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Réponse à Aller au cœur de la foi. Questions d’avenir pour la catéchèse

Mes Seigneurs les Évêques,

Aller au cœur de la foiDans le document proposé par la Commission épiscopale de la catéchèse et du catéchuménat, intitulé Aller au cœur de la foi, vous invitez à vous faire part des réflexions que ce document inspire ainsi que des expériences menées en catéchèse. Voici donc ce qu’à ce sujet j’aimerais partager avec vous, à la lecture de ce document et à la lumière de mon expérience. Je suis prêtre depuis dix ans et actuellement responsable de la catéchèse de plus de cent enfants, depuis l’éveil à la foi jusqu’à la classe de troisième.

À la page 18 du document, vous vous réjouissez du bilan positif à maints égards de la catéchèse, et ce au vu « du travail effectué par des dizaines de milliers de catéchistes dans toute la France ». Je ne partage pas cet optimisme. Il suffit d’interroger les enfants, même en fin de cycle de catéchèse, pour se rendre compte que la catéchèse a très globalement échoué dans la transmission de la Foi : même les fondamentaux ne sont pas connus. Combien d’adolescents sortis d’années de catéchèse nient jusqu’à l’existence de Dieu, alors qu’il s’agit là d’une découverte philosophique indispensable à l’accueil de la Sa Révélation ! Découverte élémentaire [1] qui aurait dû être guidée et affermie avec raison pour ne pas « bâtir en vain ». Quant au travail de dizaines de milliers de catéchistes, il ne faudrait pas oublier que sa rentabilité n’est pas proportionnelle à l’investissement humain, mais à la sainteté de ceux qui enseignent au nom du Christ et de Son Église… La catéchèse est une œuvre surnaturelle par laquelle Dieu engendre Ses enfants à la vie de la grâce et non pas une œuvre à la portée de la bonne volonté humaine !

Je me souviens d’une « dame catéchiste » portant le titre de « responsable de la catéchèse » dans une grande paroisse parisienne, titre qui était un non-sens et un déni d’une fonction essentielle du ministère du curé qui est, seul, aux termes du Droit Canonique, « responsable » de la catéchèse de sa paroisse… Cette dame donc, qui était dans l’enseignement public, et donc censée, aux yeux du curé, jouir de ce fait de l’aura de la science pédagogique, demandait à ses catéchistes et à moi-même, leur aumônier, de ne pas féliciter les enfants pendant les séances de catéchisme… Lorsque je lui ai demandé pour quelle raison, la réponse fut : « Parce qu’il n’y a pas de bonnes ni de mauvaises réponses » ! Cet exemple est révélateur des méthodes de mai 68 qui ont produit les dégâts que l’on voit dans l’éducation nationale et dont l’idéologie a été servilement adoptée par nombre de responsables de la catéchèse ne voulant pas rester en retard sur le nécessaire progrès de la modernité. Cette idéologie ne considère plus la Foi comme la connaissance objective de la Vérité révélée, mais comme une opinion qu’il appartient au catéchisé de découvrir. Ainsi de vos questions, p. 46 : « Quelle place a pour vous le prêtre, pour votre communauté chrétienne… », ou p. 50 : « Quelle place donnez-vous aux sacrements dans la vie croyante » !

Le catéchisé a à découvrir la foi, à choisir ce qui lui paraît le plus acceptable dans l’ordre des possibles, car, en définitive, on n’a plus rien à lui enseigner avec la ferme assurance [2] de ceux qui peuvent dire : « Nous croyons, nous, et c’est pourquoi nous parlons [3] ! »…

Je me souviens de ce dialogue avec l’un d’entre vous, occupant des fonctions fort importantes, dans l’enseignement justement. Il me demandait :

– « Êtes-vous sûr que l’Évangile que vous annoncez est l’Évangile de Jésus-Christ ? »

– « Oui, Monseigneur. »

– « Vraiment sûr ? »

– « Vraiment, Monseigneur. »

– « Absolument sûr ? »

– « Absolument, Monseigneur. »

– « Quel orgueil ! » me répondit-il.

