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843.9 Bernanos (Georges)

BERNANOS (Georges)

« Il est moins difficile d’être ami que d’être père… »

Bernanos (Georges), Dialogues des Carmélites, Paris, Seuil, 1949, p. 28.

« Ce n’est pas assez dire que la Science n’a moralisé personne, elle a même démoralisé les savants. »

Bernanos (Georges), Français, si vous saviez (1945-1948), Paris, Gallimard, collection « Idées », 1961 (édition 1969), p. 162.

« Il importe moins à l’homme de connaître la Nature que de se connaître lui-même, moins de dominer la Nature que de se dominer lui-même. Car s’il n’y réussit pas, il est perdu. »

Bernanos (Georges), Français, si vous saviez (1945-1948), Paris, Gallimard, collection « Idées », 1961 (édition 1969), p. 163.

« Il n’y a pas de miséricorde sans justice, la vraie miséricorde n’est pas un compromis avec la justice, mais la justice au degré le plus éminent. La miséricorde ne se fonde que sur une connaissance de soi sans défaillance ni complaisance. »

Bernanos (Georges), Français, si vous saviez (1945-1948), Paris, Gallimard, collection « Idées », 1961 (édition 1969), p. 276.

« Un cadavre est essentiellement, cela va sans dire, une chose inanimée, au sens exact du mot, privée d’âme. Mais ce n’est pas une chose inerte. Le cadavre est au contraire tout frémissant, tout vibrant, tout grouillant de mille combinaisons nouvelles, dont l’absurde diversité se retrace dans les diaprures et les chatoiements de la pourriture. Ces histoires ne sont pourtant pas une histoire. Le cadavre en décomposition ressemble beaucoup – si un cadavre peut ressembler à quelque chose – à un monde où l’économique l’a emporté décidément sur le politique, et qui n’est plus qu’un système d’intérêts antagonistes inconciliables, un équilibre sans cesse détruit dont le point doit être cherché toujours plus bas. Le cadavre est beaucoup plus instable que le vivant, et si le cadavre pouvait parler, il se vanterait certainement de cette révolution, de cette évolution accélérée qui se traduit par des phénomènes impressionnants, par des écoulements et des gargouillements sans nombre, une fonte générale des tissus dans une égalité parfaite, il ferait honte au vivant de sa relative stabilité, il le traiterait de conservateur. Oui, certes, il se passe beaucoup de choses, énormément de choses à l’intérieur, ou même à l’extérieur d’un cadavre, et si nous demandions leur avis aux vers, et qu’ils fussent capables de nous le donner, ils se diraient engagés dans une prodigieuse aventure, la plus hardie, la plus totale des aventures, une expérience irréversible. Et pourtant, il n’en est pas moins vrai qu’un cadavre n’a pas d’histoire ou – si vous aimez mieux – son histoire est une histoire admirablement conforme à la dialectique matérialiste de l’Histoire. Il ne s’y trouve pas de place pour la liberté, sous quelque forme que ce soit. Le déterminisme y est absolu. L’erreur du ver de cadavre, aussi longtemps que son cadavre le nourrit, est de prendre une liquidation pour l’Histoire. »

Bernanos (Georges), Français, si vous saviez (1945-1948), Paris, Gallimard, collection « Idées », 1961 (édition 1969), pp. 278-279.

« Il n’y a pas deux France [de droite et de gauche], au sens exact du mot, pour la raison qu’il n’y a plus une France de droite, une doctrine de droite, une conception, si j’ose dire, “droitière” de l’Histoire. Historiquement, politiquement, la France de droite n’existe plus. À l’opposé des extrémistes de gauche, il y a les modérés de gauche, et quand ces derniers passent eux aussi pour extrémistes, c’est qu’ils sont “extrêmement modérés”. Modérés à l’extrême. En somme, tout le monde marche vers la gauche, c’est-à-dire vers une socialisation totalitaire, mais il y en a qui ne tiennent pas à aller vite et, de temps en temps, sous un prétexte ou sous un autre, marquent le pas. Encore une telle image risque-t-elle de fausser l’esprit. Car tous ces gens-là ne se meuvent pas, ils sont mus. Il serait plus exact de dire que si les uns vont plus rapidement que les autres, c’est qu’ils se trouvent au milieu de la rivière, là où le courant est plus rapide, tandis que les autres glissent lentement le long des berges. »

Bernanos (Georges), Français, si vous saviez (1945-1948), Paris, Gallimard, collection « Idées », 1961 (édition 1969), pp. 282-283.

