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700.1 Philosophie et théorie des arts

ἡ τέχνη μιμεῖται τὴν φύσιν.

« L’art imite la nature. »

Aristote, Physique, II, 2, § 11, 194a21 (traduction par Pierre Pellegrin, Paris, Flammarion, 2000, p. 124).

Ὅλως δὲ ἡ τέχνη τὰ μὲν ἐπιτελεῖ ἃ ἡ φύσις ἀδυνατεῖ ἀπεργάσασθαι, τὰ δὲ μιμεῖται.

« D’une manière générale, l’art, dans certains cas parachève ce que la nature n’a pas la puissance d’accomplir, dans d’autres cas il imite la nature. »

Aristote, Physique, II, 8, § 6, 199a15 (traduction par Pierre Pellegrin, Paris, Flammarion, 2000, p. 152).

« Pour devenir un grand artiste, quand on est doué, il faut en apprenant le métier purifier son âme, y établir l’amour de Dieu. »

Calvet (Jean-Antoine), La littérature religieuse de François de Sales à Fénelon, Paris, del Duca, collection « Histoire de la littérature française » (tome V), 1956 (édition 1967), p. 426.

« “La lampe de ton corps, c’est ton œil… dès qu’il est malade, tout est ténèbre. Vois donc si la lumière qui est en toi n’est pas ténèbre” (Luc 11 34-35). Il y a ici toute une philosophie de l’art. L’œil ne capte pas seulement, il émet et éclaire. C’est la terrible liberté de tout artiste de transformer le monde à son image, d’y projeter le paysage dévasté, les ténèbres de sa propre âme, d’imposer aux autres la vision d’une immense latrine où grouillent les monstres désarticulés… »

Evdokimov (Paul), L’orthodoxie, Paris, Desclée De Brouwer, collection « Théophanie », 1979, p. 231.

« La liturgie nous enseigne aujourd’hui plus qu’hier que l’art se décompose non pas parce qu’il est enfant de son siècle et parce qu’il est pécheur, mais parce qu’il est démoniaque dans son renoncement à ses fonctions sacerdotales, dans son refus luciférien d’accomplir le sacrement : de faire l’art théophanique. »

Evdokimov (Paul), L’orthodoxie, Paris, Desclée De Brouwer, collection « Théophanie », 1979, p. 233.

« Comme jadis l’instituteur républicain, l’artiste d’avant-garde s’est donné pour tâche d’achever la grande Révolution, d’extirper jusque dans les cœurs, dans l’intimité du goût, les dernières survivances de la tradition. Spécialité française, l’avant-gardisme partage avec l’anticléricalisme, auquel il s’apparente dans la forme, ce souci d’éradiquer les relents du passé pour valoriser le nouveau en tant que tel. Et c’est dans ce mouvement qu’il fut conduit à exalter la subjectivité, à cultiver l’originalité pour l’originalité. »

Ferry (Luc), L’homme-Dieu ou le Sens de la vie, Paris, Grasset, 1996, p. 209.

« [Les] personnes engagées dans [le monde du spectacle] ont la grande responsabilité de proposer, en même temps qu’un joyeux divertissement, des messages positifs, moralement sains, capables d’insuffler la confiance et l’amour de la vie. »

Jean-Paul II, Lettre apostolique Novo Millennio Ineunte, 6 janvier 2001, n. 10 (La Documentation catholique, n. 2240, 21 janvier 2001, p. 72).

« [Je ne partage pas l’idée] que l’art ayant comme domaine toute la réalité, l’artiste peut légitimement et librement raconter, peindre, décrire tout, même le mal. L’artiste peut, oui, représenter le mal, mais de façon que le mal apparaisse comme un mal à fuir, et qu’il ne soit pas pris pour un bien, qu’il ne soit pas embelli et ne pousse pas les gens à le répéter et à l’imiter. »

Luciani (Albino), Humblement vôtre, traduit de l’italien par Michel Pochet, Paris, Nouvelle cité, 1978, p. 59.

ἆρ᾽ οὖν τοῖς ποιηταῖς ἡμῖν μόνον ἐπιστατητέον καὶ προσαναγκαστέον τὴν τοῦ ἀγαθοῦ εἰκόνα ἤθους ἐμποιεῖν τοῖς ποιήμασιν ἢ μὴ παρ᾽ ἡμῖν ποιεῖν, ἢ καὶ τοῖς ἄλλοις δημιουργοῖς ἐπιστατητέον καὶ διακωλυτέον τὸ κακόηθες τοῦτο καὶ ἀκόλαστον καὶ ἀνελεύθερον καὶ ἄσχημον μήτε ἐν εἰκόσι ζῴων μήτε ἐν οἰκοδομήμασι μήτε ἐν ἄλλῳ μηδενὶ δημιουργουμένῳ ἐμποιεῖν, ἢ ὁ μὴ οἷός τε ὢν οὐκ ἐατέος παρ᾽ ἡμῖν δημιουργεῖν;

« Les poètes sont-ils les seuls qu’il nous faille surveiller et contraindre à n’offrir dans leurs poèmes que des modèles de bonnes mœurs, sinon, à ne point composer parmi nous, ou devrons-nous contrôler aussi les autres artistes, et les empêcher d’imiter le vice, l’intempérance, la bassesse, l’indécence, soit dans la peinture des êtres vivants, soit dans l’architecture, soit dans tout autre genre d’image, ou, s’ils ne peuvent faire autrement, leur interdire de travailler chez nous ? »

Platon, La République, III, 401b (traduction d’Émile Chambry, Paris, Gonthier, collection « Bibliothèque Médiations », 1971, p. 92).