Je lui ai alors demandé : « Mais, Monseigneur, si je n’étais pas sûr que l’Évangile que je prêche est l’Évangile de Jésus-Christ, je me tairai… » Si cet évêque n’est pas sûr de prêcher l’Évangile de Jésus-Christ – à moins de tomber sous le coup de son propre jugement d’orgueil –, au nom de quoi peut-il juger si je prêche moi-même l’Évangile de Jésus-Christ ?

Je pourrais, hélas, multiplier les exemples de ce genre…

La foi est atteinte chez nous d’une maladie mortelle et c’est la raison de la crise de sa transmission, de sa survie. Le remède ne se trouve pas dans un changement de méthodes ou une mise au goût du jour, tout juste bons à masquer comme les sépulcres blanchis les cadavres en décomposition, mais dans une profonde conversion et vie de pénitence que l’on ne prê[11]che plus. C’est si vrai qu’il n’est malheureusement pas rare de trouver des personnes n’ayant pas même la foi, parce que refusant tel ou tel dogme, ou vivant en contradiction avec l’enseignement qu’elles sont censées dispenser, être députées à la catéchèse ! Combien, par exemple, de personnes divorcées remariées, et/ou non pratiquantes, ou professant ouvertement des hérésies, chargées de catéchiser ?… La volonté de l’Église sur ce point est pourtant suffisamment claire et explicite. Mais plutôt que d’écouter l’Esprit qui conduit l’Église, on préfère complaire à celui du monde. De l’investissement humain, il peut y en avoir ; de l’efficacité surnaturelle dans ces conditions, non.

Je déplore avec vous (p. 23) que beaucoup de communautés ne placent pas la catéchèse au centre de leur vie, mais je déplore d’abord le fait que les prêtres ne placent pas eux-mêmes la catéchèse au centre de la leur. S’ils commençaient par donner l’exemple aux communautés dont ils sont chargés, peut-être que celles-ci pourraient percevoir alors l’importance de la catéchèse. Les Saints évêques eux-mêmes ne catéchisaient-ils pas ? Que fait notre Saint-Père ? Je vois dans l’abandon de l’enseignement catéchétique donné par les prêtres eux-mêmes la perte d’une raison d’être de leur vocation et mission.

À la page 24, vous vous interrogez sur la manière de situer le dimanche au cœur de la communauté chrétienne. La pratique sacramentelle ne vient qu’au terme d’une démarche de foi, initiée elle-même par la prédication et la catéchèse, celles-ci découlant de la surabondante vie spirituelle des pasteurs et catéchistes puisée par une authentique vie de prière, personnelle, fervente et assidue, à la Source de toutes grâces. C’est en respectant cet ordre que les choses ont des chances de se mettre toutes à leur place. Les hommes de prières ont été ceux qui ont amené le plus grand nombre à une vie chrétienne intégrale par leur exemple, leurs sacrifices, leurs prières et leur prédication, parfois très simple, mais qui portait l’onction de l’Esprit. Quand les curés voisins du saint Curé d’Ars lui demandaient sa recette pour remplir son église, il leur répondait :

« Tant que vous ne veillerez pas, ne jeûnerez pas, ne coucherez pas sur la dure, ne vous donnerez pas la discipline, vous pourrez continuer à vous lamenter sur le sort de votre paroisse, mais vous n’arriverez à rien »…

Quand donc aurons-nous fini de nous lamenter nous aussi et commencerons–nous à mettre en pratique ce que notre Mère est venu nous demander un peu partout et spécialement à Lourdes : « Pénitence ! Pénitence ! Pénitence ! » ?

Pour renouveler notre pratique de la catéchèse (p. 36)

