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De la célébration de l’Eucharistie

En cette année consacrée à l’Eucharistie et suite à l’encyclique Ecclesia de Eucharistia [1], à l’instruction Redemptionis Sacramentum [2] et à la lettre apostolique Mane nobiscum Domine [3], la Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements, le 15 octobre 2004, a publié un nouveau document intitulé Suggestions et propositions pour l’Eucharistie [4], dont je vais vous dire deux mots. Avec une telle profusion de textes, on ne saurait douter de la volonté du Magistère de renouveler l’amour du peuple chrétien pour Jésus-Eucharistie, et l’on s’en réjouit ! C’est qu’il y a fort à faire ! À commencer par trouver ledit texte ! En effet, ce texte, à ma connaissance, n’a toujours pas été édité en France ! Il est cependant destiné, comme son titre le suggère, à fournir de précieuses et judicieuses indications pour la mise en pratique des différentes recommandations exprimées dans les précédents documents. Et le temps passe… et l’année de l’Eucharistie prendra fin en octobre 2005… date à laquelle ce document sera devenu obsolète… Comment ne pas rapprocher l’ignorance massive de ce document et l’absence de traduction de la part de la Conférence des évêques de France de la Présentation générale du Missel romain, approuvée par le pape Jean-Paul II en l’an… 2000 ! Qui disait que nous étions entrés dans l’ère de la communication ? Le « complexe anti-romain [5] » si cher à l’Église qui est en France n’est manifestement pas mort !

C’est parce que la liturgie appelle « une participation pleine, consciente et active de tous, selon la diversité des ordres et des fonctions [6] », de sorte « que tous, ministres et fidèles laïcs, en accomplissant leur fonction, fassent tout ce qui leur revient et seulement ce qui leur revient [7] », qu’il importe grandement, en cette année de l’Eucharistie particulièrement, que chacun sache ce que l’Église lui demande de faire et de ne pas faire lors des célébrations liturgiques… Il faut en effet le dire et le redire : « Les actions liturgiques ne sont pas des actions privées, mais des célébrations de l’Église, qui est le sacrement de l’unité [8] ». C’est pourquoi « il n’est permis à personne, même au prêtre, ni à un groupe quelconque, d’y ajouter, enlever ou changer quoi que ce soit de son propre chef [9] », sous peine de remettre en cause la validité des sacrements elle-même… Signalons à ce sujet que dans l’Instruction Redemptionis Sacramentum, l’Église fait désormais obligation à tout fidèle de défendre « le très saint Sacrement de l’Eucharistie […] contre tout manque de respect et toute déformation [10] », lui reconnaissant pour cela « le droit de se plaindre des abus liturgiques auprès de l’Évêque diocésain [11] » et, si cela ne suffit pas, « auprès du Siège Apostolique [12] » afin « que tous les abus soient complètement corrigés [13] ».

Si « toute célébration liturgique, en tant qu’œuvre du Christ prêtre et de son Corps qui est l’Église, est l’action sacrée par excellence dont nulle autre action de l’Église ne peut atteindre l’efficacité au même titre et au même degré [14] », celle-ci exige la réponse humaine, la capacité à vivre le sens de chaque acte liturgique :

« C’est un art qui ne fait qu’un avec l’effort de la contemplation et de la cohérence chrétienne. À travers les rites et les prières, il faut se laisser atteindre et imprégner intimement par le Mystère [15]. »

Que l’on médite tant soit peu ces propos et l’on est déjà au Ciel ! D’où l’importance de respecter la liturgie telle que l’Église la propose.

Le document Suggestions et propositions pour l’Eucharistie a donc pour but de développer le sens liturgique et spirituel de l’Eucharistie, de façon très concrète, à partir de réflexions sur les divers moments et possibilités qu’offre la célébration eucharistique.

