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306.81 Sociologie du mariage

« Les Pasteurs enseigneront […] aux Fidèles […] que le Mariage consiste essentiellement dans l’obligation ou lien qui unit les époux ; que le consentement […] suffit pour produire un véritable Mariage, et qu’il n’est point nécessaire pour cela que le Mariage soit effectif. Avant leur péché, nos premiers parents étaient certainement unis par un Mariage réel, et cependant ce Mariage n’avait point reçu son achèvement. C’est l’enseignement formel des Saints Pères. Aussi n’hésitent-ils pas à dire que le Mariage consiste non dans l’usage mais dans le consentement. Ainsi le répète entre autres S. Ambroise dans son Livre des Vierges. »

Catéchisme du Concile de Trente, II, 27, § I (Bouère, Dominique Martin Morin, 1998, pp. 324-325).

« Le mariage doit être accepté comme une tâche, il est la vie avec ses travaux et ses durs sacrifices également faits des deux côtés. »

Balzac (Honoré, de), La cousine Bette (Paris, Bookking International, collection « Classiques français », 1993, p. 270).

« [Le désir du marquis Armand de Montriveau] devint un serment fait à la manière des Arabes avec lesquels il avait vécu, et pour lesquels un serment est un contrat passé entre eux et toute leur destinée, qu’ils subordonnent à la réussite de l’entreprise consacrée par le serment, et dans laquelle ils ne comptent même plus leur mort que comme un moyen de plus pour le succès. »

Balzac (Honoré, de), La duchesse de Langeais (Paris, Au Sans Pareil, collection « La Bibliothèque des chefs-d’œuvre », 1996, p. 68).

« Il y a de bons mariages, mais il n’y en a point de délicieux. »

La Rochefoucauld (François, de), Maximes, I, 113 (Paris, Ernest Flammarion, collection « Les meilleurs auteurs classiques français et étrangers », 1937, p. 98).

« Le “véritable amour conjugal” n’est plus “à la mode”. »

Losme de Monchesnay (Jacques, de), Lettre à Monsieur Despreaux, 2 octobre 1707 [Boileau (Nicolas), Œuvres complètes (Lettres à Racine et à divers), Paris, Les Belles Lettres, collection des universités de France, 1966, p. 320].

« Votre fille vous peut représenter que le mariage est une plus grande affaire qu’on ne peut croire ; qu’il y va d’être heureux ou malheureux toute sa vie, et qu’un engagement qui doit durer jusqu’à la mort ne se doit jamais faire qu’avec de grandes précautions. […] Il y a des gens qui pourraient vous dire qu’en de telles occasions l’inclination d’une fille est une chose sans doute où l’on doit avoir de l’égard, et que cette grande inégalité d’âge, d’humeur et de sentiments, rend un mariage sujet à des accidents fâcheux. [Il y a] quantité de pères qui aimeraient mieux ménager la satisfaction de leurs filles que l’argent qu’ils pourraient donner ; qui ne les voudraient point sacrifier à l’intérêt et chercheraient, plus que toute autre chose, à mettre dans un mariage cette douce conformité qui sans cesse y maintient l’honneur, la tranquillité et la joie… »

Molière, L’Avare, I, 5 (Valère à Harpagon).

« Chacun a son but en se mariant. Pour moi, qui ne veux un mari que pour l’aimer véritablement, et qui prétends en faire tout l’attachement de ma vie, je vous avoue que j’y cherche quelque précaution. Il y en a d’autres qui prennent des maris seulement pour se tirer de la contrainte de leurs parents et se mettre en état de faire tout ce qu’elles voudront. Il y en a d’autres […] qui font du mariage un commerce de pur intérêt ; qui ne se marient que pour gagner des douaires, que pour s’enrichir par la mort de ceux qu’elles épousent, et courent sans scrupule de mari en mari pour s’approprier leurs dépouilles. Ces personnes-là, à la vérité, n’y cherchent pas tant de façons et regardent peu à la personne. »

Molière, Le malade imaginaire, I, 4 (Angélique).

