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877 Juvénal

Si verum excutias, facies, non uxor amatur. Tres rugae subeant et se cutis arida laxet, fiant obscuri dentes oculique minores : « Collige sarcinulas », dicet libertus, « et exi. Iam gravis es nobis, et sæpe emungeris. Exi ocius et propera, sicco venit altera naso. »

« Va au fond des choses : c’est la figure de sa femme qu’il aime, non sa femme elle-même. Que trois rides se dessinent, que la peau desséchée se distende, que ses dents noircissent et que ses yeux deviennent plus petits : “Faites votre paquet, lui notifiera un affranchi, et partez. Vous nous assommez, vous vous mouchez tout le temps. Allons, dehors ! et plus vite que cela ! Une autre arrive, qui a le nez sec, elle !” »

Juvénal, Satires, VI, 143-148 (traduction par Pierre de Labriolle et François Villeneuve, Paris, Les Belles Lettres, collection des Universités de France, 1921, p. 64).

Nobilitas sola est atque unica virtus.

« La seule et unique noblesse, c’est la vertu. »

Juvénal, Satires, VIII, 20 (traduction par Pierre de Labriolle et François Villeneuve, Paris, Les Belles Lettres, collection des Universités de France, 1921, p. 103).

Summun crede nefas animam praeferre pudori et propter vitam vivendi perdere causas.

« Regarde comme l’infamie suprême de préférer l’existence à l’honneur et de perdre, pour sauver ta vie, ce qui est la raison de vivre. »

Juvénal, Satires, VIII, 83-84 (traduction par Pierre de Labriolle et François Villeneuve, Paris, Les Belles Lettres, collection des Universités de France, 1921, p. 105).

Omne animi vitium tanto conspectius in se crimen habet, quanto major qui peccat habetur.

« Toute perversion de l’âme porte en elle un scandale d’autant plus visible que le coupable est réputé plus grand. »

Juvénal, Satires, VIII, 140-141 (traduction par Pierre de Labriolle et François Villeneuve, Paris, Les Belles Lettres, collection des Universités de France, 1921, p. 107).

Defensor culpae dicet mihi, « Fecimus et nos haec juvenes. » Esto, desisti nempe nec ultra fovisti errorem. Breve sit quod turpiter audes, quædam cum prima resecentur crimina barba. Indulge veniam pueris.

« Un homme indulgent me dira : “Nous en avons fait autant dans notre jeunesse.” Soit, mais assurément tu ne le fais plus, tu n’as pas continué à te complaire dans tes erreurs. Les dérèglements honteux doivent être courts, il y a des fautes qu’on doit retrancher avec la première barbe. Garde ton indulgence pour les petits jeunes gens. »

Juvénal, Satires, VIII, 163-167 (traduction par Pierre de Labriolle et François Villeneuve, Paris, Les Belles Lettres, collection des Universités de France, 1921, p. 108).

Omnibus in terris, quae sunt a Gadibus usque Auroram et Gangen, pauci dinoscere possunt vera bona atque illis multum diversa, remota erroris nebula. Quid enim ratione timemus aut cupimus ? Quid tam dextro pede concipis, ut te conatus non paeniteat votique peracti ? Evertere domos totas optantibus ipsis di faciles.

« Dans tout l’univers, de Gadès au Gange où naît l’Aurore, il n’est que bien peu d’hommes qui, dissipant les nuages de l’illusion, sachent discerner les biens véritables de ceux qui leur sont tout à fait contraires. Quand la raison règle-t-elle nos craintes ou nos désirs ? Quel projet formé avec assez de bonheur pour qu’on n’ait pas à se repentir de l’avoir entrepris et poussé à bout ? Rien qu’à exaucer leurs souhaits, les dieux trop faciles ont ruiné des familles entières. »

Juvénal, Satires, X, 1-8 (traduction par Pierre de Labriolle et François Villeneuve, Paris, Les Belles Lettres, collection des Universités de France, 1921, p. 124).

Tanto major famae sitis est quam virtutis. Quis enim virtutem amplectitur ipsam, praemia si tollas ?

« Tant il est vrai qu’on a plus soif de gloire que de vertu ! Ôtez le profit : qui donc embrasse la vertu pour elle-même ? »

Juvénal, Satires, X, 140-142 (traduction par Pierre de Labriolle et François Villeneuve, Paris, Les Belles Lettres, collection des Universités de France, 1921, p. 129).

Rara est adeo concordia formae atque pudicitiae.

« Il est si rare que beauté et pudeur aillent ensemble ! »

Juvénal, Satires, X, 297-298 (traduction par Pierre de Labriolle et François Villeneuve, Paris, Les Belles Lettres, collection des Universités de France, 1921, p. 135).