Parmi les suggestions et propositions dudit document, l’invitation à étudier, dans chaque communauté paroissiale, de manière approfondie la Présentation Générale du Missel romain [16] me paraît être l’une des plus pertinentes. Cet exercice en effet va droit à l’essentiel : la juste célébration du Sacrifice du Christ, telle qu’elle est établie par l’Église, gardienne et maîtresse des sacrements à elle confiés par le Christ et par là chemins assurés de l’authentique culte, de l’authentique contemplation des mystères divins, de l’authentique vie de foi. De plus, il est, en soi, très facile à mettre en œuvre : il suffit de lire et méditer ce texte, situé dans les premières pages du missel romain que tout prêtre devrait aujourd’hui utiliser… Mais comme la traduction de ladite Présentation Générale du Missel romain, donnée à Rome en l’an 2000, n’est toujours pas faite en français, on comprend que l’invitation à la lire pose quelques problèmes [9] pour que l’Église qui est en France répercute les dites suggestions et propositions… Mais qu’à cela ne tienne, vous trouverez une excellente traduction du non moins excellent parce que compétent Denis Crouan, sous le titre Introduction à la Messe de Paul VI, publiée aux éditions François-Xavier de Guibert à Paris. Je demande donc à tous ceux qui me lisent de prendre au sérieux cette demande, pour l’amour de Jésus-Eucharistie, et de faire en sorte que naisse dans leur paroisse ce groupe de lecture approfondie de la Présentation Générale du Missel romain. Sans aucun doute y gagneront-ils un amour et une ferveur renouvelée pour Jésus dans le très saint Sacrement de l’autel, ce à quoi ce mois de juin est particulièrement consacré, ainsi que Son Sacré-Cœur l’a fait connaître à sainte Marguerite-Marie, lui demandant la fête de Celui-ci pour réparer les offenses, sacrilèges et indifférences dont Il souffre au très saint Sacrement… Au point qu’Il disait à sainte Gemma Galgani que s’il n’y avait pas les Anges pour L’adorer à l’autel, il y a longtemps qu’Il aurait foudroyé la plupart des prêtres…

Le document de la Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements passe en revue nombre d’éléments de spiritualité eucharistique déjà connus et cherche à les remettre au goût du jour, montrant leur profonde et partant perpétuelle cohérence spirituelle avec le Mystère célébré. Ainsi en va-t-il de l’adoration du Saint-Sacrement – dont il est rappelé qu’elle « fait croître l’union » avec Jésus [17] (qui cela n’intéresse-t-il pas ?), présentée comme le moyen par excellence de résister, « au milieu des affaires de ce monde, dont nous nous occupons avec empressement, [à] la tentation insidieuse de nous prosterner devant les idoles, et non plus devant Dieu seul [18] ». En effet, « s’agenouiller devant l’Eucharistie [Malheur aux curés qui ont supprimés les agenouilloirs !] nous enseigne à ne pas nous prosterner devant des idoles construites de main d’homme, et nous aide à obéir avec fidélité, docilité et vénération à Celui que nous reconnaissons comme l’unique Seigneur de l’Église et du monde [19] ». Cette tentative de réactualisation des différents éléments traditionnels de la célébration eucharistique par l’approfondissement de leur sens spirituel évoque aussi bien par exemple le Dimanche, le Jeudi saint, les processions et les congrès eucharistiques que l’écoute de la Parole, l’action de grâces, la mémoire, la conversion, la joie, la charité… et s’adresse aussi bien aux diocèses, aux sanctuaires, aux paroisses, qu’aux associations, mouvements, confréries… Le silence est ainsi dit nécessaire « afin que la Présence du Seigneur puisse s’établir en nous et porter du fruit »… en sorte qu’il faille « passer de l’expérience liturgique du silence à la spiritualité du silence, à la dimension contemplative de la vie [20] ». Qui ne voit combien en notre monde de mass-médias tout-puissants cela est effectivement vital ? Le lien entre l’Eucharistie et la mission est ainsi mis en valeur : « Pour évangéliser le monde, il faut des apôtres “experts” dans la célébration, l’adoration et la contemplation de l’Eucharistie [21] ». Le sophisme selon lequel « la référence publique à la foi peut porter atteinte à la juste autonomie de l’État et des institutions civiles, ou […] encourager des attitudes d’intolérance [22] » est dénoncé. En effet, notre grand Dieu et Seigneur ne veut régner que par l’amour. Il S’est pour cela fait l’esclave de tous, et demeure jour et nuit en nos tabernacles prisonnier de Son amour pour nous. Comment craindre un tel Roi, descendu du Ciel pour qu’on Le mange et ne meure pas ?

« N’ayons pas peur de parler de Dieu et de porter la tête haute les signes de la foi [23] » !

« Parmi les divers aspects actuels du problème de l’obéissance, celui du respect convaincu des normes liturgiques mérite d’être mis en évidence.

