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Catéchèse : droit d’alerte (suite)

CouvertureLe Texte national pour l’orientation de la catéchèse en France, élaboré – à grand-peine – par les évêques au cours de leur assemblée plénière à Lourdes en novembre 2005, a été soumis à l’approbation de la Congrégation pour le Clergé avant sa publication, conformément à l’article 94 de la Constitution apostolique Pastor Bonus [1].

Le texte du décret d’approbation, signé le 7 octobre dernier par le Cardinal Dario Castrillón Hoyos (Préfet de la Congrégation pour le Clergé), laisse songeur : le « présent Texte national pour l’orientation de la catéchèse en France […], sans être normatif, est publié avec l’autorité des évêques afin de “préciser des points d’attention pour l’élaboration de normes et d’orientations catéchétiques dans les diocèses” (Lettre du président de la Conférence des évêques de France du 18 décembre 2005) ». On peut légitimement s’interroger quant à la valeur et à l’utilité d’un texte non normatif – quoique publié avec l’autorité des évêques – destiné à l’élaboration de normes… ?!

Il est par ailleurs précisé que « la Congrégation pour le Clergé a apprécié la richesse d’intuitions de ce texte et le louable effort d’inculturation qu’il représente du point de vue catéchétique ». Quand on pense à ce qu’ont été les « intuitions » et les « efforts d’inculturation » de l’épiscopat et des responsables de la catéchèse en France au cours des dernières décennies, tout est à craindre.

N’ayant pas encore eu le loisir d’étudier en détail ce fameux « texte non normatif [2] », nous n’en dirons pas plus. Mais quelle qu’en soit la valeur intrinsèque, il est sûr qu’une nouvelle orientation de la catéchèse ne portera de fruits que dans le contexte d’une restauration générale de l’Église en France.

[2] Pour ne prendre qu’un seul exemple, il est inutile de rappeler que l’enseignement catéchétique doit être fondé, entre autres, sur la liturgie de l’Église [3], tant que les normes liturgiques de l’Église catholique ne seront pas appliquées en France. Et sur ce point, comme sur tant d’autres, il ne semble pas que l’épiscopat français soit disposé à rompre avec le « liturgiquement correct » qui sévit depuis bientôt quarante ans.

Nous en voulons pour preuve un singulier paragraphe du message de soutien que les évêques ont tenu à adresser à leur président, le cardinal Jean-Pierre Ricard, à l’issue de leur dernière Assemblée plénière à Lourdes, le 9 novembre 2006 :

« Les évêques affirment leur attachement à la rénovation liturgique voulue par le Concile Vatican II, dont la mise en œuvre, toujours à promouvoir, témoigne de la fidélité de tant de prêtres et de communautés [4]. »

Superbe spécimen de langue de bois à la sauce épiscopale ! Apprécions l’effort rhétorique à quatre temps :

  1. « Les évêques affirment leur attachement à la rénovation liturgique voulue par le Concile ». Remarquons au passage que, pour une fois, il n’est pas question de « réforme liturgique », mais de « rénovation ». A contrario, le cardinal Jean-Pierre Ricard, dans son discours pour l’ouverture de l’Assemblée plénière, le 4 novembre, parlait de « Vatican II et sa réforme liturgique [5] »…
  2. « La mise en œuvre [de la rénovation liturgique voulue par le Concile Vatican II est] toujours à promouvoir ». Étonnant aveu dans cette incise ! Quarante-trois ans après la promulgation de la constitution De Sacra Liturgia par le Pape Paul VI, sa mise en œuvre est toujours à promouvoir ! Mais qu’a-t-on donc fait pendant tout ce temps-là ? Aurait-on mis en œuvre autre chose que « la rénovation liturgique voulue par le Concile Vatican II » ? Des sanctions vont-elles être – enfin – prises à l’encontre des falsificateurs du Concile, des naufrageurs de la liturgie, des fossoyeurs de la foi ?
  3. Que nenni ! Au dire des évêques français, cet état de fait « témoigne de la fidélité de tant de prêtres et de communautés »… Fidélité ? Mais fidélité à quoi ? Certainement pas à la rénovation liturgique voulue par le Concile Vatican II, puisqu’elle est toujours à promouvoir. Alors, de quoi parle-t-on ?
  4. Remarquons enfin comment la construction de la période distingue subtilement la « rénovation liturgique » de sa « mise en œuvre ». Si l’épiscopat français se déclare attaché à la rénovation, il ne s’agit bien sûr que d’un attachement verbal à une rénovation toute abstraite, comme le démontre amplement l’histoire post-conciliaire. Pour ce qui est de mettre en œuvre, c’est tout et n’importe quoi, sauf ce qui a été voulu par le Concile Vatican II…