« Souvenons-nous […] de la théorie de l’art que développe le Livre de l’Exode à l’occasion de la construction de la tente sacrée. Trois éléments sont essentiels ici. Les artistes ne découvrent pas par eux-mêmes ce qui pourrait être digne de Dieu et beau. L’homme n’est pas capable de le découvrir par lui-même. C’est Dieu qui communique à Moïse jusque dans le détail la forme et la disposition du sanctuaire. La création artistique reproduit le modèle montré par Dieu lui-même. Elle suppose le regard intérieur sur l’archétype. Elle est la transposition dans le monde sensible d’une contemplation. La création artistique, telle que la voit l’Ancien Testament, est fondamentalement différente de la créativité telle que la conçoit le monde moderne. Ce que nous qualifions aujourd’hui de créativité consiste à faire ce qui n’a encore jamais été fait ou pensé par un autre, l’invention de ce qui nous est totalement propre et totalement nouveau. La création artistique, dans le sens du Livre de l’Exode, est, au contraire, un “regarder-avec-Dieu”, une participation à son activité créatrice ; elle revient à faire apparaître la beauté déjà présente à l’état latent dans la création. Cette façon de voir n’enlève rien à la dignité de l’artiste, mais la fonde. C’est ainsi que nous lisons aussi que “le Seigneur a appelé par son nom Beçalel” le maître d’œuvre dans l’édification du sanctuaire (Ex 35 30). La même expression vaut pour l’artiste et pour le prophète. Les artistes sont présentés comme des hommes “en qui le Seigneur a mis sagesse et intelligence pour savoir exécuter tous les travaux du service du sanctuaire” (Ex 36 1). Enfin, troisième élément, “leur cœur les porte à leur travail” (Ex 36 2). »

Ratzinger (Joseph), Un chant nouveau pour le Seigneur. La foi dans le Christ et la liturgie aujourd’hui, traduit de l’allemand par Joseph Feisthauer, Paris, Desclée, 1995, pp. 139-140.

« Nous apparaît […] inconciliable avec les présupposés bibliques cet esthétisme hybride qui dénie à l’art toute fonction de service, pour qui l’art ne saurait donc avoir d’autre fin ni d’autre critère que lui-même. Cette prétention conduit logiquement à l’absence nihiliste de tout critère et produit dès lors des parodies nihilistes de l’art, mais n’ouvre pas sur une nouvelle créativité. La philosophie qui est à l’œuvre ici nie la condition de créature qui est celle de l’homme, qu’elle voudrait élever au rang de pur créateur. Mais ce faisant elle le conduit dans la non-vérité, dans la contradiction avec son être propre. Mais la non-vérité conduit toujours à la mort du créatif. […] Dans le tournant idéaliste qu’a pris la philosophie, l’esprit humain n’est plus d’abord réceptif – il ne reçoit plus, il n’est plus que productif. Dans la radicalisation existentialiste de cette ligne de pensée, l’existence humaine n’est plus précédée par quelque porteur de sens que ce soit. L’homme procède d’une facticité dépourvue de sens et il est jeté dans une liberté tout aussi absurde. Il devient ainsi pur créateur, mais sa création devient pur arbitraire, et donc vide total. Mais d’après la foi chrétienne il est de la nature de l’homme de procéder de l’“art” de Dieu, de faire lui-même partie de l’art de Dieu : sa perception lui permet de penser et de contempler les idées créatrices avec Dieu et de les traduire dans la sphère du visible et de l’audible. S’il en est ainsi, le service n’est pas étranger à l’art ; il ne devient même art que dans la mesure où il sert le Plus-Haut. […] Les trois conditions de l’art véritable posées par le Livre de l’Exode s’imposent toujours : l’artiste doit être porté au travail par son cœur ; il doit avoir l’intelligence, la connaissance, c’est-à-dire la compétence, le savoir-faire ; et il doit avoir perçu ce que le Seigneur lui-même a montré. »

Ratzinger (Joseph), Un chant nouveau pour le Seigneur. La foi dans le Christ et la liturgie aujourd’hui, traduit de l’allemand par Joseph Feisthauer, Paris, Desclée, 1995, pp. 143-144.

« Si les valeurs spirituelles priment sur les valeurs esthétiques, alors une œuvre d’art (roman, film, tableau) devra être appréciée avant tout parce qu’elle “édifie”, élève l’âme, illustre la grandeur des valeurs morales, au détriment des considérations sur ses qualités esthétiques intrinsèques ; une telle théorie constitue la meilleure justification du pompiérisme ou de l’art saint-sulpicien, et par son aveuglement idéologique, elle a peu de chances d’honorer vraiment la création artistique dont elle méconnaît la nature et la rigueur, puisqu’elle la subordonne à autre chose que soi. Qu’un jugement de goût ne puisse pas écarter ces considérations morales et spirituelles, certes, mais un film par exemple vaut d’abord parce qu’il est un beau film, fait selon les règles de l’art ; c’est d’ailleurs ainsi qu’il respecte les valeurs spirituelles et morales, et non en invoquant à tout bout de champ la morale ou la religion… Faute de se convaincre de cette vérité, on introduit en art un principe qui lui est extérieur, et posant la valeur spirituelle ou morale plus haut que tout, on relativise ou annihile la valeur esthétique de l’œuvre. »

Valadier (Paul), L’Anarchie des valeurs. Le relativisme est-il fatal ?, Paris, Albin Michel, 1997, pp. 162-163.