val-de-Grâce, dépendant du diocèse aux Armées et desservie par le P. Guy Vandevelde, aumônier du H.I.A. Val-de-Grâce, est l’église de Paris la plus classique en matière de célébration de la liturgie de Paul VI, modèle de la fameuse « bonne interprétation » de la réforme liturgique, dont tant de bonnes âmes pensent qu’elle devrait vider les assemblées Saint-Pie-V si, « conformément à la volonté du Concile », elle s’imposait enfin dans les paroisses. Au Val-de-Grâce, l’interprétation traditionnelle de la réforme est telle que la messe de Paul VI est célébrée face au Seigneur, ce qui est de fait peu courant, mais tout à fait régulier.

La liturgie de la parole de la messe du 2 décembre se déroula donc normalement, selon le rite de Paul VI en français, très correct. Après le sermon et le Credo, le vicaire général s’apprêtait à se rendre à l’autel, mais il manifesta son inquiétude : où donc était la table eucharistique ? Le cérémoniaire lui indiqua le splendide autel majeur, surmonté du monumental et aérien baldaquin de marbre blanc qui flotte pour ainsi dire sous la lumineuse coupole peinte par Mignard. Refus scandalisé de l’ancien curé de l’église Notre-Dame de l’Arche Alliance, si moderne qu’elle en est comique (81 rue d’Alleray, 75015 Paris). S’ensuivit une discussion tendue à voix basse. On finit par trouver une table, qu’on poussa dans le chœur et qu’on recouvrit à la hâte d’une nappe, afin que l’eucharistie pût continuer. Clair abus d’autorité, puisque l’église du Val-de-Grâce dépend de l’Ordinariat militaire, et que le vicaire général s’y trouvait célébrer en invité. Et, sans même parler du ridicule, quelle colossale gaffe : refuser, en 2007, sous Benoît XVI, au Val-de-Grâce, en plein déploiement du Motu proprio, de célébrer face au Seigneur ! Idéologie, quand tu nous tiens…

Le « classicisme » du Val-de-Grâce est le fruit de l’œuvre entreprise en ce lieu depuis de nombreuses années par le Chœur grégorien de Paris, dont les célébrations dominicales (messe de 9 h 00) finissent par influencer heureusement les autres (notamment la messe de 11 h 00, visée par l’article ci-dessus).

La « gaffe » d’un vicaire général de Paris est le fruit de l’œuvre entreprise par le cardinal Jean-Marie Lustiger et poursuivie par son successeur le cardinal André Vingt-Trois : la constitution d’un clergé néo-gallican, dont la « formation » n’est guère différente de celle subie par l’ensemble des séminaristes français des années postconciliaires :


Prêtres, pour quoi faire ? (documentaire extrait de l’émission Plein cadre, réalisé par Jean-François Delassus, diffusé le 21 janvier 1972 sur la deuxième chaîne de la télévision française ; la plupart des séquences ont été tournées au Centre interdiocésain de formation sacerdotale de Lille, l’ancien grand séminaire de théologie)

[10] Heureusement, quand un vicaire général ne parvient pas à maîtriser ses petits nerfs malades, d’autres réfléchissent et, le cas échéant, n’hésitent pas à remettre en cause des convictions bien établies. Nous en voulons pour preuve un article étonnant de l’Abbé Paul De Clerck [1], publié dans le dernier numéro de La vie spirituelle, dont nous extrayons ce passage :

« Contrairement à ce que pensent de nombreux catholiques, les règles liturgiques actuelles n’imposent pas la célébration que l’on nomme le plus souvent “face au peuple”. La Présentation générale du Missel romain, qui régule la célébration de la messe, s’exprime ainsi :

« En toute église, il y aura normalement un autel fixe, symbole clair et permanent du Christ, qui est “la pierre angulaire” (I Pierre 2, 4 ; Eph 2, 20)…

« L’autel principal sera élevé à une distance du mur qui permette d’en faire aisément le tour et d’y célébrer en se tournant vers le peuple, ce qu’il convient de faire partout où c’est possible (édition de 2002, n. 298-299).