« La liturgie est l’exercice du sacerdoce de Jésus-Christ (Cf. Sacrosanctum Concilium, n. 7), “le sommet vers lequel tend l’action de l’Église, et en même temps la source d’où découle toute sa vertu” (ibid., n. 10). Elle est donc un domaine où le prêtre doit avoir particulièrement conscience d’être ministre pour obéir fidèlement à l’Église. “Le gouvernement de la liturgie dépend uniquement de l’autorité de l’Église : il appartient au Siège apostolique et, dans les règles du droit, à l’évêque” (Code de Droit Canonique, can. 838). C’est pourquoi le prêtre n’ajoutera, n’enlèvera, ne changera rien de sa propre initiative en ce domaine (Sacrosanctum Concilium, n. 22).

« Cette norme vaut spécialement pour la célébration des sacrements, qui sont par excellence des actes du Christ et de l’Église, et que le prêtre administre pour le bien des fidèles in persona Christi et au nom de l’Église (Cf. Code de Droit Canonique, can. 846 § 1).

« Les fidèles ont un vrai droit à participer aux célébrations liturgiques comme le veut l’Église, et non pas suivant les goûts personnels de chaque ministre ou suivant des particularismes rituels non approuvés, expressions de groupes qui tendent à se fermer à l’universalité du Peuple de Dieu. »

Congrégation pour le Clergé, Directoire pour le ministère et la vie des prêtres, 31 janvier 1994, n. 64 (La Documentation catholique, n. 2092, 17 avril 1994, p. 376).

1. Jean-Paul II, Lettre encyclique Ecclesia de Eucharistia, 17 avril 2003 (La Documentation catholique, n. 2290, 20 avril 2003, pp. 368-390).

2. Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements, Instruction Redemptionis Sacramentum, 25 mars 2004 (La Documentation catholique, n. 2314, 16 mai 2004, pp. 461-490).

3. Jean-Paul II, Lettre apostolique Mane nobiscum Domine, 7 octobre 2004 (La Documentation Catholique, n. 2323, 7 novembre 2004, pp. 919-928).

4. Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements, Document Suggestions et propositions pour l’Eucharistie, 15 octobre 2004 (La Documentation catholique, n. 2334, 17 avril 2005, pp. 362-382).

5. Avant d’être le titre d’un ouvrage d’Hans Urs von Balthasar (Le Complexe antiromain. Essai sur les structures ecclésiales, traduit de l’allemand par Sœur Willibrorda, Paris/Montréal, Apostolat des éditions/Éditions paulines, 1976), l’expression se trouvait dans un article d’Yves Congar écrit en octobre 1947, « L’Église catholique et le mouvement œcuménique à la veille de la Conférence d’Amsterdam », resté inédit jusqu’en 1964 (Chrétiens en dialogue. Contributions catholiques à l’Œcuménisme, Paris, Cerf, collection « Unam Sanctam », n. 50, 1964, p. 57) ; l’expression fut reprise par le même auteur dans l’article « Nouvel an œcuménique », publié par Témoignage chrétien en janvier 1960 (ibid., pp. 153, 195, 372-373).

6. Concile œcuménique Vatican II, Constitution De Sacra Liturgia, n. 26.

7. Ibid., n. 28.

8. Ibid., n. 26.

9. Ibid., n. 22.

10. Op. cit., n. 183 (loc. cit., p. 489).

11. Ibid., n. 184 (loc. cit., p. 490).

12. Ibid.

13. Ibid., n. 183 (loc. cit., p. 489).

14. Concile œcuménique Vatican II, op. cit., n. 7.

15. Jean-Paul II, Message au cardinal Francis Arinze, 3 mars 2005, n. 3 (La Documentation catholique, n. 2334, 17 avril 2005, p. 361).

16. Cf. Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements, Document Suggestions et propositions pour l’Eucharistie, 15 octobre 2004, n. 35 (La Documentation catholique, n. 2334, 17 avril 2005, p. 377).

17. Ibid., n. 13 (loc. cit., p. 368).

18. Ibid., n. 29 (loc. cit., p. 374).

19. Ibid.

20. Ibid., n. 28 (loc. cit., p. 374).

21. Jean-Paul II, Message pour la Journée mondiale des Missions, 19 avril 2004, n. 3 (La Documentation catholique, n. 2314, 16 mai 2004, p. 453).

22. Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements, op. cit., n. 44 (loc. cit., p. 380).

23. Jean-Paul II, Lettre apostolique Mane nobiscum Domine, 7 octobre 2004, n. 26 (La Documentation catholique, n. 2323, 7 novembre 2004, p. 926).