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Sur une célébration interreligieuse de prière à Notre-Dame de Paris

Le mercredi 3 juin 2009 à 16h00 eut lieu à la cathédrale de Paris une « célébration interreligieuse de prière » pour les 228 victimes du vol Air France 447 disparues l’avant-veille. Étaient ainsi réunies à l’invitation du Cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris et président de la Conférence des Évêques de France, les familles et les proches des 228 victimes du vol, le Président de la République, de hautes autorités de l’État et de nombreux représentants du corps diplomatique, le Grand Rabbin Haïm Korsia (aumônier israélite de l’air), Mohammed Moussaoui (président du Conseil Français du Culte Musulman), le Métropolite Emmanuel (président de l’Assemblée des Évêques Orthodoxes de France), les pasteurs Claude Baty (président de la Fédération Protestante de France) et Jean-Pierre Dassonville, l’imam Hazem El-Shaffei, et les abbés Francis Truptil, Gérard Squarcioni et Baudouin Tournemine.

Au début de ladite cérémonie, le Cardinal Vingt-Trois invita les familles et membres du personnel d’Air France à venir déposer au pied du maître-autel de la cathédrale 228 bougies allumées en souvenir des 228 victimes. Ensuite, chaque représentant des religions prononça une méditation et/ou une prière, et des personnels d’Air France lurent le poème Des pas sur le sable, attribué par la compagnie aérienne au politicien et poète brésilien Adhemar de Barros [1].

Dans son adresse d’introduction, Mgr Vingt-Trois présenta ainsi la cérémonie :

« En ouvrant ce temps de recueillement et d’hommage à leur mémoire, je voudrais vous dire que chacune de nos religions qui sont représentées ici (les religions catholique, protestante, orthodoxe, juive et musulmane) ont accepté de se réunir pour exprimer leurs prières les unes à côté des autres et que nous accueillons avec cordialité et compassion celles et ceux qui ne partagent pas nos convictions, mais qui ont souhaité s’unir à notre démarche. »

Lorsqu’il dit « nos religions », au nom de qui parle-t-il ? Au nom de Dieu ? Mais Dieu a-t-Il plusieurs religions ? Ou bien le Concile Vatican II s’est-il trompé en rappelant que la religion catholique est l’« unique vraie religion [2] » ? Parle t-il alors simplement en tant que français ? Mais, outre que la France ne reconnait aucune religion, est-ce là ce que l’on attend d’un archevêque pontifiant dans sa cathédrale ? Et s’il entend s’exprimer en tant que français, pourquoi ne le fait-il pas dans les lieux prévus pour cela, notamment les médias ? En fait, parle t-il ici autrement qu’au nom de la laïcité, pour laquelle il n’y a pas d’« unique vraie religion » à reconnaître et promouvoir, mais un phénomène humain sociétal et protéiforme à maîtriser en vue d’assurer la soi-disant paix civile ? En quoi n’eut-il pas été suffisant d’annoncer que le Sacrifice de Jésus sera offert à la cathédrale à l’intention du salut de tous les défunts ? Cela eut-il constitué un acte de moindre civilité que ladite cérémonie, ou bien l’Église a-t-elle mieux à offrir pour le salut des hommes et la paix des sociétés ? Cela n’aurait-il pas été un véritable acte évangélisateur, et par là-même évité d’entretenir la confusion au sujet de la vérité du Salut donné seulement en Jésus-Christ ? Il faut savoir si c’est aux hommes que l’on veut plaire, ou à Dieu, et dans ce dernier cas il faut alors proclamer qu’« il n’y a pas sous le ciel d’autre nom donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvés [3]  » que le Nom de Jésus !

Mgr Vingt-Trois poursuit ensuite au nom de toutes les religions là représentées, « les religions catholique, protestante, orthodoxe, juive et musulmane ». Quelle est alors l’autorité dont il est investi pour s’exprimer au nom d’elles toutes ? Nécessairement, celle d’un Dieu qui transcende toutes ces différentes dénominations, la catholique y compris, l’Église n’étant plus qu’une religion parmi d’autres et non plus l’« unique vraie religion », ce que bien sûr Diable et laïcité souhaitent inculquer. Qui est ce dieu parfaitement laïc, sinon le dieu du Nouvel-Age pour qui « toutes les religions sont l’expression de la même réalité intérieure [4] » ? Et Mgr Vingt-Trois de prier au nom des [18] croyants de toutes les religions : « Au nom de tous les croyants, je te prie Dieu très saint. Accueille leurs prières douloureuses… » Qui peut croire que les juifs et les musulmans sont d’accord pour qu’un chrétien s’adresse en leurs noms à leur Dieu ?

