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841.8 Baudelaire (Charles)

BAUDELAIRE (Charles)

« Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

« À peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d’eux.

« Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid !
L’un agace son bec avec un brûle-gueule,
L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait !

« Le Poëte est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher. »

Baudelaire Charles, « L’Albatros », Les Fleurs du Mal, CIV (Paris, Librairie Générale Française, collection « Le Livre de poche », 1972, édition 1983, pp. 179-180).

« Pauvre ange, elle chantait, votre note criarde :
“Que rien ici-bas n’est certain,
Et que toujours, avec quelque soin qu’il se farde,
Se trahit l’égoïsme humain ;

[…]

« Que bâtir sur les cœurs est une chose sotte ;
Que tout craque, amour et beauté,
Jusqu’à ce que l’Oubli les jette dans sa hotte
Pour les rendre à l’Éternité !” »

Baudelaire Charles, « Confession », Les Fleurs du Mal, XLI (Paris, Librairie Générale Française, collection « Le Livre de poche », 1972, édition 1983, pp. 62-63).

« C’était l’heure où l’essaim des rêves malfaisants
Tord sur leurs oreillers les bruns adolescents. »

Baudelaire Charles, « Le Crépuscule du matin », Les Fleurs du Mal, LXVIII (Paris, Librairie Générale Française, collection « Le Livre de poche », 1972, édition 1983, p. 103).

« Une jeunesse en proie à l’amour vagissant [connaît bien tôt la] fureur des cœurs mûrs par l’amour ulcérés. »

Baudelaire Charles, « Duellum », Les Fleurs du Mal, CVIII (Paris, Librairie Générale Française, collection « Le Livre de poche », 1972, édition 1983, p. 186).

« Célimène roucoule et dit : “Mon cœur est bon,
Et naturellement, Dieu m’a faite très belle.”
– Son cœur ! cœur racorni, fumé comme un jambon,
Recuit à la flamme éternelle ! »

Baudelaire Charles, « L’imprévu », Les Fleurs du Mal, CXLIII (Paris, Librairie Générale Française, collection « Le Livre de poche », 1972, édition 1983, p. 250).

« L’homme a, pour payer sa rançon,
Deux champs au tuf profond et riche,
Qu’il faut qu’il remue et défriche
Avec le fer de la raison ;

« Pour obtenir la moindre rose,
Pour extorquer quelques épis,
Des pleurs salés de son front gris
Sans cesse il faut qu’il les arrose,

« L’un est l’Art, et l’autre l’Amour. »

Baudelaire Charles, « La rançon », Les Fleurs du Mal, CXLIV (Paris, Librairie Générale Française, collection « Le Livre de poche », 1972, édition 1983, p. 253).

« La femme, esclave vile, orgueilleuse et stupide,
Sans rire s’adorant et s’aimant sans dégoût.
L’homme, tyran goulu, paillard, dur et cupide,
Esclave de l’esclave et ruisseau dans l’égout. »

Baudelaire Charles, « Le voyage », VI, Les Fleurs du Mal, CIII (Paris, Librairie Générale Française, collection « Le Livre de poche », 1972, édition 1983, p. 175).

« Ô Mort, vieux capitaine, il est temps ! levons l’ancre !
Ce pays nous ennuie, ô Mort ! Appareillons !
Si le ciel et la mer sont noirs comme de l’encre,
Nos cœurs que tu connais sont remplis de rayons !

« Verse-nous ton poison pour qu’il nous réconforte !
Nous voulons, tant ce feu nous brûle le cerveau,
Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu’importe ?
Au fond de l’Inconnu pour trouver du nouveau ! »

Baudelaire Charles, « Le voyage », VIII, Les Fleurs du Mal, CIII (Paris, Librairie Générale Française, collection « Le Livre de poche », 1972, édition 1983, p. 177).

« Il ne faut jamais présenter [au public] des parfums délicats qui l’exaspèrent, mais des ordures soigneusement choisies. »

Baudelaire Charles, « Le chien et le flacon », Le Spleen de Paris, VIII (Paris, Bookking International, collection « Classiques français », 1995, p. 24).

« Celui-là seul est l’égal d’un autre qui le prouve, et celui-là seul est digne de la liberté, qui sait la conquérir. »

Baudelaire Charles, « Assommons les pauvres », Le Spleen de Paris, XLIX (Paris, Bookking International, collection « Classiques français », 1995, p. 135).