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Le tourbillon

Le lundi 1er avril, pour l’ouverture de l’assemblée plénière des évêques tenue à Lourdes, le Cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris et président de la Conférence des évêques de France, après avoir évoqué la « profonde mutation liée aussi bien aux évolutions sociologiques de nos départements qu’aux ébranlements des transmissions culturelles » s’est fait le porte-parole de ses confrères pour se plaindre du « sentiment, plus ou moins fort, d’être entraînés comme dans un tourbillon dont ni le sens ni le but ne nous sont toujours clairs et de ne pas voir encore se lever la génération de nos successeurs », mais encore de ce que « beaucoup des membres de notre Église », souffrant de l’état dans lequel se trouve celle-ci, ont « la tentation d’accuser les prêtres d’être responsables de la situation. Certains groupuscules font leur publicité en accusant tout simplement l’Église elle-même à travers ses évêques soupçonnés et brocardés ».

Quel aveu ! Comment ne pas comprendre le désarroi ici fustigé des fidèles, pris ici pour des trublions, devant leurs leaders emportés « dans un tourbillon » dont ces derniers ne discernent « ni le sens ni le but » ? Le Fondateur de l’Église n’avait-Il pas assuré Ses fidèles d’être fondés sur le Roc [1] ? D’où vient qu’ils soient maintenant emportés « dans un tourbillon » ? N’ont-ils donc pas quelque légitime raison de se sentir trahis ?

Je ne donnerai que deux exemples pour montrer que les fidèles ont de bonnes raisons de demander à leurs pasteurs de s’interroger loyalement sur leurs responsabilités au lieu d’accuser le « tourbillon ».

Commençons par considérer ce que sont devenues les conférences de Carême à la cathédrale de Mgr Vingt-Trois… Alors que la vocation des dites conférences est de raffermir la foi et l’engagement des fidèles à porter leur croix à la suite du Christ en ce temps consacré à méditer Ses divines souffrances, voilà que pour l’occasion la chaire de Notre-Dame est désertée par les prêtres, et occupée par des non-baptisés, qui, pour certains, profitant de pareille aubaine, ne se font pas prier pour débiter forces insanités [2] ! Quel est le message obvie donné par une telle situation ? Que les prêtres n’ont plus rien à nous dire pour nous encourager à vivre chrétiennement, qu’il vaut mieux écouter les voix du monde, qui, elles, apportent des choses nouvelles et plus intéressantes que les mystères de la Foi, que seule pourtant « l’onction reçue de Lui » permet de connaître et enseigner [3]. Si des païens, pécheurs et impies, peuvent venir faire la leçon à des chrétiens dans le Temple de Dieu où ne devrait s’entendre que la proclamation de Sa parole et les louanges qui Lui sont dues, quel intérêt peut-il y avoir encore à être chrétien ? Et où ira-t-on chercher la Parole de Dieu et apprendre à Lui obéir si, même dans Son Temple, Dieu ne parle plus, mais à Sa place l’Esprit du monde ? Ne sait-on plus que « ce qui est élevé aux yeux du monde est objet de dégoût devant Dieu [4] » ?! Et l’on s’étonnera qu’il n’y ait plus de vocation de prêtres ?! De qui Notre-Dame de Paris est-elle la cathédrale ?

[14] Devant les églises qui ferment en nombre, faute de brebis, sera-t-il possible au Maître de ne pas demander des comptes aux bergers qui les ont laissé s’échapper, et ont donc objectivement failli à leur mission de gardiens du troupeau ? Est-ce que « les évolutions sociologiques de nos départements (et les) ébranlements des transmissions culturelles » sont les vrais responsables de la faillite des séminaires et de l’Église, ou bien est-ce le manque de foi de leurs responsables ? Faudrait-il donc « admettre que le Prince de ce monde est plus puissant que Celui qui a reçu tout pouvoir au Ciel et sur la terre, et que l’attrait des plaisirs du monde moderne est plus puissant que celui de la Croix glorieuse » ? Ne serait-il pas plus juste que les pasteurs s’accusassent eux-mêmes d’avoir si bien flirté avec l’esprit du monde que l’Église lui a déjà presque partout été livrée ?

Une preuve de la terrible vérité que je viens d’écrire est illustrée par mon deuxième exemple : avec quelques amis, j’ai passé, il y a quelques semaines, deux heures devant un établissement scolaire catholique sous contrat de Paris, pour interroger et discuter avec les lycéens qui en sortaient. Qu’avons-nous constaté ? Que non seulement la plupart d’entre eux ne se reconnaissaient pas chrétiens, mais que plus des neuf dixièmes d’entre eux étaient farouchement partisans de l’avortement ! Voilà donc ce qu’un établissement dit « catholique » produit aujourd’hui, et en masse : des assassins ! De la pâture pour l’enfer [5] ! Qui est le premier responsable de cet établissement diocésain ? Est-ce bien dans un tel cloaque que l’archevêque de Paris espère voir s’épanouir des vocations ? Combien l’on est loin de voir imité ce que saint Jean-Baptiste de La Salle demandait à ses éducateurs :