Certes, le cardinal a pris soin d’indiquer que les différentes religions n’allaient pas prier ensemble mais « exprimer leurs prières les unes à côté des autres ». Ce qui n’est déjà pas rien. Pour autant, ce que nous ne comprenons pas, c’est qu’une cathédrale, qui a été consacrée au culte catholique, soit détournée de cette fin pour servir à d’autres cultes… comme si le culte institué par Notre Seigneur Jésus-Christ n’était plus en soi suffisant pour rendre gloire à Dieu…

Et que dire du fait que le cardinal donne à méditer un extrait du Petit Prince ? La Parole de Dieu n’est-elle plus pertinente pour s’adresser à Ses enfants d’aujourd’hui, non plus que celle des Docteurs ou des Saints qu’Il nous a donnés ? Il faut aller chercher une parole qui soit « neutre », laïque, capable de plaire à tout le monde, parce que dépourvue de caractère catholique. Est-ce ainsi que l’on fait aimer le Christ, mort et ressuscité pour le salut de tous ? Sans compter que ce texte se contentant d’exprimer le caractère passager de notre condition de créature, sans aucune allusion à quelque relation possible à Dieu, et se fondant uniquement sur le secours venant de ses propres forces, n’avait rien en soi pour consoler ou donner l’espérance à quiconque :

« Faire mémoire, rendre hommage, évoquer simplement ceux dont l’absence est si douloureuse. Pour nous y introduire, je voudrais vous dire quelques phrases du Petit Prince : “Que les volcans soient éteints ou soient éveillés, ça revient au même […], dit le géographe. Ce qui compte pour nous, c’est la montagne. Elle ne change pas. – Mais qu’est-ce que signifie “éphémère” ? répéta le petit prince qui, de sa vie, n’avait renoncé à une question, une fois qu’il l’avait posée. – Ça signifie “qui est menacé de disparition prochaine”. – Ma fleur est menacée de disparition prochaine ? – Bien sûr. – Ma fleur est éphémère, […] elle n’a que quatre épines pour se défendre contre le monde ! […] Ce fut là son premier mouvement de regret [5].” »

Le cardinal poursuit :

« Nous sommes saisis par le regret de tout ce que nous aurions pu faire, de tout ce que nous n’avons pas fait. Et pourtant nous vivons pour faire mémoire et nous souvenir de ceux qui ont disparu. »

Vivrions-nous vraiment pour cela ? Que pour cela ? Ne serait-ce pas affligeant de ne vivre que pour se souvenir ?

À la fin de la célébration, Mgr Vingt-Trois conclut :

« Au terme de ce temps de recueillement, je voudrais inviter chacun et chacune d’entre nous à emporter dans son cœur la présence, et dans sa pensée le souvenir ; d’abord de celles et de ceux, personnel d’Air France, qui continuent de voler. Après l’accident, il a fallu décoller à nouveau et affronter le risque. Porter dans nos cœurs et dans notre pensée les époux, les parents, les enfants pour qui la présence de l’être cher ne sera plus jamais la même. Il restera vivant, elle restera vivante dans leur cœur, dans leurs pensées, dans leurs souvenirs, mais c’est une nouvelle présence qu’il faut apprendre et qu’il faut nourrir et supporter. À chacune et à chacun, nous tous qui sommes ici réunis ce soir, nous apportons le peu que nous avons, notre sympathie, notre soutien et notre amitié. »

C’est effectivement bien peu de chose ! Trop peu de chose ! Dieu aurait certainement aimé que soit offert à ces gens la Bonne Nouvelle de la Résurrection de Son Fils ! Salut offert dans le saint baptême et la vie chrétienne ! Mais non ! Cela, même dans la Maison de Dieu, n’est plus à l’ordre du jour ! Mais pourquoi est-ce que je m’étonne de cela, puisque déjà les Conférences de Carême ne sont plus prêchées à Notre-Dame de Paris pour rappeler et faire aimer au peuple chrétien la terrible et sainte Passion de leur Sauveur, comme c’est là leur vocation, mais remplacées par des propos d’incroyants et de non-baptisés ? Je me demande bien pourquoi saint Paul a écrit :

« Ne formez pas d’attelage disparate avec des infidèles. Quel rapport en effet entre la justice et l’impiété ? Quelle union entre la lumière et les ténèbres ? Quelle entente entre le Christ et Béliar ? Quelle association entre le fidèle et l’infidèle [6] ? »

Il faut enfin remarquer que Mgr Vingt-Trois, en demandant à Mohammed Moussaoui, président du Conseil Français du Culte Musulman, de prier dans sa cathédrale, lui a donné non seulement l’occasion de blasphémer chez eux les chrétiens, comme le fait chaque jour chaque musulman lorsqu’il prie en récitant la première sourate du Coran (Al-Fâtiha) dans laquelle ceux-ci sont traités d’« égarés » et d’« objets de la [19] Colère de Dieu », et cela au motif qu’ils sont coupables du seul péché à jamais irrémissible qui est de croire à la Trinité, mais encore, tout lieu où est récité publiquement cette sourate, ou d’autres versets du Coran, devient, par le fait même, dar al-islam, terre d’islam ! Lorsque l’islam sera devenu la première religion de France parce que les Apôtres du Seigneur n’auront jamais mis au point de stratégie pastorale spécifiquement adaptée à la conversion des musulmans présents sur notre sol, il ne faudra pas se plaindre qu’ils fassent de Notre-Dame de Paris une mosquée, puisqu’elle est devenue ce jour-là leur bien…

Mais je rêve : comment imaginer que l’épiscopat puisse élaborer une évangélisation spécifiquement destinée aux musulmans ? Ce serait considéré comme attentatoire à la paix civile, parce que contraire au pacte républicain, qui rend nulle et non avenue toute volonté de convertir qui que ce soit – toutes les religions étant égales pour lui.