Ce singulier paragraphe a reçu un digne écho dans le discours de clôture du cardinal Ricard, ce même 9 novembre :

« Le Concile Vatican II est encore à recevoir. […] Il s’agit de vérifier également que l’on ne met pas sous son patronage des façons de vivre, de penser, de célébrer ou de s’organiser qui n’ont rien à voir avec lui. Rester fidèle au Concile ne veut pas dire non plus qu’on demeure nostalgique des premières décennies de sa mise en œuvre [6]. »

En attendant que les évêques français se décident à recevoir le Concile tout en vérifiant que sa mise en œuvre (c’est-à-dire la mise en œuvre au cours des dernières décennies d’un Concile qui n’a pas encore été reçu aujourd’hui !) n’a pas donné lieu à des déviations, bien des âmes se seront perdues. Ce qui est sans doute le cadet des soucis épiscopaux (vous avez déjà entendu un évêque parler du salut des âmes, vous ?), mais ne nous satisfait guère.

La crise sans précédent que connaît de nos jours l’Église en France, la déchristianisation massive non seulement de la société française mais de tout un continent [7], nous incitent à poursuivre la réflexion amorcée dans les deux derniers numéros de Regnat (n. 11 et n. 12) sur le nécessaire renouveau de la catéchèse.

On nous a appris, il y a longtemps, que la résolution d’un problème passait par la bonne compréhension des termes de son exposé. Sans aucun doute, bien des erreurs ont été commises parce que certains avaient sauté cette étape. Essayons donc de bien comprendre les termes du sujet, en commençant par distinguer deux notions souvent confondues : évangélisation et catéchèse.

1. « [La Congrégation pour le Clergé] s’occupe, en raison de sa tâche, de la promotion de la formation religieuse des fidèles de tout âge et de toute condition ; elle présente les normes opportunes pour que l’enseignement de la catéchèse soit donné d’une manière correcte ; elle veille à ce que la formation catéchétique soit donnée correctement ; elle concède l’approbation du Saint-Siège prescrite pour les catéchismes et les autres écrits relatifs à la formation catéchétique, avec l’assentiment de la Congrégation pour la Doctrine de la foi ; elle assiste les bureaux catéchétiques et suit les initiatives ayant trait à la formation religieuse et ayant un caractère international portées devant elle, elle en coordonne l’activité et leur offre ses services, le cas échéant. » (La Documentation catholique, n. 1969, 2 octobre 1988, p. 911).

2. Conférence des évêques de France, Texte national pour l’orientation de la catéchèse en France et principes d’organisation, Paris, Bayard/Fleurus-Mame/Cerf, collection « Documents des Églises », 2006.

3. Cf. Concile œcuménique Vatican II, Décret De Pastorali Episcoporum munere in Ecclesia, n. 14, cité par Mgr Jean-Pierre Ricard dans sa préface au livret de la Commission épiscopale de la catéchèse et du catéchuménat, Aller au cœur de la foi. Questions d’avenir pour la catéchèse, Paris, Bayard/Cerf/Fleurus-Mame, 2003, p. 7.

4. La Documentation catholique, n. 2369, 3 décembre 2006, p. 1068.

5. Ibid., p. 1065. Et rappelons au président de la Conférence des évêques de France, archevêque de Bordeaux et cardinal de la Sainte Église, qu’il n’est nullement question de « réforme » (reformatio) dans la texte de la constitution conciliaire De Sacra Liturgia, mais de « restauration » (instauratio)…

6. Ibid., p. 1071.

7. Cf. Jean-Paul II, Exhortation apostolique post-synodale Ecclesia in Europa, 28 juin 2003, n. 9 : « La culture européenne donne l’impression d’une “apostasie silencieuse” de la part de l’homme comblé qui vit comme si Dieu n’existait pas » (La Documentation catholique, n. 2296, 20 juillet 2003, p. 672).