Si consilium vis, permittes ipsis expendere numinibus quid conveniat nobis rebusque sit utile nostris. Nam pro jucundis aptissima quaeque dabunt di ; carior est illis homo quam sibi. Nos animorum impulsu et caeca magnaque cupidine ducti conjugium petimus partumque uxoris, at illis notum qui pueri qualisque futura sit uxor. Ut tamen et poscas aliquid voveasque sacellis exta et candiduli divina tomacula porci, orandum est ut sit mens sana in corpore sano. Fortem posce animum mortis terrore carentem, qui spatium vitae extremum inter munera ponat naturae, qui ferre queat quoscumque labores, nesciat irasci, cupiat nihil et potiores Herculis aerumnas credat saevosque labores et venere et cenis et pluma Sardanapalli. Monstro quod ipse tibi possis dare ; semita certe tranquillae per virtutem patet unica vitae. Nullum numen habes, si sit prudentia. Nos te, nos facimus, Fortuna, deam caeloque locamus.

« Voulez-vous un conseil ? Eh bien, laissez aux dieux le soin d’apprécier ce qui nous convient, ce qui doit servir nos intérêts. Au lieu de ce qui plaît seulement, les dieux nous donneront ce qui nous est vraiment utile. L’homme leur est encore plus cher qu’il ne l’est à soi-même. Emportés par l’élan de nos cœurs, par l’aveuglement de nos ardents désirs, nous souhaitons une épouse, des enfants. Eux, ils savent ce que seront ces enfants, ce que sera cette épouse. Si pourtant vous tenez à demander quelque chose, à offrir dans les temples les entrailles et les saucisses sacrées d’un blanc cochon de lait, que vos prières sollicitent un esprit sain dans un corps sain. Demandez une âme forte, exempte des terreurs de la mort et qui place parmi les bienfaits de la nature l’étape suprême de la vie ; une âme capable de supporter n’importe quels labeurs, inaccessible à la colère, aux vains désirs, et qui préfère les travaux, les épreuves d’Hercule, aux amours, aux festins, au duvet moelleux de Sardanapale. Je vous montre là des biens que vous pouvez vous procurer vous-mêmes : c’est par la vertu que passe l’unique sentier d’une vie tranquille. Si nous sommes sages, ô Fortune, ton pouvoir n’existe plus. C’est nous, oui, nous, qui te faisons déesse et qui te plaçons au Ciel ! »

Juvénal, Satires, X, 346-366 (traduction par Pierre de Labriolle et François Villeneuve, Paris, Les Belles Lettres, collection des Universités de France, 1921, p. 137).

Noscenda est mensura sui spectandaque rebus in summis minimisque, etiam cum piscis emetur, ne mullum cupias, cum sit tibi gobio tantum in loculis.

« Il faut connaître sa mesure et en tenir compte dans les grandes comme dans les petites choses, fût-ce pour l’achat d’un poisson, afin de ne pas vouloir un mulet quand on n’a qu’un goujon dans son porte-monnaie. »

Juvénal, Satires, XI, 35-38 (traduction par Pierre de Labriolle et François Villeneuve, Paris, Les Belles Lettres, collection des Universités de France, 1921, p. 141).

Quippe minuti semper et infirmi est animi exiguique voluptas ultio.

« Oui, la vengeance est toujours le plaisir d’une âme petite, faible, mesquine. »

Juvénal, Satires, XIII, 189-191 (traduction par Pierre de Labriolle et François Villeneuve, Paris, Les Belles Lettres, collection des Universités de France, 1921, p. 165).

« Quelques-uns, ayant reçu du sort un père dont la superstition observe le sabbat, n’adorent rien que la puissance des nuages et du ciel, et la chair humaine n’est pas pour eux plus sacrée que celle du porc, dont leur père s’est abstenu. Bientôt même, ils retranchent leur prépuce ; et, accoutumés à dédaigner les lois de Rome, ils n’étudient, ils n’observent, ils ne craignent que tout ce droit judaïque transmis par Moïse dans un livre mystérieux, se gardant de montrer le chemin à ceux qui ont un autre culte, ne guidant dans la recherche d’une source que les seuls circoncis. Mais le responsable, c’est le père, qui a donné à la fainéantise et laissé entièrement hors de la vie un jour sur sept. »

Juvénal, Satires, XIV, 96-106 (traduction par Pierre de Labriolle et François Villeneuve, Paris, Les Belles Lettres, collection des Universités de France, 1921, p. 176).