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Saint-Fulgent et la guerre de Vendée

Personnages et faits principaux

Blason de Saint-Fulgent« Y eut-il à Saint-Fulgent, au cours de la Guerre de Vendée, des faits historiques ou des personnages marquants ? »

C’est la question qui m’est venue récemment du Service départemental de tourisme, appliqué à la préparation d’un guide de circuits…

C’est la question qui vous a été déjà posée, peut-être, par des enfants, des étudiants ou des équipes de rallyes ou quelque touriste de passage…

Car nos contemporains, quoi qu’ils en disent, ne manquent pas de s’intéresser au passé, sous diverses formes, surtout quand celui-ci les touche de près. Rappelons, à ce propos, le nombre élevé de revues ou de livres d’histoire sur la Guerre de Vendée, le succès de certaines émissions télévisées, etc.

Bref ! Voulez-vous que nous nous arrêtions ensemble un peu à la question qui vient d’être posée ? Nous aurons ainsi sous la main, au besoin, des éléments de réponse.

Nous ne possédons pas Cathelineau

MONTAGNON (André), Les guerres de Vendée. 1793-1832, Paris, Librairie académique Perrin, 1974Parlons-en tout d’abord pour vous aider à détromper éventuellement quelque lecteur d’un livre sur les Guerres de Vendée [1]

Jacques CathelineauJe ne serais pas surpris, en effet, que quelque touriste se présente chez nous en demandant de lui montrer la maison où est mort le célèbre Généralissime vendéen, Jacques Cathelineau, dit le « saint de l’Anjou ».

Pas moins !

Car le curieux flâneur pourrait vous exhiber dans son livre une certaine page 103 en disant : – « Voyez vous-même ! C’est en toutes lettres : Jacques Cathelineau est mort à Saint-Fulgent en juillet 1793 [2]… »

Vous ne vous en doutiez pas ? Moi non plus.

« Coquille d’impression », direz-vous peut-être, après réflexion…

C’est possible… Je n’en suis pas sûr… Mais passons !

En tout cas, même s’il vous en coûte, il faudra décevoir votre interlocuteur.

– « Excusez-nous, pourrez-vous lui dire en lui montrant la “Route des Mauges”, la vérité d’histoire est celle qui se lit à un autre endroit du même ouvrage (page 64) : le Généralissime vendéen est décédé près de la Loire, dans une maison de Saint-Florent [3]… »

Saint-Florent, Saint-Fulgent : deux noms qui se ressemblent, certes ! mais dix-huit lieues au moins les séparent.

Fausse alerte, donc ! Et dommage pour notre localité, n’est-ce pas ? [4]

Mais nous avons Royrand

À défaut du Généralissime, Saint-Fulgent peut du moins se prévaloir d’avoir donné le jour à un général vendéen, Charles-Aimé de Royrand.

Un général – affirmons-le tout de suite – dont les livres d’Histoire vendéenne méconnaissent trop souvent le rôle et les mérites.

Malheureusement, nous ne pouvons le présenter ici qu’à grands traits. Il vint au monde dans le modeste logis à tourelles de la Petite-Roussière le 14 mars 1726 : les archives de notre mairie en font foi. Né cinquième ou sixième d’une famille d’au-moins douze enfants, dont la moitié mourut en bas âge, il devait rester célibataire et passer une large partie de sa vie – comme ses trois frères – dans les armées du Roy. À cinquante-deux ans, en août 1778, après trente-cinq ans de service, il quitte l’armée « pour raison de santé », avec le grade de « Capitaine de Bataillon au Régiment d’Armagnac-Infanterie », la Croix de Saint-Louis… et deux blessures. Ses notes d’officier n’avaient pas varié au fil des ans, ainsi qu’en témoigne son dossier aux Archives de la Guerre : « Bon Capitaine, exact… excellent Capitaine… »

La Révolution le trouve domicilié depuis plusieurs années à Chavagnes, dans sa terre de La Brunière – aujourd’hui La Burnière – où son frère aîné, amputé de guerre – dit « Le Maingot » –, décédé en 1785, avait lancé la construction d’un véritable château, à proximité de la « grand’ route ». C’est donc de là qu’entrainé par les hommes de la contrée, il partit pour la grande aventure de l’Insurrection.

Dès les premiers jours, son nom retentit à travers toute la zone soulevée comme un nom de victoire. Ce fut sa troupe, en effet, grossie de celle du valeureux Sapinaud de La Verrie, qui gagna le 19 mars 1793, entre L’Oie et Saint-Vincent, « la première vraie victoire » vendéenne.