« Sachez que d’une fille on risque la vertu
« Lorsque dans son hymen son goût est combattu ;
« Que le dessein d’y vivre en honnête personne
« Dépend des qualités du mari qu’on lui donne,
« Et que ceux dont partout on montre au doigt le front
« Font leurs femmes souvent ce qu’on voit qu’elles sont.
« Il est bien difficile enfin d’être fidèle
« À de certains maris faits d’un certain modèle,
« Et qui donne à sa fille un homme qu’elle hait
« Est responsable au ciel des fautes qu’elle fait. »

Molière, Tartuffe, II, 2, vv. 507-516 (Dorine à Orgon).

« L’institution du mariage maintient avec acharnement la croyance que l’amour, bien qu’étant une passion, est en tant que telle capable de durée, et même que l’amour durable, à vie, peut être érigé en règle. Par l’opiniâtreté de cette noble croyance, et bien que celle-ci ait été très souvent et presque systématiquement infirmée par les faits, si bien qu’elle constitue une pia fraus, elle a conféré à l’amour une noblesse supérieure. Toutes les institutions qui donnent à une passion foi en sa durée et la rendent responsable de cette durée, à l’encontre de l’essence même de la passion, lui ont reconnu un nouveau rang : désormais celui qui est en proie à une telle passion n’y voit plus, comme autrefois, une dégradation ou une menace, mais au contraire une supériorité par rapport à lui-même et à ses égaux. Pensons aux institutions et aux mœurs qui ont fait jaillir de l’abandon fougueux d’un instant la fidélité éternelle, de l’accès de rage la vengeance éternelle, du désespoir le deuil éternel, de la parole soudaine et unique l’engagement éternel. Chaque fois, beaucoup d’hypocrisie et de mensonge s’est introduit dans le monde à la faveur d’une telle métamorphose : chaque fois également, et à ce prix, un nouveau concept surhumain, exaltant l’homme. »

Nietzsche (Friedrich), Aurore. Pensées sur les préjugés moraux, § 27 (traduction par Julien Hervier, Paris, Gallimard, collection « Folio/Essais », 1989, p. 36).

« La Bourgeoisie appliquait volontiers le principe que le mariage doit être, avant tout, la fusion en un seul de deux tas d’or susceptibles d’accroissement. »

Retté (Adolphe), Sainte Marguerite-Marie, Paris, Albert Messein, 1936 (14e édition), p. 56.

122. POUR QUELLE RAISON LA SIMPLE FORNICATION, D’APRÈS LA LOI DIVINE, EST UN PÉCHÉ ET COMMENT LE MARIAGE EST NATUREL

« De ces considérations il ressort comment est vain le raisonnement de ceux pour qui la simple fornication n’est pas un péché.

« Ils disent en effet : Prenez une femme non mariée, indépendante de son père ou de tout autre : celui qui a des rapports avec elle, alors qu’elle y consent, ne lui cause aucun tort : elle l’accepte et elle a pouvoir sur son corps ; il ne fait tort à personne puisque cette femme est indépendante. Il ne semble donc pas qu’en cela il y ait péché.

« Toutefois répondre que cet acte est une offense à Dieu ne paraît pas suffisant. Nous n’offensons Dieu en effet que dans la mesure où nous agissons contre notre bien, nous l’avons dit, et l’acte en cause ne semble pas contraire à notre bien : ainsi il ne saurait être une injure à Dieu.

« Il serait encore insuffisant de répondre qu’en raison du scandale cet acte est une offense au prochain. Quelqu’un peut se scandaliser d’un acte qui de soi n’est pas peccamineux, auquel cas l’acte n’est péché qu’accidentellement. Ici la question est de savoir si la simple fornication est un péché en elle-même et non en raison des circonstances.

« Nous chercherons la solution dans les principes énoncés antérieurement. Nous avons dit que Dieu pourvoit à chacun en vue de son bien. Le bien pour tout être est qu’il atteigne sa fin ; le mal est qu’il en soit détourné. Et il en est des parties comme du tout. Chaque partie de l’homme et chacun de ses actes doit atteindre sa fin. Or, si elle est superflue pour la conservation de l’individu, la semence est nécessaire à la propagation de l’espèce ; les autres superfluités, telles les déjections, l’urine, la sueur et autres choses semblables, ne servent à rien : le bien de l’homme est uniquement de les rejeter. Il n’est pas de même de la semence dont le but est la génération, celle-ci étant la raison d’être du coït. Toutefois engendrer un homme serait vain si ne lui était assurée sa subsistance sans laquelle il ne pourrait survivre. L’éjaculation de la semence doit donc être ainsi réglée que s’ensuivent et une génération parfaite et l’éducation de l’engendré.