Les églises se vident faute de fidèles et de prêtres. Serait-ce que les âmes secrètement averties par l’Esprit-Saint, même inconsciemment, obéissent à la Parole du Seigneur : « Lors donc que vous verrez l’abomination de la désolation […] installée dans le saint lieu, fuyez [7]… » ?


« Puisque le monde, on le savait de reste, est déjà sauvé sans l’Évangile, c’est l’Évangile qu’on lâchera pour revenir au monde. En fait, il y avait beau temps qu’on n’en retenait plus qu’une ombre. On n’aura aucune peine à jurer au monde qu’on ne désire aucunement, dût-on encore, par une vieille habitude, parler de “mission”, le conquérir à l’Église, mais seulement l’aider à prendre conscience des valeurs surnaturelles qu’il possède déjà. Dût le monde s’esclaffer à cette offre saugrenue, on ne fait somme toute que lui annoncer maintenant, comme le seul message que l’Église ait encore pour lui, la consolation creuse par laquelle on se justifiait du peu d’inclination qu’on ressentait à l’évangéliser, après avoir rendu toute évangélisation impossible en desséchant l’Évangile pour son propre usage. À quelle descente en cascade n’avons-nous pas assisté, depuis une trentaine d’années, dans les thèmes de l’évangélisation ! L’Action catholique des années 30 voulait précisément “la conquête”. Celle d’après-guerre s’était déjà repliée sur “le témoignage”. Avec les prêtres-ouvriers, on n’a plus voulu que “la présence”. Cette présence, de nos jours, est si désireuse de se faire oublier, de s’immerger dans tous les flux ou reflux du monde, qu’on ne voit plus ce qui la distingue encore de l’absence. »

Bouyer (Louis), La décomposition du catholicisme, Paris, Aubier-Montaigne, collection « Présence et pensée », 1968, pp. 120-121.

« Je vais dire ce que je sais, car je ne pense pas que j’aurais raison, le sachant, de ne pas le dire […]. Je parle en tout simplement et loyalement, selon la parole de mon Seigneur : “Le semeur sortit pour semer la semence : l’une tomba sur la route, l’autre sur les épines, celle-ci sur un terrain pierreux, celle-là sur la bonne terre” (Mt 13 3-8).

« Dans l’espoir donc qu’il y a quelque part quelque bonne terre, il faut parler. Car ce mien Seigneur, fort et puissant, réclamera Son bien à tous lors de Sa venue ; et Il ne condamnera pas Son économe, s’Il reconnaît que, parce qu’il savait puissant son Seigneur et qu’Il viendrait réclamer Son bien, il l’a mis dans toutes les banques et s’est gardé de l’enfouir pour quelque raison que ce soit. »

S. Justin, Dialogue avec le juif Tryphon, 125 (Justin Martyr, Œuvres complètes, traduction de Georges Archambault, Paris, Migne, collection « Bibliothèque », 1994, p. 292).

« Ce qui est […] en jeu, c’est l’altérité de la communauté chrétienne en face d’alliés anciens et nouveaux. La solidarité avec d’autres dans des actions signifiantes perd son caractère créateur si l’on ne veut plus être autrement que ces autres. La formule invoquée de “l’existence pour les autres” (Bonhoeffer) perd son sens si l’on n’est plus rien d’autre que les autres, mais seulement leurs compagnons de route. Seul celui qui trouve le courage d’être autrement que les autres peut finalement être là pour “l’autre”, sinon il est seulement semblable à lui. Mais cela ne les aide que peu. »

Moltmann (Jürgen), Le Dieu crucifié. La croix du Christ, fondement et critique de la théologie chrétienne, traduit de l’allemand par Bernard Fraigneau-Julien, Paris, Cerf, collection « Cogitatio Fidei » (n. 80), 1974 (édition 1990), p. 24.

1. Attribution discutée ; voir l’article « Footprints (poem) » de Wikipedia.

2. Concile œcuménique Vatican II, Déclaration De libertate religiosa, n. 1.

3. Ac 4 12.

4. Conseil pontifical de la Culture, Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, Document Jésus-Christ le porteur d’eau vive, 3 février 2003, n. 7.1 (La Documentation catholique, n. 2288, 16 mars 2003, p. 302).

5. Saint-Exupéry (Antoine, de), Le Petit Prince, Paris, Gallimard, collection « Folio junior », 1984, pp. 56-57.

6. 2 Co 6 14-15.

7. Cf. Mt 24 15-16 ; Mc 13 14.