« Ce mode de célébration est donc recommandé, mais non imposé. En fait, depuis les années 1960, les recherches à ce propos se sont beaucoup affinées ; on a mieux saisi que certaines actions, comme les lectures, demandaient de par leur nature même d’être adressées à l’assemblée ; d’autres au contraire, comme les prières, se comprennent mieux si toute l’assemblée est tournée vers l’autel et la croix. Il s’agit du sens même de l’action posée [2]. »

Que l’actuel directeur de la rédaction de La Maison-Dieu, la prestigieuse revue du Service National de Pastorale Liturgique et Sacramentelle, ose écrire que la célébration « face au peuple » n’est pas imposée était tout simplement impensable il y a quelques années. Du chemin reste certes à parcourir, mais on sent que le vent tourne, et dans le bon sens.

Par la grâce de Dieu, nous avons un Pape qui, contrairement à son prédécesseur, est un liturgiste de métier, et qui n’a jamais caché le malaise qu’il éprouvait face aux désordres engendrés par la mauvaise réception du dernier Concile. Il nous faut soutenir le Vicaire du Christ, par nos prières d’abord, mais aussi par l’amour, la connaissance et la défense de la sainte Liturgie ; nous préparons d’ailleurs pour l’année prochaine un numéro spécial de Regnat entièrement consacré à la Liturgie, qui permettra à nos lecteurs de mieux défendre le culte du vrai Dieu, qui cherche des adorateurs « en esprit et en vérité [3] ».

Enfin, il faut inlassablement exiger de nos pasteurs, fussent-ils vicaires généraux, le respect des normes liturgiques, puisque « le manque de fidélité sur ce point peut même toucher à la validité des sacrements [4] ». Comme nous l’avons rappelé à plusieurs reprises, « il est reconnu à tout catholique, qu’il soit prêtre, diacre ou fidèle laïc, le droit de se plaindre d’un abus liturgique, auprès de l’évêque diocésain ou de l’Ordinaire compétent équiparé par le droit, ou encore auprès du Siège apostolique en raison de la primauté du Pontife Romain [5] ».

« Je ne voudrais pas que les historiens imitent les ecclésiastiques des années 1960-1970 qui, pour faire de la communion solennelle une cérémonie purement religieuse, ont pourchassé les traditions sociales et folkloriques qui l’accompagnaient, les robes de “petites mariées” comme les banquets familiaux, et ont ainsi très sûrement vidé leurs églises [6]. »

1. Paul De Clerck, prêtre du diocèse de Malines-Bruxelles, est né à Uccle (Belgique) en octobre 1939. Docteur en théologie et maître en liturgie de l’Institut Catholique de Paris (1970) après avoir été candidat en philosophie, candidat en philologie classique et orientale de l’Université catholique de Louvain (1967), il a enseigné la liturgie à l’Institut Catholique de Paris (ICP) jusqu’en juin 2005. Ancien directeur de l’Institut Supérieur de Liturgie, il est actuellement Directeur de rédaction de la revue La Maison-Dieu (éditions du Cerf), directeur de la collection « Liturgie » (éditions du Cerf), membre du Comité scientifique de la collection « Sources liturgiques » (éditions du Cerf), membre de la Societas liturgica, dont il fut Président de 1989 à 1991, et membre du comité scientifique des Semaines d’études liturgiques de l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge de Paris. (source : Theologicum)

2. De Clerck (Paul), « Le missel du concile de Trente (1570-1962) et celui du concile Vatican II (1970-2002) », La vie spirituelle, n. 773, novembre 2007, p. 559.

3. Jn 4 23-24.

4. Jean-Paul II, Lettre apostolique Vicesimus quintus, 4 décembre 1988, n. 10 (La Documentation catholique, n. 1985, 4 juin 1989, p. 520).

5. Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements, Instruction Redemptionis Sacramentum, 25 mars 2004, n. 184 (La Documentation catholique, n. 2314, 16 mai 2004, p. 490).

6. Prost (Antoine), Douze leçons sur l’histoire, Paris, Seuil, collection « Points Histoire », 1996 (édition 2006), p. 286.