« Il apparaît ainsi que toute éjaculation de semence telle que la génération ne suivrait pas, est contre le bien de l’homme. La procurer délibérément est donc nécessairement un péché. – Je parle d’une manœuvre qui de soi ne pourrait produire la génération, comme une éjaculation en dehors des relations naturelles entre homme et femme : de tels péchés sont dits contre nature. Que si pour des raisons extrinsèques la génération ne suivait pas, cela ne serait point contre nature ni ne serait un péché : tel le cas d’une femme stérile.

« Toutefois même si la génération suivait à l’éjaculation de la semence, sans qu’une éducation convenable puisse être donnée, cela serait pareillement contre le bien de l’homme.

« On notera en effet comment chez les animaux où la femelle suffit seule à assurer la subsistance de sa progéniture, le mâle et la femelle ne cohabitent plus après le coït, par exemple chez le chien. Par contre il est des animaux chez qui la femelle ne suffit pas au dressage de sa progéniture ; le mâle et la femelle demeurent alors ensemble tant que le requièrent la formation et l’apprentissage de celle-ci : ainsi chez certains oiseaux dont les petits ne peuvent dès leur naissance chercher leur nourriture. L’oiseau en effet ne nourrit pas ses petits avec du lait qu’il a à sa portée comme tout préparé par la nature, tel le quadrupède ; il doit chercher au dehors la nourriture des oisillons, et en plus les couver pour les réchauffer ; la femelle seule ne saurait y suffire ; aussi sous l’impulsion de la divine Providence le mâle reste-t-il naturellement avec la femelle pour élever ces petits. – Dans l’espèce humaine, il est évident aussi que la femme ne pourrait pas seule assurer l’éducation de ses enfants, telles sont les nécessités de la vie humaine devant lesquelles un seul est impuissant. Il est donc conforme à la nature qu’après ses relations avec une femme, l’homme ne la quitte pas pour s’en aller indifféremment avec quelque autre, comme c’est le cas des fornicateurs.

« Le fait de la richesse, permettant à l’une ou l’autre femme de nourrir seule ses enfants, n’infirme pas cette raison : la rectitude naturelle des actes humains ne se juge pas d’après des conditions extrinsèques propres à un individu, mais d’après ce qui appartient à toute l’espèce.

« On remarquera en outre que dans l’espèce humaine les enfants n’ont pas seulement besoin de la nourriture pour leur corps, comme les autres animaux, mais encore de l’éducation pour leur âme. Les autres animaux sont en effet dotés d’une prudence naturelle grâce à laquelle ils peuvent se pourvoir, mais l’homme vit avec sa raison, et pour former sa prudence il a besoin d’une expérience de longue durée ; dès lors est-il requis que les parents, déjà expérimentés, instruisent leurs fils. De plus les enfants ne sont pas susceptibles au berceau d’une pareille formation, mais seulement après un long temps, à l’âge surtout de discrétion.

« Encore cette formation suppose-t-elle beaucoup de temps. Et même, à cause de la poussée des passions qui corrompt le jugement prudentiel, les enfants ont alors besoin non seulement d’enseignement, mais encore de réprimande. À cela la femme seule est impuissante ; l’intervention de l’homme s’impose en qui la raison est plus parfaite pour instruire et la force plus grande pour châtier.

« Ainsi dans l’espèce humaine il ne suffit pas, comme chez les oiseaux, d’un temps réduit pour assurer la croissance de l’enfant, il y est requis une longue période de vie. Dès lors que la cohabitation du mâle et de la femelle est nécessaire chez tous les animaux, tant que la formation de la progéniture appelle l’intervention paternelle, il est naturel que l’homme s’établisse en société avec une femme déterminée, non pour une courte mais pour une longue durée. Nous donnons à cette société le nom de mariage. Le mariage est donc naturel à l’homme, et l’union par la fornication, réalisée en dehors du mariage, est contre le bien de l’homme : à cause de cela elle est nécessairement un péché.

