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364.66 Peine capitale (peine de mort)

« Faut-il tuer pour empêcher qu’il n’y ait des méchants ? c’est en faire deux au lieu d’un : Vince in bono malum [Rm 12 21]. »

Pascal (Blaise), Pensées, n. 911 [Paris, Librairie générale française, collection « Le livre de poche » (n. 823), 1972 (édition 1994), p. 425].

« Toute les questions morales n’ont pas le même poids que l’avortement et l’euthanasie. Par exemple, si un catholique n’était pas d’accord avec le Saint-Père sur l’application de la peine capitale ou sur la décision de faire la guerre, il ne serait pas considéré, pour cette raison, indigne de recevoir la sainte communion. Alors que l’Église exhorte les autorités à rechercher la paix, et non la guerre, et à faire preuve de retenue et d’indulgence dans l’application de punitions aux criminels, il peut toujours être permis de prendre les armes pour repousser un agresseur ou avoir recours à la peine capitale. Il peut légitimement exister une grande diversité d’opinion, même parmi les catholiques en ce qui concerne la décision de faire la guerre ou l’application de la peine de mort, mais pas pour ce qui est de l’avortement ou de l’euthanasie. »

Ratzinger (Joseph), « Être digne de recevoir la sainte communion : principes généraux », La Documentation catholique, n. 2322, 17 octobre 2004, pp. 880-881.

COMMENT LES JUGES PEUVENT PORTER DES PEINES

« Il en est qui font peu de cas des peines infligées par Dieu : immergés dans le sensible, ils n’ont cure que de ce qu’ils voient ; aussi la divine Providence a-t-elle disposé que sur terre des hommes imposeraient aux autres le respect de la justice par des peines sensibles et présentes. Il est manifeste que ces hommes ne pèchent pas en punissant les méchants. Nul ne pèche en effet qui pratique la justice, et il est juste que les méchants soient punis puisque par la peine, la faute rentre dans l’ordre. Les juges ne pèchent donc pas en punissant les méchants.

« Les hommes qui sur terre sont constitués en dignité au-dessus des autres, sont les exécuteurs de la divine Providence : Dieu en effet, d’après l’ordre de sa Providence, dirige les êtres inférieurs par les êtres supérieurs. Or personne ne pèche en obéissant à l’ordre de la Providence divine, et cet ordre comporte que les bons soient récompensés et les méchants punis. Les hommes qui ont autorité sur les autres, ne pèchent donc pas en récompensant les bons et en punissant les méchants.

« Le bien n’a pas besoin du mal, c’est le contraire qui est vrai. Ce qui est nécessaire au maintien du bien, ne peut donc être mauvais de soi. Or, pour assurer la paix parmi les hommes, il faut que des peines soient infligées aux mauvais. Ce n’est donc pas un mal de soi que de punir ceux-ci.

« Le bien commun l’emporte sur le bien particulier, aussi convient-il de sacrifier celui-ci à celui-là. Puisque la paix entre les hommes est compromise par quelques hommes dangereux, il faut les retirer de la société des hommes.

« La santé qui consiste en un certain équilibre des humeurs, est le but de l’activité du médecin, de même la paix, qui réside dans la concorde entre les hommes, appuyée sur l’ordre, est-elle le but poursuivi par le chef de la cité. Or le médecin ampute sagement et utilement un membre gangrené si, à cause de ce membre, tout le corps court le risque de gangrène. Le chef de la cité met donc à mort justement et sans péché les hommes dangereux afin que la paix de la cité ne soit pas troublée.

« C’est pourquoi l’Apôtre dit : “Ne savez-vous pas qu’un peu de levain fait lever toute la masse ?” Et peu après : “Retranchez le méchant du milieu de vous”. Et il est dit au sujet du pouvoir terrestre : “Ce n’est pas en vain qu’il porte l’épée, étant ministre de Dieu pour tirer vengeance de celui qui fait le mal”. Et : “Soyez donc soumis à toute institution humaine à cause du Seigneur, soit au roi, comme souverain, soit aux gouverneurs comme délégués par lui pour faire justice des malfaiteurs et approuver les gens de bien”.

« Ainsi, on écarte l’erreur de ceux qui prétendent que les punitions corporelles sont illicites. Ils trouvent un fondement à leur erreur dans ce mot : “Tu ne tueras pas”. Ils recourent encore à cette réponse du Seigneur aux serviteurs qui voulaient séparer l’ivraie du bon grain : “Laissez-les croître l’un et l’autre jusqu’à la moisson”. Or l’ivraie symbolise les fils du mal et la moisson la fin du monde, comme il est dit en cet endroit. Les méchants ne doivent donc pas être arrachés par la mort du milieu des bons.

« Ils disent encore que tant qu’il est en ce monde, l’homme est susceptible d’amendement ; il ne faut donc pas l’arracher à ce monde par la mort, mais l’y garder pour qu’il fasse pénitence.

« Ces raisons sont sans consistance. La loi qui dit : “Tu ne tueras pas”, ajoute un peu plus bas : “Ne souffre pas que le malfaiteur vive”, ce qui laisse comprendre que l’on défend la mort injuste des hommes. Ce qui apparaît encore des paroles du Seigneur. Après avoir dit : “Vous avez entendu qu’il fut dit aux Anciens : Vous ne tuerez pas”, il ajoute : “Mais moi je vous dis : que quiconque se mettra en colère contre son frère, etc.”. Ce qui nous invite à comprendre que cette mort est injuste dont la cause serait la colère et non le zèle de la justice. Et quand le Seigneur dit : “Laissez croître l’un et l’autre jusqu’à la moisson”, il faut l’entendre d’après ce qui suit : “De crainte que, recueillant l’ivraie, vous n’arrachiez en même temps le froment”. La mort des méchants serait alors interdite, si les bons étaient de ce fait en péril : ce qui arrive souvent si des péchés manifestes ne distinguent les méchants d’avec les bons, ou s’il est à craindre que les mauvais n’entraînent après eux beaucoup de bons.

« Le fait enfin que tant qu’ils vivent, les méchants peuvent s’amender, n’empêche pas qu’ils puissent être mis justement à mort, car le risque que fait courir leur vie est plus grand et plus certain que le bien attendu de cet amendement. D’ailleurs, à l’article de la mort elle-même ils ont la faculté de se convertir à Dieu par la pénitence. Et s’ils sont à ce point obstinés que jusque dans la mort leur cœur ne renonce pas au mal, on peut croire avec grande probabilité qu’ils ne reviendront jamais à résipiscence. »

S. Thomas d’Aquin, Somme contre les gentils, III, cxlvi (traduction par Marie-Joseph Gerlaud, Paris, Cerf, 1993, pp. 735-736).