Les troupes du général Marcé, fortes de deux mille cinq cents hommes environ et armées d’une dizaine de canons, qui avaient repris Chantonnay le 17, furent défaites et obligées de se retirer en laissant plusieurs centaines des leurs sur le terrain. La Convention, qui n’était pas tendre à l’égard des généraux malheureux, déféra Marcé, rendu responsable du désastre de sa petite armée, devant le tribunal qui le condamna à mort.

Henri de La RochejaqueleinCette victoire fut célébrée aussitôt par une chanson gaillarde à la gloire « dau bounhomme Rouairand »… Victoire qui attire au vainqueur la visite enthousiaste d’un jeune de vingt ans, dont le nom va bientôt s’illustrer : Henri de La Rochejaquelein

Dès lors, l’« excellent Capitaine » se trouve promu Général en chef de l’armée levée en notre région – celle qui prend le nom d’Armée du Centre – dont l’effectif, pris sur la majeure partie des districts de Montaigu, de La Chataigneraye et de La Roche-sur-Yon – voire de Challans – compte un moment environ dix-huit mille hommes.

François-Athanase Charette de La Contrie[5] Sans tarder, il s’applique à régulariser la situation de son territoire par le « Règlement de L’Oie » – le premier de tous – ; mais sa tâche va consister surtout à orienter et contrôler les opérations de ses officiers. Rôle parfois délicat, exigeant tact et souplesse, à la tête d’une singulière armée où chefs et soldats rivalisent d’indépendance. Charette, pour sa part, ne tardera pas à s’en détacher.

Louis de Salgues de LescureAu reste, cette « Armée du Centre », dans son ensemble, va demeurer longtemps, peut-on dire, l’arme au pied : inaction débilitante, qui explique sans doute en partie ses revers devant Luçon et fait baisser sa côte aux yeux de certains, comme Lescure.

Il faut attendre les victoires de Chantonnay (5 septembre 1793), de Torfou (19 septembre), la bataille de Cholet (17 octobre) et surtout la tragique campagne d’outre-Loire (octobre-décembre) pour la voir retrouver son mordant et devenir, malgré sa réduction, au dire de l’historien républicain Chassin, « la plus brillante épée » de « la Grande Armée Vendéenne ».

Quant à Royrand, de belle stature, dit-on, mais ralenti par ses soixante-sept ans, il demeure jusqu’au bout dans le Haut Commandement vendéen le Chef respecté, « type d’honneur et de bonté », consulté pour sa sagesse et sa riche expérience militaire. Malheureusement, ses avis tempérés, semble-t-il, par une réserve native soulignée par l’âge, ne furent pas toujours écoutés. Au combat, il paye aussi de sa personne à la tête de ses hommes. Blessé grièvement deux fois, croyons-nous – près de Laval et de Dol – il devait succomber au cours de la débâcle, aux environs de Baugé, vers le 5 décembre, dans les bras de son voisin, Jean-Aimé de Vaugiraud, de Saint-André :

– « Je meurs content, lui dit-il, de ne pas survivre à nos désastres ; je demande pardon à Dieu de mes péchés et j’espère tout de Sa grande miséricorde. »

Mesura-t-il alors l’étendue de son malheur ? Tout allait disparaître à l’occasion de cette lutte : ses deux derniers frères, son unique neveu, son château, son domaine et jusqu’au nom de Royrand. L’Histoire elle-même, redisons-le, sera parfois inéquitable à son sujet. Détail significatif : il est le seul, sauf erreur, des grands chefs vendéens à n’avoir pas été honoré d’un portrait.

Et les autorités locales ?

Les chefs de la commune et de la paroisse, direz-vous, le maire, les prêtres et le seigneur de Saint-Fulgent, que firent-ils durant cette tragédie de 1793 ? Que devinrent-ils ?

Le maire ? C’était le deuxième depuis la création de la commune : il se nommait Maître Louis Chateigner, âgé de trente-quatre ans, l’un des trois notaires du lieu. Privé de son office par les réformes de la Révolution, il apparait gagné dès 1792 à la cause de l’opposition – à la différence de son prédécesseur, notaire en exercice. Promu « Commandant de la paroisse » au temps de l’insurrection, il disparaît durant cette période en des circonstances qui nous échappent.

[6] Le curé et le vicaire ? Disons plutôt : les curés et le vicaire… Car il y eut alors durant plus d’un an deux curés à Saint-Fulgent.