« De plus, du fait que se servir de quelque organe du corps pour un but autre que celui auquel la nature le destine, par exemple marcher sur les mains ou faire avec les pieds ce qui normalement se fait avec les mains, est un péché véniel ou même n’est pas un péché, on ne peut pour autant estimer légère cette faute qu’est l’éjaculation de la semence en dehors de la fin légitime de la génération et de l’éducation. Si ces mésusages ne s’opposent pas beaucoup au bien de l’homme, cette perte désordonnée de la semence répugne au bien de la nature qu’est la conservation de l’espèce. Aussi après le péché d’homicide qui détruit la nature humaine en acte de vie, ce genre de péché semble-t-il tenir le second rang : il empêche la nature humaine d’apparaître à la vie.

« Ces conclusions sont confirmées par l’autorité divine. Qu’illicite soit une perte de semence à laquelle ne suivrait pas la génération, cela est évident. Il est dit au Lévitique : “Tu ne coucheras pas avec un homme comme on le fait avec une femme. Tu ne coucheras pas avec une bête”. Et dans I Cor. : “Ni les impudiques, ni ceux qui se livrent à la sodomie, ne posséderont le Royaume de Dieu”.

« Que la fornication et que toute relation avec une femme autre que la sienne soient défendues, c’est encore évident. Il est dit au Deutéronome : “Il n’y aura point de prostituées parmi les filles d’Israël, ni de libertins parmi les fils d’Israël” ; et dans Tobie : “Garde-toi de toute fornication, et qu’en dehors de ton épouse ta conscience ne te reproche jamais une action criminelle” ; et dans I Cor. : “Fuyez la fornication”.

« Ainsi est écartée l’erreur de ceux qui prétendent que l’éjaculation de la semence n’est pas une faute plus grande que la perte des autres humeurs et que la fornication n’est pas un péché.


123. COMMENT LE MARIAGE DOIT ÊTRE INDISSOLUBLE

« À considérer les choses objectivement, le même argument nous amène à conclure que l’association de l’homme et de la femme, à savoir le mariage, non seulement doit être de longue durée, mais doit se prolonger toute leur vie.

« La finalité de la propriété est la conservation de la vie ; or la vie qui ne peut être conservée dans un père qui demeurerait, est perpétuée dans son fils, comme en une succession, grâce à la ressemblance spécifique ; aussi est-il conforme à la nature que le fils hérite de ce qui appartient à son père. Il est donc naturel que la sollicitude du père vis-à-vis de son fils dure toute sa vie. Par conséquent si, même chez les oiseaux, l’office paternel à l’endroit du fils commande la cohabitation du mâle avec la femelle, l’ordre de la nature, propre à l’espèce humaine, exige que le père et la mère demeurent ensemble toute leur vie.

« Il semble même répugner à l’équité que cette société soit brisée. La femme en effet a besoin d’un mari, non seulement pour engendrer comme les autres animaux, mais encore pour gouverner sa famille : le mari est plus assis dans sa pensée et plus éprouvé dans sa force. Mais la femme est associée à l’homme pour les besoins de la génération. Ainsi sa fécondité et sa beauté disparaissant, elle ne serait plus recherchée par quelque autre. Si donc un homme, prenant une femme en sa jeunesse, alors qu’elle possède beauté et fécondité, la pouvait renvoyer dans un âge plus avancé il causerait à cette femme un dommage, contraire à l’équité naturelle.

« Il est évident qu’une femme ne peut renvoyer son mari : la femme est naturellement soumise à celui-ci comme à son chef, et il n’est pas au pouvoir d’un sujet de se soustraire à la juridiction de son chef. Il est donc contraire à l’ordre naturel que la femme abandonne son mari. Et si celui-ci pouvait quitter celle-là, l’association ne serait plus à part égale entre l’homme et la femme ; celle-ci serait tenue en une certaine servitude.