  1. Il est indispensable que la communauté chrétienne puisse compter sur quelques équipes de bénévoles capables d’accueillir fraternellement quiconque frappe à la porte. L’exemple des communautés nouvelles est à ce sujet tout à fait remarquable.
  2. Pour ceux qui ne font que passer, il importe nécessairement qu’ils ne repartent pas sans avoir reçu une parole de foi, leur annonçant qu’ils sont aimés de Dieu jusqu’à en mourir sur une Croix, et qu’il est de leur intérêt de se convertir à cet Amour, seul capable de leur donner le bonheur qu’ils cherchent sans peut-être le savoir et pour lequel ils sont faits.
  3. La question n. 3 est hors sujet. Elle procède d’une grosse erreur relative à la définition même de la catéchèse… qui est par nature ordonnée à ceux qui ont déjà accueilli la foi !…
  4. Il importe certainement d’ouvrir des lieux d’enseignement au sein des structures publiques qui n’aient pas forcément comme objectif premier de dispenser l’enseignement catéchétique, mais d’enseigner par exemple la philosophie thomiste, la doctrine sociale de l’Église, etc. Autant de portes ouvertes par où l’Esprit du Christ peut dispenser puissamment Ses bienfaits.
  5. Il n’est évidemment pas superflu de créer des sites de catéchèse sur le Web ; de même, comme le fait notre Pape, faut-il savoir inviter tous les médias disponibles pour donner le plus de retentissement possible à la Bonne Nouvelle, même si l’essentiel restera toujours invisible et doit être protégé d’une curiosité qui le présenterait dénaturé.

Pour renouveler notre pratique de la catéchèse (p. 45)

  1. Certainement qu’un temps comme celui de la veillée pascale est propice pour l’accueil de la Parole de Dieu de la part de la communauté chrétienne. Il faut nécessairement accepter de « perdre » du temps pour cela, se mettre en condition d’écoute, donc de recueillement et de silence, et la chose n’est malheureusement évidente que pour peu de personnes. Il faudrait être capables, comme d’autres communautés ecclésiales le font, de proposer davantage de temps de rencontre communautaires où l’écoute, l’étude de la Parole de Dieu et la prière seraient au menu, dans une ambiance de joyeuse fraternité. Là encore, l’expérience de nouvelles communautés est à prendre en exemple.
  2. J’assume la responsabilité de transmettre la Parole de Dieu en utilisant toute occasion relationnelle, fut-elle humainement parlant insignifiante, pour la [12] faire connaître en la citant et/ou en orientant systématiquement (ou presque) d’une façon ou d’une autre l’esprit de mon interlocuteur sur le chemin de la foi.
  3. Je renvoie pour ce point à ce que j’ai dit plus haut au sujet de la dévalorisation de l’enseignement de la Foi et de l’appel à l’opinion.
  4. Au sujet de la Parole de Dieu, je voudrais donner un exemple remarquable de ce que certains dénoncent comme une protestantisation avancée de la catéchèse en France. Prenons le parcours Ta Parole est un trésor [4], document ayant reçu nihil obstat et imprimatur de l’archevêché de Lyon. Ce parcours présente la Parole de Dieu comme quasiment source unique de la Foi… De plus, et contrairement à ce que demande Catechesi Tradendæ [5], l’enseignement n’est pas présenté de façon organique et systématique, mais procède par flashes, ce qui empêche, bien évidemment, l’enfant de se situer dans un tout ordonné, unifié, dont il saisit la cohérence et à l’intérieur duquel il peut spirituellement habiter. Un univers de sens qui révèle par transparence le Paradis où il fait bon vivre pour toujours ! De plus, et encore contrairement à ce que demande l’exhortation apostolique Catechesi Tradendæ, dont il est pour le moins étonnant, sinon révélateur, qu’elle ne soit pas mentionnée dans votre document – alors qu’en elle se trouvent certainement les réponses aux questions que vous vous posez –, aucun effort de mémorisation n’est demandé dans ce parcours… Quelques exemples, tirés de ce parcours, donneront à méditer encore plus profondément sur l’absence de discernement – pour le moins – de ceux qui ont rédigé et de ceux qui ont approuvé ce document :
    • Ainsi, dans la leçon des CE2 intitulée « Qui es-tu Jésus ? », il est demandé à l’enfant d’aller chercher la réponse dans l’opinion des gens qu’il peut rencontrer… et le texte ne lui donne comme réponse rien d’autre que : « C’est le fils de Joseph de Nazareth » !…
    • Dans la leçon sur Marie pour les CM1, ni son Immaculée Conception, ni sa virginité perpétuelle, ni son Assomption en son corps et en son âme au Ciel ne sont mentionnées… Par contre, on y trouve la recette de « La semoule fruitée » !…
    • Dans la leçon aux CM2 sur l’Église, il y a une page sur la Paroisse, une sur le Diocèse, mais rien sur la Papauté ! La leçon se termine par un dessin représentant une foule issue du groupe des Apôtres à la Pentecôte et dans laquelle on peut lire : « Anglicans », « Catholiques », « Orthodoxes », « Protestants ». Autrement dit, l’Église que le Christ a fondée n’est pas l’Église une, catholique et romaine, mais la nouvelle Église œcuménique qui se met en place en pervertissant ici et là la foi, avec nihil obstat et imprimatur