L’abbé Jean-Louis Gourdon – trente-quatre ans lui aussi – originaire de Dompierre-sur-Yon, se nomme pour se part le « curé canonique », c’est-à-dire curé selon le Droit de l’Église romaine… Car le dimanche 13 février 1791, à l’issue de la grand’messe, il a refusé, ainsi que son vicaire, l’abbé Louis Brillaud, de jurer serment à la « Constitution civile du clergé » et de tenir ainsi son mandat de la nation…

Depuis lors, tous deux font partie de ceux qu’on appelle les « réfractaires », ou « insermentés », ou « non-jureurs »… Les paroissiens disant plutôt les « prêtres fidèles », les « bons prêtres » !

Le curé Gourdon reste sur place malgré la venue d’un prêtre « constitutionnel ». On assure même qu’en raison de son refus il aurait tâté de la prison à Montaigu, où ses paroissiens seraient venus le délivrer. Finalement, il se soumet à la loi exilant les « réfractaires » et part pour l’Espagne en septembre 1792. Il y mourut, dit-on, en 1797.

Son vicaire – trente-et-un ans, natif des Brouzils – va passer l’interminable période de danger dans la clandestinité, au péril de ses jours, caché dans la paroisse ou aux environs. Une fois passée la tourmente, il sera nommé à la cure de Chauché ; il y mourra en 1811, à quarante-neuf ans, après de longs mois de paralysie.

Et le curé « jureur » ? Il se nommait Jean-Baptiste Baudry, natif de Torfou, trente-quatre ans lui encore, d’une famille acquise à la Révolution. Élu selon la loi, en mai 1791, il vient chez nous, où il a des amitiés, avec le titre de curé « constitutionnel » ou « assermenté ». Mais pour la majorité des paroissiens, c’est « l’intrus », et beaucoup se dérobent à son ministère, ainsi qu’en témoigne la tenue de notre État-Civil…

Nous ne pouvons pas nous étendre ici, mais comment ne pas remarquer que nous sommes là au cœur du drame vendéen. Selon l’historien averti Debidour, la « Constitution civile du clergé » a été une faute capitale de la Révolution ; nous touchons là, en tout cas, selon le témoignage multiplié de contemporains des deux bords, la cause majeure du malaise qui se révèle en nos contrées dès 1790, celle qui va très vite souder et consacrer diverses colères et donner finalement toute sa consistance et sa force à l’insurrection vendéenne en la plongeant dans une atmosphère de croisade.

Charles Melchior Artus de BonchampsMais revenons à notre curé Baudry. Quand sonne aux clochers de la région le tocsin de la révolte, ses jours sont en danger : avec d’autres « patriotes », il se réfugie à Montaigu. Vaine précaution ; le 13 mars 1793, il est fait prisonnier, manque d’être tué par une troupe d’insurgés en délire. Captif durant sept mois dans les geôles vendéennes, il sera enfin délivré à Saint-Florent par le célèbre soupir de Bonchamps : [7] « Grâce aux prisonniers ! » On le suit encore quelques temps, menant la triste aventure de réfugié, abdiquant la prêtrise le 22 mars 1794, étudiant ensuite la médecine à Nantes, où exerce alors son frère, médecin militaire… puis on perd sa trace.

Le seigneur de Saint-Fulgent ? « Messire Agnan Fortin » – c’est son nom — réside habituellement à Nantes. Que pense-t-il des graves événements qui malmènent les ci-devant ? Nous ne saurions le dire. Son fils aîné est émigré. Quant à lui, il passe, à Nantes, pour un fervent partisan de la Révolution. Mort probablement à Paris vers 1798.

Faits principaux : les combats de Saint-Fulgent

Ici, au titre des événements marquants, nous pouvons retenir quatre combats de Saint-Fulgent.

Ce nombre vous surprend-il ?

Songez plutôt à la situation de notre commune au cœur de la zone insurgée, et surtout à sa position sur ce qu’on appelait alors en notre contrée, démunie de bonnes voies, le « Grand Chemin Royal » ou la « Grand’ Route de Nantes à La Rochelle » – retracée et refaite depuis une quarantaine d’années à peine. De telles conditions ne disposaient-elles pas notre territoire et spécialement notre bourg à des passages de troupes, à des mouvements d’armées, à des affrontements ? Effectivement, il y en eut.

La première affaire de Saint-Fulgent eut lieu le mercredi 13 mars 1793… aux premières heures de ce qui fut chez nous le premier jour de la Guerre, préludé la veille à la foire de L’Oie. On l’appelle parfois, avec un brin d’emphase, la « prise de Saint-Fulgent »…

Car peut-on parler ici de combat ?