« Il est naturel aux hommes de rechercher la certitude au sujet de leur paternité ; ainsi l’exige ce fait que l’enfant a besoin d’une direction prolongée de la part de son père. Donc tout ce qui fait obstacle à cette certitude est contraire à l’instinct naturel de l’espèce humaine. Or si un homme pouvait répudier sa femme ou celle-ci son mari, s’ils pouvaient avoir des relations avec d’autres, impossible serait cette certitude ; la femme ayant eu commerce avec l’un, se lierait ensuite avec un autre. Cette séparation d’une femme avec son mari est donc contraire à l’instinct de l’espèce humaine. Dans celle-ci il ne suffit donc point d’une longue cohabitation entre mari et femme ; elle doit être unique.

« Plus fervente est une amitié, plus elle est solide et durable. Or entre mari et femme existe, semble-t-il, la plus grande des amitiés : ils sont unis en effet non seulement en vue de l’union charnelle qui, même chez les animaux, crée une certaine douceur d’intimité, mais en vue de toute une vie d’intimité familiale. Le signe en est que pour son épouse l’homme doit quitter même son père et sa mère comme il est dit dans la Genèse. Il est donc normal que le mariage soit absolument indissoluble.

« On considérera en outre que parmi les actes de nature, seule la génération a pour fin le bien commun : manger, se libérer des humeurs superflues sont en effet d’ordre individuel, tandis que la génération ressortit à la conservation de l’espèce. Puisque la loi trouve sa raison d’être dans le bien commun, ce qui relève de la génération apparaît comme une matière privilégiée des lois divines et humaines. Or les lois positives humaines ont leur principe dans l’instinct de la nature, comme dans la démonstration scientifique toute nouvelle lumière prend son origine dans les principes connus naturellement. Quant aux lois divines, non seulement elles éclairent l’instinct de la nature, mais encore elles suppléent à ses déficiences, comme tout ce qui est divinement révélé dépasse les capacités de la raison naturelle. Donc puisque l’instinct naturel appelle une cohabitation unique de l’homme avec la femme et la cohabitation d’un seul avec une seule, la loi humaine le devait prescrire. La loi divine y ajoute une raison surnaturelle puisée dans le symbolisme de l’union indissoluble du Christ avec l’Église qui est ’union d’un seul avec une seule. Ainsi les désordres en cet acte de la génération répugnent à l’instinct naturel et transgressent les lois divines et humaines, c’est pourquoi en cette matière le péché est plus grave que dans la nourriture et autre chose semblable.

« Il est encore nécessaire que tout soit subordonné à ce qu’il y a de meilleur dans l’homme ; aussi dans leurs dispositions, concernant l’union de l’homme et de la femme, les lois n’ont pas seulement en vue la génération des enfants, comme ce serait le cas pour les animaux, mais toute la vie vertueuse que régit la droite raison, qu’il s’agisse de l’homme envisagé en soi ou comme partie de la famille domestique ou de la société civile. À cette vie vertueuse appartient la cohabitation unique de l’homme et de la femme. L’amour entre deux êtres est en effet d’autant plus fidèle qu’ils se savent indissolublement unis ; plus fervente est encore leur sollicitude réciproque sur le plan familial du fait qu’ils prévoient devoir toujours demeurer dans la possession de richesses communes. Pareillement sont écartées les causes de discordes qui, si l’homme pouvait renvoyer sa femme, ne manqueraient pas de surgir entre lui et les proches de celle-ci ; ainsi l’amour dans la parenté est-il renforcé. Enfin sont supprimées les occasions d’adultère qui naîtraient du fait que l’homme pourrait répudier sa femme et vice versa ; cela ouvrirait en effet une voie facile pour ébranler les autres unions matrimoniales.

« C’est pourquoi il est dit dans Matthieu et dans I Cor. : “Je vous le dis, que la femme ne quitte pas son mari”.

« Ainsi est condamnée la coutume de répudier les femmes. Ce fut pourtant permis aux Juifs dans l’Ancienne Loi à cause de leur dureté, prêts qu’ils étaient à tuer leur femme. Un moindre mal fut toléré pour en éviter un plus grand.