« Que vous servirait de fabriquer la vie même, si vous avez perdu le sens de la vie ? »

Bernanos (Georges), Journal d’un curé de campagne, Paris, Plon, 1936 (édition 1951), p. 29.

« Il est dur d’être seul, plus dur encore de partager sa solitude avec des indifférents ou des ingrats. »

Bernanos (Georges), Journal d’un curé de campagne, Paris, Plon, 1936 (édition 1951), p. 45.

« [Le] peuple juif, macéré dans son orgueil comme un mort dans les aromates. »

Bernanos (Georges), Journal d’un curé de campagne, Paris, Plon, 1936 (édition 1951), p. 64.

« Je n’ai jamais été jeune parce que personne n’a voulu l’être avec moi. »

Bernanos (Georges), Journal d’un curé de campagne, Paris, Plon, 1936 (édition 1951), p. 256.

« Pour n’être pas ridicule dans le bonheur, il faut l’avoir appris dès le premier âge, lorsqu’on n’en pouvait même pas balbutier le nom. Je n’aurais jamais, fût-ce une seconde, cette sûreté, cette élégance. Le bonheur ! Une sorte de fierté, d’allégresse, une espérance absurde, purement charnelle, la forme charnelle de l’espérance, je crois que c’est ce qu’ils appellent le bonheur. »

Bernanos (Georges), Journal d’un curé de campagne, Paris, Plon, 1936 (édition 1951), p. 257.

« Les plus beaux poèmes ne valent pas, pour un être vraiment épris, le balbutiement d’un aveu maladroit. »

Bernanos (Georges), Journal d’un curé de campagne, Paris, Plon, 1936 (édition 1951), p. 318.

« Dans un pays où la noblesse avait eu tant de prestige, n’ayant à présenter pour parchemins que ses titres de propriété, [le bourgeois] a fait de la propriété un droit sacré, un droit divin, au lieu que le christianisme l’avait définie simplement comme une charge ou comme un devoir. Fondant sa puissance sur le contrôle presque absolu du travail par le capital, il a fait du travail une religion. Nos braves ancêtres, eux, considéraient tout bonnement le travail ainsi qu’une obligation punitive, une expiation du péché originel. Le bourgeois l’a mis pieusement sur les autels, aux côtés de la propriété. “Travailler, c’est prier”, pouvait-il répondre sentencieusement au mineur, au tisserand qui réclamait timidement la liberté de son repos dominical. Enfin, soucieux de maintenir les salaires au taux le plus bas mais de rassurer toutefois sa conscience en proposant aux ouvriers une chance d’enrichissement qui ne risquât pas de diminuer ses propres bénéfices, il a fait de l’épargne la troisième personne de la Sainte Trinité : Propriété, Travail, Épargne. »

Bernanos (Georges), Lettre aux Anglais, Paris, Gallimard, collection « Points Littérature », 1946 (édition 1984), p. 91.

« Le pessimiste et l’optimiste s’accordent à ne pas voir les choses telles qu’elles sont. L’optimiste est un imbécile heureux, le pessimiste un imbécile malheureux. »

Bernanos (Georges), La liberté pour quoi faire ?, Paris, Gallimard, collection « Idées », 1953 (édition 1972), p. 15.

« Une pensée qui n’agit pas n’est pas grand chose, et une action qui ne pense pas, ce n’est rien. »

Bernanos (Georges), La liberté pour quoi faire ?, Paris, Gallimard, collection « Idées », 1953 (édition 1972), p. 16.

« Les imbéciles trouvent ce monde raisonnable parce qu’il est savant, alors que la vie nous démontre tous les jours qu’il est des savants parfaitement déraisonnables, que la science ne confère nécessairement ni le bon sens, ni la vertu. Le monde moderne qui se vante de l’excellence de ses techniques est en réalité un monde livré à l’instinct, je veux dire à ses appétits. Voilà pourquoi il s’oriente de lui-même vers des expériences qui ne semblent si hardies que parce qu’elles ne lui sont nullement proposées par la raison, mais inspirées par l’instinct. »

Bernanos (Georges), La liberté pour quoi faire ?, Paris, Gallimard, collection « Idées », 1953 (édition 1972), p. 32.