Représentons-nous plutôt une ruée énorme sur le bourg : « Trois mille brigands… », écrit le jour même, effrayé, le commissaire chargé d’intervenir. La ruée d’une masse d’hommes des environs, surtout des jeunes, stimulés par le tocsin qui bat depuis trois jours aux clochers des alentours. Des colères diverses, en ébullition depuis des mois, nous l’avons dit, éclatent à cette heure, avec ensemble, à l’occasion du tirage au sort prévu par la levée en masse des trois cent mille hommes décrétée par la Convention. Et cette ruée, armée de bâtons, de fourches, d’outils de travail, de quelques fusils de chasse ou de « munitions », dont certains ont été pris la veille aux gendarmes à la foire de L’Oie, balaye littéralement la garde du lieu, s’en prend aux « patriotes » qu’elle trouve et à la troupe armée qui veut reprendre possession de la cité…

Heures troubles et violentes, on le devine, où dans le déchainement des fureurs de foule, à l’abri de bons motifs, il se commet déjà des gestes fous…

[8] Premier acte d’une série de combats qui, durant six jours, va ramener plusieurs fois les gars de chez nous sur le « grand chemin », sous la direction de celui qu’ils se sont donnés pour chef, le « Général Rouairand ». Et, au soir du 19 mars, vers la Guérinière, entre L’Oie et Saint-Vincent, c’est la retentissante victoire sur la première armée régulière de la république… Du coup, le nom de nos hommes va se répercuter jusqu’à Paris : à dater de ce jour, les insurgés de l’Ouest vont se dénommer indistinctement « les Vendéens » et leur insurrection va s’inscrire dans les dossiers de la Guerre et devant l’Histoire sous le titre de « Guerre de la Vendée »…

Saint-Fulgent allait rester jusqu’à la mi-septembre au pouvoir de l’Armée catholique.

Jean-Baptiste KléberLe combat de nuit du 22 au 23 septembre 1793 est le plus célèbre : on l’appelle parfois la « Grande bataille de Saint-Fulgent ». Grisés par la victoire à Torfou, le 19, sur les redoutables Mayençais de Kléber, les Vendéens réussissent en quatre jours, sans désemparer, un triplé de succès. « Les soldats de Mayence ! des soldats de faïence ! » gouaillent-ils à tous les échos… Dès le 21, Charette, D’Elbée et Lescure ont entrainé leurs hommes dégager Montaigu, occupé par le général Beysser qui, blessé, s’enfuit à Nantes, où il fut décrété d’accusation par le Comité de Salut Public (il sera guillotiné le 13 avril 1794). Surpris, les bleus ont pris la déroute, pourchassés avec fureur jusqu’au pont de Remouillé

Antoine-Philippe de La TrémoilleMaintenant, quatre lieues plus au sud, voici Saint-Fulgent qui appelle au secours, accablée depuis quelques jours par les trois mille hommes de l’armée républicaine du général Mieszkowski. Lescure hésite ; Charette l’entraîne. La bataille commence à la tombée de la nuit, sur la hauteur du « Grand Moulin » ; elle devient dure, meurtrière et longue : on a parlé de huit heures de combat ! Royrand n’est pas là au début de l’action ; il accourra avec les gars du pays pour achever la déroute des républicains… Car c’est un troisième succès pour les Blancs et une défaite sévère pour les bleus. Succès cependant lourd de conséquences fâcheuses, car le principal adversaire des insurgés, Canclaux, se repliera sur Nantes sans être sérieusement inquiété, malgré un accrochage à La Galissonnière avec Bonchamps et Talmont. Et, plus grave, après Saint-Fulgent, Charette, en désaccord avec les autres chefs vendéens au sujet d’une sordide question de répartition de butin, regagne à nouveau son Marais, affaiblissant d’autant l’Armée Catholique et Royale.

Le retour des républicains ne tarde guère : dès le 3 octobre, Marigny et ses chasseurs de Mayence, accompagné de Kléber et de Merlin (de Thionville), reprennent notre bourg à peu près sans défense. Le 11 suivant, c’est un passage en force… Désormais, Saint-Fulgent sera le plus souvent sous le contrôle des armées de la république.

Il semble que les 9 et 10 janvier 1794, en un laps de temps d’un peu plus de deux heures, Saint-Fulgent ait été le théâtre de trois petits combats.