124. COMMENT LE MARIAGE DOIT ÊTRE D’UN SEUL AVEC UNE SEULE

« Il est à remarquer également qu’il est naturel aux animaux qui usent du coït de ne pas supporter de partager leur comparse avec un autre, aussi le coït est-il chez eux la cause de batailles. De cela une raison vaut pour tous : chaque animal veut jouir à son gré du plaisir du coït comme de celui de la nourriture ; et cette liberté serait limitée, si plusieurs mâles entreprenaient une seule femelle et vice versa, de même qu’un animal est empêché de jouir en liberté de sa nourriture si un autre lui ravit ce qu’il voulait manger. Ainsi pour la nourriture et pour le coït les animaux se battent-ils pareillement. Chez les hommes il est une raison particulière : on l’a dit, l’homme veut naturellement être sûr de sa paternité, et il ne pourrait obtenir cette certitude si plusieurs hommes étaient admis auprès d’une seule femme. C’est donc dans l’instinct de la nature que cette loi d’un seul avec une seule prend son origine.

« Toutefois on notera une différence entre ces raisons. L’une et l’autre expliquent qu’une femme ne puisse avoir plusieurs maris ; mais qu’un mari ne puisse avoir plusieurs femmes, la seconde ne le prouve pas : de ce qu’un mari ait des relations avec plusieurs femmes, il n’en est pas moins sûr de sa paternité. La première raison au contraire garde sa valeur. De même en effet que le mari perd la liberté d’user à son gré de sa femme si celle-ci connaît un autre homme, la femme perd pareillement la sienne si le mari connaît plusieurs femmes. Et parce que la certitude de la paternité est le bien principal, recherché dans le mariage, aucune loi ou coutume humaine n’a toléré la polyandrie. Les anciens Romains estimaient également la polyandrie anormale, eux dont Valerius Maximus nous rapporte qu’ils récusaient la dissolution du lien conjugal même pour cause de stérilité.

« Chez tous les animaux où le père s’occupe de ses petits, il n’y a qu’un mâle pour une femelle : ainsi chez les oiseaux où l’un et l’autre nourrissent leurs oisillons. Un seul mâle ne suffirait pas en effet s’il devait prêter son concours à l’élevage de la progéniture de plusieurs femelles. Mais chez les animaux où le mâle n’a aucunement cure de ses petits, il va indifféremment avec plusieurs femelles et la femelle avec plusieurs mâles ; tels les chiens, les poules et autres animaux semblables. Dans l’espèce humaine au contraire le mâle porte mieux que chez les autres animaux la charge de sa postérité ; aussi est-il manifestement naturel chez l’homme qu’il n’y ait qu’un mari pour une seule femme et vice versa.

« L’amitié s’établit en une certaine égalité. Or s’il n’était pas permis à la femme d’avoir plusieurs maris parce que cela infirmerait la certitude de la paternité, tandis qu’il serait licite à l’homme d’avoir plusieurs femmes, l’amour de la femme ou de son mari ne serait plus un amour libre, mais quasi servile. Et l’expérience le prouve : quand les hommes possèdent plusieurs femmes, celles-ci sont quasi des servantes.

« Un amour fervent ne s’étend pas à de nombreuses personnes, comme le prouve le Philosophe. Si donc la femme n’avait qu’un mari tandis que celui-ci posséderait plusieurs femmes, l’amour ne serait plus égal de part et d’autre. Ce ne serait plus un amour libre, mais un amour d’une certaine manière contraint.

« On l’a dit, le mariage doit chez les hommes être ainsi ordonné qu’il favorise la vie vertueuse. Or la vertu ne supporte pas qu’un seul homme possède plusieurs femmes ; il s’ensuivrait des discordes dans la société domestique, comme le prouve l’expérience. Il n’est donc pas sage qu’un seul homme ait plusieurs femmes.

« C’est pourquoi il est dit dans la Genèse : “Ils seront deux en une seule chair”.

« Par là sont condamnées la coutume de la polyandrie et l’opinion de Platon affirmant que les femmes devaient être possédées en commun, opinion que dans la Nouvelle Loi admettait Nicolas, l’un des sept diacres. »

S. Thomas d’Aquin, Somme contre les Gentils, III, 122-124 (traduction par Marie-Joseph Gerlaud, Paris, Cerf, 1993, pp. 677-684).