« Je ne nie pas que les machines ne soient capables de rendre la vie plus facile. Rien ne prouve qu’elles doivent la rendre plus heureuse. »

Bernanos (Georges), La liberté pour quoi faire ?, Paris, Gallimard, collection « Idées », 1953 (édition 1972), p. 94.

« Chesterton parlait jadis des vertus chrétiennes devenues folles. Il arrive en effet que les vertus chrétiennes deviennent folles. Mais il y a la folie furieuse. Il y a aussi le gâtisme. La résignation chrétienne est une vertu virile, qui suppose un choix raisonné entre le refus et l’acceptation de l’injustice. Elle me semble donc bien loin d’être à la portée de tout le monde. On rencontre le plus souvent à sa place une espèce d’indifférence hébétée au malheur des autres. La résignation chrétienne, il y a des siècles, allait partout la tête haute, les yeux ardents, les mains sagement croisées sur son cœur, vers les échafauds et les bûchers. Elle est assise aujourd’hui les mains pendantes, les yeux vagues au coin d’un feu qui ne la réchauffe pas. Oh ! je sais bien que ces vérités actuelles ne sont pas du goût des pasteurs qui prêchent cette résignation-là comme les prêtres des catacombes prêchaient le martyre. Tant pis ! Lorsqu’ils nous répètent, comme jadis les évêques et les archevêques de la collaboration vichyssoise : “Résignez-vous !…”, nous ne sommes pas dupes, nous savons très bien ce que cela veut dire : “Résignez-vous à avoir des pasteurs tels que nous…” »

Bernanos (Georges), La liberté pour quoi faire ?, Paris, Gallimard, collection « Idées », 1953 (édition 1972), p. 106.

« Si l’on me demande quel est le symptôme le plus général de cette anémie spirituelle [la déchristianisation de l’Europe], je répondrai certainement : l’indifférence à la vérité et au mensonge. Aujourd’hui, la propagande prouve ce qu’elle veut, et on accepte plus ou moins passivement ce qu’elle propose. Oh ! sans doute, cette indifférence masque plutôt une fatigue, et comme un écœurement de la faculté de jugement. Mais la faculté de jugement ne saurait s’exercer sans un certain engagement intérieur. Qui juge s’engage. L’homme moderne ne s’engage plus, parce qu’il n’a plus rien à engager. Appelé à prendre parti pour le vrai ou le faux, le mal ou le bien, l’homme chrétien engageait du même coup son âme, c’est-à-dire en risquait le salut. La croyance métaphysique était en lui une source inépuisable d’énergie. L’homme moderne est toujours capable de juger, puisqu’il est toujours capable de raisonner. Mais sa faculté de juger ne fonctionne pas plus qu’un moteur non alimenté. Aucune pièce du moteur ne manque. Mais il n’y a pas d’essence dans le réservoir.

« À beaucoup de gens, cette indifférence à la vérité et au mensonge paraît plus comique que tragique. Moi, je la trouve tragique. Elle implique une affreuse disponibilité non pas seulement de l’esprit, mais de la personne tout entière, et même de la personne physique. Qui s’ouvre indifféremment au vrai comme au faux est mûr pour n’importe quelle tyrannie. La passion de la vérité va de pair avec la passion de la liberté. Ce n’est pas pour rien qu’on a toujours regardé la liberté de penser comme la plus précieuse, celle dont dépendent toutes les autres. »

Bernanos (Georges), La liberté pour quoi faire ?, Paris, Gallimard, collection « Idées », 1953 (édition 1972), pp. 115-116.

« L’homme moderne est un angoissé. L’angoisse s’est substituée à la foi. »

Bernanos (Georges), La liberté pour quoi faire ?, Paris, Gallimard, collection « Idées », 1953 (édition 1972), p. 141.