[9] Le 9, en fin de soirée, Charette, à la tête de deux à trois mille hommes, surprend un détachement de patriotes et de troupe de ligne occupé à replanter un grand « arbre de la liberté » sur la place de l’Église. Panique : les républicains s’enfuient à la faveur des ténèbres, abandonnant quelques morts…

Le lendemain matin, par un froid très vif, deuxième combat contre un détachement venant sans défiance de Chantonnay. Là encore, la surprise des bleus est totale : Charette les poursuit jusqu’au Château de L’Oie.

Enfin, au soir du même jour, revenue à Saint-Fulgent pour y passer la nuit, la troupe de Charette est surprise à son tour par plusieurs colonnes républicaines, commandées par Joba et Dufour. La déroute vendéenne est complète et sévère : Charette aurait perdu alors environ trois cents hommes et une centaine de chevaux… et il a les bleus à ses trousses !

Arrêtons là ! Mais il y en eut d’autre !

Le général Royrand, les combats de Saint-Fulgent : tels sont donc les principaux titres que nous pouvons citer à ceux qui s’informent… Nous avons évoqué aussi le cas des autorités locales…

Mais ces événements et ces personnages de chez nous, qui ont droit parfois à des mentions dans les récits de la Guerre de Vendée, ne furent pas les seuls.

Ils ne doivent pas faire écran et masquer les mille et uns événements quotidiens de notre terroir, moins retentissants certes ! mais chargés eux aussi tour à tour d’exaltation et de souffrance, selon les vicissitudes de la lutte ; ils ne doivent pas surtout faire oublier les témoins de tous âges et de toutes situations qui peuplaient alors notre bourg, nos fermes et nos villages – acteurs et souvent victimes de ce long drame, ces hommes et ces femmes, à la fois si différents et si proches de nous, dont nous portons les noms et avons hérité la vie…

Maurice Joseph Louis Gigost d’ElbéeJours d’exaltation ! Comme ces fêtes de Pâques 1793, célébrées dans une atmosphère de victoire et de libération, avec l’abbé Brillaud, revenu au grand jour de son ministère, après des mois de vie traquée. Et ce lundi de Quasimodo – 8 avril – qui voit affluer à l’église des familles heureuses, apportant des poupons de plusieurs mois – voire de près d’un an – soustraits au ministère de l’intrus et tenus cachés eux aussi à la maison, où ils avaient été choyés par des voisins bénévoles. Pensez donc ! Dix-neuf cérémonies de baptêmes au moins ce jour-là ! Tandis que de grands chefs venus du Bas-Anjou, D’Elbée et Berrard, tiennent conseil avec Royrand et Sapinaud au « Quartier général de Saint-Fulgent »…

Jours d’épouvante ! Comme ce « petit dimanche gras » 23 février 1794 !

La veille, les ignobles tueurs des « colonnes infernales » s’étaient couverts de sang aux Brouzils en massacrant plus de cent personnes, dont un bon nombre de femmes et d’enfants. Ce jour-là, [10] dès le matin, ils s’abattent sur Chavagnes, qu’ils parcourent de long en large, multipliant les pillages, les feux, les brutalités et les morts : même hécatombe à peu près ! Puis c’est le tour de nos villages de La Thibaudière, de La Fructière, de La Lérandière et d’autres probablement. Pour La Fructière, un registre – incomplet – nous signale quatorze victimes, dont une mère avec ses quatre petits et une autre avec ses cinq enfants ! À La Lérandière, huit victimes au moins, une mère avec ses trois petits derniers et quatre autres femmes ; l’une d’elles aurait été jetée vive dans le four qu’elle chauffait : probablement Marie-Jeanne Cartron, femme de Pierre Auneau, cinquante ans !

Et nous pourrions produire aussi la liste sinistre des incendies qui laissèrent un si vif souvenir de frayeur… et celle, incomplète et pourtant si longue, des victimes – blessés ou morts… Alors se présenteraient des noms comme Auneau, Badreau, Bordron, Boudaud, Chatry, Darriet, Gaborieau, Godard, Guibert, Mandin, Maindron, Monnereau, Papin, You et tant et tant d’autres !

Ces noms, vous les connaissez ?

Nous en reparlerons, si vous le désirez.

1. Montagnon (André), Les guerres de Vendée. 1793-1832, Paris, Librairie académique Perrin, 1974 [NDLR].

2. En toutes lettres, André Montagnon écrit : « Cathelineau, le chef de la première heure, celui qui dans le souvenir de ses compatriotes deviendra “le saint de l’Anjou”, allait mourir des suites de ses blessures deux semaines plus tard à Saint-Fulgent » [NDLR].

3. En toutes lettres : « Blessé mortellement à Nantes (29 juin) [Cathelineau] mourut quelques jours plus tard à Saint-Florent » [NDLR].