« Faites entrer [les enfants que Dieu vous a confiés dans l’Église], et qu’ils soient en état de paraître un jour devant Jésus-Christ pleins de gloire, sans tache, sans rides et sans souillures, pour faire connaître aux siècles à venir les richesses abondantes de la grâce qu’Il leur a faite en leur procurant le secours de l’instruction ; et à vous de les instruire et de les élever, pour être un jour les héritiers du Royaume de Dieu et de Jésus Christ Notre Seigneur [6]. »

Indépendamment même de ces constats, ce qui ne laisse pas d’étonner, et de nous attrister, c’est cette attitude de l’archevêque de Paris ne pouvant considérer que comme une « tentation » le fait de le soupçonner, lui et ses pairs, d’être responsables, en quelque façon, de l’actuelle catastrophique situation de l’Église, comme s’ils étaient nécessairement au-dessus de tout « soupçon », comme s’il s’agissait d’un crime de lèse-majesté que d’oser même le penser !

Comment des responsables de l’Église refusant a priori la remise en cause de leur attitude et l’éventualité d’être pécheurs pourront-ils demander à leurs ouailles d’aller se confesser ? Quel exemple d’humilité nous donnent-ils ? Notre Seigneur ne S’est-Il pas mis Lui-même au rang des pécheurs lorsqu’Il demanda à être baptisé par Jean-Baptiste ? Comment s’étonner ensuite que l’Église soit prise par le père de l’orgueil, qui, dans son « tourbillon », la piétine et ravage, détruisant ses jeunes pousses et vocations ?

Peut-être que la lecture du dernier livre de Mgr Gaidon [7] aiderait l’archevêque de Paris et ses pairs à cesser de jouer les saintes nitouches ? En tout cas, il est sûr qu’avec l’état d’esprit dont ils font montre, nous ne sommes pas prêts de voir la situation de l’Église en France s’améliorer.


« Les chrétiens, soucieux d’être du monde en un mauvais sens qui est abandon de leur discours propre, ont trop souvent et trop facilement domestiqué l’Évangile, émoussé le glaive de la Parole, réduisant la foi à dire ce que la société voulait bien entendre et supporter. Un tel type de justification est une trahison à l’égard de la foi et à l’égard de l’homme, qui n’entend plus un discours spécifique qu’il était en droit d’attendre, quitte à le rejeter. On a ainsi justifié la foi quasiment au sens pénal du mot : on l’a lavée de toute accusation d’être critique à l’égard du monde. »

Gesché (Adolphe), L’homme, Paris, Cerf, collection « Dieu pour penser », 1993 (édition 2001), p. 52.

1. Cf. Mt 16 18.

2. Cf. notamment la conférence de Jean de Loisy et son acmé blasphématoire : « Je me cherche dans les poèmes des artistes de la beat-generation, qui, persuadés que l’art est le plus juste moyen de nous spiritualiser, chantent, et je le fais avec eux, avec Ginsberg : “Holy! holy! holy! holy! holy! The world is holy, the soul is holy, the skin is holy, the nose is holy, the tongue and cock and hand and ass hole, Holy! Everything is Holy, everybody is Holy, everywhere is holy, everyday is eternity, every man’s an angel!” » Cette parodie du Sanctus est une citation du poète homosexuel américain Allen Ginsberg (1926-1997), et nous sommes bien obligés d’en donner la traduction à l’intention de nos lecteurs non-anglophones : « Saint ! saint ! saint ! saint ! saint ! Le monde est saint, l’âme est sainte, la peau est sainte, le nez est saint, la langue et la bite et la main et le trou du cul, saints ! Tout est saint, tout le monde est saint, tout lieu est saint, chaque jour est éternité, chaque homme est un ange ! » Oui, ces paroles ont été proférées dans la cathédrale Notre-Dame de Paris le dimanche 18 février 2008 par M. Jean de Loisy, « critique d’art et commissaire de l’une des grandes expositions qui marqua en 2007 les trente ans du Centre Pompidou, directeur du premier fonds régional d’art contemporain en 1983 à l’abbaye de Fontevraud, puis inspecteur à la création au Ministère de la culture chargé de la création contemporaine dans les monuments historiques (1986-1988), directeur adjoint du musée de Nîmes (1989-1991), conservateur de la Fondation Cartier (1990-1993), conservateur au Centre Georges Pompidou (1994-1997), critique d’art à France Culture (peinture fraîche 1996-2007), directeur des programmes de la mission 2000 en France (1997-2000), membre de la commission nationale de la commande publique (2005-2007), etc. »

3. Cf. 1 Jn 2 27.

4. Lc 16 15.

5. Cf. 1 Jn 3 15 ; Mt 5 21.

6. « Méditation pour le temps de retraite », deuxième lecture de l’Office des Lectures du 7 avril (Livre des Jours. Office romain des lectures, Paris, Cerf – Desclée De Brouwer – Mame, 1984, édition 1995, p. 1393).

7. Gaidon (Maurice), Un évêque français entre crise et renouveau de l’Église, Paris, L’Emmanuel, 2007.