« Le premier signe de corruption, dans une société encore vivante, c’est que la fin y justifie les moyens. Mais la preuve que la nôtre n’est plus vivante, c’est que les moyens sont devenus la fin. Ils n’ont ainsi besoin d’aucune justification. »

Bernanos (Georges), La liberté pour quoi faire ?, Paris, Gallimard, collection « Idées », 1953 (édition 1972), p. 183.

« La véritable générosité se mesure à ce qu’on donne et non pas à ce qu’on se laisse prendre. »

Bernanos (Georges), La liberté pour quoi faire ?, Paris, Gallimard, collection « Idées », 1953 (édition 1972), p. 197.

« Qui parle de la Douleur comme d’une intolérable violation de l’âme, ou même d’une absurdité toute pure, est certain de l’approbation des imbéciles. Mais pour un petit nombre de révoltés sincères, combien d’autres qui ne cherchent dans la révolte contre la souffrance qu’une justification plus ou moins sournoise de leur indifférence et de leur égoïsme vis-à-vis de ceux qui souffrent ? Sinon, par quel miracle les hommes qui acceptent le plus humblement, sans le comprendre, ce scandale permanent de la souffrance et de la misère, sont-ils presque toujours ceux qui se dévouent le plus tendrement aux souffrants et aux misérables : saint François d’Assise ou saint Vincent de Paul ? »

Bernanos (Georges), La liberté pour quoi faire ?, Paris, Gallimard, collection « Idées », 1953 (édition 1972), pp. 223-224.

« Là où Dieu vous attend, il vous faudra monter, monter ou vous perdre. »

Bernanos (Georges), Sous le soleil de Satan, I, 2, Paris, Plon, 1926 (édition 1994 : collection « Pocket »), p. 88.

« Lever les yeux vers la Croix, par laquelle tout est possible. Cette simple pensée, la première dans une âme chrétienne, […] paraît inséparable du sentiment de notre impuissance et de toute véritable humilité. »

Bernanos (Georges), Sous le soleil de Satan, I, 2, Paris, Plon, 1926 (édition 1994 : collection « Pocket »), p. 98.

« Vous n’êtes point né pour plaire, car vous savez ce que le monde hait le mieux, d’une haine perspicace, savante : le sens et le goût de la force. »

Bernanos (Georges), Sous le soleil de Satan, I, 4, Paris, Plon, 1926 (édition 1994 : collection « Pocket »), p. 179.

« Le travail que Dieu fait en nous […] est rarement ce que nous attendons. Presque toujours l’Esprit-Saint nous semble agir à rebours, perdre du temps. Si le morceau de fer pouvait concevoir la lime qui le dégrossit lentement, quelle rage et quel ennui ! C’est pourtant ainsi que Dieu nous use. Certaines vies de saints paraissent d’une affreuse monotonie, un vrai désert. »

Bernanos (Georges), Sous le soleil de Satan, I, 4, Paris, Plon, 1926 (édition 1994 : collection « Pocket »), p. 179.

« Ce qui peut paraître au commun des hommes l’épisode capital n’est le plus souvent, pour l’humble serviteur de Dieu, que l’accessoire. »

Bernanos (Georges), Sous le soleil de Satan, I, 4, Paris, Plon, 1926 (édition 1994 : collection « Pocket »), p. 179.

« L’homme : un grand enfant plein de vices et d’ennui. »

Bernanos (Georges), Sous le soleil de Satan, II, 1, Paris, Plon, 1926 (édition 1994 : collection « Pocket »), p. 195.

« On ne veut que plaire. On ne plaît qu’aux sots, qu’on rassure. »

Bernanos (Georges), Sous le soleil de Satan, II, 5, Paris, Plon, 1926 (édition 1994 : collection « Pocket »), p. 222.

« Les maniaques de la libre pensée sont bien sots de dédaigner à l’église une méthode de psychothérapie qu’ils jugent excellente et nouvelle chez un neurologiste de renom. Ce professeur, dans sa clinique, fait-il autre chose qu’un simple prêtre au confessionnal : provoquer, déclencher la confidence pour suggestionner ensuite, à loisir, un malade apaisé, détendu ? Combien de choses pourrissent dans le cœur, dont ce seul effort délivre ? »

Bernanos (Georges), Sous le soleil de Satan, II, 14, Paris, Plon, 1926 (édition 1994 : collection « Pocket »), pp. 278-279.