    Je comprends les parents, premiers responsables de leurs enfants, qui ont décidé de ne plus inscrire leurs enfants au catéchisme afin qu’ils ne perdent pas la foi !

    Je suis désolé de vous dire tout cela, mais qui dira que ce n’est pas vrai ?

  5. Les moyens concrets que je propose pour répondre aux défis de l’accueil des personnes étrangères à la culture chrétienne et demandant à être catéchisées sont contenus dans l’exhortation que saint Paul donnait déjà à Timothée : « une patience inlassable et le souci d’instruire [6] ».

Pour renouveler notre pratique de la catéchèse (p. 50)

  1. « Quelle place donnée aux sacrements dans la vie croyante ? » Est-ce là sujet à discussion ? Le magistère de l’Église et la vie de foi des Saints ne l’enseignent-ils pas ?
  2. « Des gens de tous âges et de tout chemin reçoivent les sacrements », leur « différence » devrait enseigner, et cela quel que soit donc le chemin de ces gens, « ce qu’est la vie avec Dieu »… La vie avec Dieu peut-elle être n’importe quoi ? Car la vie de ces gens qui reçoivent les sacrements n’est pas nécessairement selon la volonté de Dieu ! Combien de sacrilèges commis à chaque Eucharistie ?! Qui s’en soucie ? Jésus n’a-t-Il pas justement demandé à sainte Marguerite Marie l’institution de la fête de Son Sacré-Cœur en réparation des outrages qu’Il reçoit continuellement au Saint-Sacrement ? L’Archange Michel n’a-t-il pas enseigné aux trois enfants de Fatima la prière suivante : « Très Sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, je Vous adore profondément et je Vous offre les Très précieux Corps, Sang, Âme et Divinité de Votre Fils bien-aimé, Notre Seigneur Jésus-Christ, en réparation pour tous les outrages, sacrilèges et indifférences par lesquels Il est Lui-même offensé au Saint-Sacrement » ? On comprend que, nous invitant à prendre exemple sur « tout chemin », il vous paraisse nécessaire « d’innover dans la responsabilité d’acheminer vers les sacrements ».
  3. Les enfants viennent de moins en moins assidûment à la catéchèse du mercredi ; aussi la « responsable » de la catéchèse d’un diocèse que je connais bien n’a rien trouvé de mieux à proposer que de ne réunir les enfants… plus qu’une fois par mois ! Voilà une proposition qui tient compte de « la situation actuelle » !
  4. [13] Je crois que la réponse aux questions que vous posez en ce quatrième point ne peut faire l’économie d’une réelle conversion à la vie évangélique telle qu’elle est enseignée par la vie religieuse et pratiquée en partie par les nouvelles communautés. Je veux dire une vie de pauvreté qui nous rendra le temps volé à courir après les fausses richesses et satisfactions de ce monde ; une vie de réelle obéissance au magistère authentique de l’Église ; une vie de chasteté plaçant Dieu au centre de la vie et de l’amour. Alors nous serons disponibles pour évangéliser et catéchiser de façon convaincante. « Petits enfants, gardez-vous des idoles [7]… »

Je vous remercie de m’avoir invité à vous faire part de ma réflexion et vous assure de ma filiale prière pour la fidélité et la fécondité de votre grave mission.

1. Cf. Rm 1 18s.

2. Cf. He 3 6, 10 35.

3. 2 Co 4 13.

4. Lyon/Paris, Diffusion catéchistique/Tardy, collection « Trésors de la foi », 1994.

5. Jean-Paul II, Exhortation apostolique Catechesi tradendæ, 16 octobre 1979 (La Documentation catholique, n. 1773, 4 novembre 1979, pp. 901-925).

6. 2 Tm 4 2.

7. 1 